MISE A MORT D'UNE VACHE
aucun signe sur les flancs et qui dès lors sont la propriété du premier qui les capture.
Quand la troupe est arrivée près de Testancia, que les animaux destinés à être abattus ont été reconnus et choisis, trois gauchos sautent à cheval et s'efforcent de séparer la victime désignée du reste du troupeau. Pendant ce temps les autres gauchos, faisant tournoyer leurs boleadoras audessus de leurs tètes, maintiennent les animaux dans un large cercle d'où ils les empêchent de sortir.
C'est alors que commence une scène de tauromachie épouvantable dans laquelle les gauchos exposent leur existence avec un courage que leur envieraient les plus célèbres toréadors de l'orgueilleuse Espagne.
Ils sont là dans un désert, sans spectateurs pour
les applaudir, sans cette assistance féminine dont les sourires enflamment et rendent téméraire. Ils n'ont pas non plus de barrières derrière lesquelles ils puissent se réfugier en cas de danger. Ils ne doivent compter que sur leur adresse et la vitesse de leurs chevaux! Si encore lorsqu'ils sont menacés, chargés par la vache, ils avaient derrière eux un picador pour arrêter avec sa lance la bête en furie. Mais ils n'ont rien de tout cela. Le couteau et les boleadoras doivent suffire.
Je suis certain que les friands de spectacles sanglants, trouveraient à une chasse semblable un attrait supérieur et qu'ils riraient ensuite des corridas européennes dans lesquelles le taureau est condamné d'avance et livré à la merci d'une foule d'élégants meurtriers.
Quand le taureau ou la vache destiné à être abattu est séparé du troupeau, un des gauchos, faisant tournoyer son lasso, le lance avec force. Aussitôt que le nœud coulant a enserré l'animal, celui-ci part dans une course folle. La corde du lasso se tend brusquement et il se produit une épouvantable secousse qui désarçonne quelquefois le cavalier. Mais cela arrive rarement, car l'homme est pour ainsi dire rivé à sa monture.
Le gaucho doit faire preuve alors d'un véritable sang-froid pour éviter les attaques violentes de la bête rageuse.
A ce moment, un de ses compagnons s'arme à son tour d'un lasso et le lance de telle façon qu'il atteint l'animal aux pieds de derrière. Tirant en sens inverse du premier gaucho, il force la vache à rester immobile. Puis , entre en scène le troisième acteur de ce drame passionnant. Il s'avance au galop de son cheval sur le flanc de la vache et il la culbute en se servant du poitrail de sa mon-
LES BOLEADORAS EMPLOYÉES 33
ture comme d'un bélier. Aussitôt — bt c'est là (ju'il faut une réelle audace — il tire son couteau et le plonge dans le cœurde l'animal. Que penseraient do cette façon de tuer les matadors d'Espagne?
Quelquefois cette cliaBse se corse d'incidents. Au premier coup de lasso, la Tache, dans une secousse terrible, rompt le lien de cuir qui la retient.
A cet instant, elle s'enfuit écumante.les naseaux sanglants, les yeux hagards, renversant tout sur son passage. Inutile de lui lancer d'autres
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C'est dans ces circonstances que les boleadoras sont employées. Elles 86 composent de deux ou trois boules de
pierre reliées entre elles par des lanières de cuir.
Le gauchOy tenant dans ses mains une des boules, fait tournoyer les autres au-dessus de sa tête, tout en poursuivant sa proie. A un moment donné il lâche le tout; on entend un sifflement et les boleadoras viennent s*enrouler autour des pattes de l'animal, qui est arrêté dans sa course et ligoté. Ainsi les gauchos arrivent à maîtriser la vache en colère qui a rompu le lasso, puis la chasse continue comme je Tai indiqué plus haut.
Les boleadoras sont Tarme de chasse et de guerre des indigènes de la Patagonie. Certains Indiens les manœuvrent avec une adresse stupéfiante.
Mon gaucho de confiance, Juan Gonzalès, maniait les boleadoras avec autant de dextérité qu'un Patagon. Plusieurs fois, je le vis atteindre au vol
des perdrix.
L'indigène se sert aussi de cette arme comme d'une massue. Dans ce cas, il tient une des boules dans sa main et frappe sa victime avec les autres. Chaque coup de ce tomahawk d'un nouveau genre laisse un cadavre sur la place et c'est ainsi que l'Indien chasse lepumal on lion de Patagonie.
Mais revenons à la description des coutumos çirgentineg.