CHAPITRE IV
ILE DE CBOEL-CHOEL. — UN DtJEL AU CLAIR DE LA LUNE.
ENFIN, nous sommes dans Tîle de Ghoel-Ghoel.
Des saules assez touffus en ombragent la rive, mais plus loin, c'est la désolation et l'abandon. De tous côtés on aperçoit des ranchos inhabités.
Des casseroles, des marmites jonchent le sol.
De l'intérieur d'une de ces habitations délaissées sort un chat noir qui miaule lugubrement. En nous apercevant, il fait le gros dos et vient en ronronnant à notre rencontre.
Cette île, en un mot, présente un aspect désolé et triste qui effraie. On dirait une région sur laquelle a passé une épidémie terrible ou le souffle meurtrier d'un ouragan.
On sent qu'un fléau a dû fondre sur ce coin perdu et forcer ceux qui l'habitaient à s'enfuir.
Dans l'espèce, le fléau, c'est le gouvernement argentin, qui a choisi cette île pour en faire un dépôt de remonte. Quelques jours auparavant, tous
ces panohos étaient habités par des Indiens araucans qui s'étaient rassemblés là, heureux de trouver un endroit tranquille, où ils pourraient reposer leurs têtes, loin des chrétiens impitoyables.
Dans un des coins de Tîle habitait même le célèbre Namuncura, le chef suprême des Araucans des Cordillères, celui dont le nom veut dire dans le langage imagé des indigènes de la Pampa « Pied de pierre » .
Namuncura a cependant obtenu Fautorisation de rester dans l'île, ainsi que deux ou trois familles, mais le reste de la population dut dans les vingtquatre heures abandonner les lieux.
Nous installons notre campement dans un des ranchos délaissés, mais au bout de la première nuit nous sommes obligés de déguerpir, car nous sommes assaillis par des insectes affamés, dernier souvenir des Indiens. Nous allons planter notre tente dans un endroit éloigné de toute habitation et nous prenons un bain dans la rivière, après avoir lavé soigneusement tous nos effets.
Durant la nuit, nos chevaux, trouvant sans doute que rherbe deTlle n'est pas assez tendre, traversent le Rio Negro — ils ont pris maintenant l'habitude de se mettre à l'eau — et ils se répandent dans les plaines avoisinantes. Juan les retrouve à plusieurs