UNE RENCONTRE
lieues de Tautre côté de la rive, mais trois bêtes manquent à l'appel. Pendant que mon gaucho se livre à leur recherclie, j'expïore les alentours de notre campement, qui paraît avoir été, dans les temps les plus reculés, un grand centre de vie indigène.
Je marchais depuis quelques heures, quand je vis un homme venir à moi. En m'apercevant, il parut surpris, puis, le premier moment passé, il m'aborda. ,
« Je suis, me dit-il, capitaine dans Tarmée argentine et je vis dans cette île avec une Indienne. C'est moi qui suis chargé de la surveillance de la cavalerie. >
Et il prononça ces derniers mots en se rengorgeant.
A mon tour, je déclinai mes qualités et il me tendit la main.
« Ce n'est pas gai ici, ajouta-t-il,mais enfin, on s'y amuse tout de même. On chasse, on mange et on boit. Que peut-on désirer de plus ? »
J'approuvai de la tête.
« Eh bien, cher ami, — le capitaine était devenu familier — nous allons dîner ensemble. »
J'acceptai l'invitation avec empressement.
Le chef de la remonte argentine me fit faire un
repas sardanapalesque. Il avait à mon intention dévalisé Tépicepie du petit village de Choel- Ghoel. La pièce de résistance fut un mouton entier cuit dans sa peau et dans lequel on avait mis des pierres chaudes pour en activer la cuisson. Ce mets éminemment national fut arrosé de vins français ou du moins réputés tels. Si le capitaine mangeait autant que moi, il buvait beaucoup plus. A la fin du repas, il avait un peu perdu les notions de Téquilibre et. débitait d'une voix pâteuse un tas de phrases incohérentes qui étaient un mélange d'espagnol, d'anglais, de français et d'indien.
Gomme je l'écoutais distraitement, il vint se planter devant moi et me regardant en face :
« Nous avons bien dîné, n'est-ce pas ?
— Mais oui, répondis-je.
— Eh bien, ce n'est pas suffisant. Après dîner, il faut se distraire, s'amuser. Gomme ici il n'y a pas de lieux de plaisir, nous allons nous payer un petit divertissement. >
Où voulait-il en venir?
« Attendez un instant, > dit-il.
Il disparut et revint bientôt, portant deux sabres de cavalerie. Il me mit de force une arme dans les mains, prit l'autre et s'écria :
« Nous allons nous battfç,