TÉLÉGRAPHIQUE BIEN ACHALANDÉ
QUELQUES jours avant mon départ, je reçus sous ma tente la visite de Namuncura, le âls de rillustre Galvucura*.
11 avait appris mon arrivée dans Tîle et avait tenu à me voir. C'était un homme petit, trapu, dont la physionomie respirait la fierté et Tastuce. Il était vêtu d'un vieux costume de colonel argentin
Après ravoir fait asseoir et lui avoir offert le maté, j'amenai la conversation sur la Pampa qui fut sous la domination de ce monarque déchu.
Il me raconta que, le dernier de tous les chefs indigènes, il avait opposé aux troupes argentines
1. Calvucura (Pierre bleue), chef de la célèbre dynastie des « Cura » , infligea aux troupes argentines plusieurs défaites sanglantes ; tacticien de premier ordre et chef de hordes bien disciplinées et courageuses, il tint en échec durant de nombreuses années les meilleurs officiers du Gouvernement de la Plata.
une résistance désespérée. Quand il se vit dépossédé et isolé de ses guerriers, il s'enfuit avec ses femmes à travers les défilés des Cordillères et sut dépister les soldats envoyés à sa recherche qui devaient toucher une prime s'ils le ramenaient mort ou vif.
Comprenant enfin qu'il n'avait plus rien à espérer et que toute insurrection était impossible, poussé par un sentiment de générosité, pensant aux débris de ses troupes traquées dans tous les coins du territoire, il vint se livrer à Buenos-Aires.
Le gouvernement argentin, obligé de reconnaître la grande figure qu'est Namuncura, donna au cacique le grade de colonel et sept lieues de terrain dans une des plus fertiles vallées des Cordillères. Le chef indien conserva les honneurs mais abandonna les terres à ses anciens compagnons d'armes.
Et maintenant celui qui fut le roi de la Pampa vit comme un pauvre. Parfois, quand assis au seuil de son rancho, il laisse errer son regard bleu sur l'immensité qui s'étend devant lui, il murmure doucement : « La Pampa estabàmia, > La Pampa était mienne.
Et le vieux essuie une larme. Br^ive cacicjue Naiftui^cura î
DÉPART DE CHOEL-CIIOEL SI
Malgré moi, je compare cet homme, que les Argentins ont civilisé, au capitaine de remonte qui traite les Indiens de brutes.
Le 7 Juillet , nous quittons l'île de Choel-Choel pour poursuivre notre marche vers l'Ouest.
Bien c[ue très large en cet endroit, la rivière fut aisément traversée.
Dèsquelayegua madrina se fut jetée à l'eau, tous les animaux de !a
troupe suivirent le caccque namuncuba,
' i n s ti ncti vement cet
exemple. En quelques instants, toute ma cavalerie avait gagné l'autre berge. Quant à la charrette, ce fut autre chose. A l'aide de mon bateau en caoutchouc, je commençai par transportep sur l'autre rive toyte la charge du véhicule; puis revenant,
j'attachai celui-ci à rarrière du bateau, après avoir pris la précaution de lui adapter deux barriques, qui, servant de flotteurs, me permirent de le remorquer jusqu'au côté opposé — et fort joyeusement nous continuâmes notre route le long du Rio Negro.
Lé soir, nous parvenions à Testancia de San Pablo, c'est-à-dii*e à sept lieues deChoel-Choel, et nous y prenions quelque repos, profitant de l'hospitalité que nous donnait le colonel Bellisle, propriétaire de cet établissement d'élevage qui est, sans contredit, le plus beau des rives du fleuve.
Le lendemain, le fils du colonel, qui fêtait l'anniversaire de sa naissance, nous donnait le régal de divertissements très originaux organisés dans la pampa ; il y eut, entre autres, une course de chevaux qui me fournit quelques renseignements sur les qualités de la race chevaline du pays.
Voici en quoi elle consistait :
De tous les coins du pays arrivèrent des gauchos en costume national, accompagnés, de leurs femmes; devenus assez nombreux pour tTonner à la fête l'ampleur nécessaire, ils organisèrent les paris, devisant entre eux avec forfanterie et quelque gaité narquoise ; puis une fois tombés d'accord, les concurrents se rendirent à une piste