‹ Voyage en PatagonieChapitre 32 sur 100 · PERPLEXITÉS · texte numérisé non relu

PERPLEXITÉS

n'existe aucune route dans cette contrée déserte, et comme nous conduisons notre chariot guidés par notre seul instinct, il peut nous arriver de buter contre un obstacle naturel insurmontable.

Alors, que faire ?... Abandonner mes instruments, mes collections, perdre ainsi tout le fruit de ma mission, ou, essayant un travail d'Hercule, porter à bras toutes les cbarges, à travers les accidents de terrain et sans être sûrs du succès ?...

Je m'énerve. Mes deuxgaucbos, Carabacal surtout, commencent à grogner ferme.

Le mécontentement de ce dernier se comprend : il ne mange pas, peinant toute la journée et n'ayant, au tréfond de lui-môme, aucun de ces sentiments gui donnent du courage à qui poursuit un but et veut l'atteindre à tout prix. Aussi, comme je crains qu'il ne me quitte, me prenant au dépourvu, usé-je de précaution. Me voici précisément à une tente d'Indiens Araucans. L'un d'eux, que j'interroge, prétend connaître le moins mauvais des chemins que pourrait prendre mon chariot pour aller jusqu'à Machinchao. Je le décide à venir avec moi, et, le traité passé, je congédie immédiatement Garabacal de peur qu'il ne jette le trouble parmi mes hommes.

Je ne le regrette pas... Mon nouveau gaucho, Indien pur sang, connaît à merveille la contrée et possède un excellent caractère, qui me fait vite oublier la mauvaise volonté de mon guide chilien.

Notre voyage trouve un instant de distraction dans la rencontre que nous faisons d'un grand nombre depichesy petits tatous un peu moins gros que les peludos, et qui contrairement à ces derniers, pâturent le jour : on ne les voit qu'au printemps et en été; à l'automne, ils réintègrent leurs trous où ils demeurent tout l'hiver, comme nos

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