A LA RECHERCHE DE SAÏHUÉQUÉ
m'aurait abandonné ! Gela est impossible. Juan est de ces hommes qui n'ont qu'une parole ; il est de ces preux du désert qui, lorsqu'ils ont juré fidélité, se feraient hacher en morceaux plutôt que de manquer au serment qu'ils ont prêté. J'attends donc et j'espère. Mais une difficulté se présente. Je ne puis continuer ma route avec Bonifacio seul. Je suis donc obligé de prendre à mon service un autre gaucho de passage dans la contrée et qui prétend connaître la région jusqu'au Rio Senguer. Il s'appelle Garcia. Il est petit, noir et vigoureux; ses yeux brillent comme des tisons, ses gestes sont saccadés, nerveux. Il ne vaudra certes pas mon Juan, mais complétera avantageusement Bonifacio, qui est loin d'être le guide rêvé.
Mes chevaux sont maintenant en état; ils peuvent continuer la route.
Je quitte donc le vallon de Quersqueley, accompagné de Bonifacio, de Garcia et de Tacoman, l'émissaire du cacique Saïhuéqué.
Mais les éléments semblent s'être donné le mot pour nous créer des difficultés !
A peine sommes-nous en route que nous voilà assaillis par la pluie et la grêle. Nous avançons péniblement. Les chevaux sont effrayés et nous avons toutes les peines du mionde à les faire mar-
cher. Nous passons la nuit auprès de la lagune dTépetrem et nous ne donnons que d'un œil, car, à chaque instant, nous entendons, à travers la plaine, un galop effréné. C'est une jument qui a peur et après avoir rompu ses entraves se sauve, suivie par quelques-uns de ses compagnons.
Je m'étais endormi la tête appuyée sur ma selle, quand soudain je fus réveillé en sursaut. Mon oreiller était violemment tiré en arrière, sans que je puisse savoir d'où provenaient les secousses. Mes chiens aboyaient furieusement et s'élançaient par dessus ma tète.
Je me précipitai sur mon revolver, croyant à une attaque d'Indiens et je me tins prêt à toute éventualité. Mais bientôt je n'entendis plus rien. Cette fausse alerte était due à la présence d'un renard affamé qui s'était approché sournoisement de mon campement et, ne trouvant rien à manger, s'était rabattu sur les courroies de mon équipement, qu'il rongeait avec gloutonnerie. Poursuivi par un chien, l'indiscret visiteur réussit à s'échapper et tout autour de moi redevint calme.
Enfin, quand le soleil paraît, le ciel s'éclaircit; nous avons une lueur d'espoir. Mais, au moment où nous nous remettons en route, la grêle et la pluie recommencent à tomber. Bonifacio voudrait