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INDIGÈNE

GARCIA et Bonifacio se dirigent (10 Novembre) sur TAgu^da del Guanaco * avec le chariot et la plus grande partie de la caravane. Je les accompagne pendant un certain temps^ puis, sous la direction de Tacoman, je coupe à travers la sierra poussant devant moi des ulules et des chevaux chargés de présents pour le cacique Saïhuéqué.

Dans le lointain, à notre droite, se profile la ligne blanchâtre des Andes neigeuses; des oiseaux passent devant nous en rasant le sol, des guanacos se sauvent effarés à notre approche et, après quelques gambades, s'arrêtent et nous fixent de loin d'un oeil étonné. Çà et là, un léger nuage de poussière s'élève derrière des autruches qui

1. Nom d'un parage dont la traduction est « la source du guanaco »,

no VOYAGE EN PATAGONIE

fuient, la tête penchée en avant, comme des cyclistes qui cherchent à battre un record.

Nous pénétrons au milieu d'un dédale de rochers; la contrée paraît avoir été bouleversée par de terribles éruptions volcaniques.

Des colonnes de fumée qui s'élèvent à l'horizon nous indiquent l'emplacement du campement de Saïhuéqué. Depuis hier déjà, nous apercevons ces signaux que le cacique nous fait pour diriger nos pas dans la montagne ; nous lui répondons de la même manière. Des feux apparaissent alors distinctement, jetant une teinte pourpre sur le fond du paysage qui s'offre à nous.

Les coteaux environnants s'embrasent ; le spectacle devient féerique.

On voit que Saïhuéqué a tenu à me bien recevoir et a préparé en mon honneur un feu d'artifice grandiose. Mais là ne s'arrête pas le cérémonial réglé par le cacique lui-même, pour ma réception aux tentes. La fête indigène ne serait pas complète sans une brillante fantasia. Aussi, de tous côtés, de la plaine, des collines, des monts, se précipite une véritable avalanche de cavaliers qui fondent sur nous à bride abattue. Au moment où ils vont nous atteindre, ils décrivent un demi-cercle et se dirigent au galop sur le camp en poussant des cris de

CHEZ SAÏHUÉQUÈ

triompl],e auxquels répondent des YOix aiguës, des voix de femmes et d'enfants.

Quelques minutes aprës, nous arrivons à l'entrée du vallon où SalhuéquÔ a installé ses pénates.

Six toldos, rangés sur une seule ligne, l'entrée faisant face au soleil levant suivant la coutume indienne, barrent la plaine, semblables à de gigantesques tortues majestueuses et terrifiantes.

Je m'avance seul vers ces tentesl

Saïhuéqué, vêtu d'un chiripan * et la tête couverte d'une sorte de sombrero*, vient à ma rencontre.

€ Tu es le bienvenu parmi nous, me dit-il, et nous te remercions d'avoir consenti à nous rendre visite. Nous sommes heureux de te recevoir sous ces humbles toldos, où tu trouveras la plus franche hospitalité. >

Pendant que parle le chef, toutes les femmes de la tribu, jeunes et vieilles, drapées dans leurs manteaux des grands jours, la poitrine ornée de larges plaques d'argent assez semblables à d'énormes sequins se tournent vers le levant et entonnent un chant monotone qui est, paraît-il, chez les Indiens, un cantique d'allégresse.

« Ces chants, m'explique Saïhuéqué, par les quels on célèbre ton arrivée, sont ceux que nous avons coutume de faire entendre quand un frère vient de l'autre côté de la grande eau saluer ses frères araucans; nos femmes se réjouissent de ta venue.

Le cacique m'invite alors à descendre de cheval

1. Pièce d'étoffe qu'emploient les gauchos argentins et les Indiens en guise de pantalon.

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