RETOUR DE CHASSE
des plats de bois, des cuillers en corne^ etc.
A cinq heures de Taprès-midi, au moment où je disposais dans mes caisses les objets que j'avais récoltés, un bruit sourd, pareil à celui d'un éboulement lointain, parvint à mes oreilles. Je sortis de mon toldo et j'explorai l'horizon. Ce sont les chasseurs qui reviennent. A plusieurs centaines de mètres devant moi une troupe de chiens arrive en gambadant dans la poussière ; derrière, des cavaliers de belle allure galopent en rangs serrés. Bientôt la troupe est au campement. Des cris de triomphe, des vivats enthousiastes partent de tous côtés ! La journée a été bonne : au tableau, il y a sept guanacos et trois autruches, dont un mâle.
Saïhuéqué est le roi de la chasse. A lui seul, il a pris deux autruches et deux guanacos, qu'il a attachés à sa selle. Il paraît très fier et c'est en se rengorgeant qu'il fait son entrée parmi les siens Je crois qu'il va prendre quelque repos. Ah bien oui ! Cet homme est infatigable. Il fait aussitôt appeler Tacoman et lui ordonne de m'avertir que le palabre aura lieu au coucher du soleil. Maudit palabre ! je m'en souviendrai! Gomme j'ai encore trois quarts d'heure de bon, j'en profite pour mensurer M"" Saïhuéqué. En Europe cela pourrait paraître inconvenant, mais en Patagonie on n'y
prête aucune attention. Très bien constituées les jeunes Patagones. Elles ont des bras et des jambes d'athlètes et des poitrines menaçantes. Leur tête est un peu petite, il est vrai^ mais le bas des reins est extrêmement développé. C'est une compensation. J'allais continuer mes recherches anthropométriques quand on vint me dire que Saïhuéqué m'attendait.
Le palabre fini, Saïhuéqué m'invita à aller me reposer. « Dors bien, me dit-il, car demain on se lève de bonne heure. Nous allons au lever du jour commencer à fêter le kamarouko. » Le kamarouko, je crois l'avoir déjà dit, est la grande fête religieuse des Indiens. On le célèbre ordinairement pour demander une grâce à Dieu ou pour le remercier de l'heureuse issue d'une entreprise. Il y a certaines époques de Tannée où le kamarouko a lieu : avant les grandes chasses aux guanacos, et au retour de ces chasses; on le célèbre aussi quand un membre de la tribu part accomplir un voyage ou une mission.