CHAPITRE X
LA CÉLÉBRATION DU KAMAROUKO. — LES CHEVAUX PEINTS. — LA POURSUITE DU MAUVAIS SORT. — LES DANSES.
LE 12 Novembre. — Avant le lever du jour toute la tribu est déjà sur pied. A la lueur de grands feux, les femmes revêtent leurs plus beaux costumes et se peignent la figure en rouge. Certaines rehaussent cet ornement de points blancs et bleus au-dessous des yeux.
Gomme je m'enquérais du besoin qui poussait ainsi ce» femmes à s*enduire de peinture, une d'elles me répondit :
(( C'est pour préserver la peau du visage de râpreté du vent. »
Cette explication me stupéfia. Où la coquetterie va-t-elle se nicher?
Dès que paraît le soleil, toutes les Indiennes, se tournant vers Tastre naissant, entonnent une sorte de mélopée qui a quelque chose de lugubre au milieu de ce désert.
Par moments, une seule voix s'élève, dominant les autres, aiguë, criarde, puis le chœur reprend de plus belle.
Dans ces chants, les Indiennes demandent au Dieu qui, pour elles, je pense, est incarné dans le soleil (bien qu'elles aient deux mots pour désigner et Dieu et le soleil) de seconder leurs vœux.
Les hommes, pendant que le concert des femmes continue, sont allés chercher deux chevaux, l'un blanc et l'autre bai.
Le cheval blanc a les yeux entourés de cercle» rouges et le corps couvert de rayures de même couleur.
Le cheval bai, lui, est peint en blanc. Les queues de ces deux animaux sont artistement tressées et ornées de grelots. Un riche harnachement leur recouvre le dos.
Tacoman et un autre fils du cacique enfourchent les deux bôtes.
Ce sont ces deux jeunes indigènes de marque qui conduiront la fête.
D'après le rite indien, les conducteurs doivent être vierges; c'est une condition essentielle. Ordinairement le kamarouko est conduit par autant de femmes que d'hommes, c'est-à-dire par un Indien et une Indienne, pu deux Indiens et deux Indiennes.
CÉRÉMONIE DU KAMAROUKO 133
Le rite de la cérémonie n'est donc pas observé aujourd'hui, puisque ce sont deux hommes qui dirigent. On murmure — mais il y a de si méchantes langues chez les Araucans — que les filles du cacique ne remplissent pas les conditions de virginité prescrites pour être les reines de la cérémonie.
Les préparatifs terminés, tous les hommes de la tribu harnachent leurs chevaux et sautent en selle. A leur tête marche le cacique dans son costume d*apparat.
Le kamarouko va commencer par la poursuite du mauvais sort, du Welkaufeu ; les conducteurs partent au galop, brandissant de longues tiges de lances ornées de pavillons ; toute la tribu à cheval les suit ; ils tournent en cercle devant les tentes, s'arrètant en face du soleil levant, criant, gesticulant et tendant la main vers Tastre ; puis ils plantent leurs pavillons en ligne droite au milieu du cercle qu'ils décrivaient.
C'est en ce point que s'organisent les danses. Les femmes apportent aux hommes du lait ou de l'alcool et ceux-ci, du haut de leurs montures, la main élevée, renversent peu à peu le liquide, l'offrant au dieu et balbutiant des invocations. Quand les hommes ont terminé cette cérémonie.
les femmes la recommencent. Les cavaliers descendent de leurs montures. Les conducteurs de la fête, placés à queltjues mètres en avant de la ligne des pavillons, toujours face au soleil levant, s'asseoient à terre. Ils ne bougeront plus de Tendroit où ils sont maintenant. C'est alors que Ton tue lejs animaux qui doivent figurer au festin. J'ai fait venir deux juments que j'offre à Saïhuéqué en signe de reconnaissance. Des vaches ont été amenées de la montagne. Avec les juments elles vont servir de nourriture au campement pendant les trois jours que durera la fête.
Les animaux qui sont désignés pour être mis à mort aujourd'hui — une jument et une vache — sont immédiatement lassés*, égorgés et dépecés. Le dépeçage de la jument se pratique d'une façon spéciale.
On coupe la peau des jambes de devant à la hauteur des genoux, puis on la rabat sur le sabot de l'animal. On l'enlève ensuite avec précaution et on obtient ainsi une sorte de botte souple, sans couture, dont se chaussent la plupart des Indiens de la contrée. Cette chaussure, singulièrement forte, prend en espagnol le nom de botas de potros ^.