‹ Voyage en PatagonieChapitre 5 sur 100 · MARIANO UNARÈS. — CURIEUSES TROUVAILLES · texte numérisé non relu

MARIANO UNARÈS. — CURIEUSES TROUVAILLES

A LA fin de Décembre 1895, par un froid de douze degrés au-dessous de zéro, je quittais la France, et au milieu de janvier 1896, j'arrivais à Buenos-Aires où la température était brûlante, car je tombais en pleine canicule.

Après avoir obtenu du gouvernement argentin toutes les facilités désirables, je m'embarquais le 11 Mars à bord d'un petit vapeur La Vacca à destination de Carmen de Patagones.

6 VoYagë en PAÎAGOSIÉ

Trois jours après nous jetions Tancre dans le Rio Negro, à gauche du pittoresque village de Carmen.

Bien étrange, ce coin de paysage ! Sur les flancs d'une colline abrupte, les maisons s'entassent, s'étagent et semblent ne former qu'une seule masse blanche coupée par intervalles de lignes sablonneuses sur lesquelles croît une herbe longue et jaune. Mais ce qui surprend le plus le voyageur, c'est de voir tout à coup apparaître sur le toit d'une habitation une chèvre, un cheval et quelquefois deux ou trois chevaux qui paissent tranquillement, pendant qu'en bas une femme assise devant sa porte se livre à quelque ouvrage manuel.

J'avoue que ces pâturages aériens me surprirent fort.

Je me renseignai et j'appris que c'était lepampero qui amenait ainsi sur le toit des maisons des couches de sable sur lesquelles l'herbe ne tardait pas à pousser. Le pampero est un vent terrible qui, lorsqu'il souffle en rafales, balaye tout sur son passage avec la brutalité d'une avalanche.

A Carmen de Patagones, on connaît le pampero et on le craint, car on ne le voit jamais souffler sans inquiétude pour la vieille tour, seul orne-

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thent du pays, qui date de la première occupation des Espagnols. On tient à ses monuments, que diable ! surtout quand on n'en a qu'un. Cette tour, je m'empresse de le dire, n'a cependant rien de bien artistique, mais enfin c'est une tour, et dans un pays où toutes les maisons sont uniformes, ou à peu près, cette masse grise qui s'élève donne au tableau, très monotone, un cachet particulier.

La Tour de Carmen de Patagones est un peu pour les naturels de cette région ce qu'est la Tour de Porcelaine pour les habitants du Céleste Empire.

— Ces Maraçathes, voyez-vous, me disait mon guide, tiennent à leur tour comme à leurs yeux.

Ce mot de Maragathes à désinence antique éveilla ma curiosité. On m'expliqua ce qu'il signifiait.

— On appelle Maragathes les habitants de Carmen parce qu'autrefois ils faisaient leur nourriture des maras^, sorte de lièvres, alors très communs dans ces parages.

Je n'insistai point. Je venais de voir des chevaux paître sur les toits et je comprenais qu'il n'y

1. En réalité lemara est un agouti; son nom scientifique est la dolichùtis patagonicus.

avait aucune raison pour que les lièvres ne vinssent point gîter sur les collines. Ne faut-il pas que de temps à autre se produise quelque anomalie dans la nature ! Chez nous, les lièvres vivent dans les plaines ; à Carmen de ^atagones, ils affectionnent les sommets . ; . . .

Question de latitude après tout !

A gauche du Rio Negro s'étend au milieu d'une pampa un village moderne qui, en souvenir du premier gouverneur du territoire, a reçu le nom de Viedma. C'est là que je descends. Grâce à l'obligeance du ministre des finances de Buenos- AireSjje suis nourri et logé chez le receveur des douanes, un homme des plus aimables qui a le bon esprit de ne pas m'entretenir, comme la plupart des fonctionnaires français, de ses histoires de service. Il me fait visiter le pays et me donne de longues explications qui ne m'apprennent rien de nouveau. Il me dit que le village est divisé en grands carrés suivant la mode argentine, que chaque carré s'appelle cuadra, mesure 113 mètres de côté — pourquoi 113 mètres? — et que les rues sont presque toujours parallèles. Ces détails ne satisfaisant pas suffisamment ma curiosité d'explorateur, je me livre à une petite enquête dans le pays et découvre, hélas ! que Viedma possède

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