‹ Voyage en PatagonieChapitre 52 sur 100 · UN BANQUET · texte numérisé non relu

UN BANQUET

LE 13 Novembre. — La première journée du kamapouko m'a fatigué. J'ai très mal dormi et j'éprouve à mon réveil une surprise désagréable, car je me rappelle que la fête n'est pas terminée.

Cependant Fentrain est passé. Les Araucans, mal remis de leur nuit d'orgie, sont tristes et silencieux.

Nous nous mettons à table ! La veille j'ai encore fait bonne contenance, mais aujourd'hui je sens mon cœur défaillir. Il faut dire aussi que j'ai assisté aux préparatifs du repas

Dans une tchaia, sorte de grande marmite en fer, une Indienne a jeté des morceaux de viande qui ont été coupés sur le sol, là même où quelques instants auparavant se vautrait un enfant nu,

tout barbouillé de crasse. La femme a les mains

tellement sales et noires qu'on ne peut plus distinguer la couleur cuivrée de sa peau. Gomme le récipient est trop étroit pour contenir toute la viande, elle retire certains morceaux qui lui paraissent assez cuits, les pose à terre et les remplace par d'autres.

Quand le dîner est prêt, on nous donne à chacun une écuelle de bois encore pleine de graisse que les chiens léchaient, il y a quelques minutes, et les Indiens dégustent avec appétit cette nourriture, peut-être substantielle, mais à coup sûr très malpropre.

A un moment, je jette hors dutoldo un os auquel adhèrent encore quelques lambeaux de viande.

Les chiens qui m'observent du coin de l'œil, se précipitent sur cette proie. Mais une Indienne a vu mon mouvement. Rapide, elle se met à la poursuite des bêtes et leur dispute l'os avec un acharnement de hyène. Elle a enfin raison des chiens. Revenant alors vers nous, elle remet lo débris dans la marmite d'où un homme le relire pour le porter gloutonnement à sa bouche.

Je suis écœuré, mes traits se contractent de dégoût, et quand même je souris aimablement en regardant mes hôtes.

Le jour suivant la fête continue mais elle est

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