‹ Voyage en PatagonieChapitre 53 sur 100 · SUR LE DÉPART · texte numérisé non relu

SUR LE DÉPART

bien morne, car la plupart des Indiens ne sont pas en état d'y figurer. Saïhuéqué lui-même paraît avachi. Je le vois qui somnole sur le seuil de sa tente ; sa tète se balance, va de droite et de gauche pour retomber ensuite.

Je ne veux pas le réveiller. Cependant, comme son sommeil se prolonge, je lui fais dire par mon interprète ordinaire Tacoman que j'ai l'intention de le quitter le lendemain.

Le cacique me fait répondre qu'il regrette de ne pouvoir me parler aujourd'hui, qu'ilest trop malade.

« Demain, ajoute l'interprète, Saïhuéqué sera guéri et vous accompagnera jusqu'à votre campement. »

14 Novembre. — Je suis réveillé par des cris bizarres. Ce sont des femmes qui chantent. Que se passe-t-il donc?

J'interroge et j'apprends que c'est le fils aîné de Saïhuéqué qui arrive de Viedma porteur d'une lettre dans laquelle le gouvernement argentin concède douze lieues de terrain au cacique et à sa tribu du côté du rio Teca.

Cependant le fils du cacique a de la méfiance. Il a en main un écrit, il est vrai, mais, comme il ne sait pas lire ce qu'il contient, il est rempli de crainte.

S*avançant vers moi, il me prie de lui tr^iduire exactement le contenu du parchemin. Lorsque je Tai assuré que le gouvernement argentin accorde bien à son père douze lieues de territoire, il me dit :

(( Je suis heureux, frère, de constater que ce papier exprime la promesse exacte del senor Gobernio * .

— Cependant, fais-je remarquer, il vous avait donné sa parole.

— Oui, me répond l'Indien en souriant, mais il aurait pu ne pas la tenir. »

On voit combien les araucans se méfient des gens civilisés. Après tout, ils ont peut-être leurs raisons pour se montrer si soupçonneux.

A neuf heures du matin, je quitte le campement de Saïhuéqué. Au moment où je vais prendre congé de mes hôtes, le cacique me prie de lui écrire une lettre dans laquelle je m'engage solennellement à être son ami pour la vie.

Je fais cette lettre et ce que j'écris est sincère. Cet homme m'a témoigné de l'amitié ; je lui en garde au fond du cœur une reconnaissance vraie. . Les adieux sont touchants. Il me semble que je quitte une famille avec laquelle j'ai vécu plusieurs années. Saïhuéqué pleure et ses filles aussi.

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