‹ Voyage en PatagonieChapitre 54 sur 100 · Monsieur le Gouvernement · texte numérisé non relu

Monsieur le Gouvernement

DISPARITION DE LA CARAVANE 14i)

Le cacique a voulu m'accompagner jusqu'à mon campement. J'accepte son offre. Encore un dernier adieu dans le lointain et nous disparaissons, Saï huéqué et moi, au détour d'une sierra.

Fort heureusement, j*ai eu soin de prendre à mon arrivée des points de repère, ce qui me permet de retrouver mon chemin.

Le cacique ne connaît pas la contrée. Nous galopons une bonne partie du jour à travers des bandes de petits rats appelés Tucu-Tucu qui minent le terrain comme le feraient des taupes dans nos pays.

Enfin, à la nuit tombante, nous arrivons à TAguada^del Guanaco où j'ai dit à mes gauchos de m'attendre. Mes hommes ne sont plus là. Force nous est de continuer notre route, exténués, rompus, fourbus, comme les troupiers de Kam-Hill à la recherche de Saint-Nazaire.

Il fait nuit, une nuit noire. De temps à autre l'un de nous descend de cheval, frotte une allumette et cherche, sur le sol, des traces de pas.

Nous sommes dans la bonne direction ; nous retrouvons les empreintes des sabots des mules ; mais jusqu'où est allée l'expédition ?

A onze heures du soir, nos chevaux, qui n'en peuvent plus, refusent d'avancer. Nous mettons

i:iO VOYAGE EN PATAGONIE

pied à terre et après avoir dessellé nos montures et les avoir entravées pour qu'elles ne puissent s*écarter, nous nous étendons sur le sol sans avoir même la force de manger.

15 Novembre. — Au matin, nous nous remettons en marche, le cœur triste, pleins d'inquiétude. Je commence à trouver Texistence d'explorateur peu folâtre et je regrette un peu mon toldo de Paris. Pour comble de malheur, le pampero souffle avec violence.

Nous luttons contre le vent comme nous pouvons et nous arrivons enfin dans la vallée du Rio Ghico.

Là, une surprise m'attend. Je retrouve mon chariot et mes hommes. Ils ont dû avancer jusqu'à ce point, trouvant sur leur parcours toutes les sources taries ; les malheureux ont eu, pendant deux jours, à souffrir de la soif.

Saïhuéqué s'en retourne chez lui les poches bourrées de cadeaux. Il savait bien, le vieux madré, qu'il ne viendrait pas en vain jusqu'à mon campement.

Le 16 Novembre, nous touchons à Fofocahual*, grande et fertile vallée arrosée par le rio Ghubut, fleuve qui prend sa source près de là daïis les Cordillères.

1, Cheval fou.

Page 1