EN ROUTE VERS LE SVD
Cette vallée dépend de rétablissement anglais de Machinchao. Fort heureusement le gérant n*est pas anglais. C'est un brave Danois qui, tout heureux de recevoir des visiteurs, est avec nous d'une amabilité touchante.
Je passe trois jours à Fofocahual, le temps de permettre à mon gaucho Garcia de combiner un attelage à cinq mules, car il va y avoir du tirage. Nous arrivons en effet dans les Cordillères et les routes y sont parfois d'un accès difficile.
J'explore un peu la vallée.
Quels sites ravissants ! Quelle végétation ! Fofocahual est une véritable oasis au milieu de la solitude environnante. On y rencontre une multitude d'oiseaux aux plumages variés et des plantes odoriférantes. Je crois rêver.
Le 20 Novembre, je quitte, à regret, Fofocahual pour me diriger vers l'Ouest et je parviens le lendemain à l'arroyo Lélègue qui roule ses flots paisibles au pied de la première chaîne des Andes. Plus nous avançons et plus la campagne devient fertile. Cette région a un aspect de richesse et de gaîté qui nous repose un peu des hauts plateaux sablonneux que nous venons de parcourir.
22 Novembre. — Nous quittons Lélègue et poursuivons notre marche vers le Sud.
Nos chiens se battent avec un sorino qu'ils étranglent, mais les pauvres bêtes affolées vont se jeter dans un cours d*eau voisin pour se débarrasser de Todeur insupportable dont elles sont imprégnées. Si le sorino n'est pas un gros animal, il est cependant d'un réel courage et il a en outre à sa disposition un moyen de défense terrible. Gomme les skonx, il possède dans la partie postérieure de son corps une poche remplie d'un liquide abondant qu'il lance sur ses adversaires. Cette sécrétion exhale une odeur tellement infecte qu'elle vous prend au nez à plusieurs centaines de mètres de distance.
Nous allons camper auprès de Tarroyo Ma-
rioca ; le lendemain matin, après plusieurs heures
de marche à travers un terrain rocailleux, après
avoir franchi cinq fois l'arroyo Marioca et deux
fois l'arroyo Lepa, nous escaladons avec notre
chariot des collines élevées pour redescendre, de
l'autre côté, dans une grande vallée appelée par
les Indiens « Gualkaïna > . Cette vallée arrosée par
la rivière Teca est toute verdoyante ; mais on n'y voit pas un arbre ni un arbuste : c'est la prairie
à perte de vue. La vallée de Gualkaïna est peuplée d'une infinité de lamas et d'autruches qui se sauvent à notre approche ; nous apercevons aussi une