Arbuste très commun en Patagonie
CHEZ SAKAMATA 163
Sur le aeuil de la tente du mattrei une femme
imposante et gracieuse tout à la fois, se tient
debout. Elle m'invite à descendre de dieval.
c Je suis, me dit-elle, la femme du Grand Chef.
Voici déjà longtemps qu'il espère ta venue et il croyait ne jamais te voir. Il pensait que tu avais déjà oublié la promesse ou que, semblable aux Araucans, tu écrivaia des cboses que tu ne pensais pas. Mais je vois avec bonheur que le Chef s'est trompé et 11 s'en réjouira. Ne comptant plus sur toi, il est parti dans la montagne avec tous les
hommes de la tribu. Car c'est en ce moment la saison des grandes chasses du wouelleyaî. Cependant, il a laissé au campement un de ses fils pour Favertir aussitôt dans le cas où tu viendrais. Nyanquetru partira ce soir même. Il aura rejoint le chef dans la nuit et demain Sakamata sera ici pour te recevoir. »
Gela dit, Tlndienne me fait entrer sous sa tente où, avec une bonne grâce parfaite, elle m'offre un charqué de guanaco trempé dans de la graisse d'autruche.
Une couche de peaux est jetée dans un coin du toldo ; je m'y étends et nous passons la soirée autour du feu en prenant du maté.
Pendant que la femme de Sakamata me fixe de ses grands yeux noirs qui brillent comme deux escarboucles, mon guide d'une voix un peu pâteuse m'explique ce qu'est le wouelleyaï.
« On appelle ainsi, me dit-il, les grandes chasses aux guanacos. Ces chasses sont ordinairement précédées de Kamaroukos destinés à appeler sur leur heureuse issue la bénédiction de la divinité toute-puissante. »
C'est l'époque la plus fructueuse de l'année pour l'Indien. Pendant les quelques semaines que durent ces chasses, on tue des quantités innom-
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brables de guanacos dont les peaux serviront à fabriquer le manteau indigène que Ton appelle wuaralka. Ce manteau est formé de treize peaux cousues ensemble et peintes à Tenvers du poil. Ces peaux doivent provenir d'animaux nouveaunds ou — ce qui est la suprême élégance — pris dans le ventre de la mère. Celles que les Indiens ne veulent pas conserver sont échangées à la côte ou avec quelques « pulperos » ambulants contre des vêtements européens, de la yerba, du tabac et surtout de l'alcool .
A l'époque des chasses, les vallées ressemblent à d'immenses charniers. Car le Peau-Rouge tue sans relâche. Ce ne sont partout que bêtes éventrées desquelles se repaissent les Indiens et leurs chiens. Ce qui reste est laissé aux condors qui font bombance.
Le gouvernement argentin a bien essayé de mettre un frein à cette furie de destruction, mais jusqu'à présent les lois qu'il a édictées n'ont pas encore été mises en vigueur.
D'ailleurs l'Indien ne respecterait pas les lois. Quand il chasse, il est atteint d'une sorte de folie, la folie du sang. Il faut qu'il massacre, qu'il plonge ses mains dans les flancs encore chauds de ses victimes, qu'il taille, coupe et dépèce.
Pendant le wouelleyaï, les Indiens ne sont plus des hommes, ce sont des tigres qui tuent pour le plaisir de tuer.