QUARTIER GÉNÉRAL DANS LA VALLÉE DE CHOIQUENILAHUÉ
LE 7 Décembre. — Dès que j'ouvre les yeux, je vois penchée sur ma couche la femme de Sakamata qui me raconte sans doute des choses fort intéressantes auxquelles, en Tabsence de mon interprète, je ne comprends pas un mot. Je crois deviner qu'elle me demande si j'ai bien dormi, si je n'ai pas fait de vilains rêves. Je lui réponds par gestes.
Elle disparaît quelques instants, puis revient bientôt m'apporter un maté. C'était la première fois que je prenais un maté dans mon lit. Pendant que je me lève, elle me fait cuire un rôti de guanaco. Cette femme tient décidément à l»en me soigner. Aussi pour ne pas être en reste d'amabilité, je lui offre un sac de sucre. Il faut croire que le présent lui fait grand plaisir car elle se
précipite sur moi et m'embrasse avec effusion en murmurant des paroles inintelligibles.
Je lui serre chaleureusement les mains, mais elle paraît très étonnée que je ne Tembrasse pas. Diable ! cela pourrait être dangereux. Si Sakamata arrivait à ce moment, que penserait-il ? Il
me prendrait pour quelque larron d'honneur poursuivant de ses assiduités les femmes de la Pampa. J'aurais beau lui expliquer que mes intentions sont pures, peut-être ne me croirait-il pas. Au risque de froisser un peu M'"* Sakamata je préfère ne pas me brouiller avec son mari.
Après avoir pris quelque nourriture, je me mets en attendant le retour du cacique à visiter la tolderia^. Tout le monde est sur pied dans le campement et déjà le vallon de Tomenwaou présente une animation extraordinaire. J'échange avec les indigènes quelques-unes de mes marchandises contre des pipes de pierre, des boleadoras, des manteaux, etc..
L'article qui semble le plus charmer mes nouveaux amis est la trompa, petite musique argentine tout à fait primitive qui rend des sons aigus et cristallins. J'en ai apporté une assez grande