LE RETOUR DU CACIQUE
épidémie n'a jusqu'à présent sévi dans ce pays privilégié, et si Flndien succombe dans la force de l'âge, c'est généralement d'accident. Dans une course échevelée à travers le désert, il tombe de cheval, se brise un membre et reste à terre jusqu'à ce qu'il ait rendu l'âme. Plusieurs mois après, on retrouve ses ossements qui blanchissent au soleil. Quelquefois aussi l'alcool fai^ son œuvre. Après de copieuses libations, des duels s'engagent dans la nuit. Un des combattants frappé par les boleadoras ou, — progrès de la civilisation, — percé d'un coup de couteau, s'abat sur le sol pour toujours.
Je demande à Sakamata l'autorisation de photographier ses sujets.
« Je m'efforcerai, me dit-il, de satisfaire à tes désirs, mais il faut pour cela que j'en réfère aux anciens de la tribu. Nous tiendrons alors un grand palabre. »
Ah ! ces caciques, je les reconnais tous là. Pour un rien, ils mettent en avant le grand palabre. C'est une façon polie de dire à l'étranger qui vient leur rendre visite : « Payez-vous une tournée ? >
Heureusement, j'ai emporté avec moi quelques bouteilles d'eau-de-vie de canne à sucre.
Le cacique, voyant que je ne suis pas un ennemi
du grand palabre, daigne alors s'intéresser beaucoup à moi. Il veut absolument savoir dans quelle direction se trouve mon pays, et si les femmes qui rbabitent sont jolies et caressantes. Puis il me pose d'autres questions.
« Combien de temps as-tu mis poui» venir ici ?
— Une année.
— As-tu souffert de ton voyage?
— Non.
— Dans ton pays, est-ce qu'on parle de nous?
— Très peu ; cependant on vous connaît.
— On connaît mon nom ?
— Pas le tien , mais celui des régions que tu habites .
— Et on ne connaît pas non plus Galvucura ?
— Pas du tout. »
Cette réponse le rend rêveur.
(( Sait-on, interroge-t-il de nouveau, ce que c'est que la chasse aux guanacos ?
— Non.
— Tu le leur apprendras?
— Je te le promets.
— Tu leur diras que nous sommes fiers, courageux et bons ?
— Oui.
— Tu leur diras aussi que Sakamata t'a traité
en ami ?