EN CHASSE
Don Eduardo doit me prêter des harnachements auxquels je pourrai assujettir des caisses de bois que j'espère remplir d^intéressantes collections.
Cependant, il me faut attendre quelques jours avant de me mettre en route, car Tun des gauchos de Don Eduardo a emporté tous les harnachements.
J'occupe mes loisirs à chasser et à préparer pour le Muséum les peaux de mes victimes. ^
Le gibier est assez varié dans la contrée. Outre les grands animaux, guanacos, autruches, huemules (grands cerfs), renards et pumas, je découvre du gibier de toutes sortes. Je fais de véritables hécatombes de canards aux plumages multicolores, d'outardes, de perdrix et de tinamous. Dans de grands marais formés par le Genua et TApulé, je tue des flamants et des cigognes. Dans Tarroyo Apulé abondent les loutres et je parviens à m'en procurer une collection. J'ai aussi la chance d'abattre quelques hurons dont l'un d'une espèce rare vient heureusement compléter les collections du Muséum.
Un jour, je vais rendre visite à la vieille Thomassin qui me regarde d'un œil courroucé depuis que j'ai soumis son paysano à la cuisine macabre que l'on sait. Tout d'abord on me reçoit très froidement, mais la cana a vite fait fondre le gla-
cier qui s'élève entre la vieille Indienne et moi. -^ Quelle heureuse invention que l'alcool pour un explorateur ! — Quand elle a bien bu, e]le me prend les mains et me dit :
« Je ne t'en veux plus, tu es bon.
— Vraiment ?
— Oui, très bon et tu me plais. »
Allons, tout va bien. Je demande alors à la vieille si elle veut me donner sa nièce Maria pour femme. Et j'ajoute :
« Je te donnerai en échange deux juments. »
Mais l'Indienne fait signe que non.
« Je te donnerai trois juments.
— Non, répond la vieille.
— Je t'en donnerai quatre. »
Alors elle réfléchit. Dans ses yeux passe un éclair de convoitise, puis tout à coup elle me prend le bras.
« Quatre juments, dis-tu, c'est cher, très cher. Pourquoi ne m'épouserais-tu pas? Je coûte moins cher que Maria et je suis encore machacha (fille jeune et ardente, veut-elle exprimer en mauvais espagnol).»
Je me mets à rire aux éclats pendant que Juan, prenant au sérieux les paroles de l'Indienne, l'apostrophe en ces termes :