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MON PROJET DE MARIAGE

« Tu n'es pas honteuse, à ton âge, viega asquerosa y piojosa (vieille femme repoussante et pouilleuse), de faire de semblables propositions à un jeune homme ! >

Sur ces mots nous quittons la tente, au grand désappointement de Tlndienne, qui croit qu'elle vient par ses propositions bizarres de manquer une bonne affaire.

Le 19 Décembre, je quitte Ghoiquenilahué accompagné de mes deux gauchos Juan et Garcia et j'emmène avec moi six mules chargées de caisses. Don Eduardo nous indique la route que nous devons suivre pour nous rendre aux grands lacs. Nous nous dirigeons vers le Sud-Est et le soir nous campons auprès d'une lagune située à huit lieues de Ghoiquenilahué.

Botello nous a donné de la viande pour trois ou quatre jours; quelques tatous dont nous nous emparons dans l'après-midi viennent corser notre repas.

20 Décembre. — Nous nous remettons en route au milieu de sierras abruptes; les Indiens euxmêmes évitent de s'aventurer dans cette partie de la montagne où leurs chevaux s'estropieraient. Fort heureusement, nous n'avons avec nous que des mules. La corne de leurs pieds est très dure

)9e VOYAGE EN PATÂGONIE

et la pierre Toleanique sur laquelle nous marchons

leur entame à peine les sabots.

Au tournant d'une montagne de basalte, une

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troupe de chevaus se sauve devant nous ; ils grimpent les pentes les plus raides et leurs sabots, mordaat sur la pierre, provoquent des étincelles. Ce sont des cbevaux sauvages nés et élevés dans la sierra. Ces animaux, qui depuis des années se pro-

EXCURSION AU LAC MUNSTERS 191 créent en liberté, sont absolument imprenables; leur présence dans la contfée remonte à la première

occupation des Espagnols ; échappés du campement des conquérants, ils se sont multipliés à l'état libre et se sont constitué au milieu de ce rempart de montagnes un asile inviolable.

La journée avance et nous avons beau inspee-

ter rhorizon, nous ne voyons dans le lointain se dessiner le profil d'aucun Ijic; je consulte ma boussole : sans nous en apercevoir, nous nous sommes éloignés de notre direction primitive; nous marchons beaucoup trop au Nord ; je rectifie la direction et au' bout d'une heure nous découvrons au loin la première pointe du lac Munsters ; nous établissons notre campement nocturne sur le versant d'une colline surplombant le lac. A. côté de nous une source alimente un ruisseau qui descend en cascade dans la vallée.

21 Décembre. — Nous avons franchi la première pointe du lac Munsters, et nous entrons dans un vallon boisé. Une chaîne de collines nous cache le lac Golhué-Huapi. Heureusement un défilé s'offre à nous. Nous nous y engageons et bientôt à nos pieds s'étend une immense nappe d'eau entourée de roseaux : c'est le lac lui-même.

Des bandes de maras se sauvent à notre approche et sur le sommet des montagnes les guanacos nous regardent curieusement. Nous sommes peutêtre les premiers êtres humains qu'ils voient.

Une série de monticules descendent des sommets et viennent mourir au fond du vallon. On retrouve là d'anciens vestiges d'habitation. A nos pieds, des fragments d'obsidiane travaillés, des

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pointes de flèches, des couteaux de silex jonchent le sol. Nous sommes dans un des campements de prédilection des Indiens du premier âge. Partout des sépultures que l'on reconnaît à de grandes accumulations de pierres. Plus la famille de rindien mort était nombreuse, plus grand était le nombre des cailloux sous lesquels reposait la dépouille funèbre. Chaque indigène, en effet, était tenu d'apporter sa pierre sur la sépulture pour honorer la mémoire du défunt. Chaque tombe fait face au soleil levant; elle a vue aussi sur l'eau.

Comme je demandais un jour à un Indien la raison de cette coutume, il me répondit :

« Nous ne voulons pas que nos morts aient à souffrir de cette privation si terrible qui nous torture dans nos courses à travers le désert : le manque d'eau. C'est pourquoi nous les enterrons toujours à proximité d'une source, d'une rivière ou d'une lagune. »

Dans la plupart des sépultures de Colhué, je rencontre des ossements de maras brisés intentionnellement. Ces débris étaient jetés dans la tombe où ils devaient servir de nourriture au mort.

J'aurai d'ailleurs l'occasion de revenir sur la croyance des Indiens en une vie future et matérielle.

24 Décembre. — Après une nuit terrible coupée

de grêle et d'averses, nous nous rendons au Sud- Ouest du lac Golhué, non sans avoir eu soin d'enterrer les collections recueillies pour les reprendre à notre retour.

Nous allons camper dans une verdoyante pampa, immense boucle formée par le Golhué, le Munsters et le rio Senguer. Je continue mes fouilles dans les collines environnantes, mais le pampero souffle avec une telle violence que je suis obligé d'interrompre mes recherches. Il m'est impossible de me tenir debout. Je dois marcher en rampant. Au loin, je vois une bande d'autruches qui se débattent en vain contre ce vent furieux qui les saisit, les enlève de terre et les fait tournoyer comme des feuillea mortes. La tempête gronde sur le lac Munsters ; on dirait une mer en courroux. Le lac Golhué, au contraire, est très calme. G'est d'ailleurs une immense lagune qui se dessèche de jour en jour. Les Indiens croient qu'il existe dans le fond de ce lac un esprit qui absorbe journellement l'eau qui vient s'y jeter.

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