LES ROUTES DE PATAGONIE
aux eaux de se répandre de côté et d'autre. Gela demande beaucoup de temps, de travail et surtout d'argent. >
Mes gauchos éclatèrent de rire.
« Chez nous, me dirent-ils, voilà comment on construit une route: On attelle une charrette et on s'en va droit devant soi à travers des terrains encore vierges. La trace que laissent les roues indique le chemin. Si l'itinéraire est reconnu pratique, c'est-à-dire pas trop accidenté, si l'on y rencontre à des distances raisonnables de l'eau et du foin pour les animaux, d'autres personnes le suivent. Toutes les caravanes passent par ce chemin et l'on obtient bien vite une route aussi belle que celles que vous avez vues aux environs de Buenos-Ayres. »
Moi aussi, j'avais construit des routes en Patagonie et je ne m'en doutais pas !
Nous voilà donc partis, Botello, Garcia et moi, pour la colonie de Ghubut. Garcia conduit la charrette, Botello et moi suivons. Nous aurons quinze jours de marche avant d'arriver à la mer.
6 Janvier. — Nous nous réveillons harassés, moulus et nous avons une longue étape à accom plir. Nous avons campé sur les bords du Rio
Genua et toute la nuit j*ai été tourmenté par les moustiques patagons. Terribles et impitoyables, ces moustiques ! Us s'abattent sur vous par centaines et vous font endurer un supplice terrible auprès duquel celui que vous infligent les pu^aises pourrait presque passer pour une récréation.
8 Janvier. — Nous poursuivons notre marche vers le Nord-Est, par des chemins abrupts et rocailleux. Il nous faut à chaque instant pousser nos chariots, que nos mules tirent à plein collier. C'est ainsi que nous allons voyager pendant près de six cents kilomètres. Nous attendions des mules et des chevaux de renfort qui devaient nous arriver de Ghoiquenilahué, mais on nous a sans doute oubliés. Nous serons obligés d'accomplir tout le trajet avec les mêmes animaux ; il nous faut donc les ménager. Nous suivons, pour nous rendre à la colonie, une route nouvellement faite à la manière de celles dont j'ai parlé plus haut. Elle n'est pas encore très aplanie. A certains points, elle est très dangereuse, car d'énormes rochers avancent audessus de nos têtes leurs cimes menaçantes ! Par d'autres routes, les étapes sont plus longues, car il faut contourner les montagnes, l'eau est rare, mais on n'a pas à craindre les éboulements de rocs. Enfin !