I EL VALLE DE LOS MARTIROS
14 Janvier. — Nous remontons au Nord pour rencontrer le Rio Ghubut ; cette dernière partie de la route a quelque chose de terrible et d'impressionnant : partout des rochers, [des fossés, des pentes tellement rapides qu'on éprouve en les descendant une sorte de vertige. Le chariot est cahoté de droite et de gauche; parfois il descend avec une rapidité désordonnée ; fort heureusement des rocs amoncelés sur le sol servent de frein et arrêtent rénorme voiture dans sa course folle.
C'est, on le voit, un voyage peu agréable et je ne conseillerais pas à nos « chauffeurs » parisiens de se servir des freins patagons. Enfin, à un tournant, nous rencontrons la reposante verdure que nous avions déjà admirée dans le Nord, du côté de Fofocahual. Des saules d'un vert tendre ombragent les rives du Rio Ghubut. et je me réjouis comme un enfant à l'idée d'aller faire une sieste bien gagnée sous ce feuillage tentateur.
Le point où nous venons d'aboutir s'appelle el Valle de los Martiros (Vallée des Martyrs).
Cette contrée a été, il y a une quinzaine d'années, le théâtre d'un drame horrible que les habitants de la Patagonie ne se rappellent jamais sans un frisson d'épouvante.
Quatre Gallois de la colonie du Ghubut s'étaient
rendus aux Cordillères dans le but d'y rechercher des terrains propres à l'installation d'un établissement agricole.
Un cacique indien, dont malheureusement on ne put jamais savoir le nom, mais qu'on soupçonne fort être Saîhuéqué le bon Indien pacifique, fit demander aux voyageurs de se rendre à son campement. Pris de peur, les Gallois, au lieu d'accéder à l'invitation du Peau-Rouge, reprirent rapidement le chemin de la colonie. Ils venaient d'arriver dans la vallée à laquelle ils devaient, les malheureux, donner leur nom et ils se croyaient à l'abri de toutes poursuites. Ils marchaient allègrement, ayant déposé sur les mules leurs armes désormais inutiles quand tout à coup, au détour d'une sierra, une bande de vingt Indiens se présenta devant eux et les captura. Un seul des Gallois parvint à s'enfuir, grâce à la vigueur et à la rapidité de sa monture. Il apporta, après deux jours d'une course effrénée, la fatale nouvelle à ses amis.
Aussitôt le commissaire du gouvernement partit pour la vallée escorté de troupes de la police. Lorsqu'il fut arrivé à l'endroit où le guet-apens s'était produit, un horrible spectacle s'offrit à ses yeux. Les trois blancs gisaient inanimés; leurs membres épars jonchaient le sol. Us avaient été