‹ Voyage en PatagonieChapitre 77 sur 100 · EL VALLE DE LOS MARTIROS · texte numérisé non relu

EL VALLE DE LOS MARTIROS

martyrisés avec un raffinement de sauvagerie incroyable. On leur avait coupé le nez et les oreilles, arraché les yeux. Les bras, les jambes, les pieds, les mains avaient été sectionnés.

Le commissaire du gouvernement rendit les derniers devoirs à ces humbles colons et les fit ensevelir dans ce coin encore rouge de leur sang. Une modeste croix de bois grossièrement fabriquée indique seule au voyageur que là s'est déroulé un drame. Une croix dans le désert a quelque chose de lugubre, car elle rappelle ordinairement un épouvantable malheur.

Le commissaire du gouvernement se mit à la poursuite des criminels ; il les suivit à la trace jusqu'aux Cordillères de la Manzana, où s'élevaient les toldos de Saïhuéqué. Une enquête fut ouverte; des perquisitions eurent lieu qui ne donnèrent aucun résultat; Les soupçons permirent un moment de croire que l'on était sur la trace des coupables, mais le chef araucan — si c'était lui l'instigateur de cet assassinat — avait pris ses précautions. On ne trouva aucune preuve et l'abominable forfait resta impuni.

16 Janvier. — Après nous être reposés sur les bords du fieuve, nous nous mettons en marche au

coucher du sol^l et nous nous enfonçons dans les rochers. Pendant les deux premières lieues, nous voyageons dans un vallon des plus accidentés où nous manquons cent fais de nous rompre le cou. Vers minuit nous faisons une halte et sur un petit monticule nous soupons de quelques gâteaux de farine trempés dans du thé. Puis nous continuons notre route. Le lendemain, quand nous arrivons sur les rives du Ghubnt, nos chevaux sont boiteux et la corne de leurs sabots est littéralement usée.

17 Janvier. — Nous sommes maintenant en pleine canicule australe. On étouffe. Les rochers sont chauds comme des fours.

18 Janvier. — Nous arrivons enfin à l'entrée du territoire concédé par la République Argentine à la colonie galloise. En ce point appelé Boca de la Sanga commence un immense canal qui s'amorce dans le Rio Ghubut et qui sur une longueur de onze kilomètres irrigue deTOuestà TEst la colonie tout entière. A mesure que nous avançons, mon étonnement augmente.

C'est l'époque de la moisson : des champs de blé s'étendent à perte de vue sur les deux rives du fleuve et forment un constraste frappant avec

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