‹ Voyage en PatagonieChapitre 78 sur 100 · UNE COLONIE PROSPÈRE · texte numérisé non relu

UNE COLONIE PROSPÈRE

les solitudes que je quitte. Sur les hauts plateaux je n'avais rencontré que quelques arbustes rabougris et quelques autruches.

Ici, au contraire, tout respire la vie et la richesse. Partout j'aperçois des habitations cou-

vertes de tuiles, entourées d'un verger et d'arbres verdoyants. On se croirait en Touraine, J'apprends que ces coquettes maisons sont des fermes. J'en visite une au hasard et je suis tout étonné de la trouver si propre. Dès mon arrivée, une brave femme m'indique un si&ge et ensuite m'apporte une grosse miche de pain bis, du beurre et du thé aromatisé. Je me jette sur ce frugal repas

avec avidité. Brave femme dont j'ignore le nom

et que je ne reveprai probablement plus, je n'oublierai jamais votre pain bis et votre thé !

Quelques jours après nous traversons le premier village construit dans la colonie. On l'appelle Gaïman. C'est une sorte de bourg pittoresquement adossé au flanc delà colline, à deux pas du fleuve. Il n'y a qu'une seule rue dans Gaïman, rue assez large sur les côtés de laquelle s'alignent des magasins. Cent vingt habitants environ peuplent ce coin civilisé. Un peu plus loin des toits d'ardoises pointent à l'horizon. C'est le village de Trelew. Là est le centre de toute l'activité de la colonie. On y voit un chemin de fer à voie étroite qui relie le Chubut à l'Atlantique. On y trouve aussi un télégraphe et... même un téléphone. Puis voici Rawson, autre village de trois cent soixantedix habitants, bâti sur les deux rives du fleuve.

Ces trois petites villes sont dotées de quelques monuments: églises, écoles, hôtels, bazars, etc.. Des routes carrossables les relient entre elles. Quand on songe aux difficultés qu'ont dû surmonter les courageux colons qui ont édifié ces bourgs, on reste stupéfait. Tout est dû au labeur, ^ la persévérance. Pay surcroît de malhçuy 1©

RETOUR A CHOIQUENILAHUÉ 211

gouvernement argentin se trouvait au moment où fut fondée cette colonie en guerre avec le Paraguay. Mais bientôt le commerce devint florissant; les nouveaux habitants de ces terres inconnues avaient triomphé. Ils étaient maîtres du sol.

26 Janvier. — Don Eduardo a terminé ses achats. Je laisse à la gare de Trelew toutes mes collections et nous repartons pour Ghoiquenilahué. Nos véhicules sont bourrés de marchandises et je me fais une petite place au milieu des sacs de biscuit.

La veille au soir est partie pour la même direction une mission envoyée par le musée de La Plata ; je la retrouverai sans doute au rio Senguer. Nous nous décidons à revenir, cette fois-ci, par Tancienne route et nous brûlons les étapes, Don Eduardo désireux d'écouler sa pacotille auprès des indigènes et moi d'étudier d'un peu près les Indiens Tehuelches qui maintenant doivent avoir repris leurs campements dans la vallée du Senguer.

Nous apprenons en route que la mission argentine qui nous précédait à eu à ses chariots de graves accidents qui retardent sa marche et qu'elle est campée sur les bords du fleuve. La chaleur est toujours étouffante et nous avons hâte de quitter

les rives du Rio Ghubut pour être un peu débarrassé des insectes.

2Février. — Nous sommes arrivés à Paso de los Indios ; un Italien y habite seul; son plus proche voisin est à deux cent trente kilomètres ; heureusement son rancho est construit au bord du chemin par où passent les convois de chars qui se rendent au Teca et à la colonie Biez y seis de Octubre. Depuis trois jours nous n'avons à manger que du charqué; c'est en vain que nous voulons nous réapprovisionner : ritalien n'a pas le moindre morceau de viande ; demain il ira tuer une vache mais demain nous serons loin. Nous achetons un gros fromage qui pèse bien trois ou quatre kilogrammes. C'est toujours cela. Dans le désert on se contente de peu.

5 Février. — La pluie tombe à torrents ; nous n'en continuons pas moins notre marche et durant tout le jour nous avalons des kilomètres, ne nous reposant que juste le temps nécessaire pour laisser souffler nos hètes. Nous ne sommes plus qu'à une journée de route de Ghoiquenilahué.

Nous décidons de laisser manger les animaux pendant une couple d'heures et nous repartons,

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