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UNE SÉPULTURE DE CACIQUE

d'un chien. Une bouteille d'eau de floride, un flacon d'huile parfumée se cassent sous nos pioches.

Le fils de Lipitchoum a été enterré avec une pipe de bois à ses côtés, une boîte d'allumettes et même du tabac en tablettes. A son cou est attaché un collier fait de perles de verre et d'argent. Sa taille est serrée dans un ceinturon de même métal et sur l'une de ses cuisses brillent des boucles d'oreille, présent de quelque parente éplorée. Aux pieds, nous découvrons une bride et des étriers en argent massif; le mort tient dans la main droite ses boleadoras ; il a été enseveli complètement vêtu et son corps est recouvert d'une couche serrée de godets sphériques en argent et en cuivre.

Je recueille à la hâte tous ces objets et, à la nuit tombante, je reprends avec Juan le chemin de mon campement.

Le Chilien a déjà fui.

Je suis content car j'ai pu recueillir quelques documents qui fixent de façon irréfutable les croyances des Indiens à une vie future matérielle. Les chevaux que j'ai trouvés égorgés sur la tombe m'intriguaient ; depuis j'ai su pourquoi les Patagons immolent des bêtes sur les sépultures de leurs parents. C'est afin que le mort, lorsqu'il ressuscitera, puisse s'élancer rapidement dans les pro-

fondeurs des Cordillères, le Paradis présumé des Indiens.

9 Février. — C'est fête aujourd'hui au campement de Choiquenilahué. On y célèbre le ^M^cown- Rouka, la grande réjouissance profane des indigènes de la Patagonie.

La ôlle de l'Indien Mangekeké a atteint l'âge de puberté et c'est l'habitude de célébrer joyeusement les premières manifestations de la.nubilité chez la femme. Dès que le soleil paraît, les Indiennes revêtent leurs plus beaux cappams *, se parent de tous leurs bijoux et se mettent à chanter la figure tournée vers l'aurore.

Oh ! ces chants bizarres ! combien ils sont impressionnants malgré leur incohérence et leur naïveté. Parfois les voix s'élèvent et ce sont alors des accents étranges, saccadés que domine une note aiguë, toujours la même, monotone et triste comme le coassement du crapaud. Tantôt elles vont s'éteignant en des murmures qui ressemblent à la plainte du vent dans les roseaux. Puis les chants terminés, on commence à monter la tente de gala, le < rouka ), devant laquelle se réuniront vers midi les invités de Mangekeké.

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