UNE RÉCONCILIATION
Et pour me prouver le prix qu'il attache à mon pardon, cet homme ajoute :
« Quand je serai mort, tu pourras prendre mon squelette. Je te le donne. Mais tu sais, tu auras du mal à me faire cuire, car je suis gras, j'ai mangé beaucoup d'autruches et de guanacos. »
Et en disant cela le vieux Tehuelche se frappe sur le ventre.
J'ai peine à réprimer un éclat de rire.
« Non, lui dis-je, je ne veux pas de ton squelette. D'ailleurs tu me parais en bonne santé^ et quand tu seras mort, je serai déjà rentré dans mon pays...
— Cependant, reprend-il, tu tiens beaucoup à avoir nos squelettes, puisque tu as fait cuire mon cousin. Que fais-tu de nos ossements?
— Je les place dans une caisse, répondis-je.
— Et cette caisse, où la portes-tu ?
— Dans mon pays.
— Alors, les os de mon pauvre cousin vont quitter la Pampa pour toujours?
— Oui, mais je les placerai en France sous une belle vitrine, dans un grand temple que Ton nomme Muséum et où une foule de visiteurs viendra les admirer. Ils seront bien mieux là qu'enfouis dans la terre. »
Ce raisonnement ne satisfait l'Indien qu'à demi, mais comme il se montre plein de bonnes dispositions, j'en profite pour Je mensurer. Cette petite opération le rend inquiet. Il croit que je vais lui jeter un sort. J'ai beau lui expliquer que je suis son ami et ne lui veux aucun mal, il s'éloigne de moi à reculons et prend bientôt sa course à travers la Pampa en proférant des parole» que je ne puis comprendre.