UN AVENTURIER EXTRAORDINAIRE
Cet écumeur de la Pampa se nomme Aucencio.
Condamné par les tribunaux argentins, fait deux fois prisonnier, il a toujours réussi à s'échapper.
C'est un être étrange, dont la vie est sans doute plus étrange encore. Les histoires les plus curieuses courent sur ce bandit et ses coups d'audace sont célèbres dans toute la Patagonie.
Aucencio est principalement un voleur de chevaux et pour satisfaire cette singulière passion il emploie des ruses d'apache.
Cependant, si cet homme est un voleur, c'est avant tout un détraqué, un déséquilibré. Il ne profite pas de ses vols. Il ne conserve que les animaux qui lui sont absolument nécessaires et massacre les autres. Aucencio est aussi un gourmet. Il n'aime que la langue de cheval. Dès qu'il a capturé quelques animaux, il les tue et leur coupe la langue : c'est le seul mets qui convienne à son palais délicat.
Bien souvent les indigènes se sont mis à la poursuite de cet être bizarre qui disparaissait toujours, comme un fantôme, au moment où on croyait le tenir.
Maintenant il vit tranquille. Aucun Indien n'ose plus le poursuivre, et c'est à peine si l'on ose prononcer son nom ; on le considère comme l'émanation de l'Esprit du mal.
Tel le Juif Errant de voyageuse mémoire, Aucen-
cio circule sans trêve, à travers le territoire. Quand on le croit au Nord, on est tout étonné d'apprendre qu'il a commis un nouveau méfait dans le Sud.
Partout où il passe, il sème l'effroi. Il habite, croit-on, la pleine montagne entre le lac Viedma et le lac Argentine, derrière le rio Leona. C'est toujours dans ces environs qu'il disparait quand on lui donne la chasse. Une chose singulière, et qui contribue étrangement dans l'esprit des Indiens à rendre Aucencio redouté, c'est que lui seul peut traverser les rapides du rio Leona où nombre d'indigènes ont été engloutis.
La façon dont ce personnage de Fenimore Gooper capture les chevaux est assez curieuse. Il se dissimule dans la pampa derrière un guanaco mort et imite à la perfection le cri de cet animal. Il a soin, notons-le, de se cacher derrière un guanaco mâle, bête très difficile à forcer et que les Indiens ne poursuivent jamais pour cette raison. A la nuit tombante il sort de derrière sa dépouille et vêtu de peaux de lion, au nez des Indiens terrifiés, il enlève les tropillas. Quelquefois, avec une audace sans pareille, il vient tranquillement, en plein jour, prendre un cheval tout sellé qu'un Indien a attaché à un piquet près de sa tente. Il saute sur la bête et laisse à sa place son cheval fourbu.
AUCENCIO 255
Un jour, poursuivi par les troupes de la police, n'eut-il pas Taudace de voler leurs montures à ceux qui le « filaient » !
Un volume ne suffirait pas pour raconter les faits et gestes de cet aventurier extraordinaire
. 12 Mars. — C'est en vain que nous attendons Galohalpera. Jusqu'à présent nous n'avons aucune nouvelle de lui, et, comme nous ne pouv9ns rester continuellement dans la vallée du Rio Mayo, je donne le signal du départ.
.ÎN'ous allons camper à six lieues plus loin vers le Sud, auprès d'une lagune où les outardes abondent. Soudain un des gauchos me montre à l'horizon une colonne de fumée qui s'élève lentement.
« C'est sans doute Galchalpera qui nous fait des signaux.
— C'est probable. Il faut lui répondre. >
Nous embrasons un vallon voisin et nous attendons un peu inquiets, car dans cette contrée il faut toujours se méfier des colonnes de fumée. C'est, en effet, l'une des ruses du terrible Aucencio d'allumer des feux dans la pampa à l'époque où les Indiens se déplacent ; ceux-ci, croyant à la visite de l'un des leurs, répondent de même et lui indiquent ainsi l'emplacement du campement.
Le lendemain ils sont étonnés de ne plus retrouver leurs chevaux.
« Si c'était un signal d'Aucencio? me dit Juan.
— Ce serait fort désagréable, car le bandit pourrait bien nous dévaliser.
— Nous dévaliser ! reprend Juan avec indignation ; mais est-ce que je ne suis pas là, moi ? Aucencio est un homme après tout et un homme en vaut un autre. Partout où il passe, rien ne s'oppose à ce que je le suive... et j'aurais sa peau, soyez-en sûr, s'il se hasardait à venir dans ces parages.
— En attendant, repris-je, il aurait peut-être la langue de nos chevaux. >
Juan est furieux. Je réussis cependant à le' calmer en lui faisant comprendre qu'il est imprudent de s'exposer à un péril quand on peut l'éviter.
Les feux brûlent toujours dans le lointain et nous ne voyons rien venir. Décidément Galchalperame manque aussi de parole; il ne nous rejoindra plus maintenant.
La nuit venue, nous ne dormons que d'un œil.
Le lendemain matin je vais avec Rio explorer les environs où je découvre quelques sépultures indigènes que je m'empresse de fouiller. J'étais très occupé à mon travail de fossoyeur et je venais de découvrir un superbe crâne poli et luisant