CAPTURE D'UNE VACHE SAUVAGE
16 Mars. — Nous sommes campés sur les bords du rio Guinguel et nous venons à peine de nous installer pour passer la nuit quand nous entendons à cent mètres environ un terrible mugissement, et aux dernières lueurs du crépuscule nous apercevons une énorme vache sauvage qui paît dans la vallée. Nous nous réjouissons, car la viande allait bientôt nous faire défaut.
« Je vais capturer cette bète, » dit Juan.
Et le courageux gaucho, s'armant d'un lasso, enfourche sa jument et fond sur Tanimal.
Bientôt dans la vallée retentissent des mugissements répétés ; Juan est aux prises avec la vache.
Quelques minutes après, je vois apparaître mon gaucho triomphant. Il mène à sa remorque l'animal, qui se débat furieusement et tire de toutes ses forces sur l'attache en cherchant à la rompre: Parfois la vache s'élance frémissante, une écume sanglante aux naseaux, sur le vaillant chasseur qui l'évite en faisant décrire un crochet h sa monture. Mais la nuit est noire et il est impossible de servir la bète au couteau. Je saisis ma carabine et lui loge une balle dans le côté ; la blessure n'est pas mortelle. La vache fait un bond formidable et le lasso se casse. Juan a un lasso de réserve, il s'élance de nouveau à la poursuite de la bête.
qu'il capture une seconde fois. Alors Rio enfourche son cheval et, armé de ma carabine, va rachéver. Demain nous la dépècerons et ferons une ample provision de charqué.
17 Mars. — Nous sommes obligés de rester quelques jours sur les bords du Guinguel pour faire sécher notre charqué et nous abandonnons sur place les trois quarts de la vache laquelle, entre parenthèses, est un vieux taureau de taille gigantesque. Quel malheur que Moreteau ne soit pas là ! Il aurait pu se réapprovisionner et n'eût pas été obligé de tuer sa pauvre jument!
21 Mars. — A partir du Guinguel, nous devons nous diriger à la boussole; mais comme la boussole n'indique point les endroits où il faut passer pour se procurer de Teau, je suis obligé de m'en rapporter au flair de mes gauchos. Nous allons coucher dans un petit vallon arrosé par un ruisseau limpide. Cet arroyo porte sur les cartes le nom de Auk-Guirl.
Je reste deux jours dans cette contrée gaie et verdoyante à chasser Tautruche et à faire des recherches anthropologiques.
24 Mars. — Nous continuons notre marche au