TROIS MULES ÉGARÉES
petit bonheur, nous efforçant de suivre à la piste la route tracée par les anciennes caravanes indiennes. Des crottins de chevaux desséchés rencontrés de distance en distance nous indiquent que nous sommes dans la bonne voie.
Après avoir parcouru environ trente-cinq kilomètres au milieu d'une contrée rocailleuse et accidentée, nous aboutissons à un cirque étroit fermé par de hautes collines.
Le long des flancs abrupts de ces masses de rocs coule un petit arroyo près duquel nous installons notre campement. Le lendemain, quand nous voulons reprendre notre route, il nous manque trois mules, et il nous est impossible de continuer le voyage avant de les avoir retrouvées.
Serait-ce une farce d'Aucencio ?
Juan se met immédiatement en campagne.
« Si c'est ce misérable Aucencio qui a fait le coup, nous dit-il, je rassomme avec mes boleadoras.
— Il faudrait d^abord l'apercevoir, dis-je.
— Oh! je l'apercevrai bien. »
Dans l'après-midi Juan rentre harassé. Il n'a pas vu les mules.
« Les rosses, dit le gaucho, elles ont déjà retraversé l'Auk-Guirl. J'ai suivi leur trace jus-
qu'au fleuve. Mais je suis sûr que ce n'est pas Aucencio qui les a volées. Elles s'en retournent tranquillement en suivant la route que nous avons prise. Elles doivent avoir maintenant une terrible avance et qui. sait où je pourrai les rejoindre. Dès demain je repartirai en emmenant avec moi un cheval de réserve. »
Le lendemain il fit comme il l'avait dit.
Pendant qu'il recherche les mules, j'explore la région.
Derrière les collines bordant notre campement s'étend une immense vallée qui s'ouvre de l'Ouest à l'Est. On l'appelle vallée du Rio Deseado*. Partout des marais immenses et des ruisseaux fangeux. C'est en vain que me fiant aux cartes que j'ai sous les. yeux je cherche le Rio Deseado qui y est indiqué. Je ne trouve aucune trace de cette rivière. Du côté de l'Atlantique, Burmeister fit d'ailleurs la même remarque. Le Rio Deseado n'existe donc pas. C'est une chimère née dans l'esprit des premiers conquérants espagnols, sans doute assoiffés, et qui donnèrent pompeusement le nom- de fleuve à un méchant ruisseau.
Au détour d'une sierra, une caverne s'ofire à moi. Elle a environ douze mètres de fond sur