‹ Voyage en PatagonieChapitre 96 sur 100 · UNE CAVERNE DE L'AGE DE PIERRE · texte numérisé non relu

UNE CAVERNE DE L'AGE DE PIERRE

quatorze de large. Elle a dû être habitée, car les parois en sont noircies par la fumée. Sur le sol une épaisse couche de poussière blanche indique que cette habitation est désertée depuis longtemps. En creusant un peu, je trouve un épais lit de cendres et des ossements de lamas. Une flèche de silex, que je découvre à l'entrée, m'indique que cette caverne servit d'habitation lors de l'âge de pierre patagonique. J'appelle cette grotte « la Caverne de l'Homme >. Quelques centaines de mètres plus loin, sur un rocher, j'aperçois des hiéroglyphes peints en rouge. Les collines avoisinantes sont jonchées de sépultures» C'est sans doute là qu'ont dû être enterrés les habitants de la caverne. «

Je rentre le soir très fatigué et très inquiet, car Juan n'est pas revenu. Il nous sera impossible de rester longtemps dans ce coin où le gibier manque totalement. Nous devons, pour l'instant, nous contenter de notre charqué de vache | mais il est devenu dur comme du bois et presque impossible à mâcher. Pour l'amollir un peu, nous devons le broyer entre deux pierres.

2 Avril. — Voici déjà une semaine que je moisis dans ce campement, et je n'ai encore aucune nou-

velle de Juan ; il sera sans doute remonté jusqu'à Ghoiquenilahué ; c'est Tavis de Rio, et Juan, dans cette dernière hypothèse, sera ici ce soir ou demain, me dit mon gaucho..

Je suis déjà rentré sous ma tente et je commence à m'endormir quand un aboiement prolongé de Lindo m'annonce qu'il se passe auprès du campement quelque chose d'insolite. Je tends l'oreille. Mais les chiens n'aboient déjà plus et sortent en frétillant de la queue. C'est un ami qui arrive. En effet, c'est Juan. Le brave gaucho ramène les trois mules :

« J'ai dû les suivre à la trace jusqu'à Ghoiquenilahué, et là je les ai retrouvées mêlées aux autres animaux de la vallée avec lesquels elles avaient vécu longtemps, me dit Juan, heureux de nous retrouver.

— Mais vous devez être fatigué?

— Non, pas trop. >

Et cependant le malheureux vient de parcourir une distance de cinq cents kilomètres en six jours, avec un peu de charqué pour toute nourriture. Des hommes de la trempe de Juan sont raresr. Leur résistance n'a d'égale que leur courage.

3 Avril. — Nous continuons notre marche vers

Page 1