CHASSE AU PUMA
une nappe blanchâtre formée de sel s'étend à perte de vue entre les collines.
Je pars avec Juan à la recherche de quelques autruches. Nous marchons le long d'une côte boisée quand tout à coup, derrière un buisson, nous apercevons un animal qui remue. Nous approchons et aussitôt nous voyons s'élancer un superbe lion qui gagne rapidement la montagne, suivi par nos chiens. Nous nous mettons à sa poursuite; je tremble pour mes pauvres lévriers.
Lindo est un vieux chien madré qui a déjà eu maille à partir avec les faiives ; il porte sur son dos des cicatrices glorieuses ; aussi se tient-il prudemment à distance. Mais mes deux autres chiennes, Brasilera et la Picassa, mordillent impitoyablement les jarrets du puma et je crains à tout instant qu'un coup de griffe de la terrible bète ne les éventre.
Heureusement, le puma, effrayé par notre présence, se sauve sans chercher à se défendre. Il redescend dans la Pampa et, bientôt, serré de près, il fait face et ouvre une large gueule effroyablement armée. Juan, du haut de sa monture, assène sur le crâne de l'animal un formidable coup de boleadora. Le puma perd l'équilibre, puis se redresse en poussant un long rugissement.
Je descends alors de cheval et tire sur la bète un coup de revolver. La balle frappe le roi du désert patagoniquô en plein cœur ; il chancelle un instant et tombe raide mort. Aidé de Juan, je charge notre victime sur ma monture ; ce n'est pas chose facile. Le fauve est de forte taille; il mesure exactement 2'°30 du museau à la queue.
Nous regagnons doucement notre campement.
Mes lévriers ont Tair d'être ravis de Tav^nture. Ils marchent ûèrement à nos côtés, tels des soldats accompagnant les dépouilles opimes.
16 Avril. — Après plusieurs jours de marche dans un pays uniforme où nous n'avons rien pour nous guider, nous arrivons sur les bords d'une large rivière .que je reconnais pour être le Rio Ghioo. Nous y établissons notre campement. Dans l'après-midi nous avions pris une autruche ; une discussiori surgit à ce propos entre Juan et Rio. Ce dernier soutient que cette autruche a été capturée par ma chienne Brasilera ; Juan prétend au contraire que c'est lui qui Fa prise avec ses boleadoras. Bientôt la discussion dégénère en dispute, et soudain Rio, roulant son poncho autour du bras, tire son couteau et invite Juan à venir vider la querelle en champ clos à la mode des gauchos.