‹ Voyage en PatagonieChapitre 99 sur 100 · RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION

Je n'ai que le temps de m'interposer entre les deux adversaires qui se regardent avec des yeux furibonds. J'ai toutes les peines du monde à leur faire entendre raison. Finalement je parviens à les calmer et ils se réconcilient. Quel bonheur que je me sois trouvé là! Sans ma présence, ces deux braves garçons se coupaient la gorge» poussés par cette vieille fierté castillane qui n'admet pas de démenti.

23 Avril. — Maintenant, devant nos yeux s'élève un pic d'étrange aspect. Les Indiens l'appellent Kmauaich, et Burmeister, l'explorateur argentin dont j'ai déjà eu lîoccasion de parler, lui donna le nom de cerro de la Ventana (pic de la fenêtre) en raison de sa forme curieuse. Là contrée est des plus fertiles. On y trouve du gibier et de l'eau. Des lamas tranquilles paissent dans la plaine que sillonnent d'innombrables autruches.

L'une d'elles nous fournit l'occasion d'une chasse mouvementée. Poursuivie par nos chiens et acculée à la rivière, elle se jette bravement dans l'eau. Bientôt nos lévriers sont sur ses traces, et nousmêmes, éperonnant nos montures, nous nous lançons dans le Rio Ghico. Nous enfonçons profondément dans les eaux du fleuve, mais enfin nous

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parvenons sur l'autre rive où nous trouvons nos chiens qui se sont rendus maîtres de Tautruche.

Nous apercevons aussi, dans la vallée, des vaches qui broutent au milieu d'un îlot formé parles différents bras de la rivière. Près de cette rivière s'élève un rancho habité par une famille de métis. Le chef de la famille, un nommé Ledesma, m'invite à me reposer sous son toit. C'est le premier habitant que nous rencontrons depuis notre départ de Ghoiquenilahué, situé à mille kilomètres au Nord. Pourtant la plupart des contrées que nous venons de traverser sont fertiles, mais les Indiens les ont désertées par crainte d'Aucencio !

Encore quatre jours de marche et nous atteindrons le Rio Santa Gruz, le plus important des fleuves de la Patagonie australe. Avec ses eaux profondes, rapides et glacées, le Rio Santa Gruz ressemble plutôt à un torrent. Il esta peine navigable.

Le sous-préfet maritime, prévenu de notre arrivée, erfvoie des barques au-devant de nous.

Nous chargeons sur ces embarcations -tout le matériel de notre expédition, et sans trop d'encombre nous arrivons à la sous-préfecture où l'on nous reçoit à l'européenne.

Voici de longs mois que je ne suis plus habitué au confortable des gens civilisés : aussi

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