‹ Voyage en PerseChapitre 24 sur 89 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Ispahan. — Sa population. — Ses monuments. — Meïdân-i-Châh. — Matchitr-i- Châli. — Palais de Chàh-Abbas. — Alah-Kapi. — Medressèh-Châh-Sidtân- Husseïn. — Ponts.

Le territoire d'Ispahan est borné, au nord et à l'est, par une chaîne de montagnes qui séparent son territoire des déserts de Khorassân et de Kermân. Au sud et à l'ouest, s'élèvent d'autres monts d'un aspect sauvage ; ils ouvrent leurs défilés à la route de Chiraz ; souvent aussi ils donnent passage aux cavaliers Bactyaris, qui viennent, jusque sous les murs de la ville, effrayer les habitants par leurs brigandages. L'âpre physionomie de cette chaîne lui prête un grdnd caractère, mais l'œil ne s'arrête qu'avec tristesse sur ses pics rocailleux autour desquels tournoient , en décrivant leurs cercles aériens , les aigles ou les vautours , seuls êtres qui vivent à ces hauteurs innaccessibles.

Sur l'une des crêtes les plus élevées, s'aperçoivent les restes d'un autel du Feu. Les susceptibilités de la religion

de Mahomet n'ont pu dépouiller entièrement cette ruine guèbre d'une sorte de vénération que les Persans n'avouent pas, mais qu'ils trahissent en en parlant.

La plaine d'Ispahan est arrosée par plusieurs courants d'eau y dont le plus important est le Zendèhroûd. Les eaux de cette rivière, peu profonde en toute saison, se réduisent considérablement en été; mais elles s'étendent sur un lit très- large et capricieusement creusé, lorsqu'à l'hiver les pluies ont gonflé ses aflluents, ou qu'au printemps la fonte des neiges sillonne les gorges qu'ils traversent. Le Zendèhroûd n'a qu'un parcours de quarante myriamètres environ. Descendant rapidement les versants des monts du Loûristân, il débouche dans la plaine d'Ispahan, près de cette ville, et va se perdre dans les sables du désert de Yezd. Les Persans prétendent qu'il reparaît près de Kermàn et se jette dans la mer des Indes. Rien cependant ne justifie cette assertion. Quant à la première, qui est conforme à la vérité, elle est consacrée par le nom du fleuve qui, au dire des habitants, se compose des deux mots roûd, rivière^ et zendèhy perdu. — Cette rivière est précieuse pour les cultivateurs qui trouvent, dans les nombreuses saignées qu'ils lui font et la distribution de ses eaux par mille canaux irrigateurs , des moyens de fertilisation qui lui ont fait donner le nom de rivière dor.

Ispahan est, sans contredit, l'une des plus grandes villes du monde. L'espace qu'elle occupe n'a pas moins de quarante kilomètres de circonférence. Mais dans ce périmètre immense, il faut comprendre les faubourgs, villages, palais ou jardins, les uns habités, les autres ruinés, (jui sont attenants aux murs d'enceinte; le tout no faisant qu'une seule

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et même ville. Cette étendue a fait dire aux Persans ce mot, que son exagération tout orientale n'a point empêché de rester populaire, Ispahan est la moitié du monde.

Sa population a diminué considérablement depuis deux cents ans, si le chiffre de 600,000 âmes, que lui ont attribué les voyageurs du xvii* siècle, était réel. Cependant il monte encore à celui de 100,000 environ. — D est extrêmement difficile d'établir ce dénombrement, d'après des données certaines. Plusieurs causes rendent toute évaluation douteuse : la fluctuation continuelle de la population, les émigrations fréquentes dans toute la Perse, et que la mobilité des familles, la nature capricieuse et le caractère aventureux des Persans rendent plus faciles qu'en aucun lieu du monde , sans oublier la misère qui en fait le plus souvent une nécessité, pour aller chercher fortune ailleurs ou échapper aux exactions du gouvernement. A ces causes, il faut ajouter l'absence presque totale des tableaux de recense ment ou d'états civils, qui indiquent la naissance ou la mort des citoyens. Ce manque de statistique officielle a rendu ingénieux certains voyageurs qui ont voulu chercher, dans le nombre des moutons tués à la boucherie d'Ispahan, le chiffre approximatif de sa population. Il est impossible d'ajouter foi à un calcul établi de cette manière. Outre que les Persans mangent peu de viande, il faut observer que la plupart des habitants sont trop pauvres pour se la permettre, et ne mangent guère que du pain, du laitage et des légumes.

On ne pourrait pas davantage se baser sur l'étendue de la ville, ou le nombre des maisons. Si cette manière de procéder pouvait être certaine au temps de Châh-Abbas, alors qu'il appelait à lui la population, et qu'Ispahan était floris- I. 2?

sant, il faut dire qu'aujourd'hui elle mènerait à Terreur, car les cinq sixièmes des maisons sont ruinées et entièrement abandonnées.

Quoi qu'il en soit de la diminution considérable de la population d'Ispahan et de ses vastes ruines, celte capitale n'en a pas moins conservé unaspectrgrandiose. Vue à quelque distance, au nombre de ses dômes émaillés, de ses élégants minarets, à l'étendue immense qu'elle occupe, il est impossible de ne pas reconnaître tout d'abord en elle, une trèsgrande et très-belle ville. On peut même dire que l'effet qu'elle produit aujourd'hui , doit être le même qu'elle produisait au temps de sa plus brillante splendeur.

lEn Perse, en effet, les maisons ou les quartiers abandonnés n'ont pas extérieurement et ne présentent pas à l'œil cet aspect triste et délabré qu'ils ont dans nos pays. Les maisons n'ont point de façade sur la rue; rien n'est apparent, et tout ce qui contribue à en rendre l'habitation commode ou agréable, tout ce qui en fait le luxe se trouve à l'intérieur, et caché derrière des murs qui les dérobent à l'œii du passant. Il en résulte qu'on peut s'y méprendre, et parcourir des quartiers entiers sans se douter que les maisons en sont désertes et tombent en ruines. A plus forte raison, quand le voyageur approche d'Ispahan, qu'il aperçoit ses majestueuses mosquées dominer de toutes parts et briller étincelantes au-dessus des mille coupoles des bazars et d'un nombre considérable de palais ou d'habitations de toute sorte, peut-il se faire facilement illusion. Ce n'est qu'en pénétrant dans cette grande ville où se meut trop à l'aise sa population amoindrie, et en marchant au travers de ses rues .«solitaires, que l'on comprend tout

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ce qu'elft a perdu depuis la fin tragique du dernier des Sophis.

J'ai dit qu'Ispahan était une ville secondaire, à Tépoque où Châh-Âbbas y fixa sa résidence. C'est lui qui, en effet, en a créé presque tous les édifices et embellissements. Ses immenses bazars, qui traversent- la ville dans toute sa longueur et en faisaient un des principaux marchés de l'Asie, sont son ouvrage. Les palais et les mosquées resplendissants d'or et d'émail, de peintures et de marbres, tous ces beaux édifices pour lesquels le génie des Persans a prodigué les ressources de son goût original, tandis que le souverain prodiguait l'or, sont dus à la magnificence de ce prince qui a su mettre ainsi à profit, pour la renaissance des arts, l'exaltation d'idées qui avait déjà politiquement régénéra son peuple.

Les monuments les plus remarquables de la Perse moderne, surtout, à Ispahan, ce sont les mosquées. Si l'on voulait juger de la dévotion des peuples par les frais d'embellisse* ment qu'ils font pour décorer les lieux destinés à l'adoration de l'Être Suprême, on ne pourrait se refuser à croire les nations de l'Orient éminemment plus religieuses que celles de l'Occident. En Europe, les palais des rois , les musées, les hôtels de ville, les maisons des particuliers même, rivalisent de richesse architectonique et d'ornements de toutes sortes, avec les temples chrétiens, qu'ils soient de style grec ou gothique. Chez les peuples musulmans, les architectes ont employé tout leur savoir, appliqué les inventions les plus élégantes de leur imagination à la construction et à la décoration des mosquées. Celles-ci dominent partout les villes; leurs puissantes

coupoles s'élèvent majestueusement entre leurs minarets élancés, au-dessus de toutes les habitations, simples maisons ou palais. Il n'en est point de ceux-ci , si fastueux qu'ils soient, dans lesquels ne plonge de très-haut la voix du Muezzin qui rappelle que c'est l'heure de prier Dieu. Aux mosquées , les marbres de Paros , l'albâtre égyptien , le granit rouge, les colonnes élégantes en vert antique ou en porphyre, aux chapiteaux dorés et gracieusement sculptés; pour elles, les arabesques qui, sur l'émail, tracent les versets du Koran en lettres brillantes devant le regard pénétré du vrai croyant; les voûtes superposées, aux stalactites d'or, les arcades élancées qui se courbent et s'entrelacent, en décrivant l'ogive arabe ou le cintre byzantin. Partout l'idée de Dieu domine ; partout son culte frappe le regard, la pensée religieuse s'élève au-dessus du vulgaire.

La partie sud de la ville est celle où se trouvent réunis les édifices principaux. Là, sur un espace immense , •s'ouvre la grande place qui porte le nom de Meïdân^i -Chah ou place Royale. A l'une de ses extrémités s'élèvent le dôme et les minarets de la grande mosquée. En face s'ouvrent lès principales portes des bazars, et sur l'une des faces se trouve le palais. Les autres parties de la place sont formées de maisons toutes semblables, ornées d'arcades. Dans les unes , demeurent des marchands , ou des mirzas attachés au gouverneur ; des soldats , des goulams sont logés dans les autres. Cette place, qui est une des plus spacieuses du monde, a pour plan un vaste rectangle à l'intérieur duquel est inscrit un autre rectangle dont le périmètre est donné par ta ligne continue d'un canal d'eau vive. Entre ce canal et les édifices s'élevaient autrefois de magnifiques platanes ; mais,

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abattus pour faire des affûts de canon , ils n'ont point été replantés. Cet ornement est d'autant plus regrettable aujourd'hui, sur cette place , qu'il est impossible de s'y soustraire aux rayons ardents du soleil.

En temps ordinaire, la plus grande partie du Meidân-i- Chah est occupée par une foule de petits marchanda forains dont le commerce consiste en denrées communes ^ et surtout en marchandises d'occasion. C'est une espèce de foire permanente où viennent se mettre à la portée des con* sommateurs pauvres tous les marchands de vieilleries de mince valeur. Là, fripiers, quincaillers, fruitiers, revendeurs de tout genre, abrités sous de grands parasols , étalent, sur des lambeaux de tapis ou des nattes, la défroque des morts, de vieilles armes rouillées, des outils, des selles ou brides de hasard, des pastèques , du raisin ou des fruits secs. Plus loin sont les maquignons et les chameliers, qui s'efforcent d'énumérer aux acheteurs les qualités de leurs chevaux, ou de prouver la force et la docilité de leurs chameaux. A côté d'eux retentissent les coups de marteau des maréchaux qui ferrent les mules de quelque caravane prête à partir. Mais leur voisinage ne présente pas, comme dans nos pays, l'inconvénient de cette odeur fétide qui s'émane de la corne brûlée quand le fer y est appliqué chaud. En Perse, comme dans tout l'Orient, on ferre à froid ; et cette méthode doit être bonne , car on voit bien rarement les chevaux ou les mulets avoir des maladies de pied.

Au milieu de ce monde animé, sont quelques échoppes plus paisibles sous lesquelles siègent gravement les écrivains et les médecins. Ceux-ci sont en même temps apo-

thicaires , et ils débitent les drogues qu'ils ordonnent , d'où il résulte très-naturellement qu'ils administrent le plus de médicaments possible , au risque de tuer les malades. Quant aux premiers, ils n*ont guère de pratiques; car, en Perse, il y a bien peu d'individus qui soient totalement illettrés. Près de là sont les cuisiniers qui, sur un petit fourneau où pétille une braise ardente , font rôtir leurs brochettes de khébâb. Dans ces restaurants en plein air, on trouve facilement le moyen de faire un bon repas : du pilau toujours prêt , du mouton rôti , des concombres ou des salades trempées dans de l'hydromel , avec quelques dattes ou du rdisin; tel est le menu dont peuvent se régaler là, sans grands frais , les chalands attardés. Dans un coin de la place sont des derviches qui font des prédications au nom d*Alî; des conteurs qui récitent les poésies épicuriennes d*Hafiz , le Gulistân , chef-d'œuvre de Saadt , et les exploits de Roustâmj VHercule ou le Roland des Persans. Au milieu de tout ce monde de vendeurs et d'acheteurs de toute sorte, qui se meuvent en tout sens, se croisent, se heurtent et crient sur tous les tons, s'élève, sur une estrade , le bureau de l'inspecteur ou garde de police de ce Vaste et bruyant marché. Il est entouré de ses estafiers dont leis fonctions consistent à bàtonner ceux qui mettraient du trouble dans cette foule.

Ce bazar en plein air est celui des pauvres marchands qui n'ont pas les moyens de louer des boutiques dans les bazars couverts. Cependant les places occupées par eux sur ce marché ne sont pas gratuites. Elles paient toutes un droit d'étalage fort modique , il est vrai , qui descend ' jusqu'à un sou, mais qui ne laisse pas de rendre jus-

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qu'à 40 ou 50 fr. par jour. Cet impôt est levé au profit de la mosquée royale dont il est un des meilleurs revenus , précisément en raison de la médiocrité des marchands dont le pauvre trafic s'exerce sur cette place; car, à cause du peu de confiance qu'ils inspirent, les percepteurs font leur collecte chaque jour, ou au moins chaque semaine, sans jamais faire de crédit. Le soir, tous ces étalagistes rassemblent leurs marchandises , jettent dessus leurs parasols ou leurs nattes, et les confient ainsi à la garde des surveillants de la police.

Autrefois, le Meidan-i-Châh était entièrement couvert de boutiques; mais aujourd'hui, la population étant considérablement diminuée , le nombre des marchands forains a suivi une décroissance proportionnelle , et leurs rangs éclairais laissent libre une très-grande partie de la place où les cavaliers lancent leurs chevaux à toute bride, font des évolutions dans lesquelles ils se défient, s'attaquent ou fuient de façon à faire valoir en même temps leur propre adresse et la vigueur ou la souplesse de leurs chevaux.

J'ai dit que , de tous les édifices de la Perse, les mosquées sont ceux pour lesquels l'art a toujours déployé ses plus grandes splendeurs , fait usage de ses plus ingénieuses ressources. Parmi les mosquées d'Ispahan, la plus grande et la plus belle est cellS qui se trouve à une des extrémités du Meïdan-i-Châh et qu'on appelle Matchit-Djuma ou Maichit-i- Chah y ce qui signifie mosquée principale ou mosquée royale. Il va sans dire que ce n'est pas par nos temples européens de style grec ou gothique, qu'on peut deviner le genre des mosquées persanes. On peut encore avoir vu celles de Constantinople ou du Kaire, que l'on n'aurait aucune idée de

celles de la Perse. Dans ce pays, l'art et les mille détails qui forment l'ensemble de ses productions architectoniques ont un caractère particulier, une essence originale que l'on ne commence à pressentir que de l'autre côté du Tigre. Aucun germe de cet art persan n'a pris racine sur la rive occidentale de ce fleuve, qui est, en Asie, comme une limite infranchissable posée entre deux natures, entre deux civilisations tout à fait distinctes. Celle des Arabes du Kaire, puis des Turcs, à l'occident; et celle des Arabes de Bagdad et des Persans, à l'orient. Celle-ci des kalifes Abassides, celle-là des kalifes Fatimites.

Parmi les modèles de l'architecture qui a pris naissance sOus les premiers , on en retrouve du temps d'Haroun-el- Rechid qui régnait à Bagdad au viii^ siècle. Mais celui que Ton peut considérer aujourd'hui comme le plus beau type de ces pieux édifices est sans contredit la grande mosquée d'Ispahan. Elle termine, ainsi que j'ai dit, la Place royale. Défendue de la foule des marchands , acheteurs ou cavaliers qui encombrent le Meïdân , par un petit mur autour duquel règne un banc, elle est précédée par une espèce de petite place ou avant-cour qui a la forme régulière d'un demipentagone. Sur l'un des côtés, celui du milieu, s'élève le portail entre deux minarets élancés dont- l'émail bleu se perd dans l'azur du ciel , avec la voii?" plaintive et monotone du muezzin qui chante : « Il n'y a d'autre Dieu que Dieu , « et Mahomet est son prophète. Ali est le lieutenant du pro ce phète. Musulmans, accourez à la prière. Omar et Abouw bekhr, que vos noms soient maudits ! « Ce porche élégant consiste en une haute arcade sur laquelle des dessins, d'un £2:oAt exquis, disputent de grâce et d'éclat, sous les

fleurs et les arabesques qu'ils figurent. L'ogive gigantesque de cette arcade est dessinée par un faisceau de torsades élégantes revêtues d'émail. Elles s'élancent de chaque côté d'une base découpée dans un bloc d'albâtre figurant un grand vase. De riches tympans ornementés, sur le fond desquels courent et s'entrelacent les tiges gracieuses de fleurs de toutes couleurs, en émail , accompagnent cette arcade. De longues tablettes de porcelaine bleue sur lesquelles ressortent, en blanc, des versets du Koran, forment un cadre splendide à cette majestueuse entrée. Â sa partie supérieure, une demi-coupole redescend du sommet sur les trois côtés, en stalactites brillantes. Sous cette voûte, des cannelures gracieuses et variées, des dentelures élégantes se marient à la richesse des pendentifs d'albâtre et d'or.

, Sous cette arcade gigantesque, une porte de bois de cyprès, couverte d'ornements et de lames épaisses d'argent massif; ciselés et ' travaillés à jour, donne entrée dans la mosquée. Une chaîne descend du haut de cette porte et se divise , à quelques pieds du sol , en deux bouts rattachés aux jambages, de manière* à barrer le passage aux animaux. Devant cette chaîne, il est bien peu d'Européens qui n'aient été aussi forcés de s'arrêter et de respecter le %ieio mahométan qui d8Fend le sol des mosquées du contact et de la souillure des chrétiens. Cependant, grâce à quelques relations utiles que j'avais formées à fspahan, j'eus le bonheur d'être autorisé à pénétrer dans ce lieu défendu par le plus absurde fanatisme Après avoir franchi le seuil, on se trouve sous une espèce de porche où se réunissent, pour fumer et causer, les fidèles qui viennent de purifier leur âme

par la prière. Les Mollahs, altérés par un long prêche, peuvent y puiser, dans une énorme vasque de jaspe, l'eau qu'y entretient à perpétuité , au moyen d'une rente pieuse, la charité de quelque dévot personnage.

De là, on pénètre dans le cloître intérieur. C'est une vaste cour carrée au centre de laquelle est un bassin pour les ablutions. Autour, s'ouvrent des arcades qui sont autant de cellules ou d'écoles où les Mollahs varient l'enseignement de leurs disciples en mêlant l'astrologie ou la lecture des poésies souvent immorales de Saadi, aux arguties et aux commentaires les plus subtils du Koran. Sur l'un des côtés de ce vaste cloître, s'ouvre le profond et mystérieux sanctuaire au fond duquel s'entrevoit le mekrâbj ou la niche mystique vers laquelle les musulmans doivent se tourner pour être dans la direction de la Mecque, quand ils font leurs prières. — Tout en reconnaissant la présence de Dieu partout , et par conséquent efficaces toutes les prières qui .lui sont adressées, Mahomet n'a point voulu que Ite croyants perdissent de vue son berceau, les lieux témoins de sa gloire, et le temple où, après avoir foulé aux pieds les idoles, il fit ses prédications. Aussi, a-t-il enjoint à ses adhérents de ne prier que le visage tourné du côté de la Mecque. — C'est la plus rigoureuse de toutes les règles de dévotion musulmanes. Ainsi, le Mehrâb est l'indispensabte réduit consacré, dans toutes les mosquées, à diriger les yeux et les prières des croyants vers ce pôle de la foi mahométane. Un bon croyant porte même le scrupule jusqu'à avoir toujours sur lui une petite boussole qui lui sert à s'orienter, si l'heure de la prière le surprend loin de la mosquée. Il lui suffit alors , pour que l'aiguille aimantée lui indique la position de la Mec-

que^ de savoir que cette ville est au sud-ouest de la Perse.

Le sanctuaire, ou lieu de la prière par excellence, s'ouvre et s'élargit sous une vaste coupole. Un demi-jour l'éclairé à peine, de façon à ne pas troubler, par une clarté trop vive, le recueillement qu'exige la prière. Là, des angles retirés, cachés dans l'obscurité, permettent aux dévots de s'abimer dans les profondeurs de la méditation. C'est là qu'ils passent de longues heures, et, comme si ce n'était pas assez de leur exaltation mystique, ils aident à l'engourdissement et aux visions de leur dévotion contemplative, par l'usage immodéré de l'opium. Les murs élevés et les pilastres épais sur lesquels s'appuie, pour mieux s'élancer, le dôme gigantesque de la mosquée, sont ornés, à la base, de larges plaques de jaspe ou d'albâtre, et entièrement revêtus d'émaux dont les mosaïques, richement coloriées, forment une variété Infinie d'arabesques d'un goât remarquable et d'un dessin aussi pur qu'original. Le tout est entremêlé de longues et élégantes inscriptions entrelacées de fleurs, qui rappellent les sentences choisies du Prophète. Sous la coupole s'élève la chaire, emblème du trône pontifical du haut duquel Mahomet dicta ses lois, tribune de la prédication religieuse , empruntée au christianisme. On peut dire aussi que c'est, pour le spirituel comme pour le temporel, le tribunal du haut duquel, la main armée du glaive à deux lames, les vicaires sanglants du chamelier arabe rendaient la justice ou forçaient les consciences, en leur imposant la foi mahométane.

Les Musulmans, auxquels le Koran fait un devoir d'être iconoclastes, ont généralement en exécration toutes les images, et ont horreur de êbWes devant lesquelles les chrétiens

s'agenouillent avec une vénération qu'ils traitent d'idolâtrie. Mais ils ne sauraient avoir la même réprobation à l'égard des reliques de nos saints ; car tout ce qui rappelle leur imàms, ou leur a appartenu, est, de leur part, l'objet d'un culte fanatique. Ainsi, on conserve religieusement à ta Mosquée Royale d'Ispahan, dans une armoire d'aloès garnie d'or, la diemise de l'Imàm-Husseïn, fils d'Âli, teinte du sang qu'épanchèrent les blessures dont il mourut, martyr immolé par Omar. Cette relique vénérée passe , aux yeux des Persans, pour un talisman invincible et pour le palladium le plus sûr contre une invasion du pays. Exposée aux regards de l'ennemi, elle doit avoir pour effet infaillible de le mettre en fuite. — ^ C'est ainsi que la châsse de saint Martin , portée par l'évêque de Tours au milieu des défenseurs de cette ville, et montrée du haut des remparts aux Normands qui l'assiégeaient, fit, dit-on, reculer ceux-ci d'épouvante et permit aux habitants de les tailler en pièces.

La grande mosquée d'Ispahan est due à Châh-Abbas qui la fit construire au commencement du xvii* siècle. Il y d^ensa plus de 50,000 toûmans royaux, ou un million et demi de francs environ, somme immense pour un pays où la main-d'œuvre est peu coûteuse.

II existe bien d'autres mosquées : les unes , belles aussi, mais sans l'être à beaucoup près autant que la Mosquée Royale, présentent leurs dômes chatoyants entre leurs minarets d'émail; les autres, plus modestes ou ruinées, n'ont que des coupoles en briques pour lesquelles les fondateurs, aussi pieux mais moins riches que Châh-Abbas , n'ont pu dépenser autant d'or. L'une de ces mosquées du second ordre se trouve sur le Metdân-M^hâh j près de la Djûma

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dont la grandeur et la beauté sont pour elle un voisinage écrasant. Néanmoins, elle n'est pas sans intérêt, et de plus elle est très-bien conservée : on l'appelle Matchii-louflollâh.

En face est l'entrée du palais élevé par Châh-Abbas. Cette habitation royale d'un souverain magnifique à qui rien ne manquait, ni l'argent, ni le sol, destinée à contenir tout un peuple de ministres, de courtisans/ de gardes et de serviteurs de tous rangs, ressemble plutôt à une ville qu'à un palais. Ce sont, en effet, plusieurs palais, plusieurs kiosques, un nombre infini d'habitations, les unes à côté des autres, séparées par des jardins spacieux, et tous compris et enfermés dans une enceinte particulière d'une très-vaste étendue. Cette demeure, autrefois si somptueuse, se présente extérieurement sur le Meidan-i-Châh, d'une ma* nfee imposante. Elle domine cette place de toute la hauteur d'un kiosque ou portique immense qui a plus de cinquante mètres d'élévation. Â la partie supérieure est une galerie aérienne dont les sveltes colonnes supportent une toiture en bois sculpté et peint d'harmonieuses couleurs , qui l'abrite contre les rayons du soleil.' De là, le souverain pouvait, d'un seul coup d'œil, embrasser sa capitale entière et tout le territoire environnant, aussi loin que pouvait s'étendre son regard qui ne s'arrêtait qu'aux gorges du Zendèhroùd, ou se perdait, plus loin encore, dans le mirage du désert de Yezd.

L'entrée principale du sérail est une porte de trèsgrandes proportions dont les montants sont en porphyre, et les vantaux en bois de cèdre garni de lames et de clous d'argent. Elle porta- le nom d'Alâh-Kapi^ c'est*

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à-dire la porte fuiute^ on la parte sacrée ^ de même qu'à Stamboul, on dit la Sublime -Porte. Selon d'autres, elle s'appellerait AluKapi^ ou porte £AU; et cette opinion s'appuie sur ce que Châh-Abbas, dans le but de satisfaire son orgueil, en forçant ses sujets à se prosterner avant de pénétrer dans l'enceinte de sa demeure, ou pour en rendre le seuil plus sacré , aurait enlevé à Kerbelàb , lieu de la sépulture d'Ali, les portes du tombeau de ce saint Imàm, pour les placer à l'entrée même de son palais. Cette seconde version est d'ailleurs justifiée par la profonde vénération que les Persans avaient pour cette porte. Us en enjambaient respectueusement le seuil et ne le touchaient jamais du pied. Ceux qui avaient reçu quelque faveur du roi venaient se prosterner devant cette entrée de son palais, et, se tenant debout dans la position la plus respectueuse , ils imploraient Dieu à haute voix pour la prospérité du monarque. Le roi lui-même , dit-on , ne la franchissait jamais à cheval , preuve insigne que la vénération qu'elle inspirait avait une cause religieuse. Aujourd'hui encore des amulettes de toute sorte y sont appendues. Elle sert de lieu d'asile , c'est-à-dire que quand un individu quelconque s'est rendu coupable d'un délit grave et qu'il craint l'action de la justice ou une vengeance particulière, il vient se réfugier sur ce seuil sacré, et, dès ce moment, sa personne devient inviolable. La vénération qu'inspire encore cette entrée n'aurait point survécu à la ruine du palais désert maintenant, si une puissante idée religieuse ne s'y trouvait indissolublement liée.

Quand on a franchi le seuil royal , on ne retrouve plus œtte magnificence et cette pompe que le luxe oriental et le

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faste particulier aux Sophis étalaient jadis dans œ vaste palais. Le cœur se serre en y errant au milieu des ruines qui le couvrent. Le pied souvent heurte çà et là des débris dorés, ou quelques fragments de porphyre amoncelés sur la poussière des décombres. Parmi les causes qui ont pu ame* ner la décadence et la dévastation au milieu de ce palais, il en est une qui se retrouve, à chaque pas, en Orient, et qui a produit les mêmes effets : C'est la répulsion qu'éprouvent les Orientaux pour Thabitation de leurs pères. Us bâtissent pour eux, et, comme ils ne sont, pas toujours assez riches ou assez heureux pour rencontrer des hommes et des éléments nouveaux qui contribuent à Tembellissement de leurs constructions, il est souvent arrivé qu'ils trouvaient à la fois plus commode et plus économique d'arracher aux lieux dont ils héritaient tout ce qui pouvait satisfaire leurs caprices et orner, à peu de frais, leur nouveau séjour. On conçoit que, par cette double cause, l'abandon et la spoliation auxquels sont ainsi condamnés la plupart des édifices, ils se ruinent promptement pour tomber et disparaître en peu de temps.

On peut dire, pour ce qui concerne les palais immenses et somptueux créés par Châh-Abbas, qu'ils ont subi la peine du talion, car on accuse de dévastation et de pillage de ce genre, ce prince qui avait cependant à sa disposition de bien riches trésors, et dont l'influence sur la nation persane était telle qu'il était parvenu a lui donner une impulsion assez vigoureuse pour que tout son royaume fàt régénéré en peu de temps. Les auteurs nationaux ont été jusqv'à l'accuser de n'avoir pas respecté la plus belle et la plus grande mosquée de la ville, lorsqu'il vint y asseoir son trône et y établir

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avec tant de faste cette cour magnifique à laquelle Ispahao a dû sa splendeur.

Fidèles à cette coutume ou à ce préjugé, les successeurs de Châh-Abbas laissèrent tomber en ruine la plus grande partie de ce palais. Mais, moins fastueux que leur ancêtre , ils se contentèrent de demeures moins magnifiques, ou se reléguèrent dans quelques-uns des kiosques de cette espèce de ville royale entrecoupée d'habitations et de jardins.

Près de l'enceinte du sérail, au milieu du Tchar-^Bâgh^ où nous n'avions fait que l'entrevoir, lors de notre entrée à bpahan, est un autre monument tout à fait digne de son voisinage. — C'est le dernier ouvrage des Sopbis, une mosquée élevée par Châh-Sultan-Husseïn, avec qui finirent la gloire et la prospérité de la Perse. Cet édifice, dont le dôme et les élégants minarets se mêlent aux têtes superbes des platanes, n'est pas exclusivement réservé à la prière. C'est ce que les Persans appellent un Medresséh , c'est-à-dire une école dans laquelle les Mollahs instruisent les jeunes Mirzas , et commentent, pour l'enseignement religieux, les textes arabes du Koran.

Le plan et la disposition de ce Mcdresseh n'offrent aucune différence avec une mosquée ordinaire. Il n'en a cependant pas l'austérité habituelle; on y a donné quelque chose aux jouissances de la vie, aux commodités des habitués. Il s'y trouve bien un sanctuaire où Dieu et Mahomet ont leur place marquée , il y a un Mehrâb pour la prière, et chacun peut y venir faire ses dévotions ; mais on y trouve aussi, devant les écoles où les Mollahs réunissent leurs disciples, de frais ombrages, des fleurs, de vastes l)assins, et, sous le porche, des hnchpâs$ à côté des kalmtndjis. L'aspect de ce lieu n'a

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donc rien de la nudité sévère, habituelle aux murs des mosquées. On voit que le fondateur a prévu les besoins de la jeunesse attirée dans ce lieu par le désir de s'instruire. Il semble qu'il ait voulu lui rendre l'étude agréable, et l'attacher à son école par l'élégance et l'attrait de son intérieur.

L'entrée de ce Medresseh est une grande porte en partie barrée par une chaîne, selon l'usage. Après s'être courbé pour passer dessous, on se redresse sous un portique trèsvaste et magnifiquement onié de mosaïques. En face s'ouvre une grande arcade qui laisse voir les jardins et les beaux arbres qui lui prêtent tout le jour leur ombre mystérieuse et pleine de charme. A droite et à gauche sont des logements réservés aux Mollahs. C'est là aussi que se tiennent les marchands. Leurs tréteaux en gradins sont chargés de fruits , de pastèques et de concombres. Des bols de lait caillé ou yogourt j rivalisent avec des cherbets, de l'hydromel, des pilaus odorants et safranés, affriandant par leur fumet les écoliers qui hésitent en face des broches engageantes de kebâb , sur lesquelles le kachpâss du lieu répand généreusement le poivre. A côté, les Kalioxindjis préparent leur meilleur tombeki et essayent leurs pipes dont on entend les ronflements aspirés par d'excellents poumons. C'est à ces buffets que viennent se restaurer les étudiants ; ils y sont bien traités ; la carte n'est pas chère, et le beau ciel d'Ispahan prête au repas frugal qu'on leur prépare en plein air une «saveur à laquelle moi-même je ne fus pas insensible.

An centre du portique est une large vasque en porphyre, remplie d'eau, sur les bords de laquelle sont des tasses en cuivre à la disposition de ceux qui ont soif. Latéralement

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à rarcade qui fait face à l'entrée, sont deux portes par lesquelles on pénètre à l'intérieur du Medressèh. A droite, est le sanctuaire dont la coupole azurée fait étinceler ses arabesques d'émail vert, au-dessus du portail. Celui-ci, flanqué de ses deux minarets, présente son ogive et sa voûte en stalactites émaillées, encadrées des versets du Koran, qui se dessinent en guirlandes sur un fond bleu. De vieux tchénars abritent de leurs larges feuilles découpées cette entrée superbe, en augmentant, par l'efl'et de leur ombre épaisse, le mystère et le silence du sanctuaire. Sur les deux autres côtés de la cour intérieure, qui est carrée, s'ouvrent deux grandes arcades consacrées également à la prière et aux prédications. Puis, dans les intervalles, sont les cellules des Mollahs.

Le feuillage et l'ombre s'étendent de tous côtés, les jasmins et les rosiers s'enroulent au pied des arbres, grimpent dans leurs branches, et répandent partout une douce odeur aux suavités de laquelle vient s'ajouter la fraîcheur d'un grand bassin. Dans ce lieu l'étude est un plaisir, et les jeunes Persans qui viennent l'y chercher s'y oublient volontiers. Aussi cett^ école est-elle la plus fréquentée.

Indépendamment des édifices religieux ou des palais élevés par Chàh-Abbas, la ville d'ispahan doit encore à ce prince des monuments d'utilité publique. De ce nombre sont les -magnifiques ponts et aqueducs qui traversent le Zendèhroud^ et mettent la ville en communication jivec les raubour42:s qui sont au sud. Deux de ces ponts surtout sont remarquables : l'un est au bout du Tchar-bâgh^ et s'appelle Pont de Djoulfoy parce qu'il conduit à ce quartier, ou Pont {\e Àlah-voidy-Khan, du nom de son fondateur. En eflel, il

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n'est point l'œuvre de Chàh-Abbas; mais ce monarque savait habilement diriger les ressources de son peuple et les richesses de ses favoris, vers l'embellissement de sa capitale. Aussi doit-on une grande partie des beaux édifices d'Ispahan à la rivalité qui s'établit entre les seigneurs de la cour, pour plaire au roi et en obtenir des faveurs. La ville doit à ce mobile un grand nombre de jardins, de places, de caravansérails et de mosquées. Alàh-Verdy-Khàn, généralissisme et ami particulier du souverain, créa le pont qui porte son nom. Il dota ainsi Ispahan d'un ouvrage de la plus grande utilité, et qui, aujourd'hui encore, est l'un de ses monuments les plus remarquables.

Ce pont a trente-trois arches sous lesquelles le Zendèhroùd trouve passage quand il est dans sa plus forte crue. Toute la partie inférieure est construite en grandes assises d'une pierre très-dure. A l'extrémité méridionale, les trois dernières arches sont appuyées à quatre tours également en

pierre. Sur ces trente-trois 3rches, toutes d'égale hauteur et d'égale largeur, repose la chaussée du pont qui est horizontale. De chaque côté, au lieu de parapets, il règne, d'un bout à l'autre, une galerie formée de soixante-dix arcades entre lesquelles on traverse le pont. Il s'y tient des kalioundjis qui offrent la pipe et le thé aux passants. De distance en distance, quelques-unes de ces arcades sont ouvertes et donnent passage dans une seconde galerie qui s'ouvre sur la rivière , dans toute la longueur du pont. Le soir on y vient prendre le frais et jouir de la vue d'un très-beau paysage dans lequel les coupoles et les minarets de la ville forment un magnifique point de vue. Des escaliers, pratiqués dans l'épaisseur des murs, permettent de descendre de cette gale-

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rie sous les arches, au niveau de la rivière. La chaussée de ce pont est plus élevée que le sol des rives du Zendèhroûd; on a pratiqué pour y arriver des talus en pente douce.

Le second pont, qu'on appelle Poul-Kadjoûk j met en communication le faubourg de ce nom et la route de Chiraz. C'est par là qu'entrent et sortent les caravanes qui viennent du sud ou qui s'y rendent. Sa construction est à peu près semblable à celle du précédent. Sa chaussée, également horizontale, est aussi bordée de deux galeries à arcades. Mais , à cette construction, on a ajouté, sur chacun des côtés et extérieuréhient, trois pavillons dont l'un est au centre et les deux autres aux extrémités. Dans chacun de ces pavillons, qui ont un rez-de-chaussée élevé au-dessus du niveau des eaux, et un étage supérieur, sont de petites salles où chacun peut aller s'établir. Ces six pavillons ajoutent beaucoup à l'effet que produisent les galeries. I^ masse entière du pont pose sur une large chaussée qui déborde de chaque cAté, et forme ainsi une sorte de trottoir ou promenoir spacieux élevé de deux mètres environ au-dessus de la rivière. De distance en distance, des escaliers permettent de descendre au niveau de l'eau qui passe dessous, car les grandes arches inférieures ne sont envahies par elle que lors des crues du Zendèhroûd qui alors couvre les deux chaussée^. Le Poul- Kadjoûk est, en raison des dispositions de sa construction, plus monumental encore que celui de Alàh-Verdy- Khân.

Il y a, en outre, deux autres ponts: l'un, qui est en amcmt du premier dont j'ai parlé, relie un quartier d'ispahan, situé à l'ouest, avec une des extrémités du faubourfi; de

Djoulfah ; il n'offre rien de remarquable. L'autre , qui est en très-mauvais état, est plutôt un aqueduc qu'un pont; il se trouve en face du petit palais de Hapht-Dest, et des canaux, ménagés dans sa maçonnerie, conduisent des eaux d'ispahan dans cett« habitation.

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