‹ Voyage en PerseChapitre 27 sur 89 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Hamadân. — Tombeaux d'Esther et de Mardochée. — Ayicenne. — Antiquités

médiques. — Mont Alvend. — Inscriptions.

Nous étions arrivés sur le premier théâtre de nos explorations archéologiques. Nous ne pensions pas que notre séjour dât être long , car nous savions que les environs d'Hamadân, bien que rappelant le souvenir d'Ecbatane, ne conservaient que fort peu de vestiges de cette antique cité.

En entrant dans la ville nous avions rencontré le Bèglier- Bey qui nous fit un salut fort gracieux , et donna tout aussiôt des ordres pour qu'on nous logeât dans une des meilleures maisons arméniennes. Nous y fànies en effet passablement. I^ logement était propre, commode, et notre hôte trèscomplaisant.

Nous restâmes à Hamadân six jours pendant lesquels nous nous livrâmes à toutes les recherches qui pouvaient nous conduire à découvrir les moindres détails relatifs à Tantique capitale de la Médie.

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Avant de sortir des murs de la ville moderne, j'en visitai tous les quartiers; ils offrent peu d'intérêt, surtout au point de vue architectural. Hàmadftn n'a ni mosquée, ni sérail, ni bazars qui soient remarquables. C'est une petite ville de peu d'étendue, et qui ne compte que 4 à 5,000 habitants. — Il s'y trouve peu de familles chrétiennes. Les juifs y sont plus nombreux.

Elle est traversée par une rivière torrentueuse qui, échappée des flancs du mont Âivend, en descend avec rapidité, de cascade en cascade, et passe sous plusieurs ponts qui offrent çà et là les seuls points de vue pittoresques que Ton ren<contre dans la ville. Cette rivière est une ressource pour le pays où un assez grand nombre de tanneurs entretiennent une industrie qui y répand un peu de commerce. On y fait aussi une espèce particulière de tapis en feutre très-épais; la laine en est très-habilement foulée et forme des dessins de toutes couleurs. Ces tapis qui sont étroits, longs, et trèsmoelleux, se mettent habituellement sur ceux qui couvrent le sol des appartements. On les étend contre les mars, et, comme ils sont fort épais, on s'en sert pour s'asseoir.

Un autre commerce spécial à Hamadân est celui des médailles et des pierres gravées. Les objets de valeur réelle y sont fort rares, comme partout. Mais les Juifs fabriquent une immense quantité de monnaies grecques et sassanides. Celles surtout qui portent l'effigie d'Alexandre ou d'Ardechyr y sont très-communes. Il est probable que des travaux de terrassement ayant autrefois amené la découverte de quelques pièces antiques, les Juifs, spéculateurs de naissance, et qui ont principalement le goût du trafic des monnaies, se sont mis à fondre et à produire des fac-similé de celles re^

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trouvées dans le sol . On m'a dit qu'ils en exportaient mémo pour les amateurs d'Europe. Je laisse à penser le nombre qui doit en exister, et quel est le degré de leur authenticité et de leur valeur.

Hamadân est un des centres où, en Asie, se sont groupés, en plus grand nombre, les Juifs ou Yaoudisy comme on les appelle. On en compte deux cents familles. J'attribue leur prédilection pour cette ville à une tradition dont l'histoire ne fournit pas la justification, mais qui, complètement avérée par les Juifs, rapporte que la reine de Suze, Esther, ainsi que son oncle Mardochée , ont été enterrés en cette ville. On y voit en effet un mausolée qui, assure-t-on, recouvre et conserve les restes de ces deux célébrités de la race hébraïque. Les Israélites d'Orient accourent , de toutes parts, en pèlerinage au pied de ces deux tombeaux qu'ils ont en très-grande vénération. Ils viennent y célébrer, de cette manière, l'une de leurs grandes fêtes appelée Parim. Cette solennité rappelle l'anniversaire de l'indépendance qu'ils recouvrèrent sous les Machabées. — Parmi les souvenirs antiques qui survivent dans cette localité, il n'en est pas qui doive produire sur l'âme du voyageur plus d'impression que celui de cette fille Benjamite profitant de sa beauté et de ses vertus pour affranchir sa nation de la honteuse humiliation dans laquelle la tenait Assuérus. — Cette noble vie, racontée par l'histoire, illustrée par Racine, n'entoure-t-elle pas de son prestige cet humble tombeau dont la simplicité égale celle des vertus de la belle Juive ?

Le monument qui conserve ces précieuses reliques, s'élève sur une petite place, au milieu des ruines d'un quartier

abandonné aux familles Israélites. Son antiquité ne parait nullement authentique d'après son architecture. Le dôme*et l'extérieur n'offrent aucune différence avec le style des sépultures musulmanes, appelées Ifnâm-ZadèhSj que l'on ren* contre partout en Perse. — L'intérieur se divise en deux salles : la première est fort petite ; on y pénètre par une porte trèsbasse fermée par un battant en pierre d'un seul morceau ; elle est obscure, et n'est éclairée que pour les solennités , au moyen de petites lampes qu'on allume dans ces occasions. — La porte qui conduit dans la seconde salle est encore plus basse que l'autre ; il faut, pour la franchir, ramper sur les genoux. De l'autre côté de cette ouverture, on se trouve dans un réduit obscur que traversent quelques faibles rayons de lumière qui permettent à peine de distinguer les deux cénotaphes en bois noir sculpté, qui y sont placés l'un à côté de l'autre. Ils sont exactement semblables, quant à la forme et aux détails, mais celui d'Esther est un peu moins grand. Sur les parois des murs blanchis avec soin, sont

gravées plusieurs inscriptions en hébreu qui font remonter à onze cents ans la construction du monument actuel. Elles portent textuellement qu'il est dû à la piété des deux fils d'un certain Ismai^ Israélite établi alors à Kachàn. — Pourquoi cet Ismaïl a-t-il élevé ce mausolée en ce lieu ? c'est ce qu'il est impossible d'apprendre. Il est probable que les traditions restées parmi les Juifs leur ont appris que les restes d'Esther et de son oncle ont été apportés de Suze à Haàiadân. Mais ce fait ne se rattache aucunement à ceux que l'histoire nous a conservés sur Âssuérus et la belle Esther.

Le souvenir d'une autre célébrité survit encore à Hama-

dân, c'est celui de Ali-Ben-Sina, que nous appelons Avicenne, philosophe persan du x"" siècle, qui a laissé plusieurs traités sur la médecine, la théologie et la métaphysique. On sait que les œuvres de cet écrivain ont été traduites, et ont fait partie de renseignement en Italie et en France jusqu'à la fin du xviî* siècle.

En étendant ses regards sur la plaine d'Hamadàn, verdoyante et arrosée par des ruisseaux multipliés qui en font Tun des territoires les plus fertiles de la Perse, mais où ne suivit, en aucun point, une ruine attestant l'antiquité et la position d'une ville célèbre, il est difficile de se croire sur le sol de la grande capitale de Médie, d'Ecbatane. Il ne faut cependant pas prendre à la lettre ce que la plupart des voyageurs ont dit d'Hamadâiiy qu'il ne s'y trouvait rien qui méritât l'attention. On ne doit pas se laisser décourager par les descriptions trop succinctes relatives à celte localité. Un nom trop célèbre s'y rattache ; il faut, à défaut de monuments conservés , rechercher du moins si l'on n'en trouve pas assez de vestiges pour acquérir la certitude que, dans des temps reculés, il existait là une cité importante. Le voyageur ne peut demander à la ville persane actuelle de lui montrer les sept murailles conceStriques dont Hérodote raconte que Dejoch fit entourer sa capitale ; mais en suivant, pas à pas, la description du grand historien, il retrouvera, dans les dernières pentes du mont Alvendy auquel est adossée Hamadân^ et dans les collines qui s'y relient, cette disposition historique qui fit adopter au roi des MMes x^ système de fortifications dont les remparts se surpassaient.

A Texception de quelques tronçons de colonnes en granit

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qui se troavent dans le quartier du Sud, la ville moderne n'offre, sur aucun de ses points, les traces de l'antiquité de sa fondation. Dans les murs des maisons, au seuil des portes, on trouve bien encore, encastrés çà et là, des fragments antiques ; les eaux torrentielles de la rivière se brisent en écumant sur les angles arrondis de blocs arrachés à des coq* structionsde l'âge le plus reculé; mais tous ces débris sont sans aucune liaison entre eux. Tout ce qn'Hamadân peut offrir aujourd'hui de complet se rapporte exclusivement à l'époque moderne et ne remonte pas au delà de l'ère mahométane.

Cette première conviction acquise, il faut porter ses investigations hors des murs et au sud de la plaine. En sortant d'Hamadân dans cette direction, on découvre, au loin, plusieurs tephhs ou éminences dont l'aspect et les aspérités anguleuses dénotent la présence, sinon de monuments, du moins de décombres désignant la place qu'ils occupaient. Mais, avec les âges, sur ce sol antique, se sont succédé les constructions et leurs styles différents, et ce qu'on en retrouve, bien que paraissant remonter à une époque très-ancienne, demande cependant à être examiné avec soin. Il est nécessaire de les classer avec discernement et de ne pas lee confondre, car de leur comparaison ressort cette observation : qu'elles présentent des nuances trop tranchées pour qu'on puisse les attribuer toutes à l'époque médique.

Dans la direction du sud-est, à deux kilomètres environ, au milieu de grandes pierres qui ont toutes les apparences d'anciennes assises, on rencontre un sol accidenté et paraissant receler de nombreux débris d'édifices. Là, en effet, parmi plusieurs pierres granitiques de grandes dimensions

se trouvent deux assises de colonne d'un grand diamètre ; Tune est sur une base ou un socle avec lequel elle fait corps, Fautre est renversée et en partie enterrée.

Laissant ces débris pour se diriger à l'ouest, on ne tarde pas à rencontrer successivement plusieurs éminences d'une forme allongée. La dernière, qui est la plus considérable et qui se trouve à quatre kilomètres de la ville, présente à son sommet l'ouverture des vastes carrières d'où ont été extraits les matériaux employés à l'édification d'Echatane. — Là, sur un banc immense de calcaire très-dur, gisent, encore inachevés, mais portant les traces du marteau, plusieurs fftts de colonnes. Il ne parait pas qne les anciens artistes qui ont présidé à ces travaux aient suivi des règles fixes dans la taille et les proportions des blocs qu'ils employaient. Il semble, au contraire, qu'ils se soient conformés à ce que la carrière exploitée leur fournissait, et que les différentes assises de leurs colonnes aient été subordonnées à l'étendue des filons. C'est une observation qui est fournie par l'aspect des lieux mêmes, car on pourrait, en plusieurs endroits, replacer, dans les évidements pratiqués, les blocs qui en ont été retirés et sont restés à côté.

L'une de ces carrières s'ouvre en fo'ifae de voûte et a une grande profondeur. Il s'y trouve une source d'eau.

n n'est pas présumable que l'exploitation de cette mine ait été continuée dans les temps modernes. Il paraîtrait, au contraire, qu'elle a été abandonnée depuis le jour où Ecbatane déchue a vu sa splendeur éclipsée par celle de Passargode ou de Suze; caries Persans, comme les autres Orientaux, trouvent plus commode et plus économique de dépecer les anciens monuments pour en approprier les débris aux leurs.

C'est par suite de sacrilèges semblables, renouvelés de siècle en siècle , qu'ont disparu du sol de l'Asie occidentale tant de monuments grandioses et même de villes célèbres, dont on ne retrouve plus les traces douteuses que dans quelques historiens et géographes aux récits desquels nous n'osons point, souvent à tort, ajouter toute la croyance qu'ils méritent.

En revenant de ces carrières vers la ville, près de ses murs , et dans leur partie sud-ouest , on rencontre un nouveau sol fortement relevé çà et là, qui recouvre des monceaux de pierres de formes et de natures diverses. Le calcaire s'y mêle au basalte, le marbre au granit, et de la poussière de ces tristes décombres sort le corps d'un lion tout mutilé. L'animal est fort reconnaissable à ce qui reste de sa tète et de sa crinière , bien qu'elles soient l'une et l'autre fort effacées, et aient pris des formes arrondies qui empêchent d'en distinguer les détails. Les pattes en ont été entièrement brisées. — Néanmoins, par l'ensemble des lignes et par quelques restes d'épaules et de cuisses, on peut reconnaître que ce lion devait être assis sur la partie postérieure de son corps , et que celle antérieure était redressée sur les pattes de devant.

L'état de mutilation où se trouve ce morceau de sculpture médique est tel, qu'il est absolument impossible de se faire une idée du degré où pouvait être arrivé l'art à Ecbon iane. Mais, si l'on en juge par ce lion, l'antiquité était là ce qu'on la retrouve partout, c'est-à-dire grandiose, et , à défaut de science , ennoblissant la matière par la grandeur des proportions données aux monuments. — Le diamètre des colonnes dont j'ai parlé en était une

première preuve : la seconde est fournie par ce lion colossal.

En contournant les murs de la ville, vers Test, on aperçoit encore une éminence surmontée de quelques ruines. Ce lieu élevé et qui parait avoir été jadis fortifié s'appelle aujourd'hui Moussallah, Au milieu de tous les débris épars, s'élève une vieille tour qui, sans avoir l'apparence d'une antique construction, n'a cependant pas le caractère moderne de Tarchitecture persane, car elle est construite en pierres et briques. Cette tour, isolée aujourd'hui, a dû certainement se rattacher à une fortification élevée sur ce plateau, et dont on retrouve sans doute les traces dans des restes de fondations qui figurent un rectangle flanqué de tours circulaires. Les habitants prétendent qu'en ce lieu s'élevait , en effet, une citadelle très -forte, et que, prise par Aga-Mohamet- Khân-Kadjâr^ à la fin du siècle dernier, elle a été rasée par lui, à l'exception de la tour isolée qu'il a ménagée, afin qu'elle perpétuât l'emplacement de la forteresse et le souvenir de sa victoire.

Du haut de cette colline , on découvre la ville presque en entier , et , comme c'est le point le plus élevé de cette partie de la plaine , il est permis de se fonder sur son élévation et sur l'espèce des constructions dont elle conserve la trace pour croire que, destinée dans tous les temps, par sa nature, à en recevoir du même genre, c'était là que s'élevait la septième enceinte aux créneatix dorés, dont parle Hérodote. En suivant le récit de l'historien grec, peut-être faut-il croire que là était le palais de Dejoch, et là aussi que, d'après Arrien, Alexandre donna à Parménion l'ordre de rassembler tous les trésors de la Perse vaincue et dépouillée,

qu'il confia à six mille de ses fidèles Macédoniens, avant de se mettre à la poursuite de Darius.

Longtemps après , mais plus de dix-sept cents ans avant la prise de cette position par le fondateur de la dynastie Kadjâr, elle jouissait encore d'une grande célébrité. Un des princes Sassanides l'avait remise en honneur, et, jusqu'à nos jours, une petite plate-forme carrée y a perpétué son nom, sous le titre de Takht-Ardechîr ou trône d'Ardechîr; ce qui conduit à ce fait, qu' ArrfecAîr, VArtaœerce des Grecs , y avait un palais. En rapprochant les noms d'Ardechir, d'Artaxerce et d'Assuérus qui semblent appartenir au même personnage, du tombeau d'Ësther , on arrive â concevoir comment il se trouve dans cette ville où survit le trône du monarque dont elle était l'épouse. Au pied de l'éminence qui servait de base à ce Khâleh ou château-fort, sont de nombreux fragments de granit parmi lesquels se distinguent des blocs qui présentent encore des formes arrondies et feraient supposer qu'ils ont dû appartenir aux colonnes de quelque temple ou palais.

On voit, par la description de ces divers lieux, par les rares fragments qu'ils conservent et le médiocre intérêt qu'ils présentent par eux-mêmes, que si Ecbatane a réellement illustré ce sol , il n'en reste pas de vestiges assez importants pour donner une idée de la grandeur de cette capitale.

Le monument le plus authentique légué par l'antiquité, et qui se soit le mieux conservé dans le pays, est le rocher qui, au fond d'une des gorges de VAlvend^ présente encore intactes deux grandes tablettes d'inscriptions cunéiformes. Il faut, pour se rendre au lieu où elles sont, se diriger vers la montagne, au nord-ouest.

A trois kilomètres de la ville s'ouvre une vallée étroite

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qui porte le nom d'Abbas-Abad. Elle est traversée dans toute sa longueur par un torrent. L'impétuosité de ses eaux dit assez qu'il descend par une pente rapide des sommets de la montagne, couverts d'une neige étemelle. On remonte ce ravin en passant plusieurs fois le torrent qui serpente au milieu de nombreux vergers parfaitement cultivés j plantés de vignes et d'arbres fruitiers de toute espèce.

Le charme et la fraîcheur de cette vallée faisaient , à la tin de juin , un agréable contraste avec la chaleur de la plaine. Au lieu de cet air de feu et de ce vent qui semble pousser la mort devant lui dans les campagnes brûlées que nous avions traversées, nous trouvions là une température printanière qui ranimait les êtres et la végétation de son souffle vivifiant. Mais, au fur et à mesure que nous montions , la riante verdure des jardins faisait place à des rocs sauvages que blanchissait encore une neige épaisse. Des roches escarpées se rapprochaient et ne laissaient plus qu'un passage étroit aux eaux qui, arrêtées par elles et furieuses, bondissaient de Tune à l'autre avec un fracas assourdissant.

Il n'y avait plus de chemin tracé , il fallait escalader les rochers. Nos guides nous en firent remarquer un partagé en deux , disaient-ils , avec un accent pénétré de vénération , par Ali, leur grand Imàm, qui l'avait fendu d'un coup de son cimeterre. — Les Persans ont une foule de fables de cette force, qu'ils débitent avec un imperturbable sang-froid et une religieuse crédulité. — Quelques jours avant, on m'avait fait remarquer, sur la route que nous suivions, une pierre sur laquelle était une trace profonde ayant la forme d'un gigantesque fer de cheval. Il n'en fallut pas davantage pour l'attribuer aussi au sabot du coursier d'Ali.

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Après mille obstacles produits par la nature des lieux, nous arrivâmes enfin à un espace peu étendu, mais dégagé j situé à environ cinq kilomètres de l'entrée de cette gorge. Là , au pied d'une cascade qui se précipite du haut des sommets successifs d'une suite de pyramides gigantesques de granit, entre lesquelles le soleil cherche vainement à fondre la neige, est un rocher sur la face méridionale duquel sont plusieurs tablettes d'inscriptions. Après les difficultés qu'il faut vaincre pour arriver en ce lieu, on se demande pourquoi et dans quel but les anciens y avaient placé ces caractères. Dans ce site sauvage, il n'y a point d'autre apparence du séjour des hommes; il ne semble pouvoir être hanté que par les bêtes fauves et les oiseaux de proie; et si quelque chose a pu y attirer dans l'antiquité, comme dans les temps modernes, cela n'a dû être que le désir d'y venir chercher la fraîcheur et la solitude. Sans doute ces inscriptions auront été gravées là par l'ordre de l'un des monarques qui y trouva cette double jouissance , et voulut y perpétuer le souvenir des excursions qu'il y faisait loin de la pompe et du faste de sa cour. — Les Persans appellent ces inscriptions Guintch-Nàmih. Ils entendent par là qu'elles indiquent l'endroit où est caché de l'argent ; d'où ils concluent, avec assez de logique, que nous ne les recherchons qu'afin de trouver le trésor.

Nous passâmes là plusieurs heures sans pouvoir copier tout; il fallut y retourner le lendemain. Nous emportâmes cette fois ce qui était nécessaire pour faire un estampage. Nous espérions pouvoir ainsi , indépendamment de nos copies , avoir un fac-similé des monuments mômes. Mais cela ne fut pas possible. Nous nous contentâmes, en con-

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séquence 9 d'achever exactement la copie de ces textes antiques

Pendant que M. Coste et moi nous nous livrions à ce travail difficile ^ nos Persans s'étaient retirés dans un creux de rochers au-dessus de la cascade, pour causer et déjeuner à leur aise. Nous avions emmené, pour nous servir de guide, un Arménien qui avait, sous les plis de son Abhah, ou grand manteau, emporté une énorme bouteille (Tarak^ eau-de-vie anisée du pays. Loin des regards de leurs coreligionnaires, dans ce petit coin oublié des hommes et des Mollahs, nos Musulmans s'étaient laissé entraîner à enfreindre les préceptes de Mahomet. La dame-jeanne, passée de mains en mains, s'était vidée, et. Chrétiens ou Musulmans, tous étaient ivres.

Nous n'avions plus d'intérêt à prolonger notre séjour à Hamadân, et nous voulions en partir dès le 15. Mais la difficulté de remplacer notre malencontreux tchervâdar d'Ispahan nous fit, malgré nous, retarder notre départ jusqu'au 17. — J'employai le temps qui nous restait jusque-là à chercher encore de tous côtés quelque chose qui eût un intérêt quelconque.

On m'avait indiqué une source d'eau, à laquelle on attribuait des propriétés hygiéniques. Je la visitai, et je fus très-étonné de la trouver excessivement froide. Elle n'avait pas plus de deux ou trois degrés au-dessus de zéro, et nous étions au milieu de juin. Cette fontaine singulière était le gagne-pain d'un pauvre homme qui l'avait entourée d'un mur et couverte d'une coupole. On y prenait des bains qui, dans l'été, étaient fort appréciés par les Hamadànis. Il est douteux cependant qu'outre la jouissance que

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les baigneurs éprouvaient à y rafraîchir leur corps, ils pussent en ressentir aucun bien pour leur santé. Néanmoins, et par curiosité de la sensation procurée par un bain aussi froid, j'en pris un auquel je trouvai une vertu tonique et réconfortante qui me sembla devoir combattre les effets énervants de la chaleur.

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