CHAPITRE XXVIII
Antiquités du district de Holvàn. — Serpoul. — Takhtr-i-GheT6. — Départ de Bi-
Sutoon. — Retour à Kingavar.
Ma tentative et l'escalade que j'avais faite ayaat été infructueuseSy je cherchai daas la campagne quelques débris à étudier, en attendant le retour de M. Goste. Je recueillis ainsi les dessins et les inscriptions de plusieurs pierres sculptées, la plupart provenant de tombes très-anciennes. Ces fragments funéraires portaient des inscriptions couffiques dont les caractères en relief étaient d'une grande pureté et très-omés.
Je visitai aussi plusieurs ravins ou cavernes du mont Bi- Sutoun , dans lesquelles je me plaisais à admirer l'àprelé des formes et la couleur sombre des rochers qui sont d'une espèce de basalte dont les larges bancs superposés se prolongent sur les flancs de la montagne. Dans ces courses faites à l'aventure , je rencontrais des bétes fauves et des aigles qui
s'enlevaient tranquillement à quelques pas de moi. C'étaient les seuls êtres qui vécussent dans ces tristes solitudes.
Un jour, près de mon camp, je fus accosté par deux Kurdes qui, après avoir échangé avec moi quelques paroles, me firent de pressantes sollicitations pour aller les visiter sous leur tente et y voir un enfant malade. Je ne pus leur £|ire comprendre que je n'étais nullement médecin; car pour les Orientaux, tout Frengui est hekim, et, malgré toutes les peines que je pris pour leur persuader que je n'avais pas la science qu'ils me supposaient , je fus obligé de les suivre. Je me tirai d'embarras en leur donnant quelques gouttes d'un collyre que j'avais reçu du docteur Lachèze , et un peu de sucre en poudre; ils avaient une très-grande foi dans l'efficacité de ce dernier remède qu'ils appliquaient sur les yeux par insufflation.
La bonne volonté dont j'avais fait preuve auprès de ces Kurdes me valut, de leur part, une reconnaissance dont le résultat fut de me faire voir un des points curieux de cette localité. — Ils m'offrirent de me conduire à ce qu'ils appelaient le Takht'i'Chirin ou Trône de Chirin. Je ne demandais pas mieux, et, bien que la distance fût assez longue et difficile à parcourir, je me préparai à les suivre. Nous montâmes à cheval , et, suivant quelques instants la berge du Gamasiah, en descendant cette rivière, mes guides s'arrêtèrent devant une plage sablonneuse où était un gué. Nous lançâmes nos chevaux dans Teau ; elle était profonde, même en cet endroit choisi , et nous n'étions pas au milieu de la rivière que le poitrail de nos montures était submergé. Kous allions atteindre l'autre bord, quand les deux Kurdes me firent remarquer, entre deux eaux, des restes de maçon-
neries. Je les examinai avec soin, je cherchai h découvrit dans le lit du Gamasiah tout ce que ses eaux pouvaient eu dérober aux yeux, et j'acquis la certitude qu'en cet endroit avait été jadis un pont dont le courant n'avait pas entièrement emporté les piles. Les décombres de ce pont, tombés dans la rivière, en ont comblé le fond et forment aujourd'hui encore le gué au moyen duquel les nomades campés sur les bords du Gamasiah se rendent d'une rîlte à l'autre.
Arrivés sur le boM opposé , qui était beaucoup plus bâS que celui que nous quittions, nous nous trouvâmes au milieu de hautes herbes croissant dans les marécages qui occupaient presque toute la superficie de là vallée. Mes guides cherchèrent le chemin à travers cette végétation aquatique, et, l'ayant trouvé, me firent signe de les joindre. — Après
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quelques pas faits dans les joncs, j'aperçus comme une espèce de chaussée en pierres qui s'élevait au-dessus des marais. Très-solidement maçonnée, mais effondrée en quelques endroits, cette voie me parut fort ancienne, et présenter d^ analogies de construction avec les restes d'édifices que j'avais vus au pied du mont Bi-Sutoun. Cette voie conduit du pcMt, dont les vestiges sont au fond dii 'Gamasiah, au lieu qui porte le nom célèbre de TaJcht-i-Chirin . H est donc très-plausible d'en conclure qu'elle doit très-certaînement avoir la même origine que les monuments dont les ruines éparses ont rendu célèbre le site de Bî-Sutoun. Le peu de solidité du sol sur lequel cette chaussée avait été établie et les eiïbrts des eaux stagnantes ont contribué à sa destruction. Aussi eûmes-nous les plus grandes peines à la suivre, et souvent pour la retrouver fftmes-nous obligés
de chemins dans Teau. — Nous mimes une heure et demie à Cèdre le trajet au bout duquel nous arrivâmes à une sorte de plate-forme en grosses pierres, sur laquelle se voyaient épars des débris de construction. Parmi eux étaient quelques fragments de colonnes du même genre que ceux de Bi-Sutoun ; c'était le Takht i^Chirin dont m'avaient parlé mes guides, et ils me le montraient comme une antiquité. Ils avaient raifon ; il y avait eu là, à n'en pas douter, une construction, un édifice quelconque : l'aspect des restes qui le rappelaient, aussi bien que le nom que les traditions y rattachent, le faisait remonter à l'époque sassanide.
Cette ruine, comme celles que j'ai dit être au pied du mont Bi-Sutoun, perpétue le souvenir de la princesse Chirin. Le nom de cette beauté célèbre est répété partout dans ce pays. Chaque paysan kurde s'en souvient et le redit au milieu des ruines qui l'entourent. Ne faut-il pas en induire que là, en effet, fut jadis une grande ville; et si l'on se rappelle que les rois Sassanides avaient le siège de leur empire à Ctésiphon, sur les bords du Tigre, dans une région où la chaleur est insupportable, on ne sera pas étonné que, de ce oôté des monts Zagros, dans une contrée moins chaude, au pied du mont Bi-Sutoun, Khosrô ait fondé une ville, ou tout au moins élevé un palais pour y abriter ses amours et sa belle maltresse.
Je crois être le premier qui émette cette opinion sur une localité où ceux qui m'ont précédé n'ont fait que remarquer isolément les sculptures qui s'y trouvent. Les observations du voyageur ne doivent point stérilement se borner à constater ce qui reste de l'antiquité. Sans s'aventurer dans des hypothèses gratuites, il peu^, il doit même, dans une certaine
limite, tirer des inductions de ce qu'il retrouve, pour deviner ce qui n'est plus, mais qui a pu exister. Dans ce cas-ci , sans vouloir baser mon opinion sur les traditions populaires, perpétuées de siècle en siècle et de père en fils, dans la mémoire des Kurdes, je crois l'appuyer suffisamment sur Tétendue et la nature des ruines que j'ai reconnues dans le voisinage de Bi-Sutoun, pour pouvoir dire qu'il a dû exister là, vers le commencement du vi*^ siècle, une ville et des monuments importants.
Le cinquième jour un petit nuage de poussière s'élevait du côté de Kermanchàh. Peu à peu je distinguai quelques cavaliers , et bientôt je reconnu? ceux que j'attendais. — M. Goste était enchanté de son excursion qui avait été assez fructueuse et qu'aucun événement fâcheux n'avait entravée. Quand il eut secoué la poussière de la route, et qu'il eut pris quelques instants de repos , il me raconta l'emploi de son temps pendant les jours qu'avait duré son absence. Voici, d'après le récit qu'il m'en fit, ce que sont les antiquités qu'il était allé visiter : La ligne de démarcation qui sépare les provinces turques de celles du Chah est très -indéterminée. Elle traverse des contrées sauvages, coupées de montagnes presque inaccessibles , au milieu desquelles vivent des tribus insoumises qui ne reconnaissent aucune suzeraineté; elles sont, pour ainsi dire, indépendantes ou même flottantes entre les populations plus accessibles chez lesquelles l'autorité des gouverneurs des deux États peut avoir quelque efficacité. Il en résulte une sorte de zone vague qu'on ne saurait dire persane ou turque. Dans la partie de cette zone qui se trouve située entre Kermanchàh et Bagdad, sur la route qui conduit de l'une à
Tantre de ces deux villes, sont quelques monuments qui ont toutes les apparences d'une origine persane. Les monts Zagros forment , du nord au sud , une chaîne trèsétendue, qui est la limite naturelle posée entre la Perse et la Turquie. C'est par un défilé de ces montagnes qu'on descend vers les plaines du Tigre et de l'Euphrate. Ce doit être par ce même défilé que faisaient irruption les armées de Xercès et de Sapor, marchant à la conquête de l'Asie occidentale. Les rois de Perse eurent une résidence à Ctésiphon, comme à Châpour et à Istakhr. 11 n'est donc pas étonnant que l'on retrouve, dans les gorges du Zagros, des traces de leur passage ; elles font suite aux monurqents qui les précèdent en Perse et que nous avons rencontrés à Tâgh-i-Bostan et à Bi-Sutoun.
Sur le versant occidental de ces monts, à peu près à égale di^nce de Kermanchàh et de Bagdad , s'ouvre une vallée qui porte le nom de Serpoul-i-Zohâbj du nom d'un caravansérail situé sur le bord d'une rivière, près d'un pont qui la traverse. Cet édifice moderne a été élevé Sur l'emplacement d'une ville qui a Ad avoir quelque importance, à en juger par la quantité de ruines de toutes sortes qui l'entourent, ainsi que par l'étendue du terrain qu'elles couvrent. Les géographes indiquent , vers cet endroit , une ville qui, selon les uns, portait le nom de Holvân, et, selon les autres, celui de Zargopolis d'où vient probablement le nom moderne Serpoul. D'un autre côté , la rivière qui passe au milieu de ces ruines s'appelle encore Bolvân. Nous avons déjà dit que l'usage est, en Perse, de donner aux cours d'eau le nom des lieux qu'ils parôourent. Laquelle de ces deux désignations appartient
donc réellement à la citée ruinée? La question est embarrad*^ santé. Quelle que soit la solution qu'on doive lui donner, je dirai que les ruines que l'on voit en ce lieu se composent de fragments de murs qui surmontent des émitiences formées par les débris de tout ce qui a disparu. Ces restes de murs sont d'ailleurs sans lien aucun, et ne laissent deviner aucun plan , excepté celui d'une citadelle qui aurait été au centre, sur la rive gauche de la rivière. Son enceinte est demeurée tracée par de petits toonticules sur lesquels se distinguent, en quelques endroits , des arrachements de murs, ainsi qu'une porte. Les eaux du Holvân lui servaient de défense, d'un côté , et les trois autres étaient protégés par un fossé qui se trouve aujourd'hui comblé, en girtinde partie, par les ébou* l6ments de matériaux, mais qui pourtant se distingue encore. Au pied de la face septentrionale de la citadelle, on aper<^ çoit une partie de mur courbe, construite en pierres , qui parait avoir été la base de quelque tour. Sur la même ligné, on retrouve des voûtes en plein cintre couvrant de petits ca»* naux souterrains qui se prolongent sous la citadelle. Ces ouvertures étant au niveau des eaux , on doit penser qu'elles leur donnaient passage pour fournir aux besoins de la garnison de la forteresse, ou pour remplir les fossés. On ne rencontre, parmi ces ruines , aucun reste d'ornement archîlectonîque, si ce n'est un tronçon de colonne en marbre, près du pont qui traverse le Holvàn sur deux arches de construction moderne et ogivales, posées sur d'anciennes fondations. La ville qui, dans un âge reculé, a été sur cet emplace* ment a dû voir prolonger son existence et se succéder diss populations jusque dans les temps modernes. C'est au moins ce qui semble attesté par un vaste cimetière où Ton voit un
grand nombre de tombes avec des inscriptions en caractères cooffiques.
Près de là , le Holvàn s'est ouvert un chemin dans une gorge resserrée entre des rochers âpres sur lesquels sont cinq bas- reliefs dont trois sur la rive gauche et deux sur la rive droite. —Le premier représente un cavalier devant lequel est un personnage qui lui présente un anneau ou diadème. La sculpture en est très-dégradée , ou n'a été qu'ébauchée, ce qui fait qu'on a de la peine à la juger. Dans le haut du cadre sont deux inscriptions pehlvis, mais presque illisibles. Ce bas-relief porte l'empreinte du caractère sassanide. — Le second bas - relief est au - dessus du précédent. Pour l'exécuter, le rocher n'a pas été coupé droit ; la sculpture suit la courbure naturelle de sa surface; la scène qu'elle représente rappelle celle qui se trouve sur l'un des bas-reliefs de Bi-Sutoun : un personnage, coiffé d'un bonnet rond, ceint d'un bandeau , tenant à la main droite une hache, et de la gauche un arc avec des flèches, foule à ses pieds un cadavre. En foce est un second personnage qui, d'une main, présente un anneau au premier, et, de l'autre, tient l'extrémité d'une corde à laquelle sont attachés deux prisonniers. Ceux-ci ont les mains liées derrière le dos, et sont d'une taille plus petite. Cette scène, qui est surmontée d'un disque semblable à celui que nous avons déjà eu occasion de voir, est renfermée dans un cadre formé par un listel qui règne sur trois côtés. Audessus de ce listel, sont six figures de petites dimensions, représentant d'autres captifs enchaînés qui paraissent faire suite aux premiers. — Sur l'autre face de ces rochers, il y a un troisième bas-relief qui est dans un état de dégradation tel que c'est à peine si l'on peut en distinguer le sujet. Cependant, ce
qu'on peut deviner, au milieu des crevasses et des aspérités de la pierre, donne à penser qu'il est la simplification de celui qui précède, ou, du moins, qu'il a quelque rapport avec lui. Un personnage, tenant une hache d'une main et un arc de Tautre, fait face à un second qui est coiffé d'une espèce de tiare. Audessus d'eux, est répété le disque dont j'ai parlé.
De l'autre côté de la gorge formée par ces roches sculptées , sur la rive droite du Holvàn , sont encore deux basreliefs qui ne présentent pas beaucoup plus d'intérêt, et ne sont guère mieux conservés que les précédents, dont ils sont des variantes.
En suivant le pied des rochers qui sont au nord-est du caravansérail de Serpoul-i-Zohab, et à trois kilomètres dans la direction du nord-ouest, on rencontre des ruines qui portent le nom de Khalà^-Bolak ^ ou plutôt Khalà-ûBoulak. Ce nom signifie Forteresse de la fontaine; il est justifié par une belle source qui, en effet, existe dans le voisinage. — Les ruines ainsi nommées consistent en quelques pans de murs au milieu desquels on distingue deux salles voûtées en pierre, ayant toutes les apparences d'une architecture très-ancienne. Les murailles sont flanquées de contreforts carrés. Les angles sont protégés par des parties avancées circulaires , en forme de tours. Près de l'une d'elles, on remarque une excavation spacieuse pratiquée dans le rocher et en communication avec l'intérieur de la citadelle.
Dautres ruines, ou plutôt des débris de maçonnerie, recouverts par de hautes herbes, marquent, près de là, la place de constructions qui ont totalement disparu.
A quatre kilomètres du caravansérail, dans le sud-est, une
Aê% YOTAGE EN PERSE.
aovertare de la montagne ^ semblable à. celle par laquelle s'écoule le Holvàn, donne passage à la route de Kermanchàh. Là, sur le flanc du rocher, on voit un caveau qui rappelle celui de Sabnèh. Il y a, de plus qu'à celui-ci, une sculpture représentant un personnage vêtu d'une longue robe, co'iSé d'une espèce de capuce qui couvre le front ainsi que le menton et retombe sur le dos. Sa main droite est étendue et de la gauche il tient un objet qu'il est impossible de définir exactement.— Nous avons souvent eu occasion de voir quelque chose d'à peu près semblable, et toujours aussi indéfinissable, qui n'est ni un glaive, ni une massue, qui n'a pas non plus les apparences d'un sceptre royal. On ne peut guère prendre cet objet que pour un des attributs religieux de la divinité, d'Ormuzd, ou peutr-étre du grand mage Zoroaiire. —^ C'est au-dessus de ce bas-relief que s'ouvre le caveau s^ulcral, sur une plate-forme taillée dans le roc. Là, se présente d'abord un portique formé par une espèce de profil qui règne sur les deux côtés ainsi qu'à la partie supérieure, et {(àr deux colonnes dont on retrouve, adhérant au rocher dont ils font partie, les socles et les tailloirs. Composés de pièces rapportées , ou présentant moins de solidité que les autres, quoique pris aussi dans la masse du roc, les deux fûts ont disparu. Au milieu, une porte donne entrée dans le caveau où se trouve , à gauche , un sarcophage creusé , comme toutes les parties de ce monument, dans le roc vif. Cette salle funéraire est voûtée. Dans les parois, sont de petits refouillements au nombre de cinq, qui ont dû avoir pour objet de contenir des lampes. Par ses détails, ce monument ne ressemble pas à ceux de Persépolis ; mais , d^is son ensemble, il a avec eux quelque analogie , non-
seulement comme destination, mais aussi comme carac* tère. Il est donc probable qu'il remonte à une époque vol* sine de celle des Achéménides, s'il n'est de cette époque môme. On lui donne, dans le pays, le nom de Dukath Dahoud.
Au sud-ouest du caravansérail de Serpoul-i-Zohâb , à trois kilomètres de ce point, et dans une autre direction ^ au sud, à une distance de six kilomètres du même point^ sont deux ruines qui portent un nom semblable, Khalà-i- Khunà, Il y a sans doute, dans cette terminaison Rhunà^ un sens applicable aux deux édifices , qui ont d'ailleurs la môme désignation Khalà ou forteresse. Celle qui est la plus rapprochée du caravansérail se présente sous Tas?* pect d'une construction massive en pierre et carrée, mais avec des pans coupés aux quatre angles. Chacune des faces est flanquée de quatre contreforts à angles droits, entre lesquels sont trois portes voûtées. A l'intérieur, ces murs, qui ne sont autre chose que les prolongements des contreforts extérieurs, se croisent et laissent entre eux oèof vides qui forment autant de petites salles carrées mises en communication entre elles au moyen de passages étroits* Celle du milieu est plus petite que les autres ; toutes sont voûtées; mais, quoique les massifs de cette construction soient en pierres , ces voûtes , ainsi que les ouvertures des portes, sont en briques. A la partie supérieure de ces salles, sont pratiquées de petites ouvertures pour donner passage à l'air et à la lumière. Le haut de cet édifice paraît avoir été terminé en terrasse. — Il est difficile d§ dire ce qu'a pu être ce monument ; il ne parait pas que c'ait été une forteresse conune son nom semble l'indiquar
aujourd'hoi. Ce surDom de Khalà oa Khatèh est trèscommun, et donné, sans beaucoup de discernement, à tout édifice présentant des conditions de solidité propres à en faire un lieu facile à défendre. — Aucun ouvrage de fortification ne s'y retrouve; et il se peut fort bien que cette ruine représente quelque résidence dont l'épaisseur des murailles est tout simplement due à la nécessité de se présenter de la chaleur, qui est excessive dans cette contrée.
La seconde ruine de même nom, offre un aspect à peu près semblable à celui de la précédente. Elle est située dans un marécage , et ses murailles sont presque entièrement cachées par les hautes herbes qui en ont envahi les abords. C'est un vaste rectangle flanqué , sur toutes faces , de quatre tours. A chaque angle , il y en a une plus forte. A l'intérieur est une immense cour au milieu de laquelle se retrouve la margelle d'un bassin. Dans tout le pourtour, r^ne une succession de quatre-vingt-huit arcades. Aux deux extrémités , s'ouvrent deux portes. La physio- Domie de cette ruine, la disposition de toutes ses parties lui donnent une grande analogie avec un caravansérail. A l'espèce des matériaux employés, à la courbe pleincintre des arcades , on ne peut méconnaître l'origine reculée de cet édifice, certainement antérieure à l'islamisme et à Tarchitecture arabe qui a remplacé celle des Sassanides. De cette observation nait cette induction que l'institution des caravansérails, en Asie, date de plus loin que l'ère de Mahomet, et qu'elle est de toute antiquité, ce qui est du reste trèsprobable.
.^n remontant le défilé qui , sur la pente occidentale des mbnts Zagros, descend vers Bagdad, à onze kilomètres en«
viron de Serpoiil'i-Zohâbj on rencontre sor le bord dn chemin un petit monument qui étonne, autant par la pureté de ses proportions, que par la forme et l'isolement dans lequel il a toujours été. Il consiste en une arcade unique, fermée au fond et adossée aux rochers. Les murs latéraux construits, comme tout le monument^ en assises de calcaire très-dur et posées sans mortier, ont une grande épaisseur. Ils supportent la voûte qui est en plein-cintre, mais rentre sur ellemême. C'est le seul exemple que nous ayons vu de cette espèce de courbe adaptée à un monument ancien , dans ces contrées. Plus tard elle fut adoptée, comme on sait, par les architectes arabes, ce qui pourrait faire présumer que ce monument de Takhl-i-Gherô ne s'éloigne pas beaucoup de ceux-ci et ne remonte pas plus loin que les Sassanides. — A en juger par l'ornementation de cette arcade, on doit croire qu'elle fut construite par des Grecs et suivant les règles de leur art. En effet, le profil de la marche sur laquelle pose le monument, celui de sa base, son imposte, et l'archivolte sont tout à fait de style grec. La partie supérieure en est détruite, mais quelques fragments, gisant autour, indiquent qu'elle se terminait par une corniche semblable aux autres profils.
Cette arcade est d'ailleurs dans de petites proportions ; et l'on se demande quelle a pu en être la destination. La recherche avec laquelle elle a été faite, et l'absence de toute défense, ne permettent guère de croire qu'elle ait été construite pour un poste militaire. D'ailleurs, le nom sous lequel elle a traversé les siècles indique par le mot Takhi ou Trône j
qu'elle a servi d'abri à une tête royale. Quant à la seconde partie de son nom actuel GAercJ, son origine est embarftw-
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santé : les gens du pays appellent Gherô ou Gherrûj des montagnes qui se relient à celles au milieu desquelles se trouve le monument dont il s'agit. Ce nom ne désignerâil-il que ia localité où se trouve le Takht? Une autre version porte à croire qu'il pourrait bien n'être qu'une corruption de celui de Chosroës qu'on appelle en Perse Kosrou ou Khosrâ. On arrive à déduire de ces diverses remarques qu'il se peut fort bien que ce monument ait été élevé là par ordre de quelque souverain, de Chosroës peut-être, pour lui servir de lieu de repos dans ses voyages ou ses chasses au travers de ces montagnes brûlées par le soleil. Cette opinion, rapprochée de ce que j'ai dit des grottes de fâgh-i-Bostân , emprunte à celles-ci une nouvelle force, car leur destination, comme leur style et leut origine, semblent être les mêmes.
Rien ne nous retenait plus à Bi-Sutoun, nous avions complété, dans cette partie de la Perse, la collection de travaux qui nous était indiquée par nos instructions. Nous pensâmes à retourner à Ispahan. Le i 9 donc, nous levâmes notre camp et partîmes pour Sahnèh. L'aurore commençait à poindre quand nous montâmes à cheval. Après avoir traversé le Gàmasiàh et être descendus dans les prairies qui précèdent les marécages dangereux de la vallée, nous nous trouvâmes au milieu d'une grande caravane encore endormie. C'étaient des pèlerins qui se rendaient à Bagdad et à Kerbelàh, avec plusieurs mules chargées de corps embaumés qu'on allait déposer en terre sainte.
Cette fois, nous traversâmes plus facilement les marais,
fgiipe aux chaleurs de la saison qui avaient diminué la masse
des eaux.
De Sahnèh , nous allâmes à Kingavar. Il faisait à peine jour^ quand nous nous engageâmes dans la montagne qu'il fallait franchir en sortant de Sahnèh. — A des indices que nos goulâms connaissaient bien, ils nous dirent de nous arrêter pour attendre nos muletiers. Ils avaient aperçu , dans les demi-ténèbres qui couvraient encore les gorges entre lesquelles nous marchions, des mouvements d'hommes qui leur paraissaient suspects. Nous suivîmes leur conseil, mais nous ne fûmes point inquiétés, et nous arrivâmes sans accident à Kingavar à neuf heures du matin.