‹ Voyage en PerseChapitre 33 sur 89 · DU PREMIER VOLUME · texte numérisé non relu

DU PREMIER VOLUME

Nota. Ce voyage, fait pendant les années 1889, IMO et 1841 , n'a été écrit qn'en 1888. Cest ce qai explique la relation d'éTénements datant dé^jà de loin , et certains portraits de personnages aojoord'bni morts.

(4) L'opinion généralement accréditée en Perse, et parmi les agents du gouvernement français de cette époque, est que le général Romieu a été empoisonné à Téhéran, ainsi que son domestique. M. Outrey, depuis consul à Trébizonde, qui accompagnait M. Romieu, ressentit également les atteintes du poison ; mais la force de son tempérament le sauva.

(2) Dans le siècle précédent, la France avait eu , en Perse, un consul de cette famille ; mais il n'a laissé aucun souvenir.

(3) Sir John Malcolm versa Tor à pleines mains , en promit encore davantage, pour déterminer Fet-Ali-Châh à rejeter les offres de Tambassadeur impérial , et à lui faire entendre qu'il eût à quitter la Perse.

(4) M. le comte Edouard de Sercey, fils de l'amiral de ce nom , avait été premier secrétaire et chargé d'affaires à Pétersbourg.

M. le marquis de Lavalette , précédemment secrétaire et chargé d'affaires à

Stockholm.

M. le vicomte d'Archiac ) - ^ jl^jl x aa ^ «> u-t j» i^

.... . r^, . { avaient été précédemment attachés dambas-

M. le vicomte Gérard > j ^ i> /. u

., , . . 1 />!. „ \ sade à Pétersbourg.

M. le vicomte de Chazelles ; ^

Le premier de ces messieurs s'occupait de géologie, les deux autres devaient étudier tout ce qui se rapportait aux arts et à l'industrie.

M. le marquis de Beaufort d'Hautpoul , capitaine d'état-major, avait précédemment rempli une mission auprès du pacha d'Égypto. U devait examiner les questions militaires.

M. le vicomto Paul Daru , capitaine de houzards , avait la mission d'étudier ce qui concernait la cavalerie.

M. Desgranges, professeur de langue turque au collège de France, ancien

premier drogman à Tambassade de Gonstantinople , devait remplir la même fonction auprès des autorités turques pendant notre voyage.

M. Kazimirski-Biberstein , auteur de plusieurs traductions de livres arabes et persans, était interprète pour la langue persane.

M. le docteur Lachèze av^it passé plusieurs années en Egypte ; il était, en qualité de médecin, attaché à la mission.

M. Pascal Coste , architecte, (}iii avait ôéjotirhé plusifeUrs années en Egypte , et M. Eugène Flandin , peintre , avaient reçu la mission de rechercher et étudier tout ce qui pouvait intéresser l'archéologie.

(5) L'Académie des Beaux- Arts fit publier l'ouverture d'un concours auquel les atrshitectes, les peintres et les sculpteurs étaient appelés à prendre part. Elle devait chdîsir parmi les cohcurrehls deux candidats proposés ëH8ulte & l'acceptation de M. le ministre des affaires étrangères. Plusieurs artistes se présentèrent , en effet, et tirent valoir lëiiré droits aux suffrages de MM. les membres de TAcadémie des Beaux-Arts. Ce fut à la suite de ce concours que MM. Coste et Flandin furent désignés pour remplir la mission d'exploration archéologique projetée.

(6) Ce ne fut que dans le cotirs de l'année 4843 que M. Botta, îcDnsul de France à Mossoul , fut assez heureux pour découvrir des monuments qui paraissaient se rapporter à l'époque assyrienne. A la fin de cette année, M. Eug. Flandin fut encore désigné pour aller à Mossoul , aider le consul dans &es recherches, et faire toutes les études graphiques relatives à ces antiquités.

(7) Sur l'initiative de MM. Coste et Flandin, le n^inistre demanda à une commission composée de membres de l'Académie des Inscriptions et de celle des Béaux-Arts, un hippOrt sur le mérite et l'importance des travaux des d^x vbjageurs. Nous te donnorts ci-après.

Archéologie : Voyage en Perse de MM. Coste et Flandin, — L'Académie deè lABcriptions et Belles-Lettres et l'Académie des Beaux-Arts ont enténdti et approuvé le rapport suivant , qui leur à été fiait par M. Raoul-Rochette^ au nom d'une commission, sur le voyage en Perse de MM. Coste et Flandin.

« L'Académie des Beaux- Arts avait demandé à M. le président du coitàeii des « ministres, maréchal duc de Dalmatie, qu'il fût adjoint à l'ambassade envoyée « éii Perse à la fin de 1839 deux artistes, lin architecte et un peintre, pour a mesurer et dessiner avec toute l'exactitude poàsible les restes d'antiquité , « d'époques diverses, qui subsistent encore eh ce pays. Cette demande de a l'Académie ayant été accueillie par le ministre de la manière la plus géné- « reuse, il fut procédé immédiatement au choix des deux artistes qui devaient « éti^ appelés à remplir cette mission importante et difficile. MM. Coste et « Flandin, le premier déjà honorablement connu par son bel ouvrage sur les « monuments arabes du Caire, obtinrent les suffrages de l'Académie. Des in- « structions, rédigées au nom de cette compagnie par son secrétaire perpé- « tuel, et communiquées à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, furent « adressées à M. le ministre, qui les remit aux deux artistes, en leur assurant

VOYAGE EN PERSE. âH

a les moyens de remplir la misaon qu'il leur confiait sous la garantie et là « protection du gouvernement français. Telles furent les circonstances dans « lesquelles fut résolue l'expédition scientifique entreprise sous les auspices de « TÂcadémie des Beaux- Arts par MM. Coste et Flandiu, et qui , coihmencée à a Téhéran, s'est terminée à Bagdad, après avoir embrassé la Perse entière a dans sa plus grande extension.

tt Déjà y d'après des rapports adressés des différents points de la Perse a a l'Académie des Beaux-Arts, trois desquels ont éié rendus publics , et les « autres ne tarderont pas à l'être S cette compagnie avait pu se convaincre a que les deux artistes suivaient avec le zèle le plus digne d' éloges, malgré <c des obstacles, des privations et des dangers même de toute espèce, Vitiné- « raire qui leur était tracé, et que partout ils se faisaient un devoir d'exécuter « avec autant de soin qu'ils en étaient capables les travaux qui leur ëtmëiit a demandés dans leurs instructions. Mais c'est seulement aujourd'hui due, leur a portefeuille entier ayant été soumis à l'examen des commissaires des deux « Académies, il est permis de se faire une idée juste de la nature de ces trace vaux, et d'en apprécier le mérite, sous le rapport du talent et de la fidélité « déployés dans les dessins, comme sous celui de l'importance et de la noû- « veauté des monuments.

a Les localités de la Perse moderne, où il existe des monuments d' antiquité « plus ou moins considérables, signalés depuis la renaissance des lettres jusa qu'à nos jours par les nombreux voyageurs qui ont visité ce pays, et appar- « tenant à deux époques principales, celle des Achéménides et celle des Sassa- « nides, ces localités, devenues en dernier lieu l'objet des travaux de ÂtM. Ccxste a et Flandin, sont celles de Téhéran^ hpahan^ tiainadan^ Kirmanschak^ a Kengavar^ Bi-Sutun , Serpoul-Zohab^ tdader-i-Souleimah^ présumé le « site de l'ancienne Pasargades^ Istakhr^ l'ancienne PersépoliSj TscheU tt Minarj siège du palais des rois Achéménides, avec les localités voisines de a de Nachshi' Radjah^ et à^Nachshi'Roust&m^ Chiraz^ Schapour^Firouza abadj Fessa^ Darahgerd et Selphistan, La province de Chuster^ partie « de l'ancienne Suziane^ est restée seule en dehors dès explorations dé nos a deux artistes, parce que des difficultés plus fortes que leur volonté, jointes au a manque absolu de ressources, les ont empêchés à deux reprises de pénétrer a dans cette province, restée jusqu'ici presque absolument inaccessible aux « voyageurs européens. Mais, eii revanche, ils ont visité, à peu de distance de tt Bagdad, les ruines de Babylone et de Ctésiphon, et examiné celles de « Ninive^ situées près de Mossoul ; en sorle que, déjà sous le rapport des lieux, « leur travail peut être regardé comme aussi complet qu'il était permis de Tàt- « tendre de leur part et possible à eux de l'accomplir, surtout si l'on considèire « que, dans c^es de ces localités qui comportaient un travail considérable, ils « ont séjourné tout le temps qu'exigeait la jpleine et entière exéciition de ce a travail. Ainsi , ils sont demeurés dix-huit jours à Kirmanschah, et déiix ihois « entiers à Persépolis, campant sous la tente en jpréscnce des monuments

I. Ils l'ont été depuis l'époque oii ee rapport fat la au deux Académies .

c mêmes, de manière à pouvoir achever entièrement sur place les travaux c qu'ils avaient à faire.

« L'ensemble des dessins exécutés sur tout ce vaste espace de pays, d'après

«t des monuments divers d'âge et de caractère, appartenant, les uns à l'archi-

« tecture, les autres à la sculpture, s'élèvent au nombre de 468 pour l'archi-

« tecture et de 86 pour la sculpture. Il faut y joindre 35 inscriptions, la plupart

« gravées en caractères cunéiformes, quelques-unes en langue pohlvi, et trois

« seulement en lettres cufiques. Tous ces dessins , particulièrement ceux qui

« représentent des bas-reliefs, ont été terminés sur place, et quand il s'agira

« dejes publier, on n'aura, ni à en réduire le format, ce qui en altère toujours

« plus ou moins le mérite, ni surtout à en améliorer ou à en compléter l'exécu-

« tîon, ce qui en change bien autrement le caractère. On ne saitque trop de quelle

« manière s'achèvent à Paris, pour être livrés au burin des graveurs, des des-

c sins à peine ébauchés devant le monument original par une main quelquefois

« peu habile, et comment des monuments iinsi représentés à l'aide d'une

« double infidélité, perdent toute leur valeur aux yeux du véritable antiquaire

« et du véritable artiste ; et c'est par un sentiment de réserve dont on ne peut

« que nous savoir gré que nous nous abstenons de citer des exemples de ce

« procédé malheureusement trop commun. Mais les dessins de MM. Coste 6t

« Flandin portent en eux-mêmes tous les éléments de la confiance qui leur est

« due. L'exécution des bas-reliefs nous a paru ne rien laisser à désirer pour la

« fidélité, pour le caractère et pour l'effet, et c'est une vérité que nous ne crai-

« gnons pas de proclamer devant deux Académies, que jamais les sculptures

« de Persépolis, le plus grand monument encore debout de toute l'antiquité

« asiatique, n'avaient été jusqu'ici représentées avec autant de soin, d'exacti-

« tude et de talent, qu'elles le sont dans les dessins de M. Flandin. Lesfgra-

« vures de Ker-Porter, qui jouissaient, et sous plus d'un rapport, à juste titre,

a de tant de réputation dans le monde savant, perdront certainement, à. la

a publication des dessins de M. Flandin, la confiance et Testime dont elles

« étaient en possession ; et c'est un avantage que la France doit se trouver

« heureuse et fière d'obtenir sur l'Angleterre dans le paisible domaine de la

« science.

« Nous en dirons autant des dessins d'architecture de M.^Coste ; le soin avec « lequel toutes les mesures s'y trouvent relevées, toutes les formes indiquées, « de manière à pouvoir, lorsqu'elles auront été rapportées dans la mise au net, « représenter le monument antique dans son vieux caractère, a été jugé digne « des plus grands éloges par les architectes de la commission ; quelques des- « sins terminés sur place, ont offert l'ordre d'architecture des palais de « Persépolis sous un aspet admirable et véritablement tout nouveau ; et de « nombreux plans topographiques levés par le même architecte, plusieurs desc quels, notamment celui qui comprend l'ensemble de Mader-USouleiman et c d'istakhr^ c'est-à dire Pasargades et de Persépolis joignent au mérite gra- « phique de l'exécution l'importance historique de la locahté , sont au nombre « des fruits les plus précieux de la mission remplie par les deux artistes. Le « même éloge doit être accordé aux inscriptions, tant en caractères cunéi-

et formes qu*en écriture pehlvi, copiées au nombre de vingt-trois dans les ruines a de Persépolis seulement. M. Eug. Burnouf, si bon juge en ces matières, a « reconnu qu'en fait d'inscriptions conçues en trois systèmes d'écriture cunéi- « forme, persépolitaine, médique et assyrienne, si difficiles à déchifrer et à « copier, rien d'aussi exact et d'aussi consciencieux n'avait été fait depuis « Niebuhr sur les monuments de Persépolis ; et c'est le même caractère d'exaca titude, appliqué ici à des inscriptions, qui distingue dans les moindres détails « d'architecture tous les travaux de M. Coste.

« Ce que nous venons de dire du mérite des dessins exécutés par MM. Ck)6te ce et Flandin ne suffirait pas , à beaucoup près , pour donner une idée juste et « complète de l'importance de leurs travaux. Persépolis, principal objet de a leur mission, ne leur a pas seulement offert des bas-reliefs à dessiner et des « débris de palais à relever, dans ce qui se trouvait à la surface du sol , exposé a à la vue de tout le monde. Plusieurs de ces bas-reliefs étaient à demi ense- « velis sous un amas de décombres qui datent presque du siècle d'Alexandre ; « et c'est dans cet état qu'ils avaient été vus et dessinés par les voyageurs, y a compris C. Lebrun et Chardin parmi les anciens , Ouseley, Niebuhr et Ker- « Porter lui-même parmi les modernes. D'autres sculptures, tout à fait enfouies « sous les ruines des palais auxquels elles appartenaient, avaient échappé non- « seulement à l'observation des voyayeurs, mais même au marteau des mua sulmans. C'est à l'aide de fouilles entreprises sur près de trente points difféa rents , tant dans les ruines des palais de Persépolis^ que dans la localité « voisine de Nachshi'Roustàm^ que de nouveaux bas-reliefs et de nombreux « détails d'architecture , découverts par le zèle de nos deux artistes , avec < quelques inscriptions, ont été rendus à la lumière pour être livrés à la « science. Huit bas-reliefs tout à fait nouveaux , sans compter plusieurs autres « complétés dans leur partie inférieure au moyen de ces fouilles , sans compter « encore un taureau , seule sculpture de ronde-bosse qui soit sortie jusqu'ici « des ruines de Persépolis^ sont une conquête précieuse à la fois pour l'his- « toire , pour l'art et pour la philologie, dont on leur est redevable. C'est encore a un résultat tout à fait neuf et des plus importants pour l'histoire de l'art , dû « à ces fouilles opérées à l'aide des privations les plus dures , que la découa verte des principaux détails de l'ordre d'architecture des divers palais de « Persépolis /]\ï%fi\ï'k nos jours si imparfaitement connu. En déblayant, par- « tout où cela leur paraissait nécessaire , le sol, les terrasses et les escaliers de a sept habitations royales , qui composaient , avec le grand vestibule de « Tschel'Minar^ l'ensemble du palais des monarques Achéménides ^ nos deux « artistes ont été mis en possession de presque tous les éléments de la restau- « ration de ces édifices. C'est là un résultat qui suffirait seul pour recom- « mander leur travail à l'estime du monde savant , pour en faire un ouvrage « unique entre tous ceux qui ont été publiés ou entrepris sur les monuments « do Persépolis. Douze inscriptions nouvelles , la plupart exprimées dans les « trois systèmes d'écriture cunéiforme , l'une desquelles , conçue en caractères a persépolitains , a offert à M. Eugène Bumouf le nom d'Artaxerce-Mnémon , « déjà connu par une des inscriptions du recueil de M. Rich , ont été ajoutées

« p^r reflet des mêmes fouilles à ce que nous possédions , malheureusement « encore en trop petit nombre , d'inscriptions de ce genre , qui ont déjà pro- « duit et qui promettent encore à la science tant de révélations importantes fn pour rhistoire , pour la connaissance de la langue et de la religion de cette « partie de l'ancien monde. Moins riche en inscriptions pehlvi , la collection c formée par nos deux artistes présente pourtant deux de ces inscriptions en c grande partie nouvelles, celle de Nachshi-Radjab^ de trente et une lignes , « d*une parfaite conservation , qui n'avait été qu'entrevue par Ouseley, parce « qu'elle était cnchée par un arbre , et une autre gravée près du cheval de « Sapor, réputée la plus grande connue jusqu'id , laquelle avait été signalée « par Ouseley et par Ker-Porter comme renfermant cent \ingt lignes , suivant « le premier , soixante dix-huit selon le second , et dont quelques lignes seulef ment avaient été données par Niebuhr. M. Coste a eu la patience de copier « tout ce que l'état malheureusement très-fruste de cette longue et importante « inscription lui a permis d'y copier : trente-six lignes , sur soixante-cinq dont c elle se composait originairement. Le même soin a été remarqué par M. Quac tremère dans la transcription des autres inscriptions pehlvi déjà connues , où « des lignes nouvelles ont été introduites , qui témoignent de l'exactitude de « M. Çoste.

« Ce n*est là sans doute qu'un aperçu bien succinct et bien insuffisant des a travaux de MM. Coste et Flandin, puisqu'il ne concerne proprement que ceux « dont Persépolis leur a fourni le sujet , sans embrasser ceux qui , exécutés à a Kirmanschah, à Kengavar, à Serpoul-Zohab, à Chiraz^ à Schapour^ à « Firouzabad^ à Darabgerd et à Ctésiphon^ offrent le même mérite d'exac- « titude porté à un degré supérieur dans les monuments déjà connus , avec a quelques monuments nouveaux, tels que le palais sassanide de Firouzabadj 0 tels encore que le grand temple é'Anaitis à Kengavar, et le Tahh-Khesra « à Ctésiphon, qui peuvent passer pour des monuments nouveaux , puisque « nous ne les connaissions que par des relations superficielles ou d'après des a dessins de nulle valeur ; tels surtout que les bas-reliefs médiques de Serpouia Zohaby sur lesquels nous ne possédions que de vagues indications. Une ana- « lyse plus détaillée et plus complète des travaux de nos deux artistes excéde- « rait nécessairement les bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer, a sans rien ajouter à l'opinion que nous avions à donner du mérite, de l'impor- « tance et de la nouveauté de ces travaux. Celte opinion, qui résulte de Texa- « men consciencieux auquel nous nous sommes livrés , artistes , antiquaires et «c philologues, en nous aidant des lumières les uns des autres, et en comparant « avec les«dessins de MM. Coste et Flandin ceux des autres voyageurs qui nous « étaient familiers ; cette opinion, si complètement favorable sur tous les points, a sera sans doute partagée par les deux Académies, dont plusieurs membres a ont été dans le cas de voir et d'examiner ces dessins ; et nous pensons que « ce sera de la part des deux compagnies, invitées par M. le ministre des af- « faires étrangères à lui faire connaître leur avis sur le mérite des travaux de « MM. Coste et Flandin, un véritable acte d'équité et d'intérêt pour la science, < que de les signaler à la bienveillance de ce ministre comme un des services

« les plus éminents rendus de nos jours à la connaissance de Tantiquité et de a l'histoire de l'art, et à ce titre comme l'objet d'une des publications les plus « utiles à la science et les plus honorables pour notre pays. »

(8) L*ancienne ville dont le nom était Byzantium ou Byzance fut appelée CorutantinopolU ou Constantinople par les Grecs. Quand elle fut tombée aux mains des Turcs, les vaincus, dans leur langage, rappelèrent Islam-Polis^ ou Islampouly ville de l'Islam, ville de la religion musulmane. De ce nom d'origine grecque, les Turcs ont fiedt, par corruption, Stamboul, nom par lequel ils désignent aujourd'hui la vieille capitale où résident leurs sultans.

(9) Stamboul désignant Timmense ville turque, Pera et Galata sont le^ noms donnés aux deux quartiers que, sur l'autre rive du port, habitent les chr^ tiens de toute nation.

(4 0) Le traité d' Unkiar-Iskelessi tire son nom d'une localité située sur la eôto asiatique du Bosphore. Les Russes y avaient pris position en 4 &33, sous le prér texte de garantir Constantinople contre une invasion égyptienne que rendais menaçante la victoire remportée à Koniah par Ibraïm Pacha. Ce fut en cet endroit que la Porte conclut avec un ministre plénipotentiaire russe un traité par lequel le czar et le sultan faisaient une alliance offensive et défensive. Par une clause secrète, le grand seigneur s'engageait à fermer les Dardanelles à tout bâtiment de guerre européen, et à laisser ce passage toujours libre aux force9 de la Russie. De cette manière, la Turquie et ses batteries des Dardenelles et du Bosphore servaient de remparts à la monarchie russe qui restait maîtresse unique, absolue dans la mer Noire. C'était cette clause du traité d* Unkiar- Iskelessi qui ne permettait pas au réloee de naviguer dans les eaux qui de-: valent nous porter à Trébizonde.

(44) M. l'abbé Scafi était un prêtre romain entré dans la congrégation ^^s^ Pères Lazzaristes et attaché à la mission dont le siège était à Constant!-; nople. En 4838, M. Bore, passant dans cette ville pour se rendre dans râsier Mineure, la Chaldée et pousser jusqu'en Perse, M. l'abbé Scafi partit ayec l\ù pour faire le même voyage. Il avait accompagné le çavant explorateur jusqu'j^ Tabriz d'où il était revenu au couvent de Pera, afin d'y organiser les moyens de propagande civilisatrice que M. Bore réclamait pour donner à ses prpjettt d'école française toute l'extension nécessaire.

(42) On se rappelle qu'Ibraïm Pacha, maître de toute la Syrie, dut marcher à la rencontre d'une armée turque formidable rassemblée sur le bord de TBuphrate et commandée par Hafiz-Pacha. Ce chef avait cru assurer le triomphe de ses armes en attendant les Égyptiens dans un camp retranché qu'il avait établi entre Alep et l'Euphrate, près du village de Nezib qui donna son nom à la bataille que les deux généraux se tivrèrent dans son voisinage. Les troupes d'Ibraïm Pacha étaient ap;uerries ; la milice turque, au contraire, était composée presque entièrement de recrues levées à la hâte. Elle ne put soutenir le choc des Égyptiens, et ne tarda pas à se débander. On dit que la trahison augmenta le désordre. Les Égyptiens, en profitèrent, enfoncèrent toutes les lignes turques,

et mirent en fuite Tannée entière du sultan. Son chef, Hafiz-Pacha, eut les plus grandes peines à se sauver presque seul, laissant son camp, son matériel, ses propres biens au pouvoir du vainqueur. La bataille de Nézib décida complètement du sort de la Syrie qui resta au pacha d'Eg\'pte jusqu'en 4840, époque à laquelle la force et la diplomatie mirent tout en œuvre pour en déposséder MehemetrAli , et la remettre entre les mains du sultan.

(43) Le nom de Sunnis ou Sunnites est donné aux Musulmans orthodoxes, à ceux qui ne reconnaissent pas d'autre successeur de Mahomet qu'Aboubekhr et Omar, par opposition à celui de Chyaa ou Chyltes que portent les dissidents qui considèrent ces deux kalifes comme des usurpateurs, et maintiennent que le droit de succession au prophète appartenait à la famille de sa fille Falime , c'estràKiire à Ali et à ses fils Husseïn et Hassan. Tous les Turcs, les Eg^'ptiens, et la plus grande partie des Arabes sont Sunnites. La secte des Chyas se compose des Persans et de quelques tribus arabes parmi lesquelles elle s'est propagée , ainsi que dans Tlnde. Son origine remonte à la mort du Prophète ; mais elle n'a pris de l'extension qu'au xvi* siècle , époque à laquelle toute la Perse s'est séparée des orthodoxes.

(U) Le roi de Perse Mehemet-Châh avait sur la principauté d'Hérat des droits que, dans le cours de l'année h 839, il se décida à faire prévaloir par les armes. Il investit la ville d'une armée et en fit le siège. Dans le camp royal étaient l'ambassadeur de Russie le général Simonitch, et le ministre d'Angleterre M. Mac-Nill. Ce dernier avait des intelligences dans la place, et correspondait journellement avec un officier du génie anglais qui en dirigeait la défense. L'or à l'effigie de saint Georges passait en abondance de la tente du représentant de la Grande-Bretagne dans les mains des AfTghans. Le siège traînait en longueur ; les Persans se battaient bravement, mais ne faisaient aucun progrès. Leur science militaire était, à la vérité, fort impuissante ; mais le principal obstacle à la prise de la ville et à la reddition des assiégés, était le soutien que ceux-ci trouvaient dans les Anglais et les menées perfides au moyen desquelles ils encourageaient les défenseurs d'Hérat, en intimidant les chefs persans et le Chah lui-même. La politique an- ^ise s'opposait à la victoire des Persans ; il lui convenait que le territoire d*Hérat restât dans la situation où il était, lorsque Mehemet-Châh résolut de s'en emparer. Divers chefs affghans se disputaient l'autorité , et cet état d'anarchie plaisait à l'Angleterre, qui tôt ou tard devait en tirer parti pour s'approprier cette principauté. 11 ne pouvait donc lui convenir que le roi de Perse la rangeât sous sa domination. On pense bien que les intrigues de M. Mac-Nill avaient plus d'une fois été le sujet de graves dissentiments entre le Chah et son vizir d'une part, et la mission anglaise de l'autre. Depuis plusieurs mois les choses étaient sur ce pied, lorsque, par suite des insolentes exigences du ministre anglais, la querelle s'envenima au point d'amener une rupture. — Les Persans, montés à l'assaut, avaient été repoussés ; cependant le combat les avait tellement exaltés que, si un second assaut était livré, la prise de la ville était imminente. Les Anglais le comprirent, et M. Mac-Nill, résolu

à tout mettre en oeuvre pour éviter cette catastrophe, a^failerposa entre les défenseurs de la brèche et les assiégeants, menaçant le Ch&h non-seulement du mécontentement de TAngleterre , mais encore d'une descente de troupes anglaises sur le littoral persique, et d'une invasion des provinces du sud. — Mebemet-Châh, très-irrité de ce langage, fit comprendre à M. Mac-Nill qu'il ne pouvait demeurer plus longtemps dans son camp ; mais, au lieu de pousser avec vigueur le siège et de s'emparer d'Hérat, il eut la faiblesse de se retirer, dans la crainte d'attirer Forage dont le représentant de la politique anglaise l'avait menacé.

M. Mac-Nill était parti pour Londres, et les personnes de sa suite, qui avaient quitté la Perse avec lui , s'étaient arrêtées à Erzeroum pour y atten(fa« de nouvelles instructions. — C'est dans cette situation que nous les trouvâmes à notre passage dans cette ville.

(15) Le mot Salamalek, que nous avons introduit dans notre langue, vient de l'arabe selam-aleik; pris littéralement il signifie paix sur M. Les Turcs, et les Persans surtout qui ont une prononciation très-accentuée, souvent même affectée, disent selamOn-alH-^ùm ou paix sur vous^ qui est le véritable salut oriental dans toute sa pureté.

(46) Istakbal ou Istihbal signifie proprement VaUer au-devant. Les Persans en ont fait un substantif par lequel ils expriment l'action cTaUer audevant d'un personnage de rang élevé. — Ces cérémonies ofiicielles sont toujours figurées par un grand nombre de cavaliers et on leur donne beaucoup d'apparat.

(47) — M. Trezel était ingénieur-géographe, M. Fabvier et M. Lami étaient lieutenants d'artillerie. Les deux premiers, encore vivants, sont devenus généraux de di^ision ; M. Lami est mort gf^néral de brigade, à Gonstantine, en 4 837. On doit à M. le général Trezel de nombreux et savants travaux géographiques sur la Perse. M. le général Fabvier fut chargé par Fet-Ali-Châh de créer une artillerie de campagne. Il fonda à Ispahan un arsenal dont il dut faire jusqu'aux moindres outils, car les Persans ne possédaient aucun moyen de fabrication. Après mille peines et obstacles de tout genre, M. Fabvier réussit à monter quelques pièces sur leurs affûts. Ce fut le point de départ, le germe de l'artillerie légère que possède aujourd'hui l'armée du Chah.

(48) En Turquie, les distances de lieux se comptent par agatchs^ en Perse par farsaks. Ces deux longueurs sont égales, et équivalent à six kilomètres à peu près.

(49) En 4839, un ambassadeur persan était venu à Paris. On doit croire que les différends survenus entre les gouvernements persan et suiglais, à propos d'Hérat, n'étaient pas étrangers à la mission que Mehemet-Châh avait donné à Husseïn-Khân. En effet, la diplomatie que ce personnage faisait à Paris n'avait pas d'autre but que de chercher à affranchir la Perse du joug insupportable que lui faisait subir l'Angleterre. Elle n'eut pas d'ailleurs d'autre résultat que l'achat de plusieurs milliers de fusils et la cession par le gouvernement

4fl VOYAGE EN PERSE.

franca» d'une doumine de souâ-ofiiciers pris dans des régimeats d'inlanierie , de cavalerie el d'artillerie , qui entrèrent au service de la Perse comme instructeurs militaires. Ces jeunes gens, qui avaient été choisis dans leurs corps respectife, n'étaient pas des aventuriers allant chercher fortune au fond de l'Asie, eomnie tant d'autres avant eux ; ils partaient chargés d'une mission toute spéfliaie et temporaire » et en conservant la position à laquelle leurs services leur doBaaient droit en France.

Mais les difficultés que leurs devanciers avaient renoontréee devaient se présenter de nouveau à ces instructeurs y et des intrigues de toute sorte furent aûses en osuvre pour entraver complètement l'emploi que la Perse aurait pu faire, è son profit, des connaissances des sous-officiers firançais. Les obstacles qu'ils ne cessèrent de rencontrer furent tels, que pas un d'eux ne put réussir à former quelques soldats persans. Ils restèrent, en Perse, oisifs, pendant quatre années à la suite desquelles ils rentrèrent en France.

(20) La Perse a été , de tout temps , abandonnée par la France. A TexceptiOQ des missions qui, à de longs intervalles, y ont fait de courts séjours, le gouvernement français n'y a jamais entretenu aucun résident. Cette raison est une des causes qui en ont éloigné le commerce de notre pays ; car les négociants ne créent guère de relations chez des peuples auprès desquels ils savent ne trouver l'appui d'aucun agent consulaire. Gela est malheureux; car s! le commerce anglais trouve, en Perse, des marchés ouverts et favorables k ses importations, il n'est pas douteux qu'un grand nombre d'articles des ÎB'briques françaises auraient également là des débouchés fiiciles. Certainement^ les draps de France , les soieries , les indiennes , les mousselines , trouveraient dans les bazars persaçs de nombreux acheteurs. Mais, je le répète, Tabeence de représentants français rend timides nos exportateurs, et le marché de Perse est entièrement abandonné aux spéculateurs anglais ou k quelques maisons grecques de Constantinople, qui se placent sous la protection de la Russie.

(tl) Echi ou EUehiy est le terme par lequel on désigne un envoyé diplomatique, un ambassadeur. Les Orientaux ont aussi adopté la dénomination euiropéeime de ministre plénipotentiaire^ et ils disent f^eziri'Maukhtat pour indiquer un envoyé qui a des pleins pouvoirs. — Ds appellent Balioé un consul. Ce mot n'a pas une origine asiatique ; il est dérivé de l'itahen ifaito, qui veut dire agent politique , et il date du temps où la république de Yeni^ avait, à Constantinople, un représentant qui portait ce titre.

(tî) Roustàm , Jfra%iâby sont des héros qui ont existé ; mais les Persans se sont plu à entourer leurs exploits de tant de fables et de récits merveilleux, qu'ils en ont presque fait des personnages mythiques. Ils symbolisent la force, le courage, et on leur donne le titre de Pehiavàn qui veut dire héros, athlète. •—Les Persans n'auraient pas dû conserver la mémoire de Gengiskhan et de Ttunerlan dont leur pays a eu tant à souffrir. Mais ils oublient les ruines qui ■Arquent de tous côtés les traces du passage de ces conquérants , pour ne se rappeler que leurs exploits guerriers; et, sous les noms de Tchenghiz-Khàn et T^Omour-Lenk , ou Tamerlan le Boiteux^ ils honorent la mémoire de ces

envahisseurs cniels et barbares sous le fer desquels leurs ancêtres courbèrent la tète.

(23) On appelle harem la partie retirée d'une habitation, celle où ne pénètrent jamais les étrangers. Anderoûm sij^nifie proprement le lieu où se tiennent les femmes : c'est le gynécée des Grecs. Ce terme ne s'emploie que quand il s'agit de la maison d'un grand ; pour les petits bourgeois, ou les raïas, on désigne cetto partie secrète par le mot zàn-khânèh^ littéralement appartement des femmes,

(24) Le mot louti ou louthi a une signification très-variée par laquelle on désigne les mauvais sujets, les voleurs, les gens de mauvaises mœurs et les baladins, bateleurs, etc. Quant à son étymologie, on n'est pas d'accord : les uns le font dériver de Loth^ le neveu d'Abraham, doublement célèbre par la protection du Seigneur qui voulut l'épargner lorsqu'il consuma Sodome, et par son inceste qui semble justifier le nom de louti donné aux gens do mauvaise vie ; d'autres font venir ce mot de l'indien lout qui signifie vol , brigandage ; par cette acx;eption , qui est en effet reçue, on peut également justifier cette origine.

(25) Lorsque Nadir-Châh s'empara de Dehli, on dit que, parmi les trésors qui tombèrent en son pouvoir, figurait le magnifique trône du grand MoghoL Il était tout incrusté de pierreries et simulait une queue de paon ; par cette raison on l'appelait Takhi-i-taous, ou Trône du Paon. Il fut rapporté à Ispahan par le conquérant qui , ne pouvant se contenter de s'asseoir sur les diamants et les rubis dont il était couvert, les fit enlever pour les vendre. II en tira, dit-on, des sommes énormes.

(26) Turkman-thaî est un bourg situé à dix étapes de Téhéran. En 4827, les Russes vainqueurs s'avancèrent jusque-là pour forcer le roi de Perse à accepter un traité dont les bases étaient la reconnaissance de toute la Géorgie comme province russe, et de la rive droite de l'Araxe, jusqu'à son embouchure dans la Caspienne, comme limite septentrionale du royaume d'Iran. Le Chah était dans l'impossibilité de s'opposer à l'envahissement de cette partie de ses États, que son fils Al)bas-Mirza avait en vain cherché à défendre ; il fut forcé de signer ce traité pour éviter de plus grands malheurs à son pays et de plus grandes humiliations à sa couronne.

(27) Quand nous fîmes le voyage de Perse le roi Mehemet-Chàh, qui n'avait que trente-quatre ans, était sur le trône ; mais, sans cesse menacé par des atteintes très-graves de goutte, il était à craindre que son règne ne fût pas de longue durée. En effet , il est mort de cette maladie dans le cours de l'année 4849, et son fils, surnommé le Yeliat, lui a succédé.

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