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qui avait failli être victime de son dévouement à son maître. Le gouverneur nous fit dire également de bien nous garder, et de bien nous faire escorter quand nous irions de Djoulfah à sa résidence, qui était assez éloignée. Il craignait un coup de main des amis de nos captifs, qui pourraient vouloir les enlever dans le trajet. Prévenus comme nous l'étions, nous partîmes avec nos prisonniers fortement garrottés et attachés au pommeau de la selle de deux cavaliers placés au centre de notre troupe. Nous avions une petite avant-garde sûre ; et derrière nous plusieurs serviteurs de l'ambassade russe, bien armés, formaient l'escorte. Nous n'avions pas à redonter les loutis ; il était impossible qu'ils osassent nous attaquer^ et , dans tous les cas , nous étions déterminés à ne pas leur laisser reprendre ceux que nous tenions à remettre aux mains du gouverneur.
Au milieu de ce cortège pittoresque, nous attirions les regards de la population. Nous pûmes surprendre un air de satisfaction sur la physionomie de la plupart des habitants , qui jouissaient du plaisir de voir deux louiis conduits à la justice expéditive deManoutcher-Khàn. Mais, soit que quelques-uns de ceux qui nous virent passer fussent des amis de AM prisonniers , soit qu'ils déplorassent, pour Thonneur de leur religion, que des Musulmans fussent ainsi conduits garrottés par des chrétiens, nous en remarquâmes un assez grand nombre qui ne témoignaient pas leur mécontentement assez bas pour que nous ne pussions les distinguer. Ce qui paraissait frapper le plus grand nombre, c'était de me voir le visage bandé, et portant les marques de blessures reçues. Us semblaient ne pouvoir s'expliquer que nos agresseurs eussent osé pousser l'audace jusqu'à frapper de leurs
armes des Naïebs d'un Elchij c'est-à-dire des attachés et ambassade.
Enfin nous arrivâmes chez le gouverneur, qui habitait le charmant petit palais d'Amarat - Serpoucht. La cour était pleine de Mirzas et de Serbes. Dans un coin s'cipercevait un fagot de verges de bois vert. Près d'elles quatre vigoureux soldats, sans armes, attendaient l'ordre qu'ils devaient exécuter. — Nous ne pouvions douter de l'intention du gouverneur de nous donner satisfaction , cet appareil nous le disait clairement ; mais nous ignorions encore jusqu'où pourrait aller son irritation , quand il connaîtrait tous les détails de l'aventure.
Nous entrâmes dans le Divan-i-Khâhèh. Manoutcher- Khân renvoyant le menu de ses visiteurs qui passèrent dans la cour , nous fit asseoir près de lui , à la place d'honneur. Nous échangeâmes les politesses d'usage; il nous parla avec intérêt de notre état, de ma blessure qu'il ne croyait pas aussi grave et qui lui fit pousser plusieurs Vallâhf Mon compagnon raconta lui-même les épisodes de l'affaire , qui excitèrent vivement l'attention du Khân et émotionnèrent l'auditoire. Les yeux du gouverneur s'animaient peu à peu, et , de sa bouche qui grommelait avec une sourde colère sortaient, de temps à autre, les mots de Pezevenk! Haram- Zadeh! Les exclamations réitérées de Machallâh! interrompirent fréquemment le récit du combat. Elles furent répétées, avec une sorte d'enthousiasme , par les assistants , lorsqu'ils entendirent le serviteur de M. Ivanouski raconter, avec l'expression de la reconnaissance, qtfil me devait la vie; que, renversé par ses trois agresseurs, et désarmé, il aurait été , sans moi , infailliblement massacré. — Je suppose que
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ce témoignage dut étal)lir une compensation en ma faveur, dans l'esprit de ceux qui paraissaient me voir d'un mauvais œil pour les coups que j'avais portés à des Musulmans.
Le Khân nous demanda quel châtiment nous voulions
qu'il infligeât. Nous lui dîmes que ce serait sans doute asse%
d'une bastonnade. Alais il ne voulait pas s'en contenter, et
prétendait leur faire couper la tête. Je pensai , à part moi
que c'était une manière de compliment , une flatterie qu'il
voulait nous adresser, car il n'y avait véritablement pas lieu
à une peine capitale. Nous le remerciâmes de tant de bonté;
nous le priâmes de garder ses faveurs pour une autre occasion
plus sérieuse si elle se présentait; et nous lui dîmes que,
pour le cas présent, nous insistions, en notre nom et en
celui du général Duhamel, pour qu'il n'allât pas plus loin
que la bastonnade , mais une bonne bastonnade. A voir les
épaules des exécuteurs et la flexibilité des bâtons de bois
(fert nous pensions que c'était bien assez. — Nous eûmes
les plus grandes peines à faire descendre la rigoureuse
justice du Khân jusqu'à ce châtiment. Il nous répétait « que
«c'étaient des Pezevenks, des LoutiSj des Haram-Zadèhs^
« qu'il fallait faire un exemple, et qu'il nous demandait
ir de permettre qu'il leur fît couper , au moins , le nez et
« une oreille. » Sur notre refus, il insistait pour une
oreille, disant «qu'il était utile, pour ceux qui seraient
(( tentés de les imiter, qu'ils fussent marqués de ce stygmate
« de sa justice envers les mauvais sujets qui infestaient encore
ce Ispahan. » Ce ne fut qu'à la vivacité de nos instances que
le gouverneur céda , et daigna accorder la bastonnade. Du
reste, si cette lutte entre lui et nous nous Qt passer pour
des gens très-humains dans l'esprit des assistants , il est pos-
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sible qu'elle nous ait fait juger comme des hommes faibles dans Tesprit du sanguinaire eunuque.
Après cette discussion, Manoutcher-Khàn frappa trois petits coups dans sa main. Les Pichketmèths apportèrent un déjeuner excellent, auquel il nous invita à prendre part. Pendant le repas, on parla de choses et d'autres; les coupables furent oubliés ; tandis que ces malheureux , connaissant le caractère de leur juge , attendaient dans une anxiété affreuse de connaître le châtiment qu'il leur réservait. Le déjeuner terminé , les convives se lavèrent les doigts et la bouche au-dessus de la cuvette dans laquelle les domestiques versaient l'eau d'une aiguière émaillée de Kachân , et Ton apporta les halioùns qui furent tranquillement fumés.
Le gouverneur, qui était assis près de la fenêtre , au-dessous de laquelle ses officiers et ses nazirs attendaient ses ordres, lit signe d'amener les coupables. A leur vue, ses yeux prirent une expression de férocité qui fit trembler les mal^ heureux sur lesquels il les fixait en leur adressant les épithètes les plus injurieuses, et en les menaçant de sa juste colère. Quand il donna ordre aux serbâs, qui en étaient chargés, de commencer l'exécution, nous eussions voulu être partis et ne pas assister à cette scène que nous ne povtvions ni ne devions empêcher, mais à laquelle nous aurions voulu ne pas être présents. Lorsqu'on découvrit la tête et les épaules de ces hommes pour leur administrer les cinq cents coups de bâton auxquels ils étaient condamnés, le gouverneur se tourna vers nous et nous dit : « Je comprends (c maintenant que vous trouviez qu'ils sernt assez punis par (c le bâton ; je vois que vous vous êtes chargés du soin de ff prévenir le châtiment que je devais leur infliger » En
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effet, ces Dialheureux, mais surtout l'un d'eux , avait la télé dans un état horrible. Il était blessé d'un coup de poignard , et avait le crâne presque trépané par les coups que je lui avait assénés avec le canon de mon pistolet. — Les Persans ont le milieu de la tête rasé, ce qui fait que les coups qu'ils y reçoivent ne sont point amortis par les cheveux. — Alors que j'étais de sang-froid, et que je n'avais devant les yeux qa'un homme blessé et souffrant , exposé à un châtiment plus rude encore que les coups que je lui avais portés, je fus saisi de pitié, et j'obtins du gouverneur un allégement de la peine, en réduisant le nombre des coups. Chacun des coupables en reçut cependant une centaine pour l'exemple.
La justice du Khân avait eu son cours. Le respect dû aux représentants du Frenguistan avait été de nouveau consacré publiquement par le bâton. Nous primes congé de Manoutcher-Khân en le remerciant de l'appui qu'il prétait aux Çuropéens et de la grâce qu'il avait bien voulu nous accorder en ne poussant pas plus loin les rigueurs de sa sévérité.
Cette petite affaire avait été pour nous l'occasion de faire connaissance avec le MeuhthamH (3) , nom sous lequel on désignait Manoutcher-Khân. Il nous fit toute espèce d'offres 4e services. Sachant que la mission que j'avais reçue de mon gouvernement avait pour but d'étudier tout ce qui se rapportait aux arts, il me dit, avec la plus grande bienveillance, qu'il se mettait à ma disposition pour me seconder en tout ce qui dépendrait de lui.
Nous profitâmes, quelques jours après, de la bonne volonté du gouverneur, pour obtenir de visiter en détail le palais de Tchehel-Sutoun. Nous nous y rendîmes un matin, et fimes savoir au Khân que nous réclamions ses bons
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oflices pour entrer dans le palais et nous permettre d'y demeurer une partie du jour. Il nous envoya immédiatement son Fcrrach-bachi pour nous faire ouvrir toutes les portes et nous installer comme ses hôtes dans le palais de Chah- Âbbas. Nous avions à peine pris possession des lieux, sous les élégantes colonnes du kiosque où nous aspirions la fraîcheur d'un bassin et des ombrages d'alentour, lorsque nous vîmes arriver quatre Ferrachs portant sur leur tète de grands plateaux recouverts par des tapis de soie et de cachemire frangés d'or ; c'était un excellent déjeuner que nous envoyait gracieusement Manoutcher-Khân. Il nous faisait dire « que « nous ne pouvions passer la journée là sans y prendre une « collation , et qu'il ne voulait pas que d'autres que lui « prissent soin de nous l'offrir ; que nous étions chez lui ; a que nous étions ses MeïmânSy et qu'il nous priait d'agir c< comme tels, en demandant tout ce dont nous pourrions avoir « besoin. » Nous ne nous fîmes pas prier pour faire hon* neur au déjeuner du Khân. Des sorbets et d'autres rafraîchissements s'y mêlaient à de petits mets délicats; et, pour ma part, je me confirmai dans cette opinion, que l'art des //ocApass persans n'est nullement barbare ni à dédaigner.
Après le repas, fait au bord d'un bassin d'eau jaillissante, sur de moelleux tapis ; après le Kalioûn et le thé, je pensai à l'étude. J'étais là dans un des lieux les plus remarquables de la Perse moderne. Le TcheheUSutoun est un des ouvrages qui donnent le mieux l'idée du luxe, de l'élégance somptueuse et du goût des Persans. C'est, en même temps, l'un de ceux qui rappellent le plus dignement la belle époque, la brillante civilisation de la Perse sous ses premiers rois Sophis.
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Ce palais est situé au centre de plusieurs jardins qu'on appelle Hecht-Beicht ^ ou les Huit Paradis j par allusion aux séjours délicieux qui s'y trouvent. Ce kiosque se compose d'un corps de bâtiment , où sont plusieurs petites pièces élégantes, retirées et intimes. Elles communiquent à une salle qui n'a pas moins de trente mètres 4e long sur six de large, qui coupe toute la largeur de l'édifice. Cette pièce est d'une ornementation extrêmement remarquable : les murs, les fenêtres , les portes et le plafond en sont tout dorés et couverts de peintures de différents genres, parfaitement exécutées. Celles des portes, notamment, sont d'une touche exquise. Sur les petits panneaux qui divisent chaque vantail , sont peints des tableaux qui représentent des femmes, des danseuses , dans des costumes charmants, ou des bouquets de fleurs artistement disposés, reproduits avec uuo légèreté et une élégance de pinceau qui étonne.
Ce que cette salle royale offre de plus beau et de trèsréellement remarquable, ce sont six grands tableaux qui ont cinq mètres de long sur trois ou quatre de haut, représentant des faits de l'histoire de Perse. Chàh-Abbas, fondateur de cette magnifique résidence, s'était plu à y retracer des épisodes de la vie de ses glorieux ancêtres. Il ne s'y était pas oublié : à côté de Châh-lsmaïl combattant les Turcs, et de Châh-Thamas recevant l'empereur indien Houma'ioùn auquel il accorda une hospitalité toute royale, on voit Chàh-Abbas taillant en pièces l'armée des Tartares- Yusbeks. Les autres tableaux représentent des fêtes royales.
Cette salle était celle du trône , ainsi que le raconte Chardin qui l'y a vu. On y arrivait par un salon avec le(|uel elle élail mise en connnunication au moyen do
deux belles portes. Ce salon est lui-même splendidement orné d'innombrables glaces de Venise, de peintures de toutes sortes parmi lesquelles figurent plusieurs portraits. L'or, le stuc , l'azur et l'albâtre se mêlent et s'allient pour charmer l'œil, depuis la base jusqu'au plafond. Un grand bassin d'eau, sans cesse renouvelée, est au milieu. Cette espèce de vestibule royal a uns de ses faces qui est tournée au nord, entièrement ouverte sur un portique formé de dix-huit colonnes élégantes supportant un toit qui abrite du soleil et sous lequel l'air se répand et circule sans obstacle. C'est ce portique qui a fait donner à cette résidence le nom de Tchehel-Sutoun. Tchehel signifie, en persan, quarante, nombre tout à fait de convention, exprimant beaucoup de colonnes, sans s'arrêter au nombre exact qui est dix-huit. Ces colonnes sont extrêmement légères, dorées et tournées en spirales ; elles s'élancent à une hauteur de dix mètres. Les quatre qui sont au centre ont chacune pour base un groupe de quatre lions sculptés dans un bloc d'albâtre ; ils sont adossés de manière à ce que leurs têtes forment les angles; chacun de ceux qui sont tournés vers le centre a dans la gueule un tuyau par lequel il lance de l'eau dans un bassin carré au milieu duquel est un jet d'eau qui répand une pluie fine et rafraîchissante. Il est fort heureux que les envahissements, les guerres, l'abandon, n'aient pas ruiné ce bel édifice que nous avons trouvé dans un état de conservation qui lui promet encore de l'avenir.
Dans une enceinte située derrière celle où se trouve Tchehel- Sutoufij et au milieu d'un autre jardin avec de grandes pièces d'eau, est un autre kiosque royal. Il n'est pas,
comme celui que je viens de décrire, précédé par un portique à colonnes ; mais le premier salon qu'on y voit , ouvert sur le jardin , est percé de grandes arcades sur trois côtés. Ces ouvertures sont, dans toutes ces habitations, disposées de manière à ne recevoir que les courants d'air frais; elles sont orientées au nord, à l'est et à l'ouest. Le reste des constructions qui composent ces demeures est du côté du sud, et sert d'abri à ces salles ouvertes où l'on peut braver la chaleur du soleil dont les rayons , s'ils y pénètrent , n'y arrivent qu'à leur déclin.
Je ne terminerai pas le récit de toutes ces merveilles de l'art oriental , enfantées par le génie des Persans pour abriter les plaisirs et la mollesse de leurs princes , sans parler du charmant petit palais de Kalvlt-Serpouchidèh. Cette élégante demeure, qu'on appelle aussi Amarat-Serpouchty est actuellement le séjour du Meuhtamhh. C'est là qu'il dicto les arrêts de sa justice sévère. Au milieu de ce petit paradis , les gémissements des coupables s'entendent maintenant plus souvent que les éclats joyeux des fêtes. Les voluptueux plaisirs auxquels cet amarat était consacré ont fait place aux douleurs des criminels, aux vengeances cruelles des victimes. — Mais, que l'appareil de la justice disparaisse avec la figure austère du juge, ce séjour reprend sa physionomie de luxe et d'élégance, et ne rappelle plus que de mystérieux plaisirs. Que le lecteur oublie donc la triste scène à laquelle il a assisté. — L'implacable gouverneur s'est retiré, en emportant son terrible glaive. — Plus de figure sinistre, — nous sommes seuls, — nous entrons dans un petit jardin embaumé de fleurs odorantes, toujours fraîches, toujours arrosées par la douce pluie que répand un jet d'eau qui ne s'arrête ja-
mais. Là, le chèvrefeuille embaumé et la rose, délicieuse coupe où vient boire le rossignol y s'élancent en longues guirlandes , et retombent , en se jouant , au-dessus de Talbâtre des vasques élégantes. — L'eau limpide du bassin déborde, et tombe en capricieux festons pour baigner les jacinthes et les tubéreuses qui remplissent l'atmosphère de leurs parfums. — Le pavé de marbre , toujours blanc , toujours frais, réfléchit, comme un miroir, les lilas et les myrtes. — Nous voici transportés, par une bonne fée, dans un de ces palais enchantés des contes arabes. — Encore un pas, et nous serons assis au milieu des merveilles fantastiques d'un Orient fabuleux. — Montons ces degrés, — soulevons cette élégante tapisserie , — nous entrons dans un appartement où les yeux éblouis ont peine à voir. — La lumière du jour ne parvient à faire entrer quelques faibles rayons qu'au travers des dessins délicats de vitraux colorés et découpés en forme de fleurs. — Le pied y pose silencieusement sur de riches lapis, d'une mollesse, d'une douceur sans reproche. — De gracieuses peintures y intéressent, quelque part qu'il se porte, le regard le plus paresseux. — De petits coins bien secrets et bien tranquilles vous invitent au repos. — Vous vous laissez bercer par de doux songes qu'enfantent le silence et les ravissants objets qui vous entourent; et, dans ce réduit où tout est mystérieux comme un désir, voluptueux comme un plaisir, la rêverie vous domine , elle vous subjugue. — Un panneau se lève , une salle vous apparaît à demi éclairée par un jour bleuâtre ; — c'est le réduit le plus secret de la beauté , le bain où les amours viennent tremper le bout de leurs ailes. — Le sybarite anachorète de cet ermitage où mille voluptés se cachaient pour lui , y a
enfanté les plus suaves créations, imaginé les plus subtiles raffinements de la jouissance. — Dans un large bassin, toujours plein d'une eau limpide et profonde, se baignent seize cariathides en marbre , groupées par quatre , et supportant quatre colonnettes de glaces et d'or, le long desquelles se glisse une douce lumière ; — sur sa nappe tranquille posent de larges nénuphars en cristal, desquels s'échappent, comme de longs pistils, de gracieux jets d'eau. — Leurs gouttes, éparpillées, rafraîchissent la dalle. —Partout de vives peintures , des sculptures gracieuses , de riches mosaïques : — cent miroirs , comme ^i ce n'était pas assez d'une réalité, répètent les charmants détails de cet ensemble enchanteur. — Mais c'en est assez. — Tu vas peut-être, lecteur, vendre ton âme pour cette vie asiatique enchâssée de perles, d'or, de saphirs, où tu entrevois à chaque pas une joie nouvelle j où tu crois que chaque heure donne un bonheur nouveau : — c'est là que demeure le vieux et austère eunuque Manoutcher-Khân.
Le palais de Kalvet^-Serpouchidèh est d'une date récente; il fut construit par le prince Sefi-ed-Doulèt , fils de Fet-Ali- Châh , qui eut en partage le gouvernement d'Ispahan. 11 n'avait pas eu l'ambition de rivaliser avec les splendeurs de Ghâh-Abbas ; il n'avait pas visé aux grandeurs somptueuses du Tchehel-Sutoun. Homme de goût et de plaisir, épicurien de l'école d'Hafiz, le Châh-Zadèh avait conçu l'idée d'un paradis à son usage, — il l'avait réalisée. — Entouré des ruines des Sopbis, redoutant la tristesse de ce spectacle de dévastation et de misère que l'époque actuelle mettait sous ses yeux, il avait réussi à charmer les siens par tout ce que l'art et l'imagination pouvaient enfanter de plus délicat et
de plus galant. — Mais combien d'exactions furent le prix des plaisirs du prince? Voilà ce que je ne sus pas, et ce que pourraient dire les Ispahanis. — Dépossédé , par suite du système adopté par Mehemet-Châh , comme la plupart des princes de sa famille , il vit modestement aujourd'hui à Téhéran ; rêvant avec tristesse à son délicieux Âmarat. — 'Souhaitons-lui des souvenirs qui le consolent des plaisirs qu'il a perdus.
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