CHAPITRE XXXIV
Départ de Màder-i-Saleùnân. — Sivend. — Arrivée à Nàkch-i-Roustàm. — Husseûi-Altad. — Mauvais vouloir du Kelkhoduh. — Campement. — Coimncucemont ilo nos travaux à Nàkch-i-Roustàm .
Le 9 octobre , après une halle de deux jours à Mâder-i- Suleïman, nous pliâmes notre lente de grand malin. Des karatchaders qui campaient dans le voisinage, et chez lesquels nous avions trouvé les provisions nécessaires à notre petite troupe, étaient venus nous saluer au départ. Ils prirent à part Ressoul-Bek et lui dirent qu'ils nous conseillaient de ne pas nous séparer les uns des autres, de ne pas nous éloigner de nos bagages, parce que nous pourrions être attaqués dans les gorges de la montagne au travers de laciuelle nous allions nous engager; ils dirent même qu'ils savaient que Ton devait nous y attendre. Nous connaissions les Iliàts pour des gens auxquels il ne fallait pas se fler. Nomades et changeant de heu souvent, il leur est plus facile qu'aux populations sédentaires de se livrer impunément au brigandage quand ils en trouvent
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roccasion. Je pensai que ceux-ci pouvaient bien avoir des vues sur nous , et que Tavis qu'ils nous donnaient était uoq manière de nous éprouver. Ils voulaient peut-être , avant do s'engager dans une aventure qui pouvait leur offrir des chances défavorables i tàter le terrain et voir ce qu'il y avait à espérer. La façon dont nous accueillerions leur communia cation, en apparence officieuse, devait sans doute leur Taire estimer ce qu'ils pouvaient attendre de nous, selon fini-» pression que nous en témoignerions. Si nous en avions été intimidés, ils en auraient naturellement conclu qu*une attaque pouvait réussir. Des gens qui ont peur sont à moitié vaincus. Mais il n'en fut point ainsi. Nous étions assez familiarisés avec les périls du voyage , nous connaissions suffi*samment le pay$ et ses habitants pour ne pas redouter le danger dont on nous menaçait. Nous avions d'ailleurs con* fiance en nous; il eût fallu une troupe nombreuse et bien déterminée pour nous barrer le passage. Nous répondimed dionc aux Iliâts que nous ne craignions rien, et que ai nous trouvions devant nous des voleurs nous avions quelques balles à leur service.
Néanmoins, il pouvait être prudent de ne pas dédaigner complètement l'avertissement des karalchaders. Nous nous trouvions sur la lisière du pays des Bactyaris. Devant nous s'ouvrait un défilé d'un aspect sauvage, et à chaque détour chaque roche pouvait servir d'embuscade à des maraudeurs. Nous savions que la contrée que nous allions parcourir était infestée par les montagnards dont les repaires la dominent. Nous résolûmes, en conséquence, do ne point nous séparer de nos tchervadars et de les accompagner pendant toute cette journée.
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La route étroite et âpre que nous suivions était frayée au milieu des broussailles et des rocs détachés des flancs de ia montagne. Celle-ci nous dominait à pic et très-élevée sur notre droite ; à gauche elle était un peu plus éloignée de nous, et moins haute, mais avait une physionomie tout aussi sévère. Entre ces deux murailles coulent, souvent encaissées, quelquefois libres et se divisant en plusieurs ruisseaux, les eaux du Morghâb-Sou. Les bords eu sont partout couverts d'arbrisseaux. Leurs racines plongeantes obstruent le lit de la rivière, et leurs longs rameaux , retombant en berceau, y baignent l'extrémité de leurs feuilles sous lesquelles se cachent des troupes de canards et d'autres oiseaux aquatiques. Çà et là , de grands arbres aux branches puissantes , au tronc vigoureux , attestent que si la Perse est aujourd'hui dépouillée, dénuée de végétation, c'est moins la faute de ia nature que celle des hommes. Il est vrai de dire que dans ce pays Teau est rare. Mais à cette cause naturelle il s'en joint assez d'autres qui tiennent à la négligence, à Timprévoyanœ des Persans pour qu'on puisse à bon droit les accuser de l'état misérable dans lequel est leur pays sous ce rapport. Parmi ces causes j'en citerai une qui est frappante : en Perse , comUiC dans tout l'Orient, pour faire le charbon on met simplement le feu à une certaine étendue de bois; puis on laisse gagner l'incendie qui ne sarrête que quand il ne rencontre plus aucun aliment. Quel n'a pas dâ être le résultat destructif de cette barbare méthode depuis des siècles! Il ne faut point chercher d'autre explication de la disparition des forêts qui autrefois couvraient certaines contrées dans lesquelles aujourd'hui on ne trouverait pas le plus petit brin d'arbrisseau. On ne comprend pas que , sous
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un climat ardent, où la pureté du ciel laisse au soleil toule sa Torce, Phomme n'attache pas plus de prix à Tombre que lui donneraient les arbres qu'il ne laisse ni grandir, ni inéiii6 pousser quelques rejets. J'ai vu des Persane, à leur halte du soir, mettre le feu à des chênes pour avoir un peu de braise, afin de faire cuire leur pilau et d'allumer leur kalioun. -^ Telle est Tinsouciance et l'incurie de l'homme d'Orient , en général. A voir le peu de souci qu'il a de Tavenir, on dirait qu'il pense que le monde va finir, et que lui-même n'a pas de lendemain.
Le lit que s'est tracé le Morghâb-Sou est très-sinueux; au moment où l'on vient de le traverser et où l'on croit l'avoir quitté , on le retrouve tout à coup. I^ route le traverse fré* quemnienl, et souvent dans des endroits où les eaux sont profondes. Les divers ||iés ne laissaient pas de nous arrêter et de ralentir notre marche, à cause des précautions qu'il fallait prendre pour qu'aucune charge ne fût mouillée; auiëi la journée fut-elle longue, et ce ne fut qu'après une marche péni()l6 de sept heures que nous arrivâmes au vii-^ lage de Sivend. De brigands nous n'en avions vu aucun — mais nous avions rencontré d'innombrables troupes d'ino^ fensives perdrix dont nous tuâmes quelques-unes, pensant qu'elles feraient un meilleur rôti que les poules maigres que nos hôtes nous offriraient pour notre souper.
Nous avions l'espoir que ce site intermédiaire aux deux grandes villes de Persépolis et Passa garde nous montreraient quelques débris d'édifices ou de sculptures antiques. Mais nous n'avons rien vu de ce genre, il ne s'y trouve même pas de village, et, pendant sept heures, nous n'avons aperçu sur notre passage aucune trace d'habitation. Cependant , à
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moitié chemia à peu près, nous avons remarqué au loin^ dans une autre vallée qui s'ouvrait à l'est , deux ou trois villages.
Sivend est un bourg placé sur un mamelon au pied de la montagne, à un kilomètre environ de la rive gauche du Morghâb'Sou qui change là son nom contre celui de Sivetidroud ou rivière de Sivend. — Je crois avoir déjà dit qu'il est d*usdge f en Perse, de donner aux cours d'eau le nom de la localité qu'ils arrosent, d'où il suit qu'ils n'ont point de désignation propre, et qu'il est très-difBcile de se reconnaître au milieu des dénominations diverses affectées à une seule rivière. — Ainsi, celle dont je parle s'appelle rivière de Morghâby près de ce bourg; ici, elle prend celui de Sivend i' plos loin , elle devient le Poulbar.
Nous rCimes très-étonnés , en approchant de Sivend, de trouver ce bourg entièrement désert Mais, comme les maisons étaient soigneusement fermées et qu'elles paraissaient en bon état, nous pensâmes que les habitants n'en étai^t pas loin. En efTet, sur notre droite, et presquQ au bord de la rivière, nous aperçûmes leurs tentes. Ils s'étaient établis ainsi atin d'être plus à portée des pâturages et des terres qu'ils cultivaient au-dessus des berges du Sivend-rovd. Nous campâmes au milieu d'eux.
il y a, de Mâder-i-Suleïman à Sivend, une autre route que celle que nous avions suivie. Au lieu d'entrer dans la gorge ou vallée du Morghâb-Sou, on descend plus au sud la plaine de Mâder-i-Suleïman, et l'on gravit la monlagne qui est sur la rive gauche de cette rivière. On n'y trouve pas les difficultés que nous avions rencontrées et qui sont dues au passage des gués; mais la route est plus longue. l£lle tra*
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verse ie village de Kemin qui fait étape entre Sivend et Morghâb.
Le lendemain , aûn d'arriver de bonne heure dans la piaioe de Merdâcht j où se trouvent réunis tous les groupes d^antiquités, nous partîmes de grand matin. Nous traversâmes presque aussitôt la rivière qui selargissait de plus en plus. Nous contournâmes fort longtemps , en changeant souvent et brusquement de direction, la base des montagnes arides que la fumée mourante des feux nocturnes de quelques pâtres encore endormis animait seule. Le triste aspect de ces vieux rocs, le silence de la vallée, les monticules qui coui*mengaient à se dessiner sur le sol , nous préparaient bien à voir ces lieux célèbres, témoins de la gloire des anciens rois de la Perse, où semblent errer encore , à travers les ossements épars de leurs villes, Tombre de Darius à côté de celle de Chàpour.
Il y avait cinq heures que nous marchions, excités par la curiosité; nous pressâmes le pas de nos montures, impatients de voir enfin ces monuments antiques que le temps a respectés plus que les hommes. Nous aperçûmes , à notre gauche , une colonne debout au centre d'un amas de décombres et d'éminences attestant de tous côtés Tenfouia* sèment d'un monde passé, d'une grande cité inhumée là. C'était en effet le grand tumulus de la ville dlstakhr.
Une heure plus loin, nous nous trouvâmes au détour d'un rocher élevé et vertical , en face d'une longue et imposante muraille naturelle , sur la paroi de laquelle étaient sculptés plusieurs grands bas-reliefs surmontés de caveaux funéraires : c'était Nakch-i-Roustâm. Nous nous arrêtâmes quelque temps dans ce lieu pour admirer ces
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étonnants souvenirs de la Perse antique. Nous cherchions au loin les palais de Persépolis, le fameux plateau de Tchehel- Minar ou de Takhl-i-Djenichid , nom qu'on lui donne indifféremment; mais rien ne nous le faisait distinguer. Aucune colonne n'en désignait la place . à nos yeux. Caché derrière une pointe de rocher, au sud-est de Nakch-i-Roustâm , il nous fallut avancer encore de quelques pas pour le distinguer.
Nous étions arrivés sur Tun des points les plus riches en antiquités, sur le théâtre où, avec tous les souvenirs de rhistoire des Perses, allaient passer devant nous les innombrables sculptures qui s'y rattachent. Nous entrevoyions de grands travaux à faire dans cette localité, et, selon toutes probabilités , un long séjour.
Nous cherchions un village oii nous pussions loger et qui fût assez près de nos études pour ne pas leur être un obstacle. Nous avisâmes , à l'ouest des roches de Nâkch-i- Ronstâm, un hameau renfermé entre quatre murailles flanquées de tours; il n'était guère qu'à une demi -heure de là ; nous y allâmes tout droit. — Après avoir franchi plusieurs canaux d'irrigation , nous arrivâmes devant la porte de ce village qui portait le nom de Hussein -Abad. Quelques hommes étaient assis au soleil et fumaient le kalioûn. Selon l'habitude, Ressoul-Bek fit appeler le ketkhodâh à qui il présenta le firman royal. Celui-ci reçut cette communication assez mal, dit qu'il ne pouvait nous loger, qu'il n'avait aucune maison à nous donner et que nous eussions à chercher gîte ailleurs. Notre goulam insistant, le ketkhodâh se fâcha ; il fit avec le firman le geste du plus ignoble mépris pour le sceau dont il était revêtu , et ajouta qu'il ne
connaissait pas le Cbâh, qu'il se moquait de tous les fitmanSf barats et autres ordres émanés du gouvernement du roi; qu'il était chah dans son village, et qu'il n'y faisait que ce qui lui convenait; qu'en conséquence, comme il ne lui convenait pas de nous héberger, il nous engageait à passer outr.e. Nous avions bien quelquefois rencontré de la mauvaise volonté de la part des habitants ou des ketkhodâbs , mais jamais pareille insolence, non -seulement vis-à-vis de nous, mais encore à l'égard du Chah. Ressoul-Bek était indigné. Poussant son cheval vers le grossier ketkhodàb, il allait lui infliger une correction exemplaire. Il était d'autant plus fqrieux qu'il considérait l'injure comme personnelle, attendu qu'il était, lui, porteur des firmans, Goulam-i'Châhj et chargé, en cette double qualité, de faire respecter l'autorité et le nom de son souverain. Dieu sait à quel tumulte , a quelle rixe cette querelle aurait donné lieu. 11 était probable que le ketkhodâh n'osait parler ainsi que parce qu'il se sentait appuyé par les gens de son village, peut-être même par tout le pays qui passait pour être tant soit peu Hahssi.Je me jetai entre eux, j'empêchai Ressoul-Bek de joindre ses actes aux menaces qu'il proférait et que dans sa fureur il aurait exécutées. Il avait déjà le pistolet au poing, et je voyais, pour le ketkhodâh aussi bien que pour nous, l'imminence d'un malheur dont les suites étaient incalculables. Notre mission demandait de notre part autant de calme et de prudence que de fermeté et de courage. Il ne fallait pas qu'en oubliant les premières de ces conditions, nous fissions échouer noire entreprise pour laquelle nous n'épargnions rien des secondes. Nous devions , tout en maintenant nos droits et faisant respecter notre qualité, éviter toute discussion qui pouvait
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imiUlenieDt mettre en péril le succès de notre voyage. Atiasiy dans cette circonstance, Vinsulte n'étant pas adressée à nous- mêmes y le mauvais vouloir seul du ketkhodâh s'étant manifesté à notre égard , je jugeai à propos de détourner la querelle et de nous passer, si faire se pouvait, de son hospitalité. Aussi bien, pensais- je qu'il en serait puni , car il perdait ainsi la gratification que nous lui eussions donnée s'il eût agi différemment.
A une très-petite distance du village était un grand jardin. Le temps était superbe. L'atmosphère , encore tiède et pure, ne nous faisait rien craindre d'un séjour en plein air. Nous nous dirigeâmes vers ce jardin , mais non sans que le ket* khodàh eût été préalablement accablé d'injures et de malédictions en bon persan. — Je lui fis dire, pour ma part, que je me réservais de faire connaître sa conduite au gouverneur du district et au Béglier-Bey deChiraz.
l^ 10 octobie , nous prîmes possession du verger qui devait nous tenir lieu du logement qu'on nous refusait; il était assez bien planté, et arrosé; des canaux pleins d'eau en formatent l'enceinte. Au milieu , sous de grands arbres , était une estrade en briques, élevée d'un mètre an-dessus du sol, et assez étendue pour que nous pussions y déployer notre trate. Nous nous y établîmes. Cette plate-forme nous défendait de l'humidité du sol , ainsi que des insectes ou reptiles qui auraient pu s'introduire dans notre tente. Ce genre d'estrade se rencontre assez communément dans les jardins persans. Quelquefois, dans ceux qui sont disposés avec luxe , elle sert de soubassement à un kiosque. C'est là qu'on se réunit pour faire le kief, pour fumer ou faire la collation. Les Persans ont le goût des jaixlins. Ils s'y donnent
rendez- VOUS /ils s*y entretiennent intimement, débitent des contes ou récitent des vers de leurs poètes favoris. L'estrade sur laquelle nous avions planté notre lente avait donc dû souvent être témoin de réunions de ce genre; pour le moment, elle reçut notre établissement, et se trouva transformée en une habitation européenne. Tout près de nous s'établirent nos gens, qui improvisèrent une cuisine à côté de leurs tentes. Les chevaux furent attachés aux troncs des abricotiers ou des ormeaux ; ils avaient pour li*^ tière une herbe tine et touffue. Aux branches pendaient de tous côtés des fusils, des sabres, des brides ou des manteaux au-dessus des caisses d'où notre cuisinier tirait marmites, casseroles, cafetières, etc..
En somme , si nous avions sujet de nous plaindre de la réception du ketkhodàh d'Hussein- Abad , nous ne regrettions nullement la maiâon qu'il aurait pu nous donner dans son village, car nous étions infiniment mieux dans notre jardin. Maîtres du lieu, seuls, loin des importuns, en bon air, et n'ayant rien à redouter de la malpropreté des habitants, nous nous applaudissions en secret de la mésaventure qui nous avait conduits dans ce bâgh. Notre séjour devait s^y prolonger un peu , car c'était de là que nous pensions nons rendre chaque matin à Nakch-i-Roustâm pour en étudier te» monuments.
Lorsque notre tchervadar eut déposé toutes ses charges, nous le payâmes, et il nous quitta. Il s'en alfe à Ghiraz qtii n'était qu'à deux jours de là. Estimant approximativement à deux mois la durée de nos travaux dans cette localité, nous ne pouvions garder des muletiers inutilement. Nous pensions, soit pour changer de place^ soit pour gagner CKi-
raZy pouvoir trouver facilement des moyens de transport dans les villages de la plaine.
L'accueil que nous avions reçu à Hussein -Abad et le mauvais renom du pays nous firent craindre que notre sécurité ne se trouvât compromise en ce lieu. Après nous être concertés avec Ressoul-Bek, il fut convenu qu il partirait immédiatement pour Chiraz , en faisant la plus grande diligence possible, et qu'il demanderait au gouverneur de lui donner deux ou trois soldats, à nos frais, pour nous garder la nuit.
I^ ketkhodâh avait, à ce qu'il parait, fait quelques réflexions sur les suites que pourrait avoir pour lui, nonseulement son manque d'égard pour des voyageurs munis deûrmans, mais encore, et surtout, Tindécente grossièreté avec laquelle il avait manifesté le peu de cas qu'il faisait de ceux-ci; car, dans la soirée du premier jour, il vint à notre tente nous offrir ses services, et s'excuser de la scène du malin. Je le traitai un peu durement en lui disant que je ne voulais rien de lui.
Dès le lendemain ; nous nous mimes à l'œuvre. Nous allâmes, de grand matin , aux rochers de Nakcb-i-Roustâm. Nous faisions le trajet à cheval, afin d'abréger le temps jqu'il fallait y consacrer. Nous n*eussions pu d'ailleurs le faire à pied, à cause des nombreux canaux d'irrigation qu'il fallait franchir. Nous avions fait faire à Ispahan deux espèces de petites tentes , du genre de celles que les Persans appellent hoflôb-yuerden, mot à moi parasols. C étaient réellement des moitiés de tentes, n'ayant que trois côtés, reposant sur deux petits mâts, et s'étendant au moyen de cordes attachées à des piquets. On les plaçait de manière à s'abri-
ter des rayons du soleil ; le quatrième côté ouvert. Cétait extrêmement commode pour nous, parce que, les sculptures regardant le midi, nous pouvions nous abriter sous ces Iwftôthguerden sans être gênés pour nos études. Cette instal*lation était parfaite , et, grâce à elle, nous pouvions travailler en plein air^ presque aussi à Taise que dans une chambre. Nos gens nous apportaient à déjeuner sur le lieu de nos travaux , et , le soir, on nous ramenait nos chevaux pour retourner à notre bâffh.
Notre premier soin fut, en nous retrouvant en face des étonnantes sculptures de Nakch-i-Roustâm , de recommencer et de faire, avec plus de soin, Texamen général que nous avions fait rapidement la veille en arrivant. Ces monuments sont de deux genres tout différents: les uns appartiennent à Tépoque antique des Achéménides; les autres, Sassanides, ne remontent pas au delà du m* siècle de notre ère. L'existence et l'exécution de ces derniers dans ces lieux témoins de la ruine des palais et de la capitale de Darius, prouvent que, longtemps encore après la destruction de Persépolis, celte localité conserva une grande importance. Il est présumable qu'il s'y forma des établissements dont Tornementalion de ces rochers fut la conséquence, et qui doivenl être attribués aux princes qui, entre la dynastie glorieuse des Achéménides et celle des Sophis, eurent aussi la gloire d'avoir tenté de régénérer la Perse.
Les monuments des deux époques ont pour support commun et pour base impérissable de gigantesques rochers à pic, dans le cœur desquels ils sont taillés et entièrement exécutés. Ils sont, non-seulement par leur style, mais encore par leur destination, très-différents les uns des autres. I..6S