‹ Voyage en PerseChapitre 51 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

la blessure et avoir prononcé qnelqoes paroles, avail approché plusieurs fois de la plaie, en la touchant légèrement, une petite lame de fer. L'Européen, encore plus stupéfiiit do remède que de la cure, voulut voir Finstrument è Taide duquel œlle-ci avait eu lieu. Il lui fut permis, au prix d'un l^er picMàcky de le tenir quelques instants en sa possession. Après ravoir tourné, retourné, examiné sur toutes les faces, il o^y découvrit rien de particulier. Il pensa alors qull n'y avait là que de la jonglerie; que le derviclie était un imposteur; que si le malade avait guéri ^ c'est que le dard venimeux n'avait pas pénétré, et qu'il avait eu plus de peur que de mai. Il jeta dédaigneusement Toutil sur la table, honteux d'avoir cm un instant à sa vertu. — Quel fut son étonnement de le voir s'attacher avec force à un couteau qui s'y trouvait ! — L'instrument de l'em^que du Bazar était donc tout simple* ment aimanté* Mais , quelle vertu pouvait avoir sur les ve* nins l'attraction magnétique de l'aimant ? Cette découverte était très-bizarre; l'incrédulité était à bout; et cependant l'homme piqué par le scorpion avait été guéri , et celui qui l'avait guéri était en grand renom à Ispahan pour ces sortes da blessures. — Je raconte ces faits sans commentaires ; qui sait si un jour la science n'y découvrira pas. quelque chose d'encore inconnu pour elle et que pratiquent les Persans? Les sauvages n'ont- ils point des remèdes composés de sucs extraits de plantes dont notre science européenne ne connaît même pas l'existence?

Pour revenir à notre soldat, ses camarades lui donnèrent leur âne qu'il enfourcha, et il nous quitta assez malade pour que nous ne fussions pas sans inquiétude sur son compte.

Le jour suivant, nous chargeâmes Ressoul-Bek de se pro*

VOTAOÏ EN PrRSÊ. +81

carer des bêles de somme pour transporter nos bagages da côté de Persépolis, point vers leqtiel nous devions désormais porter nos investigations. Afin de savoir au jaste de quelle manière nous pourrions nous organiser pour travailler dommodémenty et aussi pressés p# la curiosité, nous poussâmes avec un gaidë une reconnaissance jusqu'à ces ruines, ifïbus traversâmes la rivière de Sivend, ainsi que plusieurs canaux larges et profonds et quelques manécages. Noq^ passâmes devant une grande platè-fonne en pierre, qui nous parut être un soubassement de monument : on l'appelle Takhi-i-Roustâm ou Trône de tioxisiâm. Nous arrivâmes , après uni» heuire de marche, au pied du plateau sur lequel reposent leë reàleà imposants du palaiâ des rois Achéménides.

Le résultat de bette reconnaissance fut de nous convaincre que le village de Kanûta , le plus voiilin de Persépolis , en était trop éloigné pour que nous pussions nous y loger; qu'en nous y installant, nous perdrions trop de temps chaque jour à aller et venir, et que ce qu'il y avait de mieux à faire c'était de camper là, comme nous avions fait à Husséïn-Abad. La saison était déjà bien avancée; cependant le temps se maintenait encore assez beau pour que nous n'hésitassillls pas à nous fier aux derniers jours d'automne , et à in^aller notre tente sur le plateau même des ruines.

Nous continuâmes notre exploration pour avoir une idée de Tensemble des travaux qu'il nous restait à exécuter. De Persépolis ou Takht-i-Djemchid j nous allâmes, en suivant, dans la direction du nord» le pied de la montagne , voir les sculptures qui portent le nom de Nakch-i'Redjâb ; elles se trouvent placées dans une espèôe d'angle rentrant de la montagne , formé par Taàsemblage de trois ou quatre rochers

verticaux ; leurs plans s'entrecoupent et forment comme une petite salle naturelle dont le fond est adossé à la montagne et dont l'ouverture fait face à la plaine.

Les anciens Perses semblent avoir recherché, pour placer leurs monuments, des lieux oj^ la nature pouvait offrir des facilitis. A Tépoque desSassanides, surtout, ils paraissaient avoir fait moins d'efforts pour créer, de leurs mains, des édifices, que pour découvrir, sur toute l'étendue de leur pays, des montagnes ou des rochers qui se prétassent à recevoir Timage de leurs princes et qui offrissent aux sculpteurs des tableaux préparés par la nature , afin de diminuer les difficultés de leur travail. Il faut ajouter que les princes, préoccupés de leur gloire personnelle, trouvaient ainsi le moyen d'en assurer la durée en en confiant le souvenir à des rocs dont les racines profondément enterrées et fortement liées à la base des montagnes ofiTraient plus de garanties de solidité que les fondations les mieux construites.

Le site qui porte le nom de Nakch-i-Reàjâb eçt un do ceux qui sont le moins connus; il n'est pas en vue à cause de l'anfractuosité de la montagne où^ il est situé. Il faut , pour le découvrir, chercher avec le soin d'un explorateur sérieux qui tient à ne pas oublier, parmi toutes ces ruines , ce qui peut ofTrir encore de l'intérêt.

Des voyageurs ont écrit que Nakch-i-Redjâb était une salle construite. Ils ont commis une erreur; il n'y a pas la moindre trace de construction, de même qu'à Nakch-i-Rousiâm. Là aussi, les trois bas-reliefs dont il s'agit ont été sculptés sur la face, polie ad hoc, de trois rocs dont les autres parties sont encore complètement à l'état primitif. Contrairement à l'opinion sans doute peu approfondie de quelques

auteurs, je crois pouvoir soutenir qu'il n'a jamais dû y avoir là aucune habitation, et qu'il ne faut voir dans la présence de ces trois bas-reliefs, placés à peu près symétriquement en regard les uns des autres , qu'un fait dû à la fois au caprice de la nature qui a ainsi disposé les pierres sur lesquelles ils ont été exécutés et des princes qui les y ont ordonnés.

Le premier bas-relief à gauche est celui qui se fait remarquer par le plus d'art, de dessin, et aussi par sa composition. Il représente un roi à cheval , coiffé de la tiare surmontée d'une boule. Cette figure a été peu ménagée par les destructeurs fanatiques de ces curieux tableaux. Par ce qui reste et ce qui se devine , on peut juger que ce personnage avait une épaisse et longue chevelure comme Châpour. Il conduit son cheval de la main gauche, et tient dans la main droite quelque chose qui doit être son sceptre.

Derrière ce cavalier, qui occupe à lui seul toute la partie droite et la moitié du cadre, sont groupés neuf autres personnages dont trois seulement sont en pied ; devant eux , pend à leur ceinturon un glaive sur le large pommeau duquel ils ont les mains appuyées. De ces deux figures, l'une, qui est la plus rapprochée du roi, dépasse de beaucoup les deux autres qui sont d'une (aille égale. Les autres personnages ne montrent que le haut du corps; ils sont tous, à l'exception d'un seul , coiffés de celte mitre haute et arrondie que j'ai déjà mentionnée. Trois de ces coiffures portent sur le côté un signe différent qui n'est pas un caractère d'écriture, et qui a probablement pour objet d'indiquer le rang ou la fonction de celui qui le porte. La neuvième figure, dont on ne voit que la tôte et' l'épaule confondues dans les plis du manteau royal, est nu- tête; ses cheveux paraissent relevés

434 YQYAGE EN FËRSS.

et mainteous par ud aoiiieau $uf le soouoet de sa têle où ils formeat une grosse louffe frisée semblable à uoi panacbje^ Sur le poitrail du cheval est uua petite inscription grecque acconapagnée probablement de sa traduction en pehlvi. Une seconde inscription y dans cette dernière langue, est également gravée à droite du eheval.

Sur le rocher du fond , qui fait angle avec celui qui porte cette sculpture , est représentée une scène qui rappelle celle du dernier bas-relief décrit à Nakch-i-Rouslâm. Ici les personnages sont à pied ; mais celui qui , à droite , présente un anneau ou diadème , et celui de gauche qui le saisit, sont, par leur coiffure et par divers autres détails de leur ajustement, semblables aux deux cavaliers dont j'ai parlé. Cependant , tout en cherchant à en tirer CQtte induction , que le sujet pouvait être le même, je ne voudrais pas autoriser à penser qu'il a été exécuté précisément dans le même temps et par le même prince ; car le bas-relief de Nakch^-Roustâm est d'un travail qui ne manque pas d'habileté , tandis que

celui-ci est extrêmement grossier, et traité avec une barbarie qui dénote ou Tenfance de Part, ou sa chute dans une décadence déplorable.

Quoi qu'il en soit du rapport qui peut exister entre ces deux sculptures, il est évident que le sujet est le même; il représente aussi une transmission de couronne ou un serment religieux. Entre les deux personnages principaux sont deux enfants. Derrière le personnage de gauche sont deux figures dont Tune représente un guerrier appuyé sur son épéc, et dont l'autre, imberbe, est un page élevant le bras en étendant un objet qui , quoique imparfaitement rendu , ne peut être autre chose qu'un chasse-mouches.

Derrière le perscanage de droite qui tient la couronne ^ est figurée une colonne à chapiteau; elle semble indiquer une division dans la distribution du tableau, et simule un autre lieu que celui où se passe la scène principale. Dans le com* partiment qu elle forme sont deux figures imberbes dont l'une, au moins, semble être une femme, à en juger pav les traits et les longues tresses de cheveux qui pendent sur ses épaules. Toutes deux sont tournas en sens inverse du groupe principal, ce qui indique encore qu'elles sont dao^ un lieu différent, et ne font point partie de ce groupe. Dans le cchd à gauche, et en haut du rocher, en dehors du cadre o4 est sculpté le bas-relief, est une figure dont le buste seul a été exécuté. Peu visible par la manière dont, elle est rendue, elle était en partie cachée par un arbrisseau qui avait pris racine dans une fissure du roc. En relevant les branches pendantes pour mieux voir cette figure, nousdécouvriones, sous leur feuiU lage, une inscription pehivi très-bien conservée et qui n'avait pas moins de trente et une lignes presque complètes. Je crois pouvoir affirmer que cette inscription était compléteioent inconnue, car il n'en est lait mention par aucun voyageur. C'est donc une henreuse découverte, non-seulement pour l'étude de la langue pehivi, mais encore pour l'inteiligeùce de ce monument sur lequel elle jettera certainement un jour nouveau.

Si le tableau que je viens de décrire rappelle l'un de ceux de Nakch-i-Boustàm , le troisième présente une analogie encore plus grande avec celui-ci. Ce sont deux ca-* valiers face à face, et tenant, l'un par \% couronne, l'autre par les bandelettes, un diadème. La similitude qui existe entre ces deux personnagea est telle , qu'elle ne laisse rien

à deviner quant au rôle que chacun joue dans cette scène.

A une demi-heure de là, nous entrâmes dans une enceinte d'éminences et de fossés, au milieu de laquelle s'élève la colonne que nous avions aperçue sur notre gauche , un peu avant d'arriver à Nakch-i-Roustâm. Autour, des débris d'architecture, des chapiteaux et quelques pans de murs indiquaient les restes d'un édifice : c'était Istâkhr, la ville dn peuple, voisine mais séparée ^de celle des rois.

Le nom d'istâkhr est d'origine zend, et le site ainsi nommé atteste d'une manière non équivoque l'emplacement d'une ville. La dénomination dlstâkhr se retrouve dans plusieurs écrivains orientaux; mais on la cherche en vain dans les auteurs anciens. On est fort embarrassé pour décider si ce nom doit indiquer la ville capitale au temps des Achémé— nides, et à laquelle les Grecs auraient donné le nom de Persépolis, ou s'il ne désigne que celle qui , sortie des cendres de la cité de Darius, subsista jusqu'à Tinvasion des Arabes. L'embarras s'augmente par le rapprochement des assertions très-divergentes des historiens : les uns, écrivains d'Occident, prétendent qu Alexandre livra au pillage et détruisit de fond en comble la métropole de la Perse , à cause de la haine connue de ses habitants pour les Grecs. A les entendre, ce conquérant ne voulut d'abord épargner que le palais des rois, qui fut, à la vérité, brûlé, dans un moment où, si l'on en croit les historiens grecs, le héros macédonien n'avait pas toute sa raison. Selon les auteurs orientaux, au contraire, la ville (ïlstâkhr aurait survécu longtemps à la ruine du palais des rois de Perse, et les habitants s'en seraient dès lors distingués, parmi tous leurs compatriotes , par une haine implacable contre les conquérants do leur

patrie, précisément en raison de Tincendie du palais de leurs souverains.

Sans vouloir faire prévaloir Tune ou l'autre de ces deux assertions y je ne puis, après l'inspection des lieux, me défendre de pencher pour la première. Aujourd'hui , on cornprend sous le nom d'Istâkhr^ un espace de huit à neuf kilo«mètres de tour, qui présente de grands mouvements de terrain ; çà et là, sur ce vaste périmètre, se succèdent des talus ou de petites éminences, restes de murailles et de tours qui formaient l'enceinte de la ville. Sous la croûte épaisse de terre végétale qui , en s'amoncelant de siècle en siècle , tend à opérer un nivellement de ces ruines, on découvre encore d'antiques maçonneries; d'autres monticules rapprochés les uns des autres, des décombres qui apparaissent de tous côtés, sont autant d'indices de l'œuvre de destruction qu'à une époque reculée, «es lieux ont vu s'accomplir. Solitaire au milieu de ces tristes vestiges, s'élève une colonne restée seule debout. Huit bases, des fats et- fragments de chapiteaux d*autres colonnes semblables gisent à l'entour , à côté de quelques pans de murailles. La colonne restée debout est cannelée, ainsi que celles qui sont tombées; elle est de petite dimension. Son chapiteau est formé de deux corps de taureau adossés : c'est, comme nous le verrons, le type commun à tous les chapiteaux de Persépolis. Dans un rayon de quelque cent mètres autour de ces ruines, on en trouve d'autres parmi lesquelles sont aussi des débris de colonnes ; mats elles n'ont conservé aucun intérêt. Ces vestiges de constructions antiques se retrouvent sur les deux rives du Sivend- Roûd. Nous en avions vu assez pour prévoir une -suite longue et fertile de recherches et d'études.

498 VOYAQE EN PERSE.

• N0U8 étions tOQt près du village de Hadji-Abad, nops ep profitâmes pour faire une visite au Hakim à qui iioua d^ vions bien politesse. MahaBiet-Nafi-Kha& se mU eq frais pour nous faire un accueil cordial et empressé. Noos eausâioes beaucoup de tout ce que nous veaioua de voir dans ia jouroée : it nous dit les choses les plus aimables quand il sut que nous avions trouvé* dans notrp exploration les motife d'uq long séjour sur son terrikHre; îl renouvela. se& offres de services , et noua proposa une garde lorsque nous lui dtmes que nous comptioAs nous établir au milieu même des ruines de Takht*i^Djeo)cbid. — «LepaySy ik)us dit-il, n'est aucunement sûr; défiez-vous, a la Bjuît, des maraudeuirs. »• Nous W remerciâmes , en le rassuraat et kii diaaAt que nous pensions être assez d'hommes \m^ armé& et hieu disposés a se défendre poiu* ne pas abuser de aes bonté». r

NoMi demandâmes au Hakim des renseignemeiits sur une groMe quie nous savions ôtre dans le voisinage de Hadji*Ab|Ml, et où se trouvaient quelque inscriptions. Il nou^ dit qu'en effet ces lableltes étaient près de là , dans un coin retiré de la montagne qui portait le nom de C/4etA-i4/i. Son tiU. voulut " nous y conduire lui-même , M quand nous primes, congé de Mohamet-Nai^Khàn, Nassoulab^Kbàn monta à cheval^ eL nous accompagna avec quelques cavaliers.

Au nord^KHiest des montieules qui indiquent le^ périmètre de l'ancienne ville d'islàkhr, et près du village de Ha^îi- Abad, dans um gorge de la montagne , on aperçoit des cavernes naturelles. Dans l'une d'elles sont disposées, sur sa paroi ïxAak^f cinq tablettes^ dont deux portent d^s inscriptions pehlvis bien conservées^ Ce lie» est vulgairement ^^

peléChiHk'AU, di4 w>m d'ua persomuiig^ vénéré (fes Persan^. Il le doit, comme on voit, non à ces inscriptioasi qni no aoQt d'aucun intérêt pour eux , maia hiea à la méflaoixQ d*iia anachorète qui, |M:é(endent^il8i y a yécu longtemps, n^iré dmis une (jb; ces gsottes. Cependant parmi lea Persaipa^ ceux qui se piquent d'avoir quelque éruditioQ, laissent, de Q6té le nom de Cheik-AU et appellent ces cavernes : ZAn(Uititm^tnchi4 em prisons de DjemcAid, Cette dé^^gnatian » k la vérité, eslplua eu harmonie avec les monuments antiques qi4 se ratrouyeiit partout dans cette contrée ; mais rie» œ s'y déc(wvre qw rappelle l'épotque achém^nide.

Près de là,, uous rencontrâmes quelques perdtûx; ce fut pour le jeune Kh^ une pouveUe occasion dft renouveler, w se {aisaoi appuyer par sas familiers,, ses bassessi^s pour me soutirer u^n fusjil ; mais jjje fus toujonrs. au£si duc d/oreitte* Cependajttt, pour amu/»er ce» jeune homme qui parësssût avoir une trè^grande envie de se servir de cette arme, je la lui prêtai „ et il SQ mil à poui^uivre les pecdr^x ji qi4 ». de rocher eu rocher» escaiadaieut la montagne. Il eut lia satisfaction d'en démoAter une posée, car les Persans ne tirent jamais autrement. Ses ferrachs étaient dans le ravissen^ent de son adresse, eA du fusil ,^ bien entendu, ^i ue devait pas, selon ^m , sortir des mains qui s'en servaieut si adroitemut* V un d'eux se précipita à bas di» son cheval pour çomk après la perdrix qui n'était que blessée» puis avec spa poignard, il coupa la tête 4e Toisabu. Les Persans font toujours ainsi quand ils ramassent une pièce de gibier quelconque. Ils n'oseraient en mangier, si elle n'était de s^iite saignée de cette manière. Tout animal dont le sang est resté à l'intérieur du corps est impur à. leurs yeux. Après cet exploit qui eu-

chantait Nassoulah-Khâii , il nous quitta , et nous *r6gagnâmes notre jardin.

Avant de quitter Hussein -Abad , il nous restait^ de ce côté y -à visiter encore un point digne d'intérêt , c'est celui où se trouvent les trois monts Istâkhr. Dans la partie occidentale de la plaine du Merdâcht , là où elle se rétrécit et se trouve fermée par les montagnes du Louristan , on aperçoit trois masses de rocher qui se suivent presque en ligne droite et très-rapprochées l'une de l'autre; on les remarque à leurs formes étranges et semblables qui , de loin , figurent un cône tronqué : ces trois éminences portent les noms de Khôu- Istâkhr j Khaïèh'htâkhr j ou encore Khâu-Rhamgherd ^ c'est-àdire monts Istâkhr j ou citadelle d'Istâkhr^ ou bien monts isolés. Ces trois éminences sont espacées entre elles de deux à trois kilomètres; dans les intervalles qui les séparent , on retrouve se dirigeant de l'une à l'autre , des traces de fondations , et même quelques portions de mur qui s'élèvent au-dessus du sol. On doitf d'après cela, présumer que ces espèces de citadelles naturelles étaient reliées au moyen de murailles, et avaient dû être utilisées pour la défense du territoire de la ville d'Istâkhr. Ces trois monts , bizarres de forme, ne présentent pas d'ailleurs un grand intérêt archéologique. Cependant celui du milieu, que les habitants désignent sous le nom particulier de Khâlèh-Serbj forteresse du cyprh ou du cidre y porte encore à son sommet des vestiges qui ne laissent pas de mériter quelque attention. Peu importants par euxmêmes, ils attestent néanmoins l'existence d'ouvrages qui devaient se rattacher à un système de fortifications que les princes achéménides avaient voulu donner pour rempart à leur capitale et à leur trône. Celui de ces trois monts dési-

VOYAGE EN PERSE. Ui

gaé sous le nom de Khalèh-Serb porte , sur un plateau élevé de quatre cents mètres environ au-dessus de la plaine, et d'une circonférence de deux mille cinq cents mètres , les restes d'uue construction solide en pierres. Le sol, qui est incliné vers le^ centre , est coupé par des réservoirs destinés à recevoir en même temps les eaux du ciel et celles d*une petite source voisine. Ces réservoirs ont été construits en maçonnerie revêtue d'un ciment très-dur : ils étaient placés les uns au dessous des autres, de façon à ce que le trop plein se déversât successivement de Tun à l'autre , pour arriver à celui du centre y qui est le plus grand et forme la piscine principale. Auprès de celle-ci est l'arbre vert qui a donné son nom au rocher. A ses branches projetées horizontalement, il nous a paru être un cèdre, et si Ton en juge par la circonférence du tronc, qui est de quatre mètres, il doit être très-vieux. Cet arbre et la place qu'il occupe, de manière à couvrir de son ombre le bassin auprès duquel il a été planté, donnent lieu de croire que, si ces réservoirs sont à sec aujourd'hui , ils ont dû être entretenus et contenir de l'eau bien des siècles encore après la ruine de Persépolis ou d'istâkhr. Ce fait parait d'ailleurs confirmé par une grande quantité de débris de briques répandus sur ce sommet, et dont la surface émaillée prouve l'origine moderne. A la fin du xxi* siècle, il existait là encore une citadelle ; car des écrivains de cette époque rapportent que l'on y enfermait les prisonniers d'Etat, d'autres disent que Châh-Abbas en fit le siège et lui donna l'assaut pour y saisir un chef du Fars qui s'était révolté contre lui.

La position deKhâtèh-Serbf qui réunit toutes les conditions désirables dans un poste militaire, a dû certainement lui

4<i VOt&GÉ EN ffellSE.

donner de Tinportance, surtout daus les temps uncieus. L' curpement et la hauteur du rocher sûr lequel était assis le fbrt devaient en rendre autrefois, comme aujourd'hui, rapproche des plus difficiles. Ne sachant comment expliquer la construction d'une citadelle sur ce plateau presque inabordable, les Persans disent que ce sont des chèvres qui y portèrent tous les matériaux. Il est certain qu'aujourd^mi encore ces éminences ne semblent guère accessibles à d'autres animaux.

Page 1