CHAPITRE XXXVII
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Départ de Husseln-Abad. — Établissement sur le plateau de Takht-i-Djemchid.- Description des monuments. — Portique des Taureaux. — Grande colonnade.
Le 25 octobre nous ftmes noB dispoeiiioiis de déjpart, mais la journée se passa presque tout entière à attendre des moyens de transport que RessouNBek était ailé quérir et qui n'arrivaient pas. Les tentes étaient pliées, les chevaux sellés, et assis sur nos caisses fermées nous r^ardions au-dessus des lignes horizontales de la plaine si rien n'annonçait la venue des bétes de somme qui devaient transporter nos bagages. Enfin ^ vers le soir^ le tintement éloigné d'une sonnette , nous annonça l'approche d'une douzaine de chameaux; c'était la première fois que nous employions ces animaux. Leur force et leur patience proverbiale les rendent très-propres au service des caravanes; mais leur pas lent est cause que les voyageurs n'en font pas usage; on s'en sert exclusivement pour le transport des fardeaux. L'allure de ces animaux n'offrait aucun inconvénient pour la courte distance que nous Avions à parcourir jusqu'aux ruines de Takht-i-Djemchid, aussi les accueiliimes^ous avec
satisfaction. Nous quittâmes sans regret notre Bâgh de Husseïn-Abad ainsi que le ket-khodâh qui était venu piteusement nous saluer une dernière fois. — Le moment de Toubli était arrivé, et nous daignâmes lui jeter quelques mots de pardon.
Nous eûmes bientôt franchi , malgré de fréquents détours, les canaux et les marécages de la plaine; le soleil baissait quand nous arrivâmes au pied do grand escalier qui conduit sur la plate-forme où reposent les restes du palais des rois Achéménides. Nous aperçûmes alors les quinze colonnes encore debout. Leurs fronts dorés semblaient^ comme des miroirs, réfléchir les rayons du soleil couchant. Les ombres grandissaient rapidement , glissaient le long des élégantes cannelures qui, bientôt éteintes elles-mêmes et sombres , ressortaient sur les roches encore brillantes de la montagne voisine. La montagne s'obscurcit à son tour, et il faisait presque nuit quand nous mtmes pied à terre au milieu de ces antiques restes de la splendeur royale qu'Alexandre, dans un accès d'ivresse ou de barbare dédain, a fait crouler dans la poussière. Le vol des hiboux et le pas craintif des chacals sortant de leurs tanières troublaient à peine le silence de ces lieux. L'heure, la solitude, tout contribuait à leur donner un aspect triste et sévère.
Nous avions un peu devancé nos chameaux; et quand ils eurent déposé nos bagages au pied des colonnes antiques, la nuit était complète. Nous ne pouvions, à cette heure, choisir remplacement déiinitif de notre campement. Noos nous arrangeâmes le mieux que nous pûmes pour passer la nuit où nous nous trouvions, remettant au lendemain à nous organiser d'une manière à la fois stable et aussi confortable que le permettait le lieu.
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Les ombres qui se dessinaient au milieu des blocs renversés et des colonnes silencieuses , toutes ces grandes figures de rois et de guerriers , que la lune semblait animer en se jouant sur leurs graves silhouettes, semblaient autant de spectres antiques.
Le soleil, encore caché derrière la montagne , commençait à dorer^ les chapiteauit- des colonnes les plus hautes, lorsque nous ouvrîmes les yeux. Après avoir jeté autour de nous un regard de plaisir et d'étonnement de nous réveiller au milieu de ces vénérables ruines, nous songeâmes, sans perdre de temps, à nous y installer. Nous étions là en présence des antiquités les plus remarquables, non-seulement du district de Merdàcht, mais encore de toute la Perse. PersépoliSj c'est la ville par excellence, la Ville Royale. Ce nom, qui devait, dans Tesprit des auteurs anciens, s'appliquer à la capitale dans toute son étendue , s'est restreint peu à peu , et ne désigne plus aujourd'hui conventionnellement que le groupe des monuments qui représentent l'immense palais des rois de Perse. On ne peut disconvenir que cette restriction irrationnelle laisse un peu de confusion dans l'esprit au sujet de ces ruines , et qu'en adoptant la désignation dePersépolis pour les palais seuls, on s^expose à faire croire qu'il n'y avait là autrefois qu'une résidence royale.
Selon moi , les Persans font entre toutes les antiquités de ce district une distinction qui est bien plus raisonnable : ils donnent à chaque groupe , à chaque monument son nom , sa désignation particulière. Ils appellent celui-ci Takhi-ùDjern" chidj littéralement : trône de Djemchidf ou en d'autres termes, palais de Djemchid; ils lui donnent aussi quelquefois le nom de Tchehel'Minar y Tchehel-Sutoûn , les quarante colonnes ^ u. 40
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par allusion au grand nombre des colonnes qui étaient comprises autrefois dans ces palais. Mais ce nombre de qumraièle est tout à fait arbitraire ^ et il faut reconnaître d'ailleurs que cette dénomination de Tchehel-Minar est banale. Les Persans la donnent également à d'autres édifices modernescqui n'ont aucune espèce de rapport avec ceux-ci. L'appellation de Takhi-i^I^emchid a le double avantage d'être h pins usitée en Perse, et d'y être exclusivement réservée à ces palais. Elle sert à les distinguer de toutes les autres ruinas du même temps y et empêche de confondre ces édifices avec d'autres qui ne sauraient être pris pour les restes imposants et majestueux de la demeure des successeurs de Cyrus.
Après nous être abandonnés aux premiers élans d'une juste admiration pour ces belles ruines, nous songeâmes à nous y établir, il nous follait y trouver une assiette commode pour un campement et qui nous mtt a l'abri d'un coup de main nocturne. Nous devions faire là un long séjour. Notre arrivée devait être bientôt connue des habitants de la plaine et des montagnes environnantes. Leur^ mœurs sauvages , leur passion pour le brigandage rendaient probable une agression contre laquelle nous devions nous mettre en garde. I^e plateau sur lequel se trouvent les ruines est ouvert et accessible de tous côtés; il ne nous offrait donc aucune garantie de sécurité. Nous l'abandonnâmes pour chercher ailleurs un emplacement plus favorable à notre établissement, et nous choisîmes, pour cela^ une terrasse située audessous. Protégée de deux côtés par un escarpement de sept à huit mètres, cette terrasse était défendue, sur le troisième, par un grand mur auquel nous adossâmes notre tente et attachâmes nos chevaux. Ainsi établis, n'étant à découvert
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^iie par le quatrièa^o côté j aoos pQuvioos espérer ne pas être enveloppés par une aU^qiie que noijis avigns toate raison de craindre. Ces dispositionfi bien insuffisantes étaient les seules que x^ms pussions prendre; noire suîte, d'ailleurs» ne se composait que de cinq serviteurs , dont trois Persans auxquels nous ne pouvions accorder une bien grande coor fiance y et de deu^ soldats. Notre petite troupe était ainsi portée à neuf combattants plus ou moins disposés à défendre notre camp.
Dès le lendemain ^ nous nous mimes h l'œuvre et commençâmes la longue et pénible élude qui devait , n^Qus Tespé^ rions du moins, compléter les travaux de nos prédéci^eurs. La montagne au pied de laquelle nous étions et qui borne la plaine à Test, forme en cet endroit comme une espèce d'hémicycle» Sa base s'élar^t en suivant une peete douce. Cest là que 9 sur un vaste plateau, en partie produit naturellement par le rocher , en partie construit avec de gros blocs de pierre rapportés pour étaUir le niveau du sol, s'élèvent les ruines encore majestueuses de Takchtri-^Dfemr chid. La position avait été admirablement choisie : adossé à la montagne , entouré sur trois côtés par une ceinture de rochers élevés » le palais était parfaitement abrité contre les intempéries qu'auraient pu lui apporter les vents du nord et de Test ; exposé obliquement au sud et faisant face à Touestf il recevait les rayons du soleil, pour ainsi dire, iangeniielle^ ment , et l'ardeur de oçs rayons , ainsi tempérée , ne faisait qu'attiédir Tair qui circulait sous les vastes portiques.
Du haut de la plate- forme qui lui servait de base, le palais dominait la plaine de Merdâcbt daus toute son étendue. Aseis sur son irône^ le souverain pouvait, d'un coup d'œil, em-
brasser une immeose portion de son empire. Il apercevait aa snd les montagnes du Loristan; en face, il pouvait suivre le soleil à son déclin, brisant ses rayons sur les pics élevés du FarSf qu'il colorait de ses dernières Mî&tes; au nord— ouest , ses yeux se reposaient avec confiance sur les défi— lés presque infranchissables des monts BaciyariSj sur les citadelles d'htakhr, et s'arrêtaient au nord sur les façades funèbres des rochers excavés de Nakch-i-Roustâm où sa sépulture Taltendait.
L'élévation de Timmense terrasse sur laquelle a été construit le palais n'a guère varié , grâce au sol rocheux qui lui sert de base. La hauteur de cette terrasse dépasse dix mètres; sa longueur, du nord au sud, est de quatre cent soixante-treize mètres, et sa largeur se mesure par deux cent quatre-vingt-six mètres de Test à Touest. Ce vaste plateau n'a pas un niveau constant; il est accidenté par plusieurs plates-formes sur lesquelles furent élevés les divers édifices dont se composait le palais de Takht-i-Djemchid dans son ensemble. — Était-ce pour donner du mouvement aux lignes architecturales, en rendre Taspect plus agréable à l'œil, que l'on avait ainsi ménagé des différences de niveau, ou bien ces constructions, sur des points qui se dominaient les uns les autres, furent-elle imposées par la nature abrupte du roc qui en est la base? — Telle est l'une des questions que se fait l'antiquaire au milieu de ces ruines, à la vue du sol accidenté qui les supporte. La seconde de ces hypothèses parait plus en harmonie avec l'aspect des lieux.
Les restes des magnifiques palais d'où Darius , vaincu et fugitif, s'échappa pour aller mourir sous le poignard d'un traître, sont ainsi disposés sur un immense plateau qui domine
la plaine de Merdâchl. Certes, ils sont peu de chose aujourd'hui, comparés à ce qu'ils devaient être au temps du dernier prince qui s'abrita sous leur faite royal. Cependant, ce que Ton en retrowi» excite encore Tétonnement et inspire un sentiment de religieuse admiration pour une civilisation qui a su créer de si pompeux monuments, leur imprimer un tel caractère de grandeur, et leur donner une solidité qui a permis aux parties les plus importantes de résister jusqu'à nos jours, à travers vingt-deux siècles et tant de révolutions qui ont dévasté la Perse. Tout est grand et saisissant d'ailleurs dans l'austère paysage qui sert d'encadrement à Takth-i- Djemchid : l'immensité de la plaine qui domine l'antique palais, les lignes majestueuses des montagnes dont l'aspect change à chaque pas, la pureté de l'atmosphère, l'azur d'un ciel profond, et jusqu'au silence de ces lieux inhabités. Rien ne peut donner une idée de cet ensemble solennel que découvre le voyageur placé en face de ces monuments : en face de lui, le palais des Rois, ruiné, désert, s'élève et s'étend de la montagne vers la plaine verdoyante, au-dessus d'une longue muraille coupée par un gigantesque escalier à rampe double; en haut, un large groupe de colonnes élégantes qui soutiennent encore quelques débris de leurs chapiteaux aériens ; à gauche, les piliers massifs sur lesquels se détachent les colosses imposants qui gardaient autrefois l'entrée de la demeure royale; à droite, d'autres palais en ruines dont les murs sculptés se détachent d'abord en noir dans un milieu lumineux, puis se colorent peu à peu sous les rayons d'un soleil ardent. Au fond, entre les colonnes, Fœil décou* vre encore des ruines, des masses de pierres couvertes de figures symboliques, et, dans la brume bleuâtre de cette atmo-
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Sphère tranquille, on aperçoit de» tombes creusées dans le flaoc de h montagne qui èbt% de fond à ce théâtre imposant.
A peine inierroge-t*-on cea ruines vénérables y qu'on rencontre un premier sujet d'étonnement dana^eette muraille intacte» dont les blocs défient les siècles et répondent si bien è la durée qu'en attendaient les constructeurs de ces immen* ses édifices. Ce soubassement gigant^que a le caractère d'un appareil cyclopéen , les pierres en sont de toutes formes et de toutes grandeurs; à côté de celles qui n'ont que quelques décimètres , on en voit qui ont jusqu'à quinze et dix-sepi mètres de long sur deorx à trois mètres d'épaisseur. Elles sont rectangulaires^ carrées ou oblongoes; elles ont la forme d'un trapèze» d*«i triangle» ou bien elles ont un angle rentrant. Il semble que la dureté seule de ces blocs les ait feil choisir» et qu'on les ait pris avec les irrégolarilés qu'ils tenaient de la nature» en se bornant h rectifier leurs angles, afin d'en faciliter radhérence« Oaanta cette adhérence même» elle est parfaite; les lits et les joints de toutes ces pierres sont taillés avec la plus grande précision ; et» rangées les unes sur les autres dans mortier» elles se trouvent si parfai*^ tement juxtaposées» qu'il y a des endroits où c'est à peine si l'on en peut distinguer les interstices. A la partie supé«rieure de celte muraille sont des refouillements pratiqués d'une pierre à l'autre, en queue d'aronde, dans lesquels était coulé du métal , afin de les lier plus fortement.
Il ne se trouve d'ailleurs aucun ornement sur la face de cette muraille : en la construisant, on n'a pensé qu'à la durée, et la simplicité même du soubassement iajoiite» par le contraste» à l'effet que devait produire la richesse d'orne* menlation prodiguée aux palais qui ledominaient« Cette niu-
raille s*oavre et s^incline ponr faire place au gigaotesque escalier qui conduit a la terrasse ; à droite et à gauche se dé^ veloppent deux rampes divergentes qui ont cinquaDte-kuit degrés ;. en haut de ces deux premiers escaliers sont deux paliers sur lesquels s*ouvrent ei montent^ en sens inverse des deux premières, deux autres rampes de même largeur ayant quarante-huit marches chacune. Les degrés de ces quatre rampes ont une hauteur de dix centimètres seulement^ et la pente en est si douce, qu'on peut ia monter ou la des« cendre à cheval. On doit penser que cet escalier a été ainsi construit afin de permettre aux cavaliers , comme aux gens de pied, de le gravir aisément.
Deux énormes piliers, sur lesquels se présentent, de fece, deux quadrupèdes de dimensions colossales, tel est le premier monument qu'on rencontre sur la terrasse. Au delà soiit deux colonnes, et plus loin deux autres piliers semblables et correspondants aux premiers. H est probable que c'était là un des magnifiques |x>rtiques par lesquels on avait accès dans Tenceinte du palais. Ces quatre piliers portent, sculptés dans leur masse et posant sur un socle, quatre ani* maux gigantesques, qui Ont six mètres de longueur sur plus de cinq mètres et demi de hauteur. Sur la façade tournée du côté du grand escalier, chacun des colosses présente un large poitrail porté par deux jambes puissantes. Cette partie antérieure du corps de Tanimal, qui est très-saillante, est traitée en ronde-bosse. La partie postérieure se prolonge sur la face interne de chaque pilier, où elle a un relief moins saillant.
Beaucoup de voyageurs se sont mépris quant à l'espèce d'animaux représentés sur ces pylônesé Je ne parlerai pas de
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Chardin^ ce marchaDd de pierreries qui visita la Perse pour son commerce, archéologue sans préméditation, et inhabile à comprendre ces monuments. Dans son naïf embarras pour qualifier ces colosses, il ne savait trop s'il devait y voir des chevaux, des lions, des éléphants ou des rhinocéros. Cesi en vérité par trop méconnaître Tévidence, que de confondre entre eux ces divers animaux. D'autres voyageurs, sans y avoir pu néanmoins voir ni visage de femme , ni corps de lion, se sont appuyés sur un prétendu défaut de précision dans les formes pour les considérer comme des sphynx.
Je dois réhabiliter ici le sculpteur qui a exécuté ces gigantesques quadrupèdes. Loin de les avoir imparfaitement traités, il a apporté dans Texécution, soit de Tensemble, soit des détails, un soin et une vérité qui ne devraient pas laisser place à la moindre hésitation ; car, au premier coup d'œil, on distingue en eux des taureaux. En effet, il est impossible de De pas reconnaître cet animal à ses proportions massives et raccourcies, signes de sa force, à son encolure puissante, à ses jambes courtes, mais vigoureuses, terminées par un sabot fendu, et à sa queue nerveuse légèrement relevée à sa naissance, qui descend le long de ses cuisses jusqu'à terre, pour se terminer par un gros bouquet de poils frisés. Il n'y a pas jusqu'aux parties sexuelles qui ne soient indiqués de manière à ne pas laisser le plus léger doute. Il est vrai que la tête manque; mais à quel autre animal que le taureau pourraient appartenir ces diverses parties du corps du quadrupède sculpté sur ces deux premiers piliers? Ce que l'art du sculpteur nous faisait comprendre s'est trouvé d'ailleurs vérifié par la découverte que nous fîmes des débris de la tête d'un de ces animaux , enfouie dans la terre près du
socle qui le porte. Ces figares, qui ont Tappareoce de sym* boleSy sont ornementées d*une façon toute conventionnelle, et, pour en rendre TefTet plus architectural , le sculpteur a couvert de frisures quelques parties de leur corps, telles que le poitrail y le col , les épaules , les flancs, la croupe et les cuisses. Il y a ajouté un collier garni de rosaces.
Les deux autres piliers sont disposés de la même manière, mais les colosses sont très-différents. Ceux-ci, avec un cor^ et des jambes de taureau, ont de grandes ailes et offrent des poitrails emplumés surmontés d'une tête humaine coiffée d'une large tiare. Leur visage est accompagné d'une forte barbe, et derrière les oreilles retombe une longue chevelure. La tiare se termine par une couronne de rosaces et de plumes; sur la partie antérieure, sont figurées trois paires de cornes.
A la partie supérieure de chacun de ces pylônes, sont trois tablettes d'inscriptions de vingt lignes. Le système de caractères cunéiformes qu'on y trouve employé ne semble pas être le même pour les trois. Celui de la tablette de droite, qui parait le plus compliqué, a beaucoup de rapport avec récriture des briques babyloniennes que Ton connaît, et il se rapproche tellement de celle des bas-reliefs de Ninive, que Ton doit croire qu'il représente la, langue assyrienne.
La différence entre les deux autres inscriptions parait moins grande ; néanmoins elle est assez sensible pour que Ton puisse, à la simple vue, reconnaître deux écritures distinctes. Cette observation, faite également par nos prédécesseurs, autorise à conclure que ces tablettes sont trilingues, et qu'elles avaient été écrites probablement en langue perse, médique et assyrienne, afin,, sans doute,
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d'être comprises par les indi vidas de ces trois nations dont 1^ deux dernières étaient alors vassales de la couronne de Pème. On remarque que la place d'honnenr est toujours occupée par Finscription perse qui est invariablement la pr^nière è gauche. Cette place appartenait de droit à Tidiôme de la naiiott dominatrice. Ce système de tablettes triples est d'fliltean» répété sur tous les points de Persépolis où il se trouve des inscriptions.
Une particularité d'un ordre tout différent que présentent ces piliers, d'est qu'ils sont couverts de noms européens gravés profondément dans la pierre. Il semble que ceux qui les y ont écrits aient eu la prêtcfntion, grâce k la solidité de ces murs y de faire avec énx parvenir aux âges fhturs le souvenir de leur passage à Persépolis. Ces nobles et grandioses tablettes de pierres sont couvertes de signatures anglaises comme le plus vulgaire des albums. Parmi les noms qu'on n^a pas craint de graver sur les restes du palais de Xercès , on en remarque bien peu qui rappellent des voyageurs célèbres. Nous lûmes cependant ceux de deux diplomates anglais qui ont laiseé, de leur passage en Perse, des souvenirs plus honorables que ce singulier visu apposé entre les jambes ou sur le poitrail des colosses de Persépolis. L'un est sir John Malcolm, ambassadeur auprès de Feth-Ali-Chfth , en 1807^ qui a écrit une excellente histoire du pays. L'autre est le charmant auteur du Gil-Blas persan , d'Hadji-Baba , Morier qui è son talent d'écrivain joignait celui de l'observateur et du peintre de mœurs. Les autres autographes sont dus h un asseï grand nombre d'officiers ou de négociants anglais suivant cette voie pour aller aux Indes ou pour en revenir. ' Deux Français seulement s'étaient inscrits à côté de
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tous cen Anglais. C'étaient de/ax de nos compagnonfi ê0 voyage I MM. de Beau fort et Daru, officiers attachés à la missioo de M. de Sercey. No«s ne remarquÀmes pas à Per^* sépoHs QD seainom de notre pays antérieur à oeHe épdqw y et oepâMdant les premiers etploraleurs dé ces CMlrées étaient Français. Thévmwt en 1650, Chardin dix ans phis tard / et Tâpœrnt^f avaient frayé tes chemins de la Perse èi ttoe époque où l'on ne s'aventurait guère dans des entreprises aussi hasardeuses qve Tétait , il y » deux sîèôlés, nnvoyage dans rinlérîetir de FAsie. «^Pùurqtioi ne tronve^-tHon pas à Persépolis les noms de Fabvier, Tre%el , Làmi ? N'ont-ils prts , plus que les Anglais , des titres à cé qtre la Perse eonserve le souvenir de leur passage? Tandis que ceuic-ci n'ont Héir négligé , depuis quarante ans , pour amoindrir, peur tu6^ ee pays y appauvrir son peuple , les offiders français, au Mn^ traire, ont organisé Tarmée du CbAh, fortifié ses villes^ enseigné aui Persans l'srt de fabriquer des canons. 6i le roi de Perse et son peuple avec lui sont aujourd'hui sous la dépendance des consnts angtsis ou russes , c'est que ni lé Chah ni ses sujets n'ont su profiter des leçons qu'allèfènl leur donner, avec un généreux dévouement, lés officiers distingués que Napoléon avait chargés de préparer t'aff^an-> ehissement do continent asiatique.
Quoi qu'il en soit, et pour revenir aux antiquités de Per*sépotis, il est ctynstant que les piliers, placés en haut du grand escalier, formaient les jambages de deux magnifiques portes séparées par un groupe de colonnes entre lesquelles circulaient les visiteurs avant d'être introduits dans le palais. D'après les fragments retrouvés, ces colonnes étaient semblables entre elles; elles étaient cannelées, et reposaient suf
une base également ornée de cannelures ; elles étaient surmontées d'oD chapiteaa très-élevé composé de pinceurs pièces et d'une forme très-bizarre. La première partie de ce c.hapiteau rappelle, dans son ensemble, la tète du palmier. Elle se décompose en deux portions : Tune retombe sur letfùl et figure les branches desséchées de cet arbre, qui nata- Tellement s'abaissent et se courbent ainsi sur le tronc ; Tautre représente les branches nouvelles, pleines de sève, qui s'élancent au-dessus des autres, et auxquelles. leur poids seul fait décrire une très*légère courbe. Cette partie est surmontée d'un assemblage de seize volutes disposées sur quatre faces qui se coupent à angles droits et sur chacune desquelles sont quatre volutes, dont deux en haut et deux en bas, ë'enroulant sur elles-mêmes. Sur ce faisceau de cannelures et de volutes reposait un corps de taureau auquel s'adaptaient deux têtes et deux poitrails tournés en sens inverse; les jambes étaient repliées sous le ventre. Emblèmes de la force, les effigies de ces animaux avaient été placées là comme supports de l'entablement que devaient soutenir ces colonnes. On voit, en effet, entre les deux cols, sur la portion du dos qui leur est commune, une partie plate et refouillée où était encastrée la plate-bande en pierre ou en bois qui régnait d'une colonne à l'autre* Quant aux têtes , elles étaient entièrement dégagées.
Le voyageur aujourd'hui , comme autrefois le courtisan ou le solliciteur, après avoir franchi ce portique, doit tourner au sud pour arriver aux palais qui se trouvent groupés à droite du plateau. En face de lui se dressent, au milieu des débris d'un grand nombre d'autres, treize colonnes restées debout. Entre la terrasse sur laquelle s'élèvent ces colonnes,
et le portique qu'on vient de quitter^ est un vaste espace dans lequel on ne voit d'autres restes que ceux d'un bassin carré creusé dans le roc. Il est impossible que cet espace , compris entre le portique et le grand palais qui lui fait face , ait été autrefois complètement vide. . — Si je n'étais retenu par la crainte de tomber dans l'erreur, je pourrais, pour mieux expliquer ces monuments, leur appliquer le sys« tème de jugement par analogie j d'après ce que j'ai vu des palais modernes. Je dois le dire, ce scrupule s'affaiblit beaucoup devant les affinités que l'étude des antiquités persanes révèle si souvent entre les temps les plus reculés et l'âge présent. — J'ai dit que l'intervalle qui sépare le portique du plateau surmonté de treize colonnes ne cootenait aucun vestige de construction. Je crois qu'il y avait là, précédant le palais^ une grande cour ou même un jardin servant d'avenue au perron par lequel on arrivait à la colonnade. Le bassin retrouvé sur la gauche, n'est-il pas lui-même un indice qui justifie cette dernière conjecture? Aujourd'hui encore, en Perse, toutes les demeures royales modernes^ celles même des simples particuliers , sont toujours ou presque toujours précédées d'une cour plantée , avec de l'eau contenue dans un bassin destiné aux ablutions très-fréquentes chez les Persans. Le jardin , dont je crois retrouver l'emplacement au milieu des ruines de Takhtri-Djemchid , ne serait donc qu'une similitude de plus entre cet ancien palais et la plupart des palais modernes. Bien qu'on ne retrouve plus aujourd'hui sur ce sol aride les éléments nécessaires à l'existence d'un jardin, on doit croire qu'une végétation puissante y avait , été autrefois favorisée par le climat, et que les anciens souverains de la Perse s'étaient plu à en marier les richesses
j$$ VOYAGE EN PËftSE,
wx magoificeaces arcbilacionique» de leurs eoaiptueuâed de* .meures.
L'édifice auquel appartenaient lea treize ooloDoea reatéee debout sur cette partie du plateau était assis sur uiae tomtsee à laquelle on arrive par quatre escaliers. La bauteur primitive du u)ur qui soutenait la ierrusse devait être de trois mètrea enviroQ* Les escaliers par lesquels oa y mofUait étaient h rampes inverses* Deux étaient placés au centrei <pù ils formaient un premier perron appuyé au mur qui se termiaaît à chaque extrémil^ par un autre escalier semblable aux premiers, formant ainsi comme un second perron plus étendu. Toute la surface de ce mur, dont le développement n'est pm moindre de quatre-vingt-trois mètres , est Uttéralemient couverte de sculptures* Les quatre rampes sont formées chacuae de trente et une marches, et leurs murs, sculptés , représentent autant de figures de gar (tes armés de lance , d'arcs et de carquois , posés sur cbaq\ie degré et qui semblent ainsi protéger les abords du palais. Dans un cadre de forme triangulaire , compris entre le sol et la ligne d'inclinaison des escaliers, est un bas* relief d'un grand effet ; il représente «a taureau qui se cabre et se défend vainement contre la rage d'un lion qui l'a saisi avec ses puissantes griffes et dévore sa -eroupe. Ce tableau ne peut avoir quune signification aymbolique ; les nombreuses reproductions du môme motif en semblent être la pneuve*
Quelle que soit l'idée cachée aous cet emblème éaigmatique , il est assez étrange que le duel de ces animaux se soit perpétué, et que, transporté de la sculpture dans la réalité, il soit devenu l'un des spectacles favoris des Persans. Ainsi, dans leurs fêtes, dans les grandes réjouissances publiques où
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figurent des bateleurs et des athlètes, on amèoe au milieu du cirque un jeune taureau, on l'effarouche , on Texcile; puis, quaod il commence è aptrer en fureur, on lance sur lui un lion. Le lion est un des euiblèmes de la monarchie persajipM^ , et figure dans les attributs de la royauté comme représeptanl la force et la noblesse. On conçoit que les Persans, d'ailleurs fort superstitieux en fait de présages, nç souffrent. p9s que le représentant symbolique de leur empire soit vainou par le taureau. Si le lion ne déchirait pas et ne terrassait pas complètement le malheureux taureau, destiné à fui servir
de pâture, ils y verraient un très-fSlcheux augure pour leur pays. Aussi , afin de ne rien avoir à redouter, afin de se rendre Taugure favorable, Us agissent toujours de ruse, et ils profitent, pour lâcher le lion^ d*un moment où $a proie a
le dos tourné et reste immobile. £n quelques bonds, le lîoq
s'est élancé sur Tencolure ou sur la croupe du taureau et Va abattu. Si, au contraire, et par malheur, il manque son coup, se rebute et n'a pas une faim qui le pousse à braver les re- .doutables cornes du taureau, alors on retient celui-ci jusqu'à ce que, misérable victime sacrifiée à la superstition, il tombe sous les griffes du lion ou même sous le poignard de eon maître,
Les portions de purs comprises eqtre les cadres triaiigulaires des escaliers et les ranipes, sont ornéee de sculptures dont la série n'est interrompue que par trois tablettes préparées pour recevoir des inscriptions. Une seule de oee lablettes est gravée, et il me parait bors de doute que si rinsçription qu'elle porte ne se trouve pas répétée sur les autres, c'est que les monunpents dePersépolis ont été surpris par la destruction avant leur entier acb^vemeoi Sw le Jbar
du perron ceDiral, de chaque côté de la tablette non remplie, mais destinée à une inscription, quatre figures de grandes dimensions semblent représenter des gardes. Yétus d*ane tunique longue , serrée sur les reins , formant plusieurs plis réguliers, avec de larges manches , ces guerriers sont coiffés d'une espèce de tiare un peu évasée du haut et côtelée; ils tiennent une lance devant eux des deux mains, un bouclier est attaché sur leur hanche. Cette partie du mur était complètement renversée, et elle était resté inconnue jusqu'à notre visite à Persépolis. Nous avons réussi les premiers à en relever les énormes blocs.
A droite comme à gauche de ce perron , le mur s'étendait sur une longueur de seize mètres, jusqu'aux rampes extrêmes. Il était divisé, sur sa hauteur, en trois champs dans lesquels étaient rangés processionnellement des personnages et des animaux marchant vers le centre. La différence est trèssensible entre les sujets du mur de droite et ceux de gauche; elle existe non-seulement dans l'arrangement des scènes représentées de chaque côté , mais encore dans le caractère et les costumes des personnages qui les composent. Cette nuance est si tranchée qu'au premier coup d'œil il est impossible de ne pas comprendre que deux ordres d'idées bien distincts ont dA présider à la composition de ces deux grands tableaux. A gauche, on reconnaît les gens du roi, les officiers du palais, les courtisans; à droite, ce sont des individus d*une autre classe, des artisans , des gens de la campagne. Si l'on en juge par la diversité de leurs costumes, de leurs attributs , il est bien à présumer qu'ils représentent les diverses nations ou peuplades constituant l'empire de Perse.
Les personnages du tableau de gauche ne sont que de deux
sortes, c'est-à-dire qu'ils ne portent que deux costumes diffërents. Ils se présentent alternativement, soit vêtus d*une robe longue à manches amples, coiffés d'une tiare large et à côtes, soit couverts d'une petite tunique s'arrêtant aux genoux et tombant sur des pantalons larges avec une coiffure arrondie en forme de casque. Leurs cheveux, frises avec soin, forment de grosses touffes sur leur cou , et leur barbe, également soignée, est taillée en pointe. Ils sont tous armés d'un poignard passé dans leur ceinture ou pendant sur le côté et retenu par un baudrier. Parmi eux , il y en a qui portent à la main une espèce de bouquet. — L'usage de porter des bouquets, qui semble avoir été fort répandu parmi les anciens habitants de la Perse, à en juger par les bas-reliefs de Takht-i-Djemchid , s'est perpétué jusqu^à nos jours. Les Persans trouvent de très-bon goût d'avoir une fleur entre les doigts pour l'offrir à un ami, ou faire une politesse au premier venu qu'on rencontre. La jacinthe est leur fleur de prédilection. — Quant a l'arc qui pend au côté de quelques-uns de ces personnages, on doit le considérer comme l'emblème de la profession militaire. Toutes les figures représentées sur le tableau de gauche portent d'ailleurs un collier, marque d'une dignité, d'un rang élevé dans l'État. Le sculpteur a voulu évidemment consacrer cette partie de son œuvre aux officiers , aux hauts fonctionnaires, en un mot aux dignitaires de l'empire. Cette première série marche vers le perron central , comme pour en gravir les degrés , et elle est précédée d'une espèce de garde d'honneur figurée par quatre vingt-quinze personnages armés de laoces.
L'arrangement des sculptures qui ornent l'autre partie du
mur n'est pas le même. Les bas-reliefs qui s'y trouvent, au n. 44
-lieu de former ud ensemble de sujets et de figures cootîoa d'un bout à Taulre, se composent de plusieurs scènes variées* Un cyprès, placé symétriquement de chaque côlé de ces tableaux partiels, les sépare les uns des autres. Les figures qui y sont sculptées doivent être considérées comme représentant des gens de diverses corporations , castes ou tribus de Tempire de Perse. J ajouterai que la composition de ces scènes doit avoir eu pour ohjet de représenter des cérémonies d'hommages ou d'offrandes adressés , soit à rÉtre Suprême adoré alors sous la forme du feu^ soit à la personne du souverain qui avait lui-même un caractère re» ligieux. L'analyse des antiquités de Persépolis, comf Jetée par Tétude des mœurs modernes de la Pei^se^ prouve en effet qu'on rendait au roi une espèce de culte dont ces offrandes étaient l'expression. Tous les individus représentés sur cette série de bas-reliefs portent et semblent offrir différents objets; quelques-uns conduisent des animaux. Tous sont aa>enés par les introducteurs officiels qui ont, comme aujourd'hui encore à la cour du Chah, une grande canne à la main, insigne de leurs fonctions.
Parmi les sujets variés dont se composent ces bas^reliefs, on remarque, au premier rang, des individus vêtus de tuniques courtes menant un cheval en main, puis d'autres avec une longue robe conduisant une lionne aux mamelles pleines. Les personnages de ces deux groupes sont semblables à ceux qui forment la procession de gauche ; ils me paraissent devoir représenter les deux grandes familles médique et perse marchant à la tête des nations ou peuplades tributaires de l'empire. Les premiers personnages, conduisant un cheval, peuvent être considérés comme les Mèdes ou Parthes, fameux
TOYAQE En perse. H3
par leur adresse hippique; les autres, ametiant une lioime, désigneraient les Perses originaires du Sud et habitant les montagnes ou \i tradition conserve le souvenir des lions qui les fréquentaient^
Parmi les autres groupes, oU remarque ceux du milieu desquels figurent un bison accompagné d^hotnmes reconnaissables pour des Indiens à la forme de leurs longs vét^ ments^ un char attelé de deux chevaux élégamment harnachés, un chameau de la Bactriane, à deux bosses, et encore Un onagre ou fine sauvage^ animal pour lequel les Persans ont une grande estime à cause de son agilité et de sa nature fière et indomptable. Danë ces divers tableabx^ qui sont au nombre de dix-neuf^ il y a quinze ou seize variétés d'hommes différant par leurs costumes et par les produits de leurs différentes industries.
Jusqu^à présent on n'a pas été d'accord ou plutôt on ne s'est pas arrêté à une opinion précise sur le caractère de la cérémonie que celte longue succession de bas^reliefs et de personnages divers peut représenter. Sur le dire de quelques visiteurs plus ou moins clairvoyants^ l'idée s'est accréditée que les murs dont ces sculptures forn^nt la décoration avaient appartenu à des temples.
Il y a des Voyageurs et des archéologues qui he veutehft jamais voir dans les ruines de l'antiquité autre chose que des restes d'édiGces reli^eux. Sans doute, dans les temps anciens^ comme au moyen âge et à notre époque, la religion^ quel qu'ait été son culte, quelle qu'ait été son expression^ idolà<tre, paienneou chrétienne, a produit de grands monuments, tels que le Parthénon d'Athènes y le Panthéon à Rome et I9 cathédrale de Strasbourg. Mais à côté de ces temples grecs.
romains ou gothiques, il y a eu d'autres édifices également admirables et inspirés par des idées profanes; ainsi le Colisée à Rome ou notre Louvre. Si Ton remonte à Tanliquité la plus reculée, les découvertes Faites récemment sur le sol de Ninive prouvent d'une manière authentique et irréfragable que les murs couverts de bas-reliefs qui distribuent en plusieurs salles le plan de ces ruines appartenaient à un immense palais. (8) Pour moi et pour quelques voyageurs sans préventions, sans parti pris, les ruines qui s'élèvent au-dessus de la plaine de Merdâcht, au lieu où fut la capitale des rois de race achéménide, sont les derniers vestiges qui nous restent d'un magnifique palais. Mais l'assertion de quelques écrivains qui ne veulent y voir que les débris d'anciens temples du Feu n'est pas entièrement incompatible avec mon opinion. Je crois, au contraire, que l'on peut parfaitement concilier ces deux manières de voir. On sait, en effet, que dans l'ancien Orient, au temps des mages et du culte du feu, le haut sacerdoce était dévolu aux rois qui , non contents du pouvoir le plus absolu, cherchaient à entourer leur souveraineté d'une espèce de prestige divin. Dans ces temps d'idolâtrie et de fétichisme monarchique, les rois de Perse exerçaient une puissance qui était quelque chose de plus que le pouvoir spirituel et temporel des papes; c'était une autorité à la fois militaire et religieuse. Tout en considérant Tensemble des ruines de Takht-i-Djemchid comme celles d'un ou de plusieurs palais, on ne saurait donc se refuser à admettre qu'au milieu de celte demeure du monarque, il s^élevait un sanctuaire consacré au culte du feu. Les sujets des bas-reliefs du perron de Takhl-i-Djemcbid s'expliquent dès lors, et ne peuvent plus être regardes comme les indices de la destination
exclusivement religieuse qu'on voudrait attribuer aux édifices réunis sur le plateau de Persépolis. Il suffit, pour comprendre ces bas-reliefs si diversement interprétés , de chercher dans les mœurs actuelles de la Perse une analogie que son passé ne repousse pas. Cest ce que j'ai fait, et ce rapprochement m'a conduit à voir, dans les sculptures du perron de Persépolis, la représentation d'une grande cérémonie dans laquelle la nation entière, par Torgane de ses délégués, vient rendre "^orlimage au roi des rois. Cette cérémonie correspondait probablement à la fête du Norouzj qu'on célèbre encore aujourd'hui. Les historiens nationaux disent que ce fbt Djemchid qui institua cette fête en l'honneur du soleil qui, à Pépoque de l'équinoxé du printemps, reprend toute sa force et ravive la nature. — Ce Djemchid dont le règne est entouré de fables telles qu'il est impossible de lui assigner une date historique, paraît être cependant le même que l'Achémen des Grecs, fondateur de la dynastie des Achéménides. Cette tradition s'est perpétuée aux lieux où furent les palais de Persépolis par le nom de Takhl-i-Djernchidy que leur donnent les Persans modernes. — Il est assez probable que la cérémonie représentée sur le grand bas-relief dont on a tant discuté l'esprit n'est autre que celle du Norouz. Les hommages et présents qui y sont figurés sont les mêmes que la fête du Norouz rend encore aujourd'hui obligatoires.
Le symbole du lion terrassant le taureau, dont M. Lajard a donné une si ingénieuse explication, peut .être cité comme un argument de plus à l'appui de mon opinion. Les recherches de cet ingénieux et docte interprétateur des monuments antiques de l'Asie, et principalement celles qui concernent la
religion des anciens Perses , ont été, on le sait, cooroiioées d'un saccès dont les récentes découvertes faites sur le territoire de Ninive ont été la confirmation éclatante. De la doctrine émise par M. Lajard s^r les myslères des îgnicoles de rantiqnité, il résulte que le Uon représente le principe de la chalew, celui de Teau étant figuré par le taureau. De là cette conséquence, que la victoire du premier de ces anintaux sur ra.uti;e est le symbole de celle remportée par le soleil sur rbqmidité. L'équinoxe du printemps est l'époque où ^ çbaleu^ renaît, où elle acquiert une nouvelle i,ntensité e( succède 4éfiniU vernit à la saison froide. Les Perse$9 qui ont ^i^ d/à ce, jour de Tannée uj^e solennité encore usitée sous le nocn de Norouz , Tout fijguré symboliquement par ce, combat dans l^uel le taureau est v^ocu par le lion. yinitiaU,QA ^ux njiystèrçs religieux de la P^ise, iniUalion que V^n dpit à M. I^jard i, vient donc en aide ici pour e]^pliquer \b véifitalxl^seus^d^as sculptures de Persépolis. Je pense ainsi combattre ayec ^vaojtage Tidée exclusive qu y attachèrent certains antiquaires, ^ ne vpul^l y. vpir aiutrei cho^e^ quç des victimes s^menées au teiuple pou,r s^vir aux sacrifices. On vgyit^ d'ailleurs qu^ cette cérémonie avait un double caractère, et qu^ L'Iv^^i^gQ au souveraiiU s y confondait) néçeSiS^iremç^L av^^ç l'hommage repdu à la divi^i^ ou au soleil.
Au point de vue de l'art, ces sculpturQç.ne spnt p^.moins remarquables qu'i^ pQii^t d^ VUQ ai;cbéQlogique. Çç. qui les disJâugue partioiil,içi:^mfiut, c'ç^ upe grande rqçUtude de, dessin, et une purçt^ de concours qui va jn^qu'^ la séçhe, resse. On ne peut se dissimuler que rordonoançe. symélf ique de^ b«\a-reliQf^ U9, r^pW(iç W pav, dj? frojjijeur sur ce». ^^
rentes scènes représentées d'ailleurs sans aucune animation; mais cette froideur n'exclut ni la majesté, ni la pompe. Ces longs bas-reliefs sont peu apparents à distance; en cela ils diffèrent beaucoup des colosses du portique, qui, par leurs formes accentuées et puissantes , par leur haut relief, se détachent fortement sur les murs qui les portent et produisent de loin un trè&*grand effet. Les sculptures dont je parle, au contraire, ne peuvent être appréciées que de trèsprès. De plus, étant exposées au nord, elles ne permettent ait soleil aucun de ces jeux de himière qui, par les ombres et les grands clairs qu'ils produiraient, suppléeraient à ce que la faible saillie des figures est impuissante à rendre. Ce que ces bas-reliefs offrent de plus remarquable , ce sont les profils des têtes qui toutes ont un beau caractère. On y retrouve les lignes du visage des Persans dtk sud. L'exécution des vêtements ou des parties dut corps les plus larges qui se prêtent peu au modelé est d'une grande simplicité. En revanche, toutes les parties qui offraient un peu de prise à la sculpture de détail sont exécutées avec un fini et une délicatesse mi* nutieuse qui donneraient une fatfôse idée de l'aft persépoli* tain , si on ne pouvait l'admirer sous un plus noble aspect dans l'ensemble des sculptures variées qu'étalent ces grands monuments.
Le reproche le plus grave que l'on soit en droit de faire à l'habile sculpteur qui a prodigué tant de véritable talent sur ces immenses cadres de pierre , c^est de n*être pas resté assez esclave des proportions naturelles. Ainsi, généralement les figures sont trop courtes, et il n'y a aucune proportion entre les hommes et les animaux. Ceux-ci sont comparativement trop petits ; mais ce sont là des irrégularités de convention
OU des caprices auxquels il faut s'habituer dans Tétode des bas-reliefs antiques, car on les y rencontre fréquemment. Le plus souvent 9 et notamment à Persépolis, dételles bizarreries sont moins le fait d'une jg[rossière ignorance que d'un parti pris; elles résultent d'une disposition toute conventionnelle. On ne saurait admettre, en effet, que les artistes qui ont sculpté ces bas-reliefs aient négligé Tétude de la nature au point de commettre des fautes aussi graves que celles que je signale. L'exécution savante de certaines parties très^ifficiles à rendre, comme le visage, les mains, etc. , ne permet pas de révoquer en doute l'adresse mer\eillense de leur ciseau. Au premier aspect, toutefois, ces irrégularités sont choquantes , mais elles disparaissent bien vite sous la grâce et la richesse de cette admirable ornementation.
Après avoir franchi le vaste perron dont j'ai décrit toutes les parties, on arrive à la plate-forme sur laquelle s'élevait la magnifique colonnade dont les débris gisent au pied des treize colonnes restées seules debout au milieu de ces ruines. Il est difficile de reconnaître aujourd'hui la destination de ce monument, éi quelle liaison a pu exister entre ses diverses parties. D'après les bases retrouvées sur place, cet ensemble incomplet se composait de quatre séries de colonnes. Le principal de ces groupes en comptait trente-six; les trois autres, placés à distance, en avant et sur les ailes, n'en avaient chacun que douze, et devaient être comme des portiques précédant la partie centrale. Ils devaient être comme des salles de pas-perdus où se tenaient les gardes et où circulaient les gens ayant accès dans le palais, en attendant leur tour d*admission dans le sanctuaire. Il n'est pas probable que là ait été un palais d'habitation; il est présumable
que c'était un lieu de représentation, destiné aux grandes cérémonies royales ou religieuses. On comprend , comme je Fai dit y que^ d'après la disposition et l'étendue de ce monument, on ait pu y voir un temple aussi bien qu'un de ce» lieux profanes où apparaissait le roi des rois dans toute la pompe et la majesté de sa puissance.
Le premier portique, précédant la grande salle du centre, avait , ainsi que celle-ci , des cplonnes semblables à celles que j'ai décrites en parlant du monument rencontré le pre* mier sur ce plateau. Quant à celles des groupes, ou des portiques latéraux , elles sont beaucoup plus simples , et leur chapiteau moins riche ne se compose que d'un corps d'animal à deux têtes , posé sur le fût même. Elles se distinguaient d'ailleurs les unes des autres en ce que les colonnes de droite portent des corps de taureaux , tandis que celles de gauche portent des espèces de bétes chimériques ou licornes dont le type fréquemment représenté à Persépolis, ne se retrouve dans aucun autre monument des âges antiques de la Grèce ou de l'Orient. Cet animal parait être une création exclusivement persane : il a une face monstrueusement accentuée et grimaçante; sa gueule ouverte montre des mâchoires garnies de fortes dents; sur son large front, qu'accompagnent de longues oreilles, est plantée une corne unique. Les pattes sont, comme celles du lion , armées de puissantes griffes; une espèce de collier de poils descend de ses oreilles à son col , et une crinière droite suit la courbe de son encolure. Deux avant-corps de ce monstre, placés dos à dos, forment le chapiteau de ces colonnes.
Il se présente ici naturellement une grande diflTiculté à résoudre, celle de savoir comment était terminé cet édifice et
qoelle espèce de toitare il portait. Il existe, aa miliea des chapiteaux, entre les deax corps d'animaux, un refouillemeiit qui semble indiquer la place d'une plate-bande en pierre, ou d'une épaisse solive formant la base d'une architrave et portant le haut du monument ; mais c'est la seule remarque qu'on puisse hasarder sur la disposition des parties 8opérieure& de la conslmotion. On n'a p« retrouver, ni an fond, ni i la surface du sol , aucun débris de pierre ou de bois cpiî p6t fournir des indications précises à ce sujet.
Un peu plus loin , à droite , on reconnaît les traces d'un autre petit monument qui parait avoir été isolé. Ces traces consistent en huit fondements d'assises qui ont dû supporter des colonnes. Six de ces pierres se groupent régulièrement; entre les deux antres et les six premières, reste libre un espace au centre duquel on voit encore une assise qui, selon toutes les probabilités, servait de base à un socle de monument, statue ou plutôt autet du Feu. — Ces débris complètent le principal groupe des antiquités de Takht-i-Djemchid.
\QYAaE l^N PiîH^ i».