‹ Voyage en PerseChapitre 54 sur 89 · II · texte numérisé non relu

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de coloBoes qui siipporiaiMi la loîlare. Dans le poorUmr de la salle s'oovraieDt plosieora portes ei fenêtres qoî aTaîeni pour jambages des blocs de basalte très^^épais , restés em place au milieu des décombres et de la terre qui cachait le pied des murs. La forme rectangulaire règne presque exclusivement dans les diverses parties de cette architecture : toutes ces portes, fenêtres ou niches, sont formées de deux piédroits d'un sotI bloc, sur lesquels repo!^ un troisième bloc servant de corniche ; celle-ci n'est point reotiligne, elle est concave et surplombe les chambranles. Les portes et les fenêtres fermaient au moyen de deux vantaux, ainsi que le prouvent des refouillements pratiqués à la partie supérieure des embrasures , et dans lesquels il est évident que s'engageaient les gonds de fermeture.

Il est facile de reconnattre, parles piédroits restés debout, qu'il y avait dans ce monument douze portes, dont plusieurs sont intactes. Toutes, sans exception , sont ornées de sculptures sur les faces internes de leurs embrasures ; quelques unes méritent d'être décrites, le citerai , entre autres , la principale porte qui du portique donne accès dans la salle à colonnes; cette porte a, sur chaque côté de son embrasure, un bas-relief représentant un personnage qui a une canne dans une main , et dans Tautre une espèce de bouquet ou de fleur de lotus. Au parasol et au chasse -mouches que tiennent au-dessus de la tête de ce personnage deux serviteurs de taille plus petite , on doit reconnaître en lui le roi. Au fond de la salle, deux autres portes sont ornées de sculptures représentant le même sujet qu'on trouve d'ailleiirs fort souvent répété sur ces murs, bien compris ce qu'elles représentaient. Au reste, Terreur

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A ces représ6Qtotk)Q8 do la majeâié royale viomieot 9e mèhp des souyenira de la mythologie pQrsaae. Le mythéi^me de ridolâlrie antique a, cooinoa le culte ^ la çAuveraine(é temporelle du monarque^ uitô irè^grandi^ place daos le^ sujets représentée à Persépolis, Les symboles otecurs et fantastiques de la religion des Perses , empruntés au monde terrestre ou inventés par une imagination bizarre, sont là partout à côté de la figure du roi. Ainsi , sur plusieurs portes de ce palais, est sculpté un personnage coipbattant et éveA*trant d'un coup de poignard un animal qui se défend sous sa main vigoureuse. -^ Quel est ce personnage? Est-il dieu, roi ou simple mortel ? — Rien ne le caractérise as^e^ pour qu'op reconnaisse son essence. Quelle qu'elle soit , il est impossible de méconnaître que celte sculpture symbolique a un seps religieux. L'animal immolé est tour à tour up lian, ua taureau , un griffon ou un monstre de création bissarre. Il a une tête horrible, avec de grandes oreilles et uqe corne sur le front; ses pattes de devant sont semblablQP k celles du lion, tandis que celles de derrière tiennent des serres de Taigle; son corps est emplqmé, il a de grandes ailes, et sa croupe se termine par une queue de soorpiop.

Des voyageurs, notamment l'Anglais Ker^Porter, se sqpt singulièrement mépris sur celte queue. Ker-rPorter Ta représentée, dans son Atlas, comme une cputinuation de la colonne vertébrale. C'est là, sans contredit, une idée fort ridicule ; il faut cependant êU*e juste , et ne pas trqp s'étonner qu'en face de sculptures aussi étranges, on ait pu admettre quelquefois certaines formes , certaines idées que répudie Le bon sens. C'est donc dans le caractère même de ces sculptures qu'il faut cherdier l'excuse d^ ^os devanciers qui n'ont pas

dans laquelle est tombé le voyageur anglais Ker-Porter est dae à ce qu'il a négligé de faire une fouille pour compléter les figures dont il n'a pas vu les extrémités inférieures; s'il les eût dégagées de la terre qui en recouvrait le bas , il eût trouvé le bout de la queue de Tanimal, qui est, de toute évidence, celle d*un scorpion. La nature de cette queue a d'ailleurs un sens; elle s'explique par la pensée qu'on a eue de représenter un monstre réunissant les formes et les natures les plus dangereuses, afin de le faire paraître plus terrible.

Une autre embrasure reproduit le même combat du mystérieux lutteur avec un taureau. L'animal est debout sur ses pieds de derrière ; il se dresse contre son agresseur en le repoussant de ses pieds de devant , dont l'un porte sur sa poitrine; mais son ennemi le tient fortement, de son bras droit, par les cornes, tandis que, du bras gauche, il lui plonge un large poignard dans le ventre. Une quatrième porte, dont il ne reste qu'un des jambages, a pour ornement un bas-relief montrant le même personnage qui, dans une étreinte vigoureuse , étouffe entre ses bras un lion qu'il soulève de terre , et qui fait avec ses pattes de vains efforts pour se dégager. La figure de dieu ou d'homme représentée dans ces diverses scènes de combat porte un vêtement trèssimple, consistant en une tunique qui forme des plis nombreux. Cette tunique est relevée par devant, de façon à permettre aux jambes de se mouvoir facilement; les extrémités en sont rejetées sur les épaules et pendent par derrière en couvrant les reins, mais en laissant les bras dégagés. La barbe et la chevelure de ce personnage sont Irès-soignées et habilement frisées. Un étroit bandeau ceint son front; ses pieds sont enfermés

dans des espèces de cothurnes ; son aspect, un peu froid, est sévère et ne manque pas de majesté.

Ce duel est peut-être celui d'Ormuzd et d'Ahrimane (9) représenté sous des figures diverses d'animaux malfaisants ou terribles. Le dieu victorieux a un sang-froid et une tranquillité qui n'impriment pas à ces scènes tout l'effet qu'elles pourraient produire. Peut-être faut-il voir dans cette placidité , dans cette raideur même, lé signe conventionnel et religieux de la puissance irrésistible du vainqueur.

Deux autres portes représentent des sujets plus intimes , appropriés, selon toute apparence, à la destination même des pièces retirées dans lesquelles ces portes donnaient accès. Sur les piédroits de Tune et de l'autre, on voit, en effet, une figure de jeune garçon imberbe, serviteur ou page, portant dans une main un vase, et de l'autre une espèce de serviette ou une cassolette. Il y a encore d'antres portes dont les bas-reliefs diffèrent de ceux qui précèdent : ce sont celles qui ouvrent sur le portique ou sur le petit perron. Ici le sculpteur a figuré des gardes armés de lances, qui semblent veiller sur les entrées du palais.

J'en étais là de mes recherches et de mon exploration au milieu de ces ruines, quand je vis s'approcher de moi un homme d'un aspect étrange. Le hàle et le soleil avaient noirci sa peau ; ses cheveux , fort longs , tombaient en grosses mèches sur ses épaules couvertes d'une peau de tigre. Il était coiffé' d'un bonnet pointu en feutre jaune. Ses bras et ses jambes étaient nus, ainsi que sa poitrine sur laquelle était suspendu , dans un étui de cuir noir, un large talisman. Il tenait pendue à l'un de ses bras, par une chaîne de cuivre, une espèce de grande tasse faite d'une noix de l'Inde coupée

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en deux. Cette tasise contenait queldjlies |)ièeed de rhenoe monnaie et un peu de miel qu'il m'bffrit. C'était une manière dé tne demander Tailnrôtie, tout en paraissant me faire un cadeau. Cet homme étrange, dont le regat*d fauve et vitreux avait quelque choëe de hagard , était t;e que led Petons appellent un dehrfbhët et les Indiens un fakir^ c est**à-dire un pauvre diable safYS feu ni liev , vivant dé charité et voya« géant, un bâton à la main^ du Tigre à lindus^ du golfe Persique au Caucase. Cette espèce dé gens^ qui sont presque tous d'ih^ghes voleurs et d'ignobles débauchés » passent pourtant auprès des dévots pour de saints persontiages en qui Dieu a souflé son esprit, et qui ont leur place marquée parmi les houris de Mahomet. Ut stiperstition orientale leur accorde de nombreux privilèges : c est ainsi qu oa vanie lès philtres mystérieux au il)oyen desquels ils guértsseol, dii-oa^ les morsures des serpents et des Scorpions. Ils passent pour avoir des recettes pour fous les maux. Les femmes les coodul«> tetit sur leur stérilité, les hommes sur leur impuissance. Oénéralement redoutés à cause de leurs mblé&ce^ et des mauvais sorts qu'on leur attribue la paistonce de jetèr^ ils sont traités partout avec les plus grabds égards; ils viennent même libremetit et dé leur pleine autorité s'instalter dans la demeure qu'il leur plait dé choisir, sans qu'on ose les en chasser. Il faut alors aller au-devenl de leurs besoins, et satisfaite tous leurs caprices. Au cri ée Fa-A/t/ qui est leur invocation habituelle, répété jusqu'à mille fois dans ua jour> ils se font donner tout ce qu'ils veulent, j'en ai coBnu ua qu'on appelait derviche- Chah y parce qu'il s'était imposé au roi. Il ne quittait jamais la demeure royale , il suivait le Chah 6B tout lieu; il avait sa tenta ot jusqu'à sa mule ou

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son cheval , pour accompagner le roi partout. C'était le plus grand vaurien possible: ivrogne, mécréant, joueur, débauché, il réunissait lous les vices imaginables. Il n'en était pas moins un saint, et quelque jour on lui élèvera peut-être un tombeau, qu'on décorera du nom d^tmom^ en témoignage de profonde vénération. Ces derviches ou fakirs fpnt vœu de pauvreté; mais, d'après ce qu'ils ont droit d'exiger, on conçoit que c'est pour eux chose facile puisqu'ils n'ont qu'a demander pour obirair tout ce qu'ils désirent. Us soQt ainsi plus à i^aise que qui que ce soit , et puis leur vœn ne les enchaîne pas irrévocablement. Quand 1^ métier devient mauvais ou (fu'ils trouvent l'occasion d'en prendre un meilleur, ils jettent leur bonnet, leur liàton de faldr, et savent également bien jouer le rôle de tstrea, ou de Ma», pour peu que ia fortune les favorise. 11 s'en trouve cependant quelques-uns qui, véritablement religieux et faaatiques, vivent dans la plus abstraite dévotipn, dans un cercle d'idées mystiques, qui les sépare du monde: ceuK-là passent des jours entiers dans le jeûne et la prière, plongés dans une extase stupide qui fait l'admiration des Musulmans.

Le derviche qui venait me surprendre au milieu de mes pierres n'était sans doute pas un de ces austères personnages, car il daignait parler et demander Taumône à un chrétien^ et il s'exprimaii avec une urbanité que n'aurait pas permise un fanatisme exalté. Puisqail ne me dédaignait pas, moi chré* tien , je ne voulus pas être en reste d'égards avec lai. Je lui accordai donc ce qu'il me demanda. Aussi , dans l'élan de sa reconuaissance, le derviche baisa-t» il le pan de mon habit, et il £sUut, Jbon gré «mU gué, que faoceplasse de sou miel. ,

» A quelques pas du dernier palais que j'ai décrit , on aperçoit, à la surface du sol, des assises de colonnes. An-dessqus du plan de ces assises sont les débris d'un mur sur lequel se retrouve le groupe du lion et du taureau , avec des gardes armés de lances. A la suite du mur est un fragment de basrelief représentant huit figures couvertes de peaux de lion et portant des dents d'éléphant. En examinant ces sculptures incomplètes et sans liaison entre elles , on est porté à penser que TédiBce élevé à cette place était d'une époque postérieure à celle des ornements qu'on y a rattachés, et que ces débris, rapportés, ont été empruntés à quelque monument plus ancien. — Mais dans quel embarras cette observation ne jette-^-elle pas Tarchéologue ! La ruine dernière et complète du palais de Persépolis datant de l'invasion des Grecs, y aurait-il donc eu une dévastation précédente? et quelle en serait la cause ? L'histoire n*en a conservé aucune trace. Les princes qui recueillirent l'héritage de Cyrus paraissent être restés, jusqu'à la conquête d'Alexandre, les glorieux possesseurs du trône de Perse. Faudrait-il en induire que les généraux du conquérant macédonien, à qui l'héritage de Darius tomba en partage, jaloux de s'asseoir aux lieux où fut le trône du monarque qu'ils avaient vaincu, voulurent s'y élever un palais en rassemblant les débris encore fumants de ceux de Persépolis? Sous ces arrangements désordonnés et incohérents, ne doit-on voir que la ruine du grossier assemblage de quelques matériaux hétérogènes qui servirent à figurer temporairement la demeure d'un commandant militaire transformé en satrape?

Quoi qu'il en soit, l'observation faite ici s'étend à d'autres parties de ce palais, et l'on est forcé de la renouveler à

regard du roonumeni le plus voisin. On y reconnaît , sous^ les blocs restés debout, remploi, comme fondations ou comme bases 9 de fragments taillés et sculptés qui ont certainement fait partie d'autres constructions antérieures. Bien que ces faits soient indubitables et authentiquement acquis à Tobservateur attentif, il lui est impossible en même temps de ne pas rester convaincu que ce dernier palais , à Térection du* quel ces fragments auraient concouru, est bien de Tépoque de Persépolis II est incontestable, en effet, que ces divers édi* 6ces, s'ils n'ont pas tous été créés pendant le même règne , et pour ainsi dire d'un seul jet, sont pourtant du même âge; qu'ils sont dus au même art et inspirés par des idées qui n'avaient subi aucune modification. Il est impossible de méconnaître, non-seulement l'analogie, mais la similitude, l'identité qui existe entre eux, tant dans l'ensemble que dans les détails.

Quant au monument dont je parle ici , c'est un des plus importants de Takht-i-Djemchid , et aussi l'un de ceux qui présentent le plus d'éléments propres à faire connaître le plan et les détails de l'ensemble architectural ainsi désigné. Il avait un développement de soixante-douze mètres sur soixantecinq. En avant était une vaste plate-forme sur laquelle ouvrait l'entrée principale du palais : on y arrivait, du côté de l'est et du côté de l'ouest, par deux perrons analogues dans leur disposition et leur ornementation , à ceux que j'ai décrits ; c'étaient toujours des gardes flanquant des inscriptions à côté desquelles était répété le combat allégorique du lion et du taureau ; puis, sur les marches des escaliers, encore de petits personnages chargés de présents.

A gauche du perron de l'est, se trouve un massif de pierre^

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ifiolé, loDg de qoatre mètresi sur une épaisseur de un mètre ta*aot6 ceotimètres. En chercbaut à préciser la deslinatioo de oe moDUBsent, nous eûmes le bonheur de découvrir, du oôié opposé du perron, un corps de taureau en ronde-bosse ayant an mètre quatre- vingl-dix centimètres de long » du front à la naissance de la queue. Il faut, selon toute probabilité, en conclure que le massif de gauche était un socle OH piédestal sur lequel posait un taureau semblable à celui qui, à droite, est tombé et resté voisin de la place qu'il occupait. Ce morceau de sculpture est d'ailleurs le seul de ce genre , la seule ronde-bosse que nous ayons rencontrée sur toute la superficie occupée par les ruines de Takbi-i-Djemcbid, ce qui en rendait la découverte plus précieuse.

Le plan et la distribution de ce palais sont les mêmes que j'ai indiqués en décrivant le premier, et, comme celuÎH^ , ils indiquent que l'édifice était habité. On y entrait par un portique à colonnes, précédant une salle d'apparat également à colonnes. Autour de la salle d'apparat étaient distribués les divers appartements. Au pied de la fagade postérieure régnait une terrasse étroite à laquelle on montait par dau^ escaliers placés aux extrémités, et presque entièrement taillés dans le roc sur lequel reposait l'édifice. Cette teri^sse terminait le plateau qui, en cet endroit , était escarpé à une hauteur de près de neuf mètres au-dessus de la dernière plate-forme sur laquelle nous avions établi miUis bivouac.

Les bas-reUeb qui décorent l'intérieur de cet édifice ne diffèrent guère de ceux qui ornent les autres palais. Ou y re* trouve, sous le portique, les doriphores avec leurs longues lances ; à U priacipale |M)rtai le roi, suivi de sas pageSf avec

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le parasol 64 le chasde^mouobee ) sur uh Jambage deDieuré à ia ^aee d'aheembrésare rainée^ dans line pièce reotilée^ des personnages marchant Tan derrière l'autre et portant des objels qui parâisêbnt dMtînés à la toiletta i le preùier iieiii no flacon et utie serviette 9 le second ao seau à anse et dne^ espèce de cassolette. Tous deiiiL sont imberbes, €fi leur visage pal^att juvénile^ Leur costnafie est le môœe que oeliii des page6 qui accotopagnent le reî ç ils représentent très^robablement des serviteurs intiknes^ et^ par la place i}u'ils occupent^ ils indiquelit les appartements les plus secrets de ceUe habitation^ On doit remarquer que pour roraernentation de ce palais, oir ne s'est pas contenté de sculpter les embrasures des portes^ comme aux autresi mais qu'Dn a pris soin eai^ore de placer de petits bas^reliefs jusifue dans les embrasures des fenêtres^

Non l^n de là^ sur un tei'rain placé auntèesdusde ce và^ Bumeot, on rencontre une autre ruine qui parait avoir ap*pSrtenn à «ne salle unique. Bile était enterrée Jusqu'à me** tié de Ja hauteur des blocs ou jambages de Des portes. Les fouilles que ums y avona pratiquées ont fait connattre qu'elle contenait des colonnes, ei que ces portes étaient^ suivatit le système géÉératenient adopté pour ces palais, ornées de ba»reliai Geilx-M^ étaient encore Une répétiiîon de ceux que j'ai désignés oli décrits» Le plan et les détails nue fois adop*^ tés peur tous ces édificns, il est évident qu^iM ne s'en est point écarté, et que lei méoras idées religieuses ont présidé à là construotkiB de tous oss mamuiiieBts.

Presqu'au centre du plateau sur lequel s'élèvent «os ruines^ est un groupe de cinq blocs sculptés qui paraissent avoir été les piédroits de portes appartenant à un édifiée dont il ne

reste plus assez d'élémenls poar que Too puisse en reconstruire le plan. Ces blocs sont ornés de grands bas-reliefs dont les sujets sont déjà connus en partie. Deux d'entre eux représentent le roi; il tient une longue canne de la main droite, et, de la main gauche, un petit bouquet et une fleur de lotus. Sa démarche est grave, son costume fort simple: une longue tunique, légèrement relevée sur le côt^, forme de longs plis verticaux ; pendante derrière et devant, elle se drape sur les jambes en plis courbes; elle est serrée à la taille par une ceinture dont un bout pend sur le devant; elle couvre les bras de larges manches qui arrivent au poignet, et font des plis nombreux sur les hanches. Ce personnage est coiffé d'une espèce de tiare peu élevée, plus large du haut que du bas; ses cheveux longs forment sur la nuque de grosses touffes bouclées avec le plus grand soin. Il en est de même de sa barbe, qui est fort longue , toute frisée sur les joues; au-dessous du menton, cette barbe est alternativement lissée et frisée jusqu'au milieu de la poitrine ou elle se termine par deux rangs de boucles. On ne peut dire comment ce personnage était chaussé, car on ne distingue, sous la robe, rien qui rappelle une chaussure quelconque, et cependant les pieds ne sont pas représentés nus. Il se pourrait, comme on le voit sur plusieurs bas-reliefs de l'antiquité, que ces chaussures eussent été simplement indiquées par le pinceau, ou bien encore que, suivant Tusage consacré de nos jours à la cour des Perses, le roi eût les jambes et les pieds enfermés dans de grands bas de drap. Cette dernière opinion est celle qui me semble préférable, attendu que les autres figures de ce bas-relief, comme tontes celles que nous avons déjà décrites et qu'il nous reste à décrire, à l'exception de

celle du roi, portent des chaussures parfaitement et visiblement indiquées par le ciseau*

Au-dessus de la tête de ce personnage, un grand parasol est tenu par un serviteur qui marche derrière A côté dv celui-ciy un second serviteur agite un chasse-mouches audessus du parasol , et tient, dans sa main gauche, quelque chose qui pend en faisant de longs plis, comme un mouchoir; c'est peut-être le bandeau royal. Les pages qui accompagnent le {lersonnage principal sont, à très-peu de chose près, vêtus comme lui. Leur robe est tout à fait semblable; ce qui doit faire penser que, dans ces temps reculés, le vêtement étant très-simple et ne consistant qu'en une grande pièce d'étoffe drapée autour du corps, la forme en était la même à peu près pour tous; il ne devait y avoir de différence que dans la qualité, le prix des étoffes, et aussi dans quelques détails de toilette. Ainsi les deux pages sont chaussés de petits cothurnes attachés sur le coude-pied, leurs cheveux sont longs et bouclés ; mais leur barbe, frisée comme leur chevelure, est courte et taillée prèà du menton. Il y a sans doute, dans cette façon de barbe, Tintention d'établir une distinction entre ces personnages; on peut y voir une marque hiérarchique qui désigne les gens de service auxquels la longue barbe était interdite. — Les Orientaux ont toujours attaché une très-grande importance à cet ornement viril, et les basreliefs de Persépolis ne sont pas les seuls où la personne du roi soit reconnaissable à la longueur de la barbe. Une obser^ vation analogue ressort de Texamen des sculptures assyriennes trouvées près de Mossoul, sur lesquelles le roi se distingue, par une barbe très-longue , des officiers qui Tentourent, — Les deux pages dont je parlais, ont la tête couverte d'une espèce

de calotte basse et plate. Lears oreilles sont accompagnées de larges anneaux. C'est encore là un objet digne d'attention, qui doit avoir une signification propre à la position inférieure de ces personnages , car on ne voit de pendants d'oreilles ni au roi ni à aucun des individus qui paraissent être des gens de quelque importance.

Au-dessus de ce groupe du roi suivi de ses pages, est le ifiVir symbolique, ce signe de la triade mystique du culte des anciens Perses. Il se décompose en Iroi^ parties bien dis-^ tinctes qui représentent les deux natures de Thomn^e et de Toiseau, unies à un cercle duquel pendent des espèces de petits rubans terminés en boucles. La nature hunaine est représentée par un corps d'homme exactement oemblable à celui du roi, comme type de figure et de costume. Ce doit être la figure d'Ormuzd ou de Mithra^ dont le cuite s'est étendu jusqu'en Grèce et à Rome, et n'en avait point encore disparu au iv*" siècle de notre ère. Sa main droite est levée et ouverte ; de la gauche il tient un petit anneau ; le corps est passé dans le cercle qui unit les diverses parties de cette image, et auquel sont fixées de grandes ailes déployées, avec une queue en éventail comme celles de Taigle quand il vole. Soit retracé de la même manière^ soit modifié, nous retrouverons souvent cet emblème religieux.

Quant aux sculptures qui ornent les autres blocs de cette ruine, elles scml dans ua état qui ne permet guère de les apprécier.

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