CHAPITRE XLIV
Aga Youssef. — Vaûsean de Nadii'-Ghâh. — Gommeroe de Bonchir. — État de cette viUe. — Ue de Karak. — laflaenoe anglaise. — Ruines de Richehr.
Arrivés au pied des murs de Bender-Boiichîry nous en trouvâmes les portes fermées; il nous fallut parlementer pour entrer dans la place. L'émotion de la plaine s'étendait jusque là, et les habitants de cette ville ne paraissaient pas plus rassurés, derrière leurs murailles, que ne nous avaient semblé l'être les raïas des villages devant lesquels nous avions passé. Après quelques pourparlers et des indécisions que le firman royal finit par vaincre, nous fûmes introduits. Nous franchîmes, entre deux canons que leurs aiïàts brisés mettaient hors de service, la seule porte qui s'ouvre du côté de terre. Elle était alors gardée par un poste nombreux de tuffekdjis, et ouvrait sur une petite place où sélevaient quelques cabanes en palmier. De là, nous entrâmes dans des rues étroites et tellement désertes, qu'on aurait pu les croire abandonnées par leurs habitants. Ceux-ci étaient sous les armes, et ils avaient barricadé leurs maisons, ainsi que leurs boutiques, comme s'ils avaient eu à redouter un assaut.
Nous demandâmes à être conduits chez le gouverneur Cheik'Nasr à qui nous étions recommandés. Il était parti pour Chirazy et nous dames nous adresser à son vekil Cheik- Abdoullab qui nous indiqua pour logement une maison trèsconsidérable, jadis fort belle, mais alors tellement ruinée que nous ne pouvions y trouver un abri convenable. Il nous était impossible de nous établir dans ce local délabré où il ne restait ni portes ni fenêtres. Nous étions en discussion avec le ferrach^bachi du vekil, quand nous vimes venir un individu qui avait un extérieur moitié frengui, moitié persan. Il nous salua fort poliment, et, se présentant comme agent européen, il nous offrit, avec une grâce parfaite, un logement dans une maison à lui. La cordialité de son offre obligeante ne nous permit pas d'hésiter à l'accepter, et nous le suivîmes très-volontiers. Chemin faisant, il nous apprit, en peu de mots, qui il était. 11 s'appelait Aga^Youssef^Malcolm, ce der«nier nom évidemment emprunté et porté comme cocarde. Il était Arménien par son père. Français par sa mère et Anglais par intérêt. La Compagnie des Indes l'entretenait à Bouchir comme agent non olBciel, mais cependant reconnu comme tel par le gouverneur, et ayant qualité pour veiller aux affaires des Anglais dans ce port. Le caractère semipolitique dont il était revêtu lui donnait droit à toutes les franchises usurpées par les balioz de cette nation. En conséquence, aux fonctions d'agent consulaire il réunissait des occupations commerciales très-étendues. C'était un des riches négociants de ce littoral ; ses relations s'étendaient à Bassorah, à Bombay et jusqu'à Mascat. Il parlait le persan, l'an* glais, Tarabe, et naturellement l'arménien. Son costume était tout aussi bigarré : il était persan par son bonnet ou coula
2ft VOTAGE EN PEftSB.
de peau d'agnean noir, anglais par une veste de percale blanche, comme on en porte aux Indes , arabe par les babouches dans lesquelles il passait le bout de ses pieds; quant à sa nationalité paternelle, elle se révélait par plusieurs menus détails de sa toilette étrange. Avec un pareil accoutrement, soutenu par une langue polyglotte, Aga-Yousser-Maicolm pooTaii se présenter devant des nationanx de quatre pays difTérents, et se réclamer, vis-à-vis chacun d'eux, d'une des pièces constitutives de son individu multiforme. Nous seuls Français, nous ne trouvions en lai rien qui rappelât notre pays, si ce n*est la politesse et Tobligeance extrême de cet excellent homme.
Aga-Yonssef, je rappellerai ainsi par abréviation, nous avait conduits dans une petite maison qui lui appartenait. H nous y installa, y fit apporter tout ce qui pouvait nous être utile, et nous dit de nous considérer comme chez nous. II exerçait Thospitalité avec une générosité et une aisance qui nous surprenaient beaucoup. Nous nous applaudissions beaucoup de l'avoir rencontré et de ne pas être restés au milieu des décombres du palais que nous avait offert pour demeure Cheik-Abdoullah.
A la fin de la journée, Aga-Youssef , pour nous faire hon- >, neur, avait rassemblé en ville et dans les factoreries du port tout ce qu'il avait pu d'Arméniens de sa Société et il nous les amena. Chacun d'eux nous adressa toutes sortes de compliments sur notre arrivée à Bouchir, sans omettre de faire à son tour ses offres de services. La conversation ne tarda pas à s'engager sur la politique, sur la guerre de Syrie. Au travers des réticences que ces Arméniens, et surtout notre hôte , gardaient relativement au rôle de KAngleterre dans ces graves
conjonctures, nons devinàaies facilement qu'ils inclinaient tous grandement de ce côté : c'éiait évidemment «me société dévouée aux Anglais, et sans doute une de ces avant-gardes, comme ils savent en placer sur tous les points du globe où le gros de leur arioée n'est point encore arrivé.
Notre position vis-à*vis de ces dévouements était délicate. Nous nous observions et nous tenions constamment sur la réserve. Nous devions respecter les sentiments secrets de notre hôte; ne devait-il pas, d'ailleurs, gagner l'argent qu'on lui donnait comme subvention? Et il faut dire que je n'aurais su lui faire un crime de s'être chargé du rôle qu'il remplissait au milieu des comparses qui l'entouraient, car les Arméniens ne sont plus, à vrai dira, une nation. Semblables aux Juifs, ayant, pour ainsi dire, subi les mêmes vicissiludes, les mênies malheurs, les Amenions, dispersés sur la surface du continent asiatique, errent de côté et d'antre, ne deman4ant au lieu qu'ils habitent que les moyens de vivre de leur industrie. Honnis par les Musulnsans, vexés par le gouvernement persan, ils ne se sont attachés ni au sol, ni* à la nation au milieu de laquelle ils vivent en parias sans s'y être jamais incorporés.
Nous ne comptions passer que deux jours en cet endroit; nous les employâmes à visiter Bonchir en détail. Son vrai nom est Bender^bou^CheheTf littéralement port et ville du Grand'Phre. Ce sont les Arabes qui Pont ainsi appelée, comme ce sont eux qui font fondée» Toutes les villes qui , placées sur cette côte, permettent aux navires d'y aborder, sont d'origine arabe. Les Persans ont toujours en horreur de la mer et de la navigation. Retirés dans les terres , et n'approchante qu'avec répugnance des sables baignés par les*
▼agaes, ils ont abandonné, d'abord aux Arabes, plus tard i des Earopéens , le soin de tirer parti des rares endroits qoe leor côte pouvait offrir, comme ports , à la navigation et an commerce maritime. Ainsi , dans tout le cours de la longue histoire de Perse, Ton ne voit jamais cetle nation, je ne dirai pas figurer comme puissance navale, mais seulement déployer quelques voiles sur les mers qui baignent ses rivages au nord et au sud. Cependant, il y a un peu pins d'un siècle, un souverain de ce pays, un soldat parvenu, chez qui Ton n'aurait pas dâ , d'après son caractère et ses exploits, soupçonner d'autres instincts que ceux de la guerre, conçut tout à coup l'idée de créer une marine pour défendre les frontières maritimes de ses États. Mais c'était là un de ces caprices fugitifs , une de ces fantaisies comme s'en sont passé quelquefois les despotes orientaux. Pourtant Nadir- Cbâb, car c'était cet usurpateur, mit une grande persévérance dans la réalisation de ce projet. Servi par les éléments indispensables à la création qu'il avait rêvée , on ne peut dire ce qui en serait résulté; peut-être la Perse fât-elle devenue une puissance navale et ses destinées eussent-elles été différentes. Mais le sol de ce pays se refusait à cette innovation ; il est privé de bois propre à la construction des navires, et, à l'exception des forêts encore vierges du Mazenderâm , il était alors, comme aujourd'hui, impossible d'y trouver un seul arbre qui pût faire un soliveau.
Nadir-Châb n'était pas homme à reculer devant une difficulté matérielle. Ses victoires , ses triomphes de tout genre , ne connaissaient plus d'impossibilités. Il voulut donc avoir une marine, bon gré mal gré, et il ordonna à un ingénieur anglais qui se trouvait auprès de lui, de construire de suite
VOYAGE EN PERSE. Z^i
un vaisseau de grandes dimensions. Le roi donna , pour cela, l'ordre de couper, dans les forêts qui bordent la mer Caspienne , tous les bois nécessaires. Faute de chariots , ils furent portés à dos d'homme, au moyen de relais établis sur le par* cours de plus de deux, cents lieues qu'ils avaient à faire pour arriver à leur destination. Après ces premiers efforts, faits pour satisfaire aux désirs du monarque, après les premiers travaux qui avaient amené le premier navire persan à un commencement de construction, soit que Nadir-Châh fiU enfin rebuté par les difficultés de l'entreprise , soit que sa mort tragique y eût mis fin , toujours est-il que le vaisseau ne fut jamais terminé et resta, pendant de longues années, sur sa cale où sa carcasse pourrie faisait encore naguère l'admiration des Persans.
Bouchir est d'ailleurs un très-mauvais port, et se trouve privé de rade. La plage est fort basse, les sables qui la forment s'avancent très-loin dans la mer, et retiennent les navi* res éloignés de la côte. Il en résulte qu'ils doivent rester au large, sans abri, et qu'au moindre coup de vent, ils sont obligés de lever Tancre. 11 n'y a que les barques arabes, appelées bagalo ou battil^ qui puissent arriver près du quai. C'est, au reste, par ces bâtiments légers et d'un faible ton* nage, que se fait presque exclusivement le commerce de Bouchir avec Bassorah, Bombay , ou Mascat. Ces barques sont pontées; elles ont, à l'arrière, une chambre pour le patron, et ne portent qu'une voile très-grande attachée à une vergue démesurément longue. Elles naviguent lourdement, mais assez sûrement, en raison de l'excessive prudence des marins du golfe. Us ne s éloignent jamais de terre; et quand il pressentent un temps un peu gros, ou ils ne partent pas.
%9l fOTACE E5i PEftSE.
CM ils VéviUstii tm se réfogiaoi dans quelque crique. Ces bitiflMMiU varienl de eapaciié, depuis cent josqo*à Ireole Iodneaax* Lo certaio nombre portent le pavillon anglais. Parmi eeox qui font le cabotage de cette petite mer, bnît à dn appartiennent i des négociants de cette rille. C est avec celte faible marine qn^ils trafiquent dans le goNé et presque dans la mer des Indes, fis se chargent également de porter des passagers, notamment a Bassorah on se réunissent annuellement un assez grand nombre de pèlerins persans et indiens qui de là se rendent à la Mecque. Tous ces hadjis qui vont et viennent ne laissent pas de donner quelque mouvement à Bouchir.
Il y a, sur cette côte, d'autres petits ports, mais te seul qui rnérile ce nom est celui de Render-Rick, an nord du précédent* Les eaux du golfe subissent un flux et an reflux trèspeu sensibles, car la marée ne s*étend pas sur la plage, qui est presque aussi horizontale que la mer, à plus de quinze ou vingt mètres*
Cinq ou six bâtiments anglais viennent annuellement dans ces parages. Des navires de guerre de fa même nation s'y montrent également de temps en temps. Quant à Tapparition dn pavillon français elle y est extrêmement rare. Cependant, U est venu plusieurs fois à Bouchir un capitaine qui faisait le voyage de Bourbon à Bombay, au golfe Persique, à Maseat et retour; mais, comme il avait beaucoup de peine à faire son fret, il parait qu'il a renoncé à cette navigation, car on me dit ne Tavoir pas revu depuis longtemps.
Il faut dire qu*à Bouchir les transactions commerciales sont Irès-rostreintes. l.es Anglais y importent beaucoup d'articles de leurs manufactures, et ils ont, par leur voisinage et
leur nombreuse marine, le monopole da commerce dans ce port; il en résulte qu'il n'y a pas de riyalité possible. Qnani au commerce d'exportation, il consiste principalement en denrées qui soqt à Tusage des Orientaux , telles que du tabac pour Kalioun, appelé Tombeki, que Cbiraz produit en abondance, des tapis, des étoffes de soie ou de laine de Kerman et de Yezd, des cotonnades fabriquées à Ispaban, à Kachân. Si Ton ajoute à cela quelques centaines de chevaux envoyés aux Indes, des armes de taule espèce, une assez forte quantité de vin de Cbiraz également porté à Bombay, avec de la soie et quelques drogues, oo a un aperçu des principaux éléments du négoce qui prête un peu de vie au port de Bender Bouchir. Tout cela n'est d'ailleurs pas de nature à être un aliment sufTisant pour y attirer la marine européenne. Avec les idées négrophiles qui ont cours en Europe, elle ne saurait y être anienée davantage par la traite des esclaves noirs, qui est une des principales branches de commerce de cette côte. C'est par cette voie que les harems s'approvisionnent d'eunuques et de servanlesi. Les premiers sont (es plus chers : ils coûtent de quarante à cinquante toumans, c'està-dire cinq à six cents francs; les filles varient de prix entre quarante et vingt toumans. Cette marchandise, si je puis m' exprimer ainsi, est taxée comme toutes les autres; chaque tête rapporte à la douane de cinq à six francs. Ce sont^ en général, les navires de Mascat qui font ce trafic, et il est digne de remarque qu'il a lieu en face des Indes anglaises, pour ainsi dire en vue du pavillon britannique, l'effroi des négriers de la côte occidentale d'Afrique. Cesf une contradiction, mais c'est un fait, que personne ne pense à inqniéteri dans ces parages, les navires qui font la traite.
Zê TOTAGE EN PERSE.
Autrefois la pèche des perles était une des braocbes împorlaotes da négoce dans ces parages, eo même temps qii*an moyeo d'existeoce lucratif pour les populations riveraines; mais les anciens bancs d'huîtres sont devenus stériles , et il faut en chercher de nouveaux moins riches , et situés à des profondeurs qui offrent de grandes difficultés aui ploogears; il en résulte que la pèche s*est beaucoup ralentie.
Le climat de Bouchir, comme celui du pays de Guermsir en général, passe pour très-insalubre, surtout Tété; dans cette saison il soufQe fréquemment sur cette côte , ainsi que dans les vastes plaines de l'Euphrate et du Tigre, un air que Ton dit mortel. Ces courants atmosphériques ont une trèsgrande violence, ils sont brûlants, et portent en effet souvent avec eux la mort. Il est fréquemment arrivé que des individus ne pouvant, dans ces solitudes, se mettre à Tabri de ce vent, en ont été asphyxiés. Cet effet mortel parait dû à des miasmes méphytiques que les courants d'air, venant dans certaines directions, entraînent en passant sur des lieux infectés de matières délétères. On croit pouvoir attribuer cette propriété malfaisante à des sources de bitume qui se trouvent, en effet, dans les déserts de TArabie et de la Mésopotamie. On conçoit que des puits où cette matière se trouve en fusion, presqu'en ébullition, sous les rayons ardents du soleil de cette latitude, s'émanent des vapeurs qui puissent causer Tasphyxie.
La ville elle-même a très peu d'importance, elle présente le même aspect que toutes celles de la Perse. Elle est placée sur une petite éminence qui s'élève sur une pointe de la côte, et forme comme une espèce de presqu'île. Son plan est celui d'un triangle dont deux faces se présentent à la mer qui les
baigne, et dont la troisième, du côlé de terre, est reriuée par une muraille autrefois fortifiée. La monolouie des lignes qui dessinent ordinairement la silhouette des villes de Perse, est rompue ici par les palipiers dont les panaches flottent audessus des terrasses. Elle présente encore quelque chose de particulier : c'est un nombre considérable de ventouses qui s'élèvent au-dessus des maisons et servent à leur donner de Tair intérieurement; on les appelle bâdjir. lilles ressemblent à des cheminées , mais sont plus hautes et plus larges. Elles sont munies, à leur partie supérieure, d'une grande ouverture par laquelle s'établit la circulation de l'air. Ces appareils ventilateurs se voient dans d'autres villes de Perse, mais c'est surtout dans celles du sud qu'ils sont communs à cause de la chaleur.
L'intérieur de Bouchir présentait, alors que nous y étions, un aspect désolé. Nous y vtmes des quartiers entiers abandonnés, des maisons fermées ou en ruines. Cette cité avait été récemment dévastée par le choléra et la peste. Les trois quarts de la population avaient succombé à ces épidémies successives , et le peu de mouvement qui se voyait dans les bazars, comme dans le port, était dû aux voyageurs ou aux caravanes du commerce.
Le quai est la partie la plus animée de la ville; c'est là que se trouvent ce que j'appellerai les factoreries, c'est-àdire de grandes maisons où sont les magasins et les comptoirs des principaux négociants qui sont à la fois expéditeurs, importeurs et commissionnaires. Dans ces entrepôts, on trouve des marchandises de toute espèce et de tous pays : à côté des soieries, des cotonnades, des vins, des drogues, des noix de galle , de l'eau de rose , des pierreries et même de
l'or moDoosé, qui viennent de lous les points de la Perse; oo voit des indiennes, de Tivoire, des épices, do thé, des verreries, du café, des porcelaines, des draps, des glaces, da sucre, des cordages et des esclaves envoyés de Bombay, de Malabar, de Mascat ou de Bassorah. Devant les factoreries, fument, assis nonchalamment au soleil, les marins arabes, qui regardent leurs bagalos se balancer sur la mer. Une population de portefaix, la plupart arabes aussi, s'agite, va, vient, en heurtant les passants, et porte les ballots qu'oo embarque ou ceux qui viennent d'être tirés de la cale des navires. C'est là seulement qu'est la vie de Bouchir, et c'est à ce quartier que tend, de jour en jour, à se réduire l'importance de la ville.
Les bazars n'y sont rien : petits, sales, obscurs, dépour\'us de marchandises, on ne voit, dans leurs chétives boutiques, que quelques brocanteurs juifs ou quelques pauvres ouvriers arméniens. Il y régnait cependant, durant notre séjour, une animation inaccoutumée. Je remarquai que les. étalages étaient transformés en arsenaux où figuraient des sabres, des pistolets, des fusils et tout l'attirail de guerre des Persans. La cause de cet appareil militaire était la crainte, dans laquelle se trouvait le gouverneur, d'une surprise de la part de l'ennemi qu'il s'attendait à voir paraître d'un moment à l'autre. Le Cheik avait donné des ordres pour que tous les habitants s'armassent. Ils devaient être prêts à !a première alerte, et tous, indistinctement, étaient tenus de courir aux portes et aux murailles.
Il y avait bien un peu d'exagération dans ces appréhensions qui tenaient ainsi en émoi toute la population. Néanmoins, il était réel que Bouchir était le point de mire d'une insurrec-
lion fomentée dans le Loristàn. Nous sûmes en effet que, quelques jours avant notre arrivée, le khan de la petite ville de Bebahân, sur la route de Cbouchter, depuis longtemps rebelle à Tautorilé royale, avait tenté de faire enlever Bouchir par un de ses affidés, qui, avec quelques hommes hardis, s'était chargé de ce coup de main. Mais ils avaient été arrêtés par une résistance sur laquelle ils ne comptaient pas. Repoussés, ils s'étaient retirés dans un village voisin, et y attendaient, paraissait-il^ du renfort ou une occasion plus favorable. C'était avec ce parti de révoltés que les habitants de quelques-uns des villages restés fidèles au Chah, que nous avions vus dans la plaine, avaient escarmouche. Tout cela était fort singulier : cette insurrection contre Tautorité royale, sans motif de sa part, cette attaque audacieuse contre une ville soumise et ou commandait un cheik investi de la confiance du gouvernement, étaient des événements dont la cause occulte ne devait pas être cherchée seulement dans la nature rebelle des habitants du Loristân, ou dans la faiblesse et la mauvaise administration du gouvernement de Mehemet- Châh. Il y avait, comme je Tai dit, plusieurs coïncidences d'où Ton était en droit de tirer des inductions fâcheuses, et les soupçons devaient s'étendre à un voisinage très-dange^ reux pour cette contrée. A une très-petite distance de Bouchir est l'ile de Karak, qui appartient de droit à la Perse, mais dont les Anglais se sont emparés. Us y ont habituellement une petite garnison. En 1840, elle était de mille hommes, dont six cents Cipayes et quatre cents Anglais; de plus, ils y avaient débarqué de l'artillerie, et l'on disait que plusieurs bâtiments de guerre y étaient mouillés ou croisaient entre l'ile et les côtes de Perse. Il y avait alors, de l'aveu des
agents anglais à Bouchir, un mouvement inaccoutumé à' Karak. Devant Bouchir même était mouillée une goëlelte anglaise; chaque jour, un officier et des marins venaient à terre, ils correspondaient avec leurs alfidés, et avaient tout Tair de gens, ou qui viennent donner des instructions, ou qui viennent savoir où en sont les choses. Un autre fait, qui coïncidait avec ceux-ci et auquel j*ai fait allusion précédemment, était l'entrée dans le Loristân, trois mois auparavant, d*un agent anglais, pour ainsi dire malgré le gouverneur d'Ispahan. En rapprochant tous ces faits de Témotion qui agitait les esprits à cette époque, tant en Perse qu*aux Indes, et qui était due à la guerre de Syrie, en tenant compte des sympathies avouées par les Persans pour Mehemet-Ali contre qui s'étaient déclarés les Anglais, on devait tout naturellement penser que ceux-ci étaient pour quelque chose dans ce qui se passait et se préparait sourdement à cette extrémité de la Perse, où les populations sont un peu abandonnées à elles-mêmes. L'avenir devait me prouver que je ne me trompais pas, comme on le verra.
Sur les bords du golfe Persique, comme en beaucoup d'autres parages des mers asiatiques , les Hollandais et les Danois avaient fondé des établissements. L'Ile de Karak avait appartenu , les uns disent à la Hollande , les autres disent au Danemark. On prétend même que cette dernière puissance y abandonna quelques colons que représente, aujourd'hui encore, une population qui a tous les caractères physiques d'une origine européenne et septentrionale; ces insulaires sont , en effet , blonds de cheveux et de barbe. Les notions que l'on a sur les révolutions qui se sont accomplies dans ces parages lointains sont très-incertaines. Cependant voici
ce que des documents d'une authenticité avérée rapportent au sujet de cette ile : lorsque les Hollandais ou les Danois l'eurent abandonnée , il y eut un intervalle de temps pendant lequel aucune puissance européenne n'en revendiqua la possession. A une époque où la marine française exerçait une sorte de suprématie sur ces mers éloignées, Karak fut signalée comme un point qui avait son importance; il était vacant, l'occasion paraissait opportune pour y fonder un établissement français. La Perse s'en souciait peu, quoique l'autorité du Chah y eût été réinstallée. La France eût pu s'en emparer sans que les Persans y missent obstacle; mais, fidèle à ses traditions de loyauté, elle préféra devoir à un acte diplomatique ce qu'elle eût pu prendre sans coup férir; et, sous le gouvernement de Kerim-Khàn, il fut conclu avec ce prince un traité par lequel il cédait l'tle à la France. Ce fut vers cette époque que survinrent les grands événements qui troublèrent la quiétude dans laquelle vivaient encore les fastueux princçs de rindonstan. Une guerre terrible s'était allumée dans rinde, et les échos du rivage de Madras avaient porté jusqu'au fond des Jongs le bruit du canon qui venait de vaincre Tamiral anglais Hughes. Le bailli de Suffren, tout entier à ses plans de campagne et aux nouvelles victoires qu'il préparait à ses escadres> n'avait pas le loisir de songer à Karak, c'était du continent indien qu'il s'agissait alors, et non pas d*une misérable plage de sable perdue dans les eaux du golfe Persique. Karak, d'abord oubliée, eut ensuite le sort des autres possessions françaises dans ces mers, elle fut perdue. Cependant, en 1808, le général Gardanne dut, d'après ses instructions, faire revivre les droits de la France sur cette tie. La légitimité de cette réclamation fut, dit^n, reconnue par
Fet-AIi-Chàh. Mais la nouvelle cession de ce point resta parement nominale, et jamais il n'y eut de prise de possession. U est de plus fort probable que la démarche de Tenvoyé français fut un des griefs de sir John Malcolm , et que ce diplomate anglais mit pour première condition aux bons offices de TAngleterre que Tlle de Karak serait remise aux mains de cette puissance : elle n'en esl point sortie depuis.
D'autres points, dans ces parages, et Bouchir même, passent pour avoir appartenu aux Hollandais; mais on ne retrouve guère de traces de leur occupation , ce qui ferait croire qu'elle n'a eu ni durée ni importance comme force militaire. Cependant il existe, au fond du port de Bouchir, un fortin dont on leur attribue la construction, et qui a, en effet, une apparence européenne. Complètement démantelé et hors de service aujourd'hui, il semble prouver que les Persans n'ont jamais eu l'idée d'en tirer parti pour leur propre défense.
Si les Anglais ont hérité, du moins en partie, des possessions hollandaises, ce qui ne leur vient pas par héritage et leur est tout personnel^ c'est leur despotisme et l'influence qu'ils exercent par la force, quand ils le peuvent, d'une manière occulte le plus souvent, dans tous les pays que baignent les eaux du golfe ou de l'océan indien. Ils ne souf* frent aucune concurrence dans ces contrées; tout pavillon leur porte ombrage. Cependant le commerce de ces pays n'a pas une importance assez grande pour que les navires anglais se l'approprient et soient attirés dans cette impasse maritime. Mais, afin que le pavillon britannique n'en domine pas moins sur toutes ces côtes, ils ont persuadé aux armateurs ou aux négociants de l'arborei*. C'est ainsi que Ton voit des
modestes bagaloSj de pauvres battils, montés par des équipages arabes, faire flotter à leurs mâts les couleurs anglaises. Les propriétaires de ces bâtiments ou des marchandises ainsi abritées se prêtent d'autant plus volontiers à arborer ces couleurs, qu^elles sont pour eux une meilleure garantie contre des actes de piraterie ou Texercice vexatoire de droits de douane ou autres dont ils auraient souvent à gémir avec leur pavillon national. On conçoit quelle doit être Tinfluence de ce protectorat qui, avec tous les dehors d'une courtoisie désintéressée, habitue les populations de ces rivages à voir presque uniquement et à respecter, à l'exclusion de tout autre, le pavillon anglais. Tant il est vrai qu'en politique, surtout chez ces peuples éloignés et naïfs , il ne faut dédai-* gner aucun moyen.
Il va sans dire que les Anglais ne tolèrent aucune force maritime à côté d'eux; ils agissent, en un mot, comme si rivages, lies ou mers, tout leur appartenait. Comment les cheiks arabes qui n*ont que de faibles bagalos, ou les autorités persanes qui ne disposent pas d'un seul bateau, pourraient-ils s'opposer à cette tyrannie? Seule et mattresse dans cette partie du monde , l'Angleterre domine aisément tous ses petits voisins. On connaît, en Europe, l'esprit jaloux qui dirige les actes de la politique britannique, surtout en Asie, mais on ne sait pas les menus faits, les détails par lesquels elle satisfait son orgueil sur les petits, et abuse de sa force sur les faibles. Voici qui en donnera une idée : il y avait, en vue de Bouchir, un trois-mâts à l'ancre; je demandai ce que c'était. Il ntte fut raconté par des Arméniens tout dévoués à l'Angleterre et qui en tiraient vanité comme s'ils eussent été de pur sang anglais, il me fut
raconté que ce bâtifiieDt appartenait à Timan de Mascat. Cet iman est une sorte de petit sultan auquel on donne aussi le litre de Seïd-Seïd , c'est-à-dire descendant par excellence de Mahomet. Ses possessions , qui sont sur la côte occidentale d'Afrique, à l'embouchure du golfe Persique, constituent un petit État maritime qui a une certaine importance. Ce prince eut la fantaisie, par pure gloriole^ d'avoir une frégate armée de quelques canons ; c^était un de ces caprices , un de ces enfantillages familiers aux petits souverains d'Orient , qui croient ainsi donner du relief à leur chétive puissance et se grandir même aux yeux des Européens. Il pirait que les Anglais virent la chose d'une façon plus sérieuse qu'on n*aurait pu croire, et y attachèrent une importance que peut-être l'iman n'y attachait pas lui-même. Ils lui défendirent de se donner ces airs belliqueux; et, au lieu de rire de sa frégate aussi inoffensive que prétentieuse, ils lui intimèrent d'avoir, sans délai, à débarquer son artillerie et ses munitions. Le pauvre Seïd-Seïd, qui est d'ailleurs le très-humble serviteur du gouverneur général des Indes, ne se Test pas fait dire deux fois; sa frégate n'est plus aujourd'hui qu'un humble trois-mâts marchand.
Un second fait qui prouve à quel point l'influence anglaise est grande dans ce pays, et combien elle est exclusive, s*est aussi passé à Mascat. Je n'en garantis pas l'exactitude , mais il m'a été raconté par les mêmes Arméniens, qui m'ont paru assez bien connaître la politique anglaise dans ces pays, politique dont ils sont les instruments. Ce fait est d'ailleurs analogue à d'autres actes de cette politique connue de tout le monde , et dont quelques-uns s'étaient accomplis sous nos yeux. Un bâtiment de guerre français s'était présenté devant
Mascat; il portait uq agent qui avait mission d'obtenir de riman la reconnaissance de son caractère consalaire et Tautorisation de résider dans ses États; mais il fut impossible ' de vaincre les résistances du Seïd qui est tout d^oué aux intérêts britanniques. Sa cupidité , qu'il voit de temps en temps satisfaite par des guinées anglaises , et la peur qu'il a d'être dépouillé de sa petite couronne , le rattachent étroitement à sa puissante tutrice. Il craignait trop de perdre les unes et de compromettre l'autre, en permettant à un pavillon étranger de se déployer sur ses terres ^ pour ne pas éconduire l'agent français qui dut se retirer. Ainsi on voit T Angleterre, d'une part, dominer^ intimider ou mener à la baguette peuples et gouvernants, dans ces contrées lointaines, et en éloi« gner quiconque pourrait rivaliser avec elle ou seulement la démasquer aux yeux de ses esclaves. D'autre part, on Ja voit, par ses intrigues, par son or^ se faire des créatures, s'acheter des agents dévoués, au cœur des populations, pour les soulever contre leur souverain légitime, national, et les amènera elle; double jeu qui lui a réussi dans l'Inde, et* qu'elle continue partout où elle le peut avec la même audace, sinon avec le même bonheur.
Pour ce qui est de la Perse, on conçoit très-bien que les deux provinces de Fars et d'Arabistân soient un objet de convoitise pour l'Angleterre. Ces provinces sont riches, leur sol est fertile, bien arrosé, et les productions en sont semblables à celles des Indes; l'indigo et le coton, ou la canne a sucre, y viennent facilement. De plus ce vaste territoire est habité par des populations qui, sou% différents noms, et grâce à une divergence d'opinions religieuses, supportent impatiemment le joug des rois de Perse et sont même assez
ordinairement en état de rébellion. L'insurrection est l'état normal de VArabistân on Khouzistârij dont les parties montagnenses sont peuplées par les tribns indomptables des Lowrs^ des Bactyaris et des Mamacenis. Dans le Fars sont les nombreuses tribns militaires des KaratchâderSj qui sont à peu près indépendantes et ne reconnaissent d'autre autorité que celle de leurs Khàns. Le Chah les cajole plutôt qu'il ne les contient; il sait qu il ne peut se lier à elles, et il est obligé de retenir toujours leur chef à sa cour, pour ainsi dire prisonnier ou tout au moins comme otage. Cette population nomade peut donc échapper au roi de Perse, et passer d'un camp dans l'autre. Cependant, à cett« époque, elle demeurait dévouée au Chah, et cette grande famille zend, d'où sont sortis les fondateurs de la monarchie persane, paraissait devoir rester fidèle au drapeau national. Mais cette fidélité tient à un fil, et l'histoire de Perse a plus d'une fois prouvé combien il est facile de le rompre.
Dans rArabistân , il y a une autre population mixte sur laquelle il est plus facile aux Anglais d'agir, en raison de son origine, de sa nationalité et de sa religion. Ce sont les Arabes établis, comme je l'ai dit, dans tout le pays situé entre la mer et le pied des montagnes. Ces Arabes tiennent peu au Chah de Perse ; ils sont sunnites pour la plupart , pBT conséquent ennemis jurés des Persans, qui sont chyas. Tous ces éléments , sans homogénéité entre eux et sans adhérence même avec la nation persane, hostiles à son gouvernement, sont autant de causes d'espérance et de tentation pour le§ Anglais. Une fois ce pays conquis, ils commanderont en maîtres de Bombay à Bagdad, plus tard peut* être de Hong-Kong à Beyrouth ; les tentatives qu'ils ont faites
sur les deux rives du Tigre et jusque dans les eaux de PEuphrate prouvent bien qu'ils y songent.
Au reste , si les Arméniens se réjouissaient au fond du cœur des mouvements insurrectionnels qui inquiiâlitent la population de Bouchir, celle-ci parai^ait attendra avec anxiété des renforts. On disait que TEI-Beguy, le chef des tribus zends , allait venir avec deux mille de ses tuffekdjis et quatre pièces de canon , et que le Meuhtamet , gouverneur d'Ispahan , devait pénétrer en même temps dans lés montagnes des Bactyaris, pour, de là , descendre vers Ghouchter et Bebahftn. Les Persans témoignaient l'espoir que ce double mouvement mettrait fin è une rébellion dont ils redoutaient les funestes conséquences , si le gouvernement ne se pressait pas.
Notre hôte s^offrit pour nous conduire aux ruines de Richehr, qui se trouvent à environ deux farsaks au sud-est de Ben-^ der Bouchir. Nous acceptâmes trè»-votontiers, car s'il y avait là quelque chose d'intéressant à connaître , nous ne pouvions avoir un meilleur cicérone qu'Aga-Youssef. Nous che^ minâmes constamment sur un sable fin et mouvant dont les ondulations fréquentes m'ont paru dtre l'ouvrage des coupisi de vent. Çà et là , sur ce sol ingrat , se voyaient, claîr-seméci^; quelques cahuttes et des bouquets de dattiers. Après deux! heures de marche , nous arrivâmes sur le point de la côte dont le nom est Richehr ou Khalih Richehr, Cette localité est vulgairement a)ipelée par les voyageurs européens fort des Holuindais , ce qui entraînerait l'idée d'un établissement miH«> taire et probablement commercial formé par les Hollandais) sur ce point du rivage persique ; mais je dois dire que je n'ai* vu là rien qui désignai des constructions européennes quel-*
conques* On y voit de grands mouvements de terrain , coqverts de débris , sans que ceux-ci portent aucun cachet qui autorise à fixer l'origine ou Tépoque des constructions dont ils moQiKrent la place.
L'étendue de terrain occupée par ces vestiges est d'ailleurs assez grande pour qu'on y reconnaisse remplacement d'une ville , et les monticules les plus importants sont disposés de façon à devoir représenter les murailles. Ces traces d'enc^nte offrent un plan rectangulaire; et, en dehors du périooètre donné par les parties élevées, on voit une dépression dans le sol , assez continue , assez remarquable encore pour qu'elle ne puisse signaler autre chose qu'un fossé de défense. Ces murs et ces fossés n'ont dû exister que sur trois côtés , le quatrième était ouvert, mais protégé par la mer. Là était le port; et, à la disposition de celui--ci , aux faibles abris formés par deux promontoires de roc , peu élevés , qui protégeaient les navires, au nord et au sud, on peut juger que ceux qui venaient y jeter l'ancre étaient de petites dimensions. Cette dernière considération me fait hésiter à croire que les Hollandais aient eu là un port, car leurs bâtiments n'eussent pu s'y maintenir. Il me paraît plus présumable que ces raines sont d'une épocpie très-ancienne et antérieure à la création de Bender-Aboucheher dont le nom est tout à fait arabe.
On nous avait signalé les sables des environs de Bouchir comme recelant de grandes urnes en terre cuite, qui, avec les ossements humains qu'elles renfermaient , pouvaient présenter un intérêt archéologique. Nous en fîmes chercher, et la pioche ne tarda pas, dans ce sol facile, à amener en effet des débris de poteries. En les examinant , en les rapprochant ,
VOYAGE EN PERSE. 3lT
nous crûmes bien reconnaître en eux des fragments d'urnes funéraires, mais rien d'intéressant, rien même qui constatât l'authenticité de leur origine ou de leur usage , ne s'y montrait.
Nous étions au 1** janvier, et nous comptions partir ce jour-là ; mais les instances de Aga-Youssef etdes autres Arméniens pour nous faire commencer Tannée 1841 avec eux furent telles que nous dûmes céder. C'était un jonr de gala pour les chrétiens de Bouchir , et notre hôte tenait à nous avoir parmi ses convives. Malgré Timpatience où nous étions de nous remettre en route, nous aurions cru lui manquer d'égards et mal répondre à son obligeante hospitalité si nous n'avions pas retardé notre départ jusqu'au lendemain. Il y eut, en effet, pour fêter l'année qui commençait, grand diner chez Aga-Youssef; nous y vîmes réunis tous les représentants les plus iniportants du commerce arménien de Bouchir ; ils étaient une dizaine. Nous primes congé de ces messieurs^ très-reconnaissants de l'accueil que nous avions reçu de la plupart d'entre eux ; ils exprimèrent par politesse le vœu de nous revoir à Bouchir; mais, quelque affable qu'eût été leur hospitalité , nous n'avions aucune envie de revenir dans cette ville agonisante.