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CHAPITRE XLVI

Firouzabad. — iDhospitalité des habitants de Kenchk. — Kevit. — Ruines. Atech-Gàh. — Palais sassanide. — Bas-reliefe.

Quand le guide qui nous avait accompagnés depuis Ferrach-Bend nous eut oiontré Firouzabad , ne jugeant plus son concours utile, il prit congé de nous et s'en retourna. Nous continuâmes à descendre et, traversant la vallée, en nous dirigeant au nord , nous passâmes une rivière assez large que dominaient quelques ruines. Nous hésitions entre tous les villages que nous apercevions pour savoir lequel était Firouzabad. Un raïa, pour nous tirer d'embarras, nous indiqua uu bourg plus grand que les autres, qui porte le nom de Keuchk. C'était une espèce de petite ville contenant quinze cents habitants environ, avec des portes, un bazar et quelques maisons d'apparence. Nous demandâmes à être conduits auprès du Khân; mais il était en voyage, et nous ne trouvâmes chez lui que des ferrachs dont l'insolence amena avec nos gens une dispute qui faillit dégénérer en une rixe sérieuse. Le ket-khodâh clait également absent. Voyant qu'il n'y avait dans cet endroit aucune autorité auprès de laquelle nous pussions nous réclamer de la protection de TEl-Beguy,

et les habitants manifestant des dispositions peu hospitalières

à notre égard, nous résolûmes d'aller chercher un gttedans

un des villages voisins. Nous eûmes d'autant moins de peine

à prendi^ ce parti , que Keuchk nous parut trop éloigné des

ruines que nous avions aperçues , pour nous permettre d'y

aller facilement travailler.

Nous sortîmes donc de ce bourg inhospitalier, en faisant

craindre à ses habitants la colère de l'El-Beguy, à qui nous

disions devoir porter plainte. Quand ils entendirent ce nom

redouté, et la menace dont nous l'accompagnions, plusieurs

de ceux qui s'étaient rassemblés autour de nous voulurent

nous empêcher de partir et nous conduire chez eux. Us se

repentaient et se confondaient en excuses, disant qu'il y avait

eu méprise de leur part, et qu'ils ignoraient avoir affaire à

des balioz. Mais nous ne pouvions accepter alors ce qui nous

avait été brutalement refusé. Notre fierté nous empêchait de

recevoir de ces gens ce qu'ils ne donnaient évidemment que

par crainte du nom que nous avions invoqué ; puisque nos

titres de voyageurs et d'étrangers frenguis avaient été un

obstacle à ce que les portes s'ouvrissent, nous devions nous

éloigner. Nous sortîmes donc de Keuchk malgré quelques

hommes qui cherchèrent à nous retenir, et nous gagnâmes

celui des villages voisins qui nous parut le plus commodément

situé pour nos travaux. Nous choisîmes Kévit. Nous y fûmes

parfaitement accueillis par le ket-khodâh, qui nous logea dans

une maison très-commode et très-propre qui lui appartenait.

Le soir le ket-khodâh de Keuchk et le kalantar vinrent

nous faire une visite et des excuses de la manière dont leurs

subordonnés nous avaient reçus ; ils insistèrent vivement

pour que nous retournassions dans leur bourg, en nous II. n

338 VOYAGE EN PEKSE.

offrant non-deulement le meilleur logis, mais encore le châtiment de ceux de qui nous avions eu à nous plaindre. Noire menace avait été efficace , mais nous devions persister dans nos refus; et, tout en sachant gré à ces deux personnages de leur démarche, nous repoussâmes leurs ofTres. Il nous parut qu'ils s'en retournaient un peu inquiets du mécontentement que nous avions témoigné et de la rancune dont nous leur avions laissé voir que nous étions animés contre tes habitaots de Keuchk. Là ne devaient pas se borner les tentatives des autorités de cette |, élite ville pour nous faire oublier nos griefs. I^ fierté que nous mettions à ne vouloir point revenir sur notre détermination, et la protection de TËI-Beguy sous laquelle nous nous étions présentés et que nous maintenions avec assurance, inspiraient sur les suites de cette affaire une inquiétude telle qu'il n'y eut pas de démarches devant lesquelles on reculât pour effacer les traces du double outrage fait à nos personnes et à la recommandation du grand chef. Le lendemain matin, le Khân lui-même, Kérim-Bek^ ayant le titre de Naied de VEl-Beguy^ se présenta chez nous accompagné de plusieurs notables habitants. Il employa toutes les formes du langage persan pour nous témoigner le regret de la façon dont ses gens nous avaient traités. Il alla jusqu'à la supplication pour que nous ne portassions aucune plainte à l'EI-Beguy, et nous pria encore instamment de revenir à Keuchk. Lorsque le Khân eut usé toutes les ressources de son esprit à nous faire des excuses , et qu'il nous eut suflisamment témoigné ses regrets pour que nous pussions être satisfaits, nous fûmes généreux, nous le rassurâmes sur les suites de celte affaire, nous dissipâmes ses craintes relativement au châtiment qu'il redoutait de la part de son seigneur.

mais nous n'acceplâmes pas ses offres. Nous lui exposâmes qu'étant installés, étant près des raines que nous voulions étudier, et devant probablement repartir le lendemain » il était inutile que nous allassions à Keucbk. Nous nous séparâmes dans les meilleurs termes, et Kérim-Bek se retira moins inquiet qu'il n'était en venant à Kévit.

Le nom de la localité où nous étions se compose des deux mots Firouz et abad , et signifie résidence de Firouz : il porte avec lui le souvenir d'une origine sassanide, mais il ne faut pas en tirer une induction certaine pour déterminer Tépoque de sa fondation, ou Tàge des monuments dont on y retrouve les vestiges. A vrai dire, c'est le canton dans lequel ces ruines sont situées qui porte le nom de Firouz-abad, car il n'existe pas de ville dans sa circonscription. On n'y voit que des villages parmi lesquels, comme je l'ai dit, en était un plus grand que les autres , distingué par le nom de Keuchk ou bourg. Ce canton est renfermé dans un cercle de hautes montagnes qui laissent entre elles un espace d'environ huit kilomètres du nord au sud, et quatorze kilomètres de Test à l'ouest. La vallée ainsi formée est traversée par un fleuve dont les eaux , grossies par plusieurs affluents, vont se perdre dans le golfe Persique, sous le nom de Sî7d- Hedjiân.

Tout y indique le choix de la position d'une ville. En effet, au bord de la rivière, et sur sa rive orientale, à un kilomètre au nord-ouest de Keuchk, le sol, accidenté, jonché de débris de maçonneries, conserve la trace d'une enceinte carrée très-étendue qui se révèle par une succession de petites buttes de terre, dont les formes et la continuité indiquent les restes d'une muraille défendue par un fossé.

Ce terrain est relevé , çà et là , par de petites éminences sous lesquelles se distinguent des angles de pierres et d'autres matériaux de construction. Tout cet ensemble de raines forme un monticule qui domine la plaine environnante. Deux points seulement y présentent un intérêt archéologique : le premier, qui est au centre, offre à I œil une masse de pierres que le temps n'a pas entièrement couvertes de terre. Il s'en est détaché un grand nombre d'assises qui , enlevées de la partie supérieure, se sont éparpillées de tous côtés. Cette ruine porte le caractère d'un art architectural qui n'appartiendrait pas a l'époque sassanide; dans son aspect général , aussi bien que dans ses détails, sa construction a une grande analogie avec celle des monuments achéménides, principalement avec les murs de Persépolis. Elle se trahit, sous la terre qui Fenvahit et sous ses propres débris, par des angles droits fortement établis en pierre de taille. Son élévation audessus du sol actuel , est encore de près de six mètres. Le plateau sur lequel était assis ce monument se retrouve aisément. On en suit la trace au moyen des assises qui ont résisté aux efforts du temps. Par les angles qu'il est facile de reconnaître on voit que ce soubassement était rectangulaire. Au centre, s'élevait carrément le massif qui le domine et dont les quatre faces présentent encore plusieurs rangs d'assises. Au milieu et en avant de chacune de ces faces, des arrachements très-évidents et en partie conservés accusent des saillies qui correspondent, selon toutes probabilités, à quatre perrons donnant accès par les quatre côtés.

Quel que soit le scrupule qu'on appol^te dans l'étude des monuments de l'antiquité, on est souvent réduit à faire des

conjectures pour les expliquer; mais celles-ci doivent lou-

jours être inspirées par des remarques lo(;ales et s'appuyer sur des observations matérielles fournies par les ruines ellesmêmes. Grâce à des indices cherchés avec soin, et à quelques débris voisins de la partie de ce monument, restés en place, je crois pouvoir dire que celle-ci n'était que la base d'un éditice qui s'élevait beaucoup plus haut. M*aidant des vestiges épars dans son voisinage, notamment d'un fftt de colonne en marbre noir, à trente*huit cannelures, je me suis arrêté à cette idée: qu'il devait exister là un monument funéraire, ou peut-être un petit temple du feu, qui aura été renversé avec tous les autres aulels de la religion guèbre.

J*ai déjà en occasion de dire qu'il fallait se défendre d'ajouter une foi aveugle au dire des habitants et aux traditions qui se sont perpétuées parmi eux; néanmoins, dans ce cas-ci , le nom dCatech-gâh ou autel du feu donné à cette ruine se trouve d'accord avec les conjectures que fait naître la vue des lieux. En effet, il est facile de voir que les dimensions n'en sont pas en rapport avec les dispositions d'un palais d'habitation ; elles ne peuvent se raf>porter qu'à un monument religieux on funéraire. Or, on sait, et nous l'avons vu, que les princes de la dynastie achéménide choisissaient pour leur sépulture des excavations dans les rochers ; d'après cela^ la ruine qui nous occupe ne paraissant pas être celle d'un tombeau, il faut la considérer comme rappelant un temple ou un autel du feu, c'est-à-dire un atech-gâh. Cependant, si l'on fait un rapprochement entre ce monument et celui de Mader-ùSuleimân ^ on tronve entre eux une grande similitude de dispositions. Si ce dernier est, suivant la tradition la plus accréditée, reconnu pour être le tombeau de CyruSf on sera fondé à admettre que celui de Firouzabad^

dont il est question, peut bien élre le soubassement du tom* beau de quelque monarque de Tantiquité. Quoi qu'il eu soit de Tune ou de Taulre de ces deux hypothèses, il ne me parait pas possible de ne pas choisir exclusivement entre elles. La ruine dont je viens de parler n*est pas la seule qui, sur le monticule on elle se trouve, s'oflVe dans un état de coq* servation digne d'intérêt, et en même temps trop peu satisfaisant pour qu'on puisse bien comprendre ce qu'a éié l'édifice qu'elle rappelle. A quelques pas, s'en trouve une autre qui, bien que plus considérable par ses proportions, et d*une élévation très-grande encore aujourd'hui, se présente dans des conditions moins intelligibles, quant à sa structure et à sa destination passée. C'est une masse énorme de maçonnerie quadrangulaire, à base large, et de forme obélisquale. Rien ne se détache sur ces quatre faces, comme arrachements d'une construction qui lui aurait été adjointe, rien non plus n'indique des ouvertures d'aucun genre donnant passage à l'intérieur. Celte ruine colossale a toutes les apparences d'un isolement primitif et elle ne présente plus aujourd'hui que l'aspect d'une construction massive en petites pierres, revêtue de moellons plus forts. Au milieu des fissures, des trous et autres accidents produits çà et là par la vétusté, on distingue des traces dont la direction continue, partant du bas et s'élevant progressivement, suivant la même obliquité, en contournant les quatre faces, paraissent indiquer celles d'un plan inriiné ou d'un escalier qui aurait autreCois conduit au sommet de I éflifice. Ces indications sont, en général , confuses et se perdent au milieu de toutes les dégradations de la maçonnerie. Il y a cependant un point, vers le milieu de la ruine, qui sur une des faces a conservé les arrachements de

voussures en encorbellement. Ces vestij^es donnent de la force à ridée qu'il y avait anciennement une rampe par lacjuelle on atteignait le sommet de ce monument. La base carrée de celle construction avait neuf mètres de côté, sa hauteur était de trente-trois mètres environ. Les mouvements de terrain que Ton remarquer son pied font supposer que celte espèce d^obélisque posait sur un soubassement; mais il est impossible d'en rien déterminer avec certitude.

Les habitants donnent encore à cette ruine le nom d'atechgâh. Ce que j*ai dit à propos du monument précédent peut, avec plus de raison encore, s'appliquer à celui-ci : car il est tout à fait impossible d'admettre que celte énorme masse de pierres accumulées les unes sur les autres ait jamais pu être autre chose qu'un monument religieux ou funéraire. Sa forme et son élévation n'ont d'ailleurs rien qui doive surprendre, si Ton s'arrête à l'idée que c'est un Pyrée. Car une des pratiques de la religion enseignée par Zoroastre aux Perses, pratique en usage encore de nos jours parmi les Guibres ou Parsis^ est d'isoler le feu sacré et de choisir un lieu élevé pour l'y placer. Il convient d'ajouter que le pays de Firouz-Abad passe parmi les Persans, pour être celui où les Guèbres avaient leur principal alech-gâh. — Peut-être est-ce celui-là même. — Ils complètent cette tradition par celle-ci qui a bien le cachet de la foi aveugle des Musulmans: que le feu sacré conservé religieusement par les Parsis, s'éteignit de lui-même, le jour de la naissance de Mahomet

Quant aux détails de construction de cette ruine, ils n'ont aucune analogie, ni de forme, ni de structure architecturale, avec ceux de la précédente ; d'où je conclus que l'édifice qu'elle représente était d'une autre époque, et très-probable-

ment de celle des Sassaoides. On pourrait alors toucher à la vérité en attribuant sa fondatioa au priuce Firouz qui a légué son nom à la localité.

L'histoire de Perse, si incertaine qu'elle soit, peut cependant faire admettre certains faits, quand ils sont étayés par des traditions encore vivantes. Le nom de Firouzabad^ conservé de nos jours à cette contrée, en est une qui sert à confirmer ce que les historiens nationaux racontent de la fondation de plusieurs villes, dans cette partie de la Perse, par le roi Firouz. Nous avons déjà vu par Cliàpourj et nous verrons bientôt par Darâbyherd et Sarbistàn^ ce qui reste, en général, des monuments d'origine sassanide. Il ne faut donc pas s'étonner si Firouzabad n'a pas conservé des traces qui aient une plus grande valeur archéologique. Au reste, le monument qui précède n'est pas le seul qui date de cette époque. S'il est vrai que Firouz ait, en l'élevant, remis en honneur le culte du feu dans la contrée , il ne paraîtra sans doute pas dénué de raison de croire que ce pays étant devenu une de ses résidences, il ait également fait bâtir, pour son usage, le palais dont les dômes se voient encore à cinq kilomètres du premier point de notre exploration. Ce monument est d'ailleurs le plus complet et le plus intéressant dans son ensemble, que nos investigations nous aient fait découvrir dans ce canton.

En marchant au nord du monticule sur lequel sont les ruines décrites, passant à gué la rivière, non loin du villa^je de Kevit^ et traversant, près d'un hameau qui porte le nom de Guilak, un ruisseau encaissé et profond, on arrive en remontant son cours, après une heure de marche, à l'entrée d'une gorge spacieuse dominée par de hautes montagnes ,

de laquelle sort impétueusemeDi le SUâ-'Redjiân. Les montagnes à droite font partie de la grande chaine qui ferme la plaine à Test , celles de gauche sont beaucoup moins élevées; les unes et les autres ont un aspect sauvage, une àpreté, qui prêtent à ce lieu une physionomie plus sévère qu'attrayante. Cest là , cependant, qu'un prince sassanide avait voulu se faire construire un palais , comme nous allons voir.

Dans Tétroit espace compris entre le fleuve et les collines du nord, une source très-abondante et limpide sort de terre. Les eaux étaient retenues dans un bassin dont les bords en gradins se retrouvent en partie sous la terre et les hautes herbes qui Tout envahie. Â quelques pas de cette source , s'élèvent les restes d'un édifice rectangulaire surmonté de dômes. Â sa construction, à sa disposition, à divers détails, il est impossible de ne pas reconnaître qu'il a été élevé dans un but d'habitation ; et c'est ici que l'on serait forcé de rejeter les fausses dénominations données par les Persans à la plupart des monuments de l'antiquité. Confondant les habitudes domestiques des anciens Perses avec leurs coutumes religieuses, partout, dans tous les souvenirs de ces temps maudits par eux, ils voient le culte du feu; et ne sachant faire aucune difTérence entre cette ruine et les premières que j'ai décrites^ ils lui donnent encore le nom d'atech-gâh^ fort improprement.

L'ensemble de cet édifice a une superficie rectangulaire , comprise dans un périmètre qui a plus de cent mètres en longueur et plus de cinquante-cinq en largeur. Sa façade est tournée au nord, et de façon que son axe est dans le prolongement du diamètre du bassin circulaire qui contient la

source. On voit que \es conditions de fraicheor, si appréciées dans cette contrée brâlante, avaient été recherchées avec soin. Sur cette façade s'ouvre un portique, couvert autrefois par une voàte qui s*e6t écroulée en grande partie. De chaque côté de ce portique sont deux larges arcades en plein cintre, dont le diamètre touche presque an sol. Les unes et les autres donnaient accès dans des salles absolument semblables entre elles, symétriquement disposées et voûtées. Les murs en étaient, dans tout leur pourtour, garnis de pilastres. Au fond du portique , une porte donnait entrée dans une première salle carrée couverte par une coupole, sur les trois antres faces de laquelle étaient encore trois portes; chacune d'elles était flanquée de deux niches. La porte du fond conduisait à un vestibule qui ouvrait sur une eour, et les deux autres conduisaient dans deux salles semblables à la première. Elles avaient chacune deux autres issues, Tune sur les deux salles du fond du grand portique, Tautre sur des appartements qui se trouvaient à droite et à gauche du petit vestibule donnant sur la cour. Ces salles à coupoles devaient être destinées aux cérémonies d'apparat, si Ton en juge par leur élégance et leurs dimensions. EMes étaient toutes trois carrées et de même grandeur. Les portes et les niches étaient terminées , dans leur partie supérieure , par des arcs à plein cintre. Elles avaient toutes des impostes et une archivolte formées de moulures délicates ; elles étaient encadrées de chambranles avec profils et corniche. Cette dernière, qui était concave, avait une ornementation évidemment imitée de celle des portes de Persépolis. .Au-dessus d'une petite corniche en • briques et pierre, et sur les quatre côtés, étaient percées

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quatre fenêtres. Les angles étaient surmontés de petites voûtes .en encorbellement^ qui s'élevaient au niveau de la partie supérieure de ces fenêtres et portaient une coupole percée à son sommet d'une large ouverture. Ces détails sojit communs aux trois salles à coupoles, qui se retrouvent dans un état de conservation tel qu'on peut parfaitement se faire une idée de ce qu'était ce palais.

Derrière les trois salles à coupoles, étaient de petites pièces 9 dont les dimensions ou la décoration n'offrent pas d'intérêt. Elles avaient une issue sur le vestibule qui donnait sur la cour. Cette cour était intérieure, c'esl-à-dire renfermée dans des constructions élevées sur ses quatre faces. La plus parfaite symétrie régnait dans les bâtiments qui l'entouraient. Ils consistaient, à gauche comme à droite, en deux salles oblongues et voûtées. Sur le côté tourné au nord et en face du vestibule qui vient à la suite de la salle à coupole du milieu de l'édifice , s'ouvrait encore un vestibule par lequel on entrait dans deux autres chambres voûtées comnie toutes les autres.

Nous avons retrouvé cet édifice dans un état de conservation surprenant, quand on songe qu'il a quatorze siècles d'existence. Nous avons pu relever, avec une certitude complète, tous les détails que je viens de donner relativement à son plan , à sa disposition , et à l'ensemble de sa eonstrii&tion. Ceux relatifs à son ornementation ne nous ont point été moins faciles à comprendre et à retracer. Ainsi , les intérieurs nous ont paru avoir été exécutés avec le plus grand soin, et même avec luxe. Il est vrai que toute cette ome^ mentation consiste en placage de moulures exécutées en plâtre. Mais il faut penser que ce palais de Firouzabad,

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eoiDiDe tous les mooaaieots sassaoîdes, était oonstroil avec deé matériaux de petites dimensioDS. Oo n'y a point fait entrer de pierre de taille, ce qni n'a permis, pour en compléter la décoration, que remploi de matériaux l^;ers, faciles à adapter aux murailles, assez grossières d'ailleurs , qui en composaient la carcasse. Il fallait , néanmoins , que ces ornements présentassent des conditions de solidité assez grandes pour que nous les ayons retrouvés presque partout. Indépendamment de cette ornementation intérieure, on en avait adapté une extérieure qui n'était dépourvue ni de grandeur ni de grâce. Le système de cet embellissement des murs, pour la façade et les autres faces externes, consistait en une succession non interrompue d'arcades très-élevées , comprises entre des espèces de contreforts circulaires très-élancés, posés sur un socle, le tout couronné par une corniche. Les voussures de toutes les portes et des niches sont, ainsi que je Tai mentionné, à plein cintre, et il est digne de remarque que celte nature de courbe leur est exclusivement appliquée, car celle des voûtes et des coupoles est ovoïde. Continuant à remonter la gorge du même côté, l'espace de deux kilomètres environ, et se frayant péniblement un chemin à travers les pierres et les broussailles, on atteint un rocher très-élevé au-dessus du lit de la rivière. On arrive à sa base par une espèce d'escalier taillé dans le roc, et qu*on peut gravir à cheval. Les lignes mutilées et presque effacées d'un grand bas-relief s'y distinguent encore, mais très-imparfaitement, sur une surface qui a dix-huit mètres de long et quatre mètres de haut. Il présente un combat auquel prennent part six cavaliers qui paraissent se battre trois contre trois. Autant qu'on eu peut juger par la

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différence des costumes, Tîdée du sculpteur a été de ren* dre vainqueurs ceux du même parti ; et, d'après ce que nous savons de la physionomie persane au temps des Sassanides, les vainqueurs paraissent être de cette époque. Tous ces cavaliers sont couverts d*armures des pieds à la tête; ils combattent à la lance et portent des carquois au côté droit de leurs-montures. Les bandelettes qui accompagnent la coiffure de trois d'entre eux semblent indiquer qu'ils sont rois ou princes. Ces trois personnages sont barbus. Celui du milieu parait être dans une position désespérée ; son cheval est renversé, et il reçoit un coup de lance dans le côté. Le dernier, à droite, qui semble désarçonné, est aussi dans une situation qui doit promettre la victoire à son adversaire; mais il est tellement dégradé qu'on ne peut en suivre tous les détails , et qu'on ne les distingue qu'imparfaitement. A gauche de ce tableau, les deux premiers cdmbattants sont imberbes, et n'ont point de bandelettes. Ils représentent on des eunuques ou des jeunes pages accompagnant leurs seigneurs. L'un des deux, qui est en premier plan, fortement en selle, enlève l'autre à bras-le-corps et semble vouloir l'étouFTer dans son étreinte. Cette sculpture est excessivement dégradée, et d'un travail tout à fait barbare.

A un kilomètre plus loin, sur la même rive, et près d'un pont en ruines qui traverse le fleuve , est un second basrelief. La manière dont il est traité ne lui donne pas plus d'intérêt que n'en présente le premier. Il est sculpté sans art, et offre l'aspect d'une grossière ébauche. Le motif principal de la scène qu il représente est déjà connu. Il s*y trouve six personnages : les deux premiers à gauche se font face, et tiennent chacun, de leur main droite, un anneao

d'où palrtent des bandelettes. Ils semblent se prêter motuellement un serment. Leur costame, qoi consiste en une tuoique courte» serrée sur les hanches par une longue ceintare flottante, est à peu de chose près le même. Leur coifTare seule diiïère ; pour celui de gauche , c'est une large tiare évasée terminée par cinq pointes ; ses cheveux sont longs et tressés; il tient, de sa main gauche, une espèce de glaive à canneluresy dentelé ou flamboyant. Son vis-à-vis porte bien anftsî une longue barbe, mais il ne paraît pas avoir de cheveux, et sa tête est couverte d'une calotte surmontée d'un gtobe ou ballon d'où pendent des bandelettes. Derrière lui est un jeune garçon beaucoup plus petit, coiffé d'un bonnet tout à fait semblable au bonnet phrygien; il élève, de son bras droit, un chasse-mouches sur la tête du personnage qui le précède. Derrière ce jeune homme sont trois figures à peu près identiques/ portant la barbe longue, la tête couverte de mitres hautes et arrondies; elles font signe de l'index de la main droite élevée à hauteur de l'épaule. Leur main gauche semble appuyée sur la poignée d'un glaive pendant à leur ceinture. Toutes ces figures portent de longs et larges pantalons qui ne laissent voir aucun pied.

Au-dessous des bandelettes qui pendent de l'anneau tenu par les deux principaux personnages, sont gravés des caractères qui m'ont paru pehlvis, et qui sont tracés sur des lignes verticales, au lieu de l'être horizontalement; cette particularité ne m'a frappé que dans cet endroit.

Le pont qui est presque en face est tout à fait ruiné. Ses piles seules restées debout, au milieu de matériaux qui encombrent le lit du fleuve, montrent qu il avait deux arches. L^ massifs de maçonnerie étaient revêtus de pierres de

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taille eo assises régulières. Il est probable, d'après le caractère de sa construction, que ce pont est du même temps que le palais.

A quelques pas de là, et à une très-grande élévation audessus du chemin frayé, s'aperçoivent, tn'ais sans être bien distinctes, des ruines qui se confondent avec les rocs de la montagne. Ce sont, nous a-t-on dit, les restes d'une antique forteresse qui avait probablement pour destination la défense du dé&lé. Le nom que portent aujourd'hui ces ruines est celui de Khâtèh^Doukhtârj châituu de la jeune fille. Les habitants y rattachent le souvenir d'une légende, mais elle ne présente aucun caractère historique; le merveilleux en fait tous les frais, et ne mérite pas d'être rappelé. Ce nom de / Khalèh-DoukhtûT, est, d'ailleurs , extrêmement commun, et on le retrouve attribué à plusieurs ruines du même genre, dans diverses contrées de la Perse. Ce château est inaborda-^ble, et sans autre intérêt que celui de son origine qui, d'après sa physionomie et le dire des gens du pays, remonterait à des temps fort reculés.

Tandis que nous suivions tranquillement le sentier qui serpente dans cette gorge, pour revenir à Kevit, notre guide s'arrêta court, comme un chien de chasse qui tombe en arrêt. Nous ne voyions rien. Cependant à un coup de fusil qu'il tira nous pensâmes qu'il devait avoir aperçu quelque animal. Il ne larda pas, en effet, à reparaître en nous présen» tant triomphalement une loutre; cet homme, avec son mauvais fusil à mèche, lui avait mis une balle dans l'œil.

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