CHAPITRE XLVll
Départ de Firouzabad. — Ouragan de neige. — llelmâm. — Loupe. — Fessa. Tel-Zoaki. — Daràbgherd. — Forteresse antique. — Bas-relief.
Après une halte de quatre jours à Kevii, nous quittâmes le territoire de Firouzabad pour gagner celui de Fessa. Le 13 janvier^ malgré la pluie du matin, qui nous présageait une mauvaise journée et de la neige dans la montagne, nous partîmes. Nous remontâmes le Silâ-Redjiân et entrâmes dans la gorge que nous connaissions déjà, celle où nous avions visité les deux bas-reliers. Le chemin que nous suivions était celui qui menait directement à Ghiraz. Nous devions, à une petite distance, le quitter à son embranchement avec celui de Fessa. C'était, dans cette saison et surtout avec le temps que nous avions, la meilleure route à prendre. Une autre, plus courte, s'élevait au-dessus de Keuchk, au nord-est.de la plaine de Firouzabad, dans la montagne qu'elle traversait en droite ligne. Outre que ce chemin était très-pénible pour des mules chargées, nous pensâmes qu'il devait être impraticable le jour de notre départ, en voyant les nuages chargés de neige qui couvraient le sommet de la
montagne. Nous n'hésitâmes donc pas à prendre celui que nous suivions 9 quoique plus long, dans Tespoir.d'y trouver un temps plus supportable.
Nous passâmes de nouveau devant le bas-relief du sernienty et devant les ruines du pont qui en est voisin. A défaut de celui-ci, nous dûmes chercher un gué dans la rivière. Elle était assez large, très-rapide, et ses eaux se frayaient un passage au milieu des roches épaisses sur lesquelles elles se brisaient de toutes parts. Son lit, peu profond à cette époque, devait offrir de grandes difficultés lorsque le soleil du printemps faisait fondre les neiges dont sont couvertes toutes les montagnes de cette contrée élevée. Ce pont antique, ruiné aujourd'hui , était d'une utilité incontestable ; cependant on : ne le relevait pas. Dans toute la Perse, du nord au sud, de Test à Touest, c'est la même dévastation; les ruines tombent les unes sur les autres. Il semble que les habitants actuels n'aient pas les mêmes besoins que leurs aocétres : à voir les décombres de leurs ponts, de leurs caravansérails, on croirait que chaque population , confinée sur son territoire, n'en sort plus et n'a aucune communication avec les pays d'alentour : à voir les villages en ruines, les maisons en poussière, on dirait que les peuples n'ont plus besoin d'abri. La civilisation s'éteint, l'état social disparaît, la nation se meurt; telle est la réalité, telle est la Perse.
Après avoir dépassé le pont du Sila-Redjiân , nous nous trouvâmes au pied des rochers sur le sommet desquels nous avions aperçu l'espèce de petit fort qui domine le défilé et pouvait défendre le passage. Nous en étions beaucoup plus rapprochés, mais nous n'y reconnûmes rien de plus intéressant que ce que nous avions vu de loin.