‹ Voyage en PerseChapitre 69 sur 89 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Départ de Darâbghprd. — Sarbislân. — Lac salé. — Retour à Ghiraz. Événements de l'ouest. — GonrtMin-balram. — Lontis.

Le 26 janvier, après avoir séjourné à Darftbgherd le temps nécessaire pour faire des explorations qui nous donnasseDl la certitude que nous avions vu tout ce que son territoire rece* lait de vestiges d'antiquité, nous partîmes pour Chiraz. Nous •dûmes reprendre la route que nous avions suivie en venant. Nous marchâmes ainsi pendant cinq heures, toujours à Touest, en restant au pied des montagnes, jusqu'à un déGlé qui traverse celles qui bornent la plaine de ce côté. Le passage n'en fut pas long, et, au bout de deux heures, nous apercevions une nouvelle vallée où nous ne tardâmes pas à déboucher. Une heure après, nous descendions de cheval au village de Derakiân.

Le lendemain nous ne parcourûmes que quatre farsaks, et, suivant la base d'une chaîne de montagnes dont les sommets étaient couverts de neige, nous arrivâmes à Chechtèh. C'est un bourg considérable, dans une vallée assez bien cultivée, et, comme celle que nous avions quittée la veille, fermée par

de hautes montagnes entre lesquelles elle Torme un vaste bassin; mais elle n'a ni Téiendue ni la fécondité déjà plaine de Darâbgherd.

A l'ouest de Ghechtèh, et à une heure et demie de ce bourg, nous traversâmes une colline au bas de laquelle nous rencontrâmes une petite rivière. Son cours, qui descend du nord et se dirige vers le sud , traverse une plaine peu spacieuse au centre de laquelle se voient un grand nombre de pierres taillées et disposées de tous côtés; elles paraissent rappeler Texistence d'un lieu important. Nous sûmes , par des raïas que nous rencontrâmes près de là , que c'étaient les ruines d'une petite ville qui s'appelait Malhèh. Pendant cette journée, qui fut de sept heures, nous traversâmes un pays boisé, coupé de collines et de ravins. Les perdrix rouges y abondaient.

Nous couchâmes à Teng^-Kiarâriy village situé à Tembran* chement de trois routes : celles de Ghiraz, de Fessa et de Savonat. Selon l'habitude que nous avions, surtout dans cette partie inexplorée de la province de Fars, nous demandâmes aux habitants de Teng-i-Kiarân s'il y avait dans leurs environs quelque objet digne d'intérêt, quelques souvenirs de l'antiquité. Ils nous désignèrent un atèch-gâh; ce qui voulait dire un monument ancien, puisque les Persans comprennent sous cette désignation générale tout ce qui remonte au delà de l'islamisme. Atech-gâh, ou toute autre chose, nous tenions à voir la ruine en question. Aussi prtmes-nous, en partant de Teng-i-Kiarân, un guide pour nous la montrer. Nous traversâmes la rivière qui est près du village, en marchant au nord, et après une heure environ, nous arrivâmes, en eiïet, au pied de la montagne , en un lieu tout couvert de décom-

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bres et de petites pierres qui nous firent présumer qu'il y avait eu là un édifice sassauide. Mais nous n'y reconnûmes absoluDQenl rien qui eût une forme. Des débris de maçonnerie couvraient le sol auprès d'une fontaine considérable et Irès-limpide. Les sources ayant été à toutes les époques, en Perse, ainsi que lé constatent plusieurs monuments, des sites de prédilection pour y bàlir des palais ou en faire des lienx de repos, il esl à croire que là élait jadis quelque édifice de ce genre» Cette journée fut pénible, elle fui longue, et nous cheminâmes presque tout le jour dans les montagnes. Après une marche de dix heures, nous noiis arrêtâmes dans la pbine de Sarbistân. Il s'y trouvait deux villages rapprochés Tun de l'autre, qui portaient ce nom. Il leur vient et a été perpétué par les restes dun édifice voisin particulièrement appelé athch-gâhy le nom de Sarbistân appartenant au pays environnant. Ce monument est distant du bourg moderne d'une fargak et demie ; ie temps Ta épargné, et il élève encore ao-deseus du mirage de la plaine salée deux dômes assez bien conservés. Il a été entrevu ou désigné par quelques voyageurs, mais jamais décrit. Il n'est pourtant pas sans importance. On reconnaît facileu^nt encore que non^seulement il avait les proportions, mais encore les dispositions néiceasaires à un lieu d'habitation, à un palais, plutôt que celles d'un sanctuaire consacré à un culte religieux, commei le ferait croire le nom qu'il porte vulgairement. Quant à celui de Sarbisldn^ il se traduit par lieu planté d'arbres verts^ le mot sarb ou serb désignant l'espèce de la végétation, et la terminaison i$idn ou estân signifiant lieu, emplacement. Mais de quel genre étaient ces arbres verts? C'est ce que je n'ai pu savoir. Étaient-ce des cyprès ou dos cèdres, qui sont les deux variétés que l'on

rencoDlre dans les contrées méridionales? En rapprochant le mot serb de cedr qui peut être une altération (lu premier, on est porté à croire que les arbres de cette localité étaient des cidres. Cependant cette contrée n'en produit point actuellement, et les seuls arbres verts que l'on rencontre dans cette partie de la Perse, à Chiraz notamment, sont des cyprès. Il est donc difficile de décider quels étaient ceux qui ont f^it attribuer à ce lieu le nom de Sarbistân. Néanmoins, je dirai qu*il y a quelques raisons qui rendent plausible Tétymologie que j*ai cherchée dans le mot serb; car si le cèdre est un arbre qui tend à se perdre et qui est très-rare, même en Orient, aujourd'hui, on n'en sait pas moins par l'histoire et la tradition qu'il était très-commun autrefois. C'était même celui dont on se servait communément pour les constructions, sans doute à cause de l'avantage qu'il a d'être inattaquable par les vers. On retrouve encore des fragments de charpente faits de cette espèce de bois, et sa représentation sur les basreliefs antiques ne permet pas de douter de son existence dans d'autres temps (12). En admettant donc que ce monument ait été un palais, le nom de Sarbistân ou lieu des cyprès, s'explique naturellement par un bois de cette essence qui aurait eqtouré la demeure royale.

Quoi qu'il en soit, voici quel était l'édifice dans tous ses détails : entièrement isolé, assis aq milieu d'une plaine trèsvaste, il se trouve éloigné de toute habitation. Il en est de cette ruine comme de presque toutes celles que l'on rencontre en Orient : elles semblent être des objets de répulsion pour les populations, qui les fuient et ne s'en tiennent qu'à grande distance. La solitude complète et la stérilité du désert qui l'eatoure lui donnept eet aspect triste qui imprime à l'ima-

gination des Persans une sorte de terreur superstitieuse. Ils n'abordent qu'avec répugnance ces monuments du passé, que dans leur fanatisme, ils appellent Cheiian-Abady parce qu'ils les croient hantés par le diable, et les réceptacles dangereux d'une idolâtrie contagieuse.

Le monument de Sarbislân se dessine carrément avec sa façade à l'occident. Au milieu de cette façade s'ouvrait un portique voàté, flanqué de deux autres portiques plus petits, également voûtés ; tous trois étaient élevés de cinq marches au-dessus du sol. Cette façade était ornée de colonnes engagées. Trois de ces colonnes étaient de chaque côté des chambranles du portique central ; une seule se trouvait à chacane des extrémités de cette façade, de manière à orner les chambranles extrêmes. Toutes ces colonnes posaient sur un socle commun. Leur structure était extrêmement simple : elles n'avaient ni base ni chapiteaux, et portaient simplement une espèce de corniche en briques ; la plupart ne sont recooDaissables qu'aux traces qu'elles ont laissées.

La distribution intérieure de cette habitation ne manquait pas d'élégance, autant qu'on en peut juger par ce qu'il en reste; mais les proportions étaient très-restreintes. Cette ruine a beaucoup d'analogie avec celle du même genre que nous avons trouvée à Firouzabad; l'une et l'autre, quoique fort endommagées, donnent cependant l'idée de ce qu'étaient les demeures princières au temps des Sassanides. On peut, par le plan et les détails du monument de Sarbistàn, comme je l'ai dit à propos de celui de Firouzabad, se convaincre que cet édifice avait été disposé, dans toutes ses parties, de manière à être parfaitement habitable; que ses distributions correspondaient à celles d'un palais, et qu'elles étaient évi-

demmeni beaucoup plus variées et multipliées que ne l'aurait exigé un édifice consacré seulement à un culte religieux. Ce n'est donc qu'improprement que les habitants du pays le regardent comme un autel du feu*

De Sarbistân nous nous rendîmes à Kouend^dn^ en traversant une plaine grasse et salpétrée où nous vîmes plusieurs villages. En arrivant au menzil^ nous aperçûmes ^ sur notre droite, le lac qui s'étend jusque vers la plaine de Chiraz. Le» gens que nous trouvâmes à Kouendjàn sont en grande partie, nomades; ils quittent ce village dès qu'arrivent les chaleurs; ils y reviennent pour y passer l'hiver. Ils nous dirent que le froid se faisait à peine sentir en ce lieu où ils ne comptent pas quarante jours d'hiver, pendant lesquels la neige séjourne peu dans la montagne à laquelle le village est adossé, mais ne reste jamais dans la plaine plus de deux à trois jours.

De Kouendjftn , nous marchâmes pendant quatre heures entre le pied de la montagne, qui s'élève au sud, et le lac. Nous évaluâmes la longueur de cette nappe d'eau à sept farsaks environ , et sa largeur à deux. Son eau est fortement saturée de sel, et ne nourrit qu'une seule espèce de petits poissons. En suivant sa rive méridionale , nous traversâmes plusieurs ruisseaux d'eau douce, provenant de sources qui surgissent de la base même de la montagne. Sur la rive opposée du lac, il y a également une route qui met Chiraz en communication avec le territoire de Sarbistân ; mais elle est peu suivie, parce qu'elle est plus longue et plus difficile.

Après sept heures de marche, nous fîmes halte au village de Barmachoûr, placé au fond d'un rentrant de la montagne, à une farsak du bord du lac; de cet endroit nous distin-* guions parfaitement Chiraz.

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Noos éUofiâ de retour dans cette ville le 1^** févner , de bonne beare, après avoir passé, sor le pont appelé Pmil- Fessa on pont ée Fessa^ one rivière qoi se jette dans le lac à son extrémité occidentale. De ce point nons mimes qoatre beores et demie à atteindre la ville, en cheminant dans sa magnifiqoe plaine dont le sol atteste partout une fiécondité qui reste sans emploi. Nons allâmes reprendre possession du logement que nous avait donné dans sa maison TArménien dont oons n'avions en qu*à nons louer.

J'appris en arrivant qu'un attaché de l'ambassade rus^ était passé quelques jours auparavant à Cbiraz, se rendant à Chouchter. Je fus un peu étonné de cette démarche, car les diplomates ne font point un mouvement qui ne soit calculé et qui n'ait un motif grave. Quel était donc celui qui avait déterminé l'ambassadeur russe à donner cette mission à l'un de ses secrétaires? Il ne pouvait y en avoir qu'un seul , et ia coïncidence de ce voyage avec les troubles qui agitaient le Khouzistân le faisait aisément deviner. Les Anglais agissaient dans le voisinage du golfe Persique; les Russes ne pouvaient pas ne point contrecarrer leurs intrigues et tenter de les faire avorter en usant de cette influence qui pèse d'un poids si lourd dans la balance que tient dans sa main débile le premier vizir du Chah. Le général Seminot, qui se iroavait encore k Chiraz, me dit que l'envoyé russe s'était d*abord rendu à Kazèroûn ; que, de là, il avait dû s'avancer vers BébahÂn, en pénétrant dans les montagnes des Lours et des Bactyaris par KhaleA-Sefid. J'appris , d'un autre côté , que Manouhtcher-Khân avait quitté Ispahan à la tête de 8,000 hommes de troupes. Le Meuthamèt voulait réduire les Bactyaris, depuis longtemps insoumis, et rétablir dans son gou-

verneraeni le Beglier*Bey de Chouchter^ qui avait été forcé de se sauver. Il devait, par la même occasioD, lever quel-* ques impôts, en profitant de la saison qui forçait les tribus des Loors et des Bactyaris à descendre des cimes glacées de leurs montagnes dans la plaine tempérée de Cbouohter.

En rapprochant tout ce que j'avais vu dans le midi du voyage de l'envoyé russe et de l'entrée en campagne du Meobtamèt , sans savoir au juste à quoi m'arrèter, j'entre* voyais cependant quelque but politique auqiie) la Russie devait s'intéresser. Je savais, d'autre part, que 3 à 4,000 hommes devaient partir de Chiras avec de rarIjUerie pour marcher, disait-on, sur Bebahân. Il fallait que Tinaurrection que nous avions rencontrée dans les plaines de Boucbir fût bien sérieuse^ eût un point de départ bien inquiétant, pour nécessiter un déploiement de forces si cottsidérabie et si inusité en Perse. Je me perdais au milieu des conjectures de toute sorte, saos pouvoir découvrir Tinconnue du problème, lorsqu'un officier d*un des régiments de marche m'apprit, dans le plus grand secret , que l'expédition de Manoutchehr*» Khàn avait pour but d'aller attaquer Bagdad et de s'emparer de l'oncle du roi, Zelly^^ltàn, auquel le gouvernement anglais accorde un subside avec le titre de Châh^ et qu'il tient en réserve pour son usage, tout prêt à le làeher sur la Perse, au moiodre mécontentement qu'il éprouverait de la part du roi régnant. Cette confidence augmentait mon incer* titude en rattachant les projets d'usurpation de Zelly-Sultân aux troubles $u6cités dans la province la plus rapprochée de Bagdad. Ce Châh«Zadèb était , en effet, un épou vantail pour Mehemet-Châh, et ses prétentions au trône, que semblait légiUmer la conduite pleine dq déférence des agents anglais

à 800 ^ard , éCaieat aœ cause conlinuelle d'ioqaîélodes pour le roi de Perse.

Haîl mois auparavanl , le Giâh avait déjà voala se porter sur les rives do Tigre ; parti d'Ispahan avec une armée de 10 à 12,000 hommes, il avait vu sa route barrée par le aiinislre de Russie, qui Tavait dissuadé de sou entreprise et ramené à Téhéran. N'étaitril pas possible que MehemeUChèh , ne perdant pas de vue Tidée de s'emparer de son oncle, dont le voisinage l'incommodait, avait cette fois confié Texécution de ses projets à Manoutchehr-Kliftn, qui entrait ^i campagne sous le prétexte de réprimer la révolte du Khoozistân? De Chouchler, il était facile de marcher sur Bagdad. Tout cela était obscur, mais tout cela était probable, et les 12,000 hommes appelés à faire Texpédition de Chouchter, aussi bien que l'envoi d'un agent supérieur russe, donnaient, on ne peut en disconvenir, aux projets du gouvernement persan un but plus sérieux que celui d'une simple révolte à étouffer. Nous verrons plus tard ce qu'il y avait de fondé dans Topinion qui attribuait aux Anglais une participation aux événements qui agitaient le sud du royaume.

A notre premier passage à Chiraz, nous avions voulu faire revivre notre projet de pénétrer, de ce côté, dans la Suziane. Tous les renseignements que nous avions recueillis alors avaient été de nature à nous dissuader d'une excursion qu'on nous représentait presque comme impraticable. L'insurrection qui troublait ce pays le prouvait suffisamment. De tout ce que nous avions su à ce sujet, il résultait la probabilité que nous n'arriverions pas à notre but , que nous ne pour* rions explorer le pays intermédiaire, à cause des populations barbares qui l'habitent, et que, si nous ne perdions pas notre

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bagage, nous en serions tout au moins pour la perte de nos frais de voyage. Nous n'avions point assez d'argent pour ie risquer, et nous avions trop d'intérêt à ne point aventurer ce que nous possédions, nos travaux, nos recueils, nos documents de tout genre, pour entreprendre une exploration qui présentait autant de chances défavorables. Nous avions su, d'autre part , que deux Français nos devanciers , ayant tenté de suivre ce même itinéraire, avaient été arrêtés à BebahAn, empêchés d'aller au delà, sans avoir rien vu d'intéressant. Ces voyageurs avaient même eu les plus grandes peines à se tirer des mains des montagnards farouches au milieu desquels ils s'étaient aventurés, et ils avaient dû brusquement se jeter au sud, sur le rivage du golfe Persique, pour y chercher un port où ils pussent s'embarquer. A cette époque donc, les portes de la Suziane semblaient à jamais fermées pour nous, A notre retour à Chiraz, les nouvelles que nous avions de ce pays, le passage récent d'un envoyé russe, la présence de cet agent et de Manoutchehr-Khân au milieu des tribus sauvages du pays, nous parurent des circonstances favorable pour tenter de nouveau de pénétrer au milieu d'elles. Nous l'eussions sans doute essayé, et peut-être eussions-nous réussi; mais il fallait compter avec notre escarcelle, et si elle avait contribué à nous rendre prudents deux mois auparavant , il faut dire qu'alors elle avait considérablement dimi. nué de poids. Huit mois de voyage l'avaient épuisée ; aussi quand nous en vînmes à vérifier son contenu, le trouvâmesnous à peine suffisant pour gagner Ispahan. Comnient, avec d'aussi faibles ressources, aurions -nous pu entreprendre le voyage long, pénible, les explorations difficiles ' que nous aurions voulu pousser du côté de Chouchter? Quelles

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que fossent les circonsianoes , quelque favorables qu'elles parussent à cette e^cursioup loal en laissant doater de aoa 80(x?ès, il (aai le àire^ nous fûmes obli^ d*y renaocer, faute d'argent Nous en éprouvAmea des ragrela d'autaot plus vifs que c'était la première privation, la première liaiila que notre pénurie imposai à nos travaax* Jasque-là, mas aous départir de la pl«6 stricte économie, noas avions po suffire à toutes les exigences de nos recherches. Si aons n'avions point y jusqu'à ce jour, manqué d'argent, les tribulations qui naissent de Tabsence des ressources pécuniaires ne devaient pas tarder à se présenter à nous, avec Tinquiétude que imU Uplient nécessairement Téloignement et le manque db rela* tiens avec TEurope.

Nous restâmes onze jours à Cbiraz. Nous avions ions besoin de repos, car, depuis près de deux mots., nous ne nous étions pas arrêtés ; nons avions voyagé constsameat à travers des contrées difficiles, et n'avions cheminé que dans des sentiers pénibles tracés au miliea de pays sauvages. Pendant ce second séjour à Chiraz, nous assistâmes à deux cérémonies soleniaelles : la première fot le courbân-baïram , ou fête du userifioe; elle est restée populaire en mémoire du sacrifice d'Abraham. Chaque famille doit , ce jour4à , égorger un mouton qa'elle se partage. Dans les villes, on pro- ^«lène «n chameau richement couvert d'étoSes de toutes couleurs, de châles, de broderies, jmûs on i'égorge aussi. Les officiers, les khàns et les principaux mirzas doivent se rendre à un grand Selâm qui a lieu devant le gouverneur. Nous nous rendimes à celui du prince Ferrh&d*Mirza. La réunion avait lieu dans le jardin du palais, devant le Divâui-Khànèh. Nous y vîmes successivement arriver nu nombre

considérable de personnages parmi lesquels ii y avait de^ colonels, des kbâns^ des mollahs, des of&ciers de Umt grade el des fonctionnaires attachés au gouvernement de la province. Tous se présentèrent, suivant leur rang ou leur importante, en face de la grande fenêtre où devait se moatrer le Châh-Zadèh. Lorsqu'il y parut, il fut salué par une salve de coups de canon. -^ Pour nous^ étrMgers , nous ne voulûmes pas Qous mêler à la foule des courtisan». Nous ne pouvions nous exposer à nous voir parmi euK disputer la place qui nous convenait. Nous nous tînmes à distance^ mais en Yoe du prince , et nous lui rendim^ honneur comme les Persans. Il parut fort étonné de oous voir là^ et me fit dire que je vinsse le voir le lendemain. — On récita deux ou trois pièces de vers; Ferrbàd-Mirza adressa quelques compliments aux poètes qui les avaient écrites en son honneur ; on se prosterna de nouveax , et tout fut dit. Avant que la foule se fût retirée , le Châh-Zadèh nous fit approcher. Il uous dit poliment qu'il était très-heureux que nous eussions tenu notre parole de revenir le voir , et qu'il était très-^curieux de connaître ce que nous avions pu trouver dans uotre excursion* Pendant notre absence, il y avait eu quelques troubles à Chiraz; des lottis avaient commis plusieurs crimes. Le Châh-Zadèh voulut les faire arrêter ; mais, s'étant réfugiés dans l'imâm-zadèh de Cbâh-Tcherâk, ils s'y défendirent contre les Serbes qui furent envoyés pour les saisir, et ils en tuèrent deux. Le prince ne voulut pas exposer d'avantage la vie des soldats , ni ensanglanter ce lieu considéré comme un asile sacré. Il ordonna ^ en conséquence, quon laissât échapper les loutis, qui ne demandèrent pas mieux et quittèrent la ville. Les préjugés religieux n'étaient satisfaits qu'à

moitié, puisque Tattaque avait eu lieu malgré la saiDtelé de rimàm-zadèh ; mais la justice et l'autorité ne Tétaieot nullement. — Triste exemple de la faiblesse du pouvoir qui do sait, en Perse, qu'être débile ou craeL — Cependant, il fallait une vengeance, une proie à l'autorité; la victime fut le ketkhodâh d'un des quartiers de la ville, qui passait à tort ou à raison pour protéger les mauvais sujets. Il fut pris et eut la télé tranchée. Le kalantar, qui était également réputé leur ami , fut arrêté, mais il sut se faire relâcher, probablement en vidant sa bourse.

Je revis souvent Ferrhàd-Mirza ; il avait la bonté de me mettre fort à mon aise, et de causer avec moi sur le pied de l'intimité. J'essayai de mettre sa bienveillance à profit pour Ressoul-Bek, qui avait un barat à se faire payer à Ghiraz. J'en parlai au prince, qui voulut bien s'y intéresser ; mais par combien de détours n'essaya-t-on pas d'éluder I acquittement de cette dette, qui était cependant revêtue du sceau royal! On me remettait de jour en jour, et je dois dire que le pauvre Ghàh-Zadèh en avait l'air tout honteux. Chaque fois il me disait ? « Dema.o... » Les Persan? remettent toujours ces sortes de choses au lendemain, absolument comme le barbier dont l'enseigne porte : Jet an rtue pour rien... demain.

Nous fûmes invités à prendre le thé chez un évêque arménien , kalifah du pape schismatique d'Etch-MiaEin. Il venait de Bagdad par Bassorah et Bouchir; il nous raconta mille fables sur ce qui se disait, à Bagdad, des affaires de Syrie. 11 était difficile d'y démêler la venté. Ce khalifah nous dit qu'il s'était arrêté à l'Ile de Karak, qu'il y avait trouvé deux fré-» gâtes anglaises , et qu'il y avait vu débarquer dix-huit pièces

(le 'canon. Son opinion était, d'après ce qui se passait dans cette ile, que les Anglais s'y fortifiaient plus que jamais.

Nous fîmes à Chiraz une provision de plâtre fin^ dans l'espoir d'opérer quelques moulages à Persépolis , en y repassant. C'était une manière de compléter nos travaux et de leur donner un moyen de contrôle qui p&t inspirer toule confiance dans leur exactitude. Nous ne pouvions espérer emporter beaucoup de moules des sculptures ; le voyage qui nous restait à faire était trop long, et les moyens de transport trop difficiles pour nous permettre de réunir plusieurs sujets qui auraient composé la charge de plusieurs njules. Il nous suffisait d'emporter en France un ou deux types pour l'appréciation du travail et des reliefs de ces curieux monuments, dont nos dessins étaient d'ailleurs la complète et fidèle traduction.

La veille de notre départ de Chiraz , nous assistâmes encore à une cérémonie qui, selon l'usage, précède le Norouz ou la fête du nouvel an. Ce fut le même personnel et le même cérémonial que pour le Courbân-Banam.

Après avoir pris congé de Ferrhâd-xMirza , et avoir dit adieu au général Seminot, qui avait mission d'inspecter les moyens de défense du littoral maritime vers lequel il se préparait à descendre, nous partîmes pour Ispahan.

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