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AU VOYAGK.KN PKKSE.
sins, comme aussi d'après ce quMI me dit, que les moouméats existants dans cette province offrent, en réalité , peu d'intérêt, comparativement à ceux que nous avions vus ailleurs. J'y trouvai une sorte de consolation à ne point avoir fait cette excursion , et je finis jmr la regretter d'autant moins que M. Bode m'autorisa, avec la plus gracieuse obligeance, à faire de sà communication tout ce que je voa* drais. La publication m'en étant permise, je ne conservai plus aucun souvenir amer de la lacune que nous n'avions pu combler dans notre recueil de matériaux archéologiques , puisque nous pouvions ainsi satisfaire aux désirs de la science , sans oublier d'appeler sa gratitude sur le service que M. Bode lui rendait d'une manière si courtoise, |>ar notre entremise.
Je dus encore à cet aimable diplomate de passer fort agréablement le temps de notre séjour à Téhéran < Il me mit en rela^ tion avec plusieurs Persans dans la société desquels je trouvai non-senlemeni du plaisir, mais encore le moyen de compléter mes études sur les mœurs de ce singtilier pays. Parmi \e» personnages chee lesquels j'avais un accès libre, ceux que je fréquentai avec le plus d'assiduité étaient deux jeunes Cbàh- Zadèhs qui étaient du nombre des princes que to roi* entretenait, après les avoir fait descendre de la haute position ùk les avait placés le feu roi Fet- Ali-Châh . L'un de ces Chàh-Zadèhs était Seïf-oad-dovIc-Mirza, primitivement beglier-béy d'ls|>ahan , et^vf)luptueux anachorète du délicieux ertnitatte de Kalvèt-Serpouchidôh dont j'ai essayé d'c^uisser l'enivrante élégance. I/auire, qui vivait avec le précédent dand ta |>lus étroite amitié, s'appelait Khosrou^Mirza. Ces daox jeunes ji:ens, charmants d'amabilité et d'esprit, de la plus enrrtial^
aflabilité , étaient les vrais types de la grâce et de la politesse raffinée des Persans de haut rang. A leur esprit cultivé et enjoué rien ne plaisait autant que la poésie et la peinture. Ils se piquaient tous deux de dessiner et de faire de jolis vers. Je fus vite traité par eux en ami, malgré ma qualité d'Européen , et grâce à mes cartons pleins de vues et de costumes de Perse. Presque chaque jour je me rendais chez eux , j'y passais plusieurs heures , et il m'arriva avec ces aimables princes ce qui m'était arrivé, à Tabriz, avec leur parent iMalek-Kassem-Mirza : je fis tourner au profit de mon recu(*il les heures pendant lesquelles ils me retenaient» Je leur dus, en effet, plusieurs études nouvelles de costumes que, sans leur intervention, je me fusse procurés avec beaucoup de peine. Nous nous réunissions assez ordinairement dans leur jardin , sous une vaste tente où Ton mettait une grande table. Là, tout en devisant de mille choses , de la Perse, de l'Europe, de la musique, de la poésie^ les uns dessinaient, les autres récitaient des passages du Chah- Namèh, du Gulistân de Saadi, ou quelques strophes élégantes d'Hafiz. Seïf-oud-dovlè-Mirza et Khosrou-Mirza dessinaient ou peignaient des fleurs et des animaux. A ce talent ils en joignaient un autre dont je fus un peu étonné de voir les produits; ils me présentèrent un jour des petites pierres polies, espèce d'agathes ou de fragments de porphyre, sur lesquelles étaient figurés, en relief très-sensible, des animaux et des plantes. Si je fus surpris du résultat , je ne le fus pas moins du procédé par lequel ils l'obtenaient. Ils me l'expliquèrent, et joignirent l'exemple à l'explication : ils dessinaient sur la pierre, avec un corps gras , l'objet qu'ils voulaient représenter, puis couvraient de la même matière
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toute la silhouette dessinée. La pierre , soumise à l'actioo d'un mordaul, d'un acide qui, je pense, était de l'adde sulfurique, était rongée partout où elle était nue , et donnait ainsi , après l'opération , le relief du dessin.
Je dois à l'amitié que me témoigna le prince Seïf-ouddovIè-Mirza, un précieux échantillon de la peinture persane. C'est un portrait de son père Fet-Ali-Châb, qui lui venait du feu roi. Cette espèce de miniature à Taquarelle , gouachée et vernie, est, dans ce genre, ce que j'ai vu de plus parfait en Perse. C'est un très-remarquable produit de fart de ce pays, et qui, je dois le dire, pourrait très-bien ne pas être désavoué par un Européen. Du reste , le prince me dit que cette miniature était du premier peintre du roi défunt; et il ajouta , ce que je crus sans peine, que j'en trouverais difficilement une seconde qui la valût.
Quelques jours après la fête du Norouz, le ministre de Russie alla remercier le Chah de son invitation à cette solennité. Comme nous y avions été présents, M. Duhamel nous demanda si nous ne jugions pas à propos de raccompagner encore dans cette visite* Nous ne pouvions faire qu^une réponse affirmative, et nous nous joignîmes à la suite du général. S. M. nous reçut dans un petit bâtiment de peu d'apparence; l'appartement dans lequel nous la trouvâmes, était de la plus grande simplicité. Mehemet-Châh était assis par terre, dans un coin, contre une fenêtre ouverte sur un jardin. Il avait, autour de lui, quelques livres parmi lesquels je reconnus l'Histoire de Napoléon qui lui avait été donnée par M. de Sercey. Des pistolets montés en or étaient à c^te, et plus loin, toujours par terre, une immense pendule en bronze doré, qui avait également figuré au nombre des pré-
sents officiels que lai avait faits notre ambassadeur. Le costume que portait le roi était aussi simple que la pièce dans laquelle il donnait audience , et, si Téliquette la plus minutieuse n'eût présidé à cette entrevue , on n'aurait pu se croire en présence du Cliâh-in-Châh j du monarque qui a toujours passé pour le plus fastueux prince de TAsie. Mehemet-Châli fut d'ailleurs très-causeur et très-gracieux. Il m'adressa plusieurs fois la parole et me demanda si j'étais content des résultats de mon voyage. Il me parla de Takht-i-Djemchid, de Nakch-i-Roustâm et de Chàpour avec enthousiasme , et me dit qu'il désirait beaucoup voir tout ce que j'avais recueilli parmi ces ruines antiques. Ce désir équivalait à un ordre, et quelques jours plus tard , je me rendis de nouveau au sérail. Cette fois, j'étais seul. Mais je n'en dus pas moins subir les exigences de la plus stricte étiquette. J'arrivai à cheval jusqu'à la cour où se tenaient les officiers de service. Là , je mis pied à terre, et chaussai des pantoufles par dessus mes bottes. Les ferrachs me conduisirent à la porte d'un jardin où m'attendait le ichagassi ou maitre des cérémonies. Il s'assura que je m'étais conformé à la règle, et satisfait des énormes babouches qui contenaient mes pieds , il me dit de le suivre. Nous traversâmes le jardin ; bientôt j'aperçus le Chah à une fenêtre ouverte. Après deux ou trois selamaleks faits jusqu'à terre par le khân qui me précédait, nous approchâmes et fîmes un dernier salut plus lent et plus humble encore que les autres. Quelques secondes^ après, le roi me demanda si je devais quitter bientôt la terre d'Iran. Je lui répondis affirmativement; il me fit quelques autres questions sans intérêt, puis me demanda si j'avais pensé à lui apporter tous mes dessins, parce qu'il désirait beaucoup les voir.
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Je lui montrai le carton que portait nn officier da palais derrière moi ; Mehemet-Ch&h fit signe au màttre des cérémonies de me conduire dans l'appartement ou il se trouvait. Nous montâmes un petit escalier ouvrant sur le jardin; je quittai n^es babouches, et, le maître des cérémonies soulevant une portière, je me trouvai en présence de Sa Majesté. Le roi était assis à terre, sur un petit carré de drap rouge, brodé et orné d'une frange d'or, fl était appuyé contre le mur, et accoté sur des coussins. A chacun des coins de devant du tapis qui se trouvait sous lui, était une espèce de petite borne en albâtre sculpté , avec des arabesques gravées et dorées. Ces deux objets étaient placés en avant du mo narque, à deux pieds environ de sa personne. Je remarquai que le mattre des cérémonies, et un des vizirs, s'étant approchés pour remettre quelque chose à Sa Majesté, ils s'étaient arrêtés en deçà de ces deux pièces d'albâtre, et s^étaient penchés jusque-là avec la précaution de ne les pas dépasser. Ces deux objets marquaient, en efTet , la limite devant laquelle doit s'arrêter respectueusement tout sujet qui est admis h rhonneur d'approcher le Chah. En voyant ces deux bornes je me rappelai des objets semblables que j'avais observés sur les bas-reliefs de Persépolis représentant le roi sur son tr6ne. Il devint évident, pour moi, que cette coutume, de poser nne limite à l'approche de ceux qui ont à remettre quelque chose au souverain, n'était pas nouvelle et qu'elle avait dA se perpétuer d'âge en âge.
Je me conformai à cette marque de respect, et quand, à mon tour, je reçus du roi l'invitation de me placer près de lui afin de lui faire voir et de lui expliquer mes dessins , je n'eus garde de dépasser la limite indiquée. La séance fut un
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peu longue pour une audieoce royale* Mais Mebemal^Châh av%U, comme tous ses sujets, un ^oût très-prononcé pour les dassini et les images de toute espèce* Il trouvait dans mon carton de quoi la satisfaire, et il prit aon temps. L'étiquette me rendit d'abord discret; mais, peu à peu, encouragé par le roî lui-même, je me mis plus à Taise, et je lui racontai toutes iios pérégrinations, nos £atigues, nos découvertes, et lui dis à quels faitiB historiques, nous autres Européens, nous rattachions les diverses antiquîl4s ou ruines que nous avions trouvées dans ses États. Nous ne l^mes pas toujours d*acd^rd, parce que le Chah mêlait trop couvent le merveilleux et la fable aux faits de T histoire; dans ce cas*là^ j'agissais en courtisan et me gardais bien de contredire Sa Majesté. Au reste le roi, de son côté, parlait en prince bienveillant, et il ne m'épargna point les khoûbl kaïli khoûb! machallah! et autres exclamations admiratives. Je priai Meheuiet-Ghàh d'agréer Tbommage que je Ini fis de quatre dessins à l'aquarelle, représentant des vues dlspahan. Il y parut très-sensible et me remercia beaucoup; après quoi je me retirai, en lui disant oombieo j'étais reconnaissant de l'accueil par lequel il m'avait honoré, ainsi que des ordres que portaient les firmans au moyen desquels il nous avait facilité nos voyages ei nos recherches.
Nous trouvâmes , à Téhéran , réunis daas le même local , <et dans le même déBoeuvrement^ tous les soiisK>fficiers instructeurs dont j'ai déjà parlé. Us étaient sans emploi , et presque sans argent; c'est-à-dire que ces malheureux jeunes gens étaient obligés , pour toucher les appointements qu'on s'était engagé à leur payer chaque mois, de solliciter saAs nelAche. Ils passaient quinze jours, sur U^eniB^ à récla-
mer leur solde , et ce n'était qu'à force d'importunité qu*ils parvenaient à la recevoir. Nous les revîmes très- découragés, et n'espérant pins rien des Persans. Ils nous racontèrent tontes les manœuvres auxquelles on avait eu recours pour persua* der au roi de ne pas les employer. Rien ne donne mieux ridée du caractère des Persans et de leur insouciance, que le fait de ces douze ou quinze talimdjis auxquels ils payaient des émoluments élevés, qui étaient une charge pour PÉtat, dont ils ne voulaient point utiliser les connaissances, bien qu'ils les eussent, à grands frais, fait venir de France, et quMIs ne pouvaient cependant prendre sur eux de congédier. Au reste ces jeunes gens, découragés, perdant leur carrière en France, ne voyant aucun, avenir devant eux en Asie, avaient, à défaut de l'initiative du Chah ou de son vizir , pris la résolution de quitter prochainement la Perse. C'est ce qu'ils firent, en effet, quelques mois plus tard, après avoir passé plus de trois années dans ce pays, sans pouvoir dire, à leur retour, qu'ils eussent fait porter les armes à un seul des serbàs de la Perse.
I^s pluies équinoxiales nous avaient forcés de prolonger notre séjour à Téhéran bien au delà du terme que nous lui avions assigné. Dès que nous crûmes le temps rasséréné, nous pensâmes à nous mettre en route. Nous n'avions point de projet bien arrêté pour notre retour ; nous ne savions pas encore de quel côté nous TefTectuerions. Nous avions le désir de revoir Constantinople: passer par le Bosphore c'était notre plus court chemin ; et , pour nous y rendre nous n'en avions pas de plus commode à suivre que celui de Trébizonde où un service régulier de bateaux à vapeur nous promettait une prompte traversée dans la mer Noire. Mais nous
avions appris, plus d^une fois à nos dépens, qo^il ne fallait pas faire de projet: dans ces contrées à deûii sauvages, Timprévu dirige le voyageur, il ne peut d'avance compter sur rien. A cet égard le fatalisme turc se conçoit, et ce que l'on a de mieux à faire souvent, c'est de s'en remettre à la Providence. Sous l'influence de ces réflexions, nous devions, de Téhéran, nous diriger sur Constantinople, mais sans prévoir les moyens d'y aborder. Nous primes donc cette direction^ et l'on verra comment notre itinéraire a été coupé, contrarié, et brusquement dirigé d'un côté tout différent.
Dans l'ignorance où nous étions de ce qui nous attendait sur la route de Trébizonde, nous ne pouvions, à Téhéran, nous donner qu'un but, le plus rapproché, c'est-à-dire la ville de Tabriz. Là nous devions voir ce qu'il y avait à faire pour pousser plus loin. Pour nous rendre dans la capitale de l'Azerbaïdjàn, nous avions devant nous la route de Zenguiàn par Sultanyèh. C'était la meilleure et la plus courte ; mais nous la connaissions, nous l'avions suivie avec l'ambassadeur. Nous désirions en prendre une autre, fàt-elle plus longue ou plus difficile, afin de voir quelque point nouveau de la Perse. Parmi les provinces de ce grand royaume, que nous n'avions point explorées, parce qu'elles n'entraient point dans le plan qui nous était tracé, et qu'elles étaient en dehors du cercle de la Perse historique, parmi ces provinces étaient le Mazenderàn et le Guilân qui bordent la mer Caspienne. Ces contrées, dont j'avais entendu raconter tant de merveilles, où la nature est une des plus riches, des plus prodigues que Ton puisse voir en aucun pays , excitaient vivement notre curiosité. Nous n'en étions point éloignés, puisque nous n'avions pour y arriver, qu'à traverser la chaîne des monts
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Elboorz, qui s^élève derrière Téhéran. Ce détour alion* geait aotre voyage de deax jours à peiae ei oous poavions gagner Tabriz ea paasani par Ardebîl, Ce plan oous séduisait el noon pensions sérieusemeiil à l'exéeuter. Mais un de ces obstacles auxqu^s je faisais allusion, eiqui, en Orient, barrent toul a coup le chemin aa voyageur^ irial se meiire en travers de celui que nous avions choisi. Cet obslacle était Timpossibilitéde trouver «a tchervàdar qui voulût enireprendra le voyage dn Masenderàn ou du Guilàn dans cette saison. Les pluies torrentielles qui avaient retardé notre départ de Téhéran , avaient submergé le pays situé entre lo pied des montagnes et le rivage de la Caspienne. L'étroite €X>ntrée qui forme la cète méridionale de cette mer» est coupée par dinnombrables ravins ou ruisseau:^ par laaqaels s'écoulent les eaux qui descendent avec rapidité de TËlbourz et des autres chaînes qui s'étendent de Test à louest Ces eauK affluent en abondance sur le pays plat qui forme le rivage, et, ne trouvant pas vers la mer un écoulement aussi facile que celui qui les a conduites dans la plaine, elles y séjournent en Tinondant. A la suite des pluies, longtemps encore après que les eauK ont disparu^ le wl dans lequel ailes se soot infiltrées, reste détrempé à une si grande profondeur qu'il offre un danger réel au^ caravanes qui s y embourberaient à chaque pas. Telles étaient les difficultés que les muletiers de Téhéran opposaient à une excursion dans le Ma^nderân et le Guilàn. Cependant il pouvait y avoir de l'exagération dans les périls que redoutaient les tchervadârs; et, bien que leur dire correspondit aux renseignements que nous primes d'autre part, nous ne pouvions abandonner complètement le projet de visiter ces curieuses provinces. Nous fimes alors un coiupromis
avec le muletier le plus accommodant que nous pûmes trouver: nous convînmes de gagner la route qui traverse TElbourz à Roud-bar, pour descendre en Mazenderàn, et que, dans un des villages les plus rapprochés de ce passage^ nous prendrions des renseignements certains d'après lesquels nous nous dirigerions. Ce fut dans cette disposition que nous quittâmes Téhéran le 24 avril.
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