‹ Voyage en PerseChapitre 75 sur 89 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Départ de Téhéran. — Retonr à Tabriz. — M. Fournier lazariste. — Exémtioii à mort d'un chef de brigands. — Difficultés pour retourner en Europe. — Départ pour Selmas. — BasHreliefs. — Khosrovâli.

En quittant Téhéran , notre suite se trouva diminuée de Ressoul-Bek. Ce brave homme , qui nous avait accompagnés partout, avait toujours avec la même patience partagé dos privations et nos fatigues. Nous n'avions eu qu'a nous louer de ses services et de sa fidélité. Après les avoir récompensés le plus généreusement qu'il nous fut possible, nous lui rendîmes sa liberté. Il avait repris ses fonctions de Goulam-i- Châh, et nous Favions recommandé chaleureusement à ses chefs. Le jour où nous sortîmes de Téhéran, Ressoul-Bek voulut reprendre sa place devant nous; et, chevauchant avec sa dignité habituelle en avant de notre petite troupe, il remplit une dernière fois son rôle de yassaoul particulier. A demifarsak de la ville, après nous avoir mis dans notre chemin , il nous fit des adieux affectueux et pleins de sensibilité. Nousmêmes nous ne pouvions, sans être émus, nous séparer de ce fidèle et courageux compagnon de nos voyages.

Le premier jour, nous allâmes jusqu'à Solimanyèh. Le

JendemaiD, le beau temps que nous avions depuis quelques jours et que nous espérions conserver, changea tout à coup. La pluie ne discontinua pas, et nous arrivâmes, trempés, au village de Kasr-i-Sing. Nous nous écartions de la route que nous avions suivie avec Tambassadeur, lors de notre passage. Nous évitions la ville de Kasbin qui était trop à droite, et nous marchions sur une ligne plus directe. Nous passâmes, le troisième jour, au milieu des ruines d*un village abandonné, appelé Karakoubad. Bien nous avait pris d'emporter quelques provisions de Téhéran , car nous ne trouvâmes absolument rien dans cet endroit solitaire.

Ce fut à Tchoubindary bourg rapproché des montagnes, au delà de Kasbin , et peu éloigné du col de Roud-Bar, que nous primes les informations nécessaires pour résoudre la question de savoir s'il était possible d'entreprendre le voyage de Mazenderàn. Tout ce que nous apprîmes là de ce pays et des difficultés qu'il présentait concorda tellement avec ce que nous avions recueilli à Téhéran, et le temps, pluvieux déjà, menaçait de devenir si mauvais, que nous jugeâmes décidément qu'il était prudent de ne pas nous aventurer dans les terres marécageuses qui bordent la mer Caspienne. Nous renonçâmes donc tout à fait à ce projet, et résolûmes de nous rendre le plus vite possible à Tabriz par la route ordinaire. Nous avançâmes vers Sultanyèh , en passant par Kinichki , village situé dans un site montagneux , alors empreint de la riante fraîcheur du printemps. Après y avoir passé la nuit, nous allâmes à Koràmdérehj gros bourg situé dans une vallée qui lui a donné son nom dont la traduction est Vallée des Délices. Il le doit sans doute à ses nombreux jardins et à la fécondité de son

8ol qui parait y répandre l'aisance. Le «lO, noas arrivâmes, à Saltanyèb. Le lendemain , en en partant, nous nous arrêtâmes au petit palais de Fet-Âli-Châh, que nous n'avions pu voir à notre premier passage dans ce lieu; nous le trouvâmes abandonné et tombant en ruines. Les salles de cette demeure où le Châb transportait sa cour chaque année, n'avaient plus ni portes ni fenélres. Ouvertes à tous les vents , elles se dé^ gradaient^ servaient d'asile aux oiseaux qui y faisaient leurs nids, et ne portaient d'autres traces du séjour royal -que quelques peintures à demi efTacées. Cet édffioe a du reste de petites dimensions , et il semblerait prouver que la Miite du Chah, quand il venait à Sultanyèh, était bien restreinte. Mais cela s'explique par le goût qu'ont les Persans pgQr la tente. La cour entière campait dans la plaine, et Fel-Aii-Chàh lui-même, an dire de voyageurs qui y ont vu ce prince, avait ses tentes et son divao-i-khànèh au milieu du camp de ses troupes. Il est donc probable que le palais élevé en cet endroit n'était destiné qu'à Thabîtation secrète du roi et à son andfroûm. On dit que Fet«Ali4]hâh, dont l'idée avait été de créer là une nouvelle ville appelée Sultânabad , voulait que ce palais en fût le centre et le noyau, pour ainsi dire.

Autour de Sultanyèh^ certaines parties du sol sont accidentées et sablonneuses. Nousy vlmesune quantité prodigieuse de petits animaux de la grosseur et de la couleur d'un rat. Ils couraient de tons c6tés, se montraient à Torilice de terriers trèsnombreux, et s'y enfonçaient avec une agilité extraordinaire. Nous remarquâmes qu'ils se dressaient ou s'asseyaient sur leurs pattes de derrière , et que lear queue, large du bout, était garnie de poils noirs. Autant que j'ai pu reconnaître Tespèce de ces petits quadrupèdes, je pense que c'était des gerboises.

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La halte suivante de notre caravane était à Zenguiân. Je n'avais pas oublié le peu d'hospitalité que nous y avions trouvé un an auparavant, et ce n'était pas sans répugnance (]ne je me voyais forcé de chercher de nouveau un gtie dans cette ville» Mais notre tchervâdar nous évita ce désagrément en nous oondoieant k une saison qui était une espèce de Meimân-Khanèh y c'est^àHlire une maison où l'on recevait les voyageurs Bile était située en dehors de la ville ; nous n'y fûmes pas très^confortablement « mais du moins personne ne nous y disputa le logement*

Depuis notre départ de Ttiiérân ^ la pluie ne nous avait presque pas iai8sé de répit. A partir dé Zenguiàn elle aug* meota encore et ne cessa plus. Les chemins étaient horribles ; nos chevaux marchaient lentement et enfonçaient jusqu'à mi'^jambe dans une boue grasse dooi ils avaient quelquefois beaucoup de peine à se tirer. Les moindjres ruisseaux étaient des rivières i et oellesK^i , qui habituellement offraient des gués faciles» ne présentaient plus que d'éiroits passages sou** vent dangereux. Nos bagagei étaient complètement mouillés, et nos maatèadx, nos habitd tnèmes et nos bottes, tout impré* gtiés, traversés, ne pouvaient plus sécher. Le temps s'était refroidi, et la neige venait fréquemment semièler à la pinîe; nous étions transis. En quittant Zenguiàn nous eûmes use journée horrible peadani laquelle nous fûmes encore plos mouillés que de coutume. Nous avions fait une route bien longue, quand nous aperoAmes le hameau où nous «levions nous arrêter. Noos nous réjooissioas à la pensée de nous y sécher, et de nous y reposer^ car le mauvais temps avait beaucoup contribué à augmenter la fatigue de la route. Vain espoir. Il n'y avait pas moyen d'avoir de bois dans ce

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maavais trou. Le pays n'en produisait pas, et les habitants étaient dans ane misère si grande qo'îls o^aoraient pas dépensé on chat ponr s*en procurer. On nous donna même une chambre où il n'y avait pas de cheminée , par conséquent où nous n'avions pas même la ressource de faire brûler de ces mottes façonnées avec de la boue et du fumier, chauffage ordinaire des raïas. Pour comble de misère cet endroit était tellement infecté de puces , qu'il était littéralement impossible d'entrer dans les maisons sans en être complètement couvert. Je laisse à penser la nuit que nous eûmes dans ce maudit village. Il s'appelait Kikbeh; il était situé au bord d'une forte rivière que je crus être le Kizil-Hautenj mais que je ne pus reconnaître d^une manière certaine. Nous n'eûmes pas de peine à fair ce lieu le lendemain matin, quoique le temps fût affreux. La halte de ce jour-là fut aussi peu attrayante que la précédente. Nous arrivâmes, après huit heures de marche*dans la boue, avec des averses continuelles, au caravansérail de Partchambèh. Nous n'y trouvâmes rien que des ruines. A côté , était un village renversé de fond en comble, et pas un habitant. Nous ne pûmes donc nous procurer ni bois, ni vivres. C'était la faute des muletiers. Ils n'avaient pas voulu suivre la route que nous leur avions indiquée, et par laquelle nous étions passés avec Tambasâade ; ils prétendaient que celle-ci était meilleure et plus courte. Nikbèh et Partchambèh nous firent vivement regretter de nous en être rapportes aux tcher^àdars. Nous avions déjà lieu d'être très-mécontents du premier de ces gîtes; mais, ce jour-là, nous étions si furieux contre nos guides que leurs épaules s'en ressentirent. H y avait bien de quoi. Avec la fatigue, la faim et la pluie, il

fallut passer une horrible nuit, en plein air, sans feu, et sans manger; tout cela par l'entêtement de nos muletiers. Je crois, en vérité, qu*à force de vivre avec leurs bêles, ils prennent quelque chose de leur nature.

Le 4 mai nous traversâmes le pont du Kizil-Hausen et le Kaplân-Khoùhy ou nous trouvâmes la route dans Tétat le plus difficile et le plus dangereux qu'on puisse voir pour les animaux. Il y avait eu jadis une chaussée en pierres, établie précisément pour faciliter, dans la saison des pluies, le passage de celte montagne qui présente partout un sol facilement détrempé par les eaux et la fonle des neiges. Mais ce chemin avait été fait dans un temps ou le gouvernement persan, plus intelligent qu'aujourd'hui, se préoccupait de faciliter les relations entre les diverses provinces du royaume. Bien des années s'étaient écoulées depuis, et la chaussée endommagée n'avait point été réparée. L'administration actuelle, qui n'a pas une pensée pour le bien public, l'a laissée arriver à un état qui rend ce passage infiniment plus dangereux qu'il ne serait si elle avait disparu complètement ou si elle n'avait jamais existé. En effet, les pierres enfouies, dérangées ou arrachées, ont formé des trous, laissé des vides qui, à chaque pas, menacent de fracturer les jambes des piétons, des chevaux on des bêtes de somme. On est obligé de marcher avec la plus grande précaution. Les caravanes ne peuvent s'y aventurer que précédées par un muletier armé d'un bâton, tâtant le terrain, sondant les trous, et choisissant la place où doivent passer les mules. Les cavaliers sont obligés de meltre pied à terre, sous peine de faire des chutes extrêmement dangereuses» Malgré ces précautions, les accidents sont très-fréqnents sur le KapIftn-KhoAh, et c'est im des passages quo

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