‹ Voyage en PerseChapitre 76 sur 89 · II · texte numérisé non relu

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redouteol le plus les tchervâdars. Eh bieo ! te gouvernemeol persan est si insouciant, si indifférent à tout ce qui toacbe aux intérêts publics , qu'il ne fait ni entretenir cette route, ni même arracher les restes de Tancieniie voie, ce qui serait préi'érable à ce chaos de pierres, qui en est le Irisce vestige. Nous fûmes assez heureux pour nous tirer, tant bieo que mal, de ce mauvais pas , et nous arrivâmes à iMiânèh, saos autre accident que quelques chutes de nos mulets. Ces pauvres animaux étaient excessivement fatigués d'avoir oiarché constamment dans les boues depuis Téhéran ; nous leur donnâmes un jour entier de repos.

Le 6 nous nous remîmes eo route, et suivant celle que nous avions déjà parcourue avec Tambassadeur, nous couchâmes à TurkmanichûA. Noire itinéraire devait nous conduire le lendemain à Tikmèdachy mais nous aûmes que ce village avait subi une exécution dont nous ne pûmes connaître la cause : des troupes y avaient été envoyées, Tavaient pillé, et n'y avaient laissé que quelques habitants dénués de tout et moarant de misère. En conséquence, nous dûmes nous arrêter dans un caravansérail. De là nous allâmes à Sdi(/-i46ad, etoous arrivâmes à Tabriz le 9.

Nous eûmes la satisfaction, en arrivant dans cette ville, d\ trouver un de nos compatriotes, un Lazariste M. Fouraier. Ce Père était depuis quelques mois dans cette ville où il était venu prendre la direction de Técole Française qu'avait fondée M. Bore. Jeune, bienveillant, affable, M. Foumier nous reçut à bras ouverts. Ayant eu connaissance de notre prochaine arrivée, il avait vu Tobligeance de nous préparer un logement dont nous primes possession avec rempresaement de voyageurs qui ont hâte de se reposer des fatigues d'une pé-

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nible route. Depuis notre traversée des monlagues de rArmé- Die, en compagnie de l'ambassade, nous ne nous rappelions^ pas avoir fait un voyage aussi pénible. Nous restâmes a Tabriz près d'un mois pendant lequel nous eûmes quelques relations qui nous aidèrent à trouver le temps moins long. Il s'y trouvait plusieurs Européens attirés par le commerce, ou que la diplomatie y faisait résider. Parmi c^es derniers figurait le consul général de Russie, auquel nous devons ici un souvenir pour son affabilité; las autres étaient des négociants grecs, représentants d'une des fortes maisons de Constantinople, chez qui nous trouvâmes le plus cordial accueil.

Pendant notre séjour à Tabriz on mit à mort le chef d'une bande de voleurs redoutés; ce fut pour moi l'occasion de remarquer par quel mélange d'énergie cruelle et de faiblesse l'autorité se distingue en Perse. Ce bandit qui avait commis, pendant plusieurs années, non-seulement des vols, mais encore des crimes atroces, sur les bords de l' Araxe, et dans toute la région de Karabâgh, était la terreur des caravanes qui fréquentaient la roule de Tabriz à Tifflis. Le gouvernement rusde, fatigué d'entendre toujours parler des embuscades par lesquelles cet homme et sa bande entravaient le chemin qui menait de Perse à la capitale de la Géorgie, résolut d'en débarrasser le pays. Pour cela, il fallait s'entendre avec les autorités de Tabriz, car le bandit recherché, craignant les postes de Co. saques qui gardent la rive gauche de T Araxe, ne s'aventurait jamais de ce côté du fleuve. Plus coniant dans la pusillanimité de ses compatriotes et la longanimité du gouverneur de l' Azerbaïdjan, il bornait à la frontière de Perse le théâtre de ses exploits. Cependant, à la sollicitation réitérée du consul général russe à Tabriz, il fut résolu qu*on s'emparerait de ce brigand.

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On le prit, en efTet, et l'autorité persane en était très-embarrassée quand, pour couper court à toute hésitation sur le cbâtiment qui lui serait infligé, le consul insista pour qu'on le mit a mort, et c'était justice. L'exécution eut lieu, mais non sans troubler la tranquillité publique et sans péril pour les Européens» Qui le croirait ? Ce chef de voleurs, cet assassin, était très-aimé d'une grande partie de la populace de Tabriz. Il y eut dans cette ville une explosion de murmures , quand le bruit courut qu'il devait être mis à mort; et quand il eut payé de sa tète ses innombrables forfaits, on eut à craindre un soulèvement. Le gouverneur n'aurait pu le réprimer; et, d'après les bruits qui circulaient, le consul de Russie devait être massacré avec tous les autres Européens. On parlai! déjà d'assaut qui devait être donné au consulat russe ; des menaces avaient été publiquement proférées contre tous les frenguis. Heureusement l'orage s'apaisa ; aux chiens qui hurlaient devant ce cadavre on jeta une bribe qui calma leur colère, et détourna le cours de leur vengeance : après que le criminel eut subi son supplice, le gouverneur demanda au consul de Russie, à la requête duquel il avait eu lieu, s'il prétendait au cadavre. — Il répondit qu'il lui suffisait que les méfaits du bandit fussent punis par sa mort. — Alors, au lieu de jeter le corps dans un puits ou dans un abîme quelconque, comme il est d'usage de faire de ceux des criminels, on le livra à ses amis qui lui firent des funérailles pompeuses, dignes d'iyn héros ou d'un saint. C'était un acte de faiblesse, il était de plus bien impolitique ; car c'était une façon de reconnaître l'injustice du châtiment, et un moyen d'exalter l'idée que la canaille de Tabriz pouvait avoir de sa puissance. En effet, ce fut ainsi qu'elle traduisit la pensée qui lui avait fait concéder le corps

de sa hideuse idole; et, voulant assouvir sa rage sur quel* qu'un, n osant s'en prendre, ni au consul russe, ni aux autres Européens bien innocents d'ailleurs, elle se rua sur les deux bourreaux exécuteurs des hautes œuvres. Ces malheureux, instruments passifs de la justice du Beglier-bey, furent massacrés et mis en pièces, sans que celui-ci cherchât seulement à les couvrir de son autorité.

C'était à notre arrivée à Tahriz que nous avions remis le moment de résoudre la grave question de notre retour. Trois routes s'ouvraient devant nous et présentaient à peu près les mêmes conditions de parcours: celle de l'Asie Mineure par Tokat, celle de Trébizonde par Erzeroum, enfin celle d'Erivan et de Kars, qui, en nous faisant voir un pays nouveau, nous menait au même point. Nous pouvions donc par ces trois directions, nous rendre à Constantinople. Une autre voie présentait un attrait d'un genre différent, c'était celle qui, par Tifflis et le Caucase, pouvait nous conduire à Moscou et à Pétersbourg. Nous aurions, en la suivant, traversé toute la Russie, et pris une idée de ce vaste empire si curieux à connaître. Les Russes avec lesquels nous nous étions liés à Téhéran et à Tabriz nous avaient engagés à faire ce voyage, et M. le général Duhamel avait eu la bonté de nous donner des lettres de recommandation pour le gouverneur de la Géorgie, ainsi que pour d'autres personnages auprès desquels nous eussions certainement trouvé un accueil bienveillant. Nous hésitions beaucoup, et nous ne savions dans quel plateau allait choir le grain de sable qui aurait fait pencher la balance où nous pesions les avantages et les inconvénients de chacune de ces routes; des événements naturels et imprévus allaient en décider. La Providence s'était chargée du soin de simplifier

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nos plans de voyage , en ne noas en laisMint qu^uD d^exècutable : c'était le seul auquel nous n'aviou point pensé, et que nous n'aurions pu envisager dans les eiroonslaDces en face desquelles nous nous trouvions.

Nous venions d'apprendre, par le consul de Russie, que la peste ravageait les bords de TÂraxe, et qu'un cordon sanitaire établi sur la rive russe soumettait à une quarantaine inflexible et longue tout voyageur venant de Perse. Cétaienl donc des entraves à notre marche, comme des périls inutiles que nous aurions rencontrés à la fois de ce côté. Nous ne savions trop que faire. Cependant nous penchions pour la route d'Arménie, lorsque des caravanes, nouvellement arrivées de ce pays, ainsi que des lettres, apprirent qu'une famine affreuse désolait toutes les contrées s'étendant à Touest, depuis la Géorgie et la rive droite du Tigre. Le pacha d'Erzeroum faisait de vains efforts pour venir au secours des populations afTamées. Il avait fait défense d'entretenir au delà d'un certain nombre de chevaux ou de mulets, afin de ne pas diminuer les ressources que pouvait offrir l'orge dont on était réduit à faire du pain. D'après cela, les voyageurs et les muletiers ne pouvaient traverser ces pays, et jusqu'à ce que des temps meilleurs fussent venus, jusqu'à oe que les spéculateurs de Perse et de Constantinople, encouragés par l'appât d'un gain inhumain, eussent envoyé des grains dans TArménie et le Kurdistan, il était impossible de songer à y ptoéirer. Il fallait donc attendre, et nous ne le pouvions pas. Pressés de partir, il fallait nécessairement sortir de cette impasse par la seule issue qui s'offrit devant nous : cette issue était celle du Kurdistan persan, d'où, passant à Solimanyèh, nous pouvions â;agner la route de Mossoul et d'Alep. Toute la question se

i*éduisaii alors à trouver un ichervâdar qui cooseuttl à Taire ce long voyage el à suivre une roule inconnue, inusitée et qu'aucune caravane ne prend jamais à cause des difficultés de tous genres qu'elle présente. Nous eûmes beaucoup de peine à nous arranger avec des muletiers, el nous dames avoir recours à Tautoriié pour nous en assurer.

Cependant, le 4 juin, nous quittâmes Tabriz, pour nous diriger sur Ourmjrah. Cbemin faisant, nous devions nous arrêter à Selmas et y chercher un monument qui nous était indiqué dans ce district. Le jour de noire dépari, nous couchâmes au bord de la rivière de Hac^i-SoUy à deux farsaks seulemenl de Tabriz, dans un petit village appelé Uen^n. Nous n avions voulu, pour le premier jour , que lerminer nos dispositions de caravane et sortir de la ville. L'étape du jour suivant fut plus longue; nous allâmes à Dizakhalil, après avoir traversé la plaine marécageuse qui s'étend jusqu'au lac d'Ourmyah. Nous n'y cheminâmes pas facilement; il nous fallut y chercher des passages étroits, sur un sol qui fût assez ferme IKHir nous porter, et ce n'était pas toujours sans nous embourber que novs allions à la découverte. Dizakhalil est un très^gros bourg , bien peuplé , mais dont les grands et nombreux jardins augmentent beaucoup l'importance. Il est situé à ti*ès-pett de distance du lac , près de la rivière que nous avions inaveraée la veille. Le lendemain, nous nous rendîmes à Tassouiteh , autre bourg ou petite ville en ruines , où nous étions passés avec l'ambassadeur.

De là, nous nous rapprochâmes de plus en plus du lac et, passant au pied des montagnes qui s'élèvent au nord-est, Aoits le côtoyâmes jusqu'au village de l'aotchani. Ce village fait partie du district de Selmas qui est peuplé d'Arméniens

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et de Chaliléens. La partie de ce territoire sur laquelle nous nous trouvions est fort marécageuse; les eaax du lac voisin, qui s'inGltrent à travers le sol, plusieurs cours d'eaa qui descendent des montagnes environnantes et se dirigent vers le lac , forment en cet endroit des marais très-étendus. Le coup d'œil en était alors très-agréable, car, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on n'apercevait qu'une verdure épaisse et brillante au milieu de laquelle paissaient de nombreux Iroopeaux. Au sud-ouest de Yaotchani , s'élevait, au-dessus de la plaine verdoyante, un énorme rocher isolé. Les habitants nous dirent que, sur une de ses faces, se trouvait le monument que nous cherchions dans cette localité; c'était uo basrelief. Comme le rocher était à peu près dans la direction que nous devions suivre pour continuer notre voyage, nous remimes au jour suivant à le visiter.

Le lendemain donc , après avoir fait partir nos bagages pour Khosravahj boiirg situé à l'ouest sur la route d'Ourmyah, nous primes un guide pour nous mener au bas-relief. Le che* min n'était pas facile à travers les hautes herbes qui cachaient les profondeurs des marécages, et souvent nous eûmes de la peine à nous tirer des mauvais pas où nous nous étions aventurés. Nous gagnâmes la face nord du rocher, et, ayant pris pied sur le terrain solide que sa base offrait avant de se perdre sous les terres humides, nous le contournâmes en passant à l'est, puis au sud. Ce fut de ce côté, et près du lac , que nous aperçûmes, à quelques mètres au-dessus de la plaine, une espèce de cadre préparé, du même genre que ceux que nous avions vus dans le Fars. De l'endroit où nous étions arrivés, il était difficile de distinguer le sujet contenu dans ce cadre; on ne voyait que très-indistinctement des

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sculptures fort endommagées , domioées par des vestiges de coQStrucUoQ qui oe semblaient d'ailleurs pas avoir d'intérêt. Nous mimeé pied à terre , et , escaladant les roches qui encombraient la base de ce monticule, nous atteignîmes celle qui était sculptée.

Le bas-relief est de style sassanide; il représente deux cavaliers tenant chacun, par le bras, un personnage qui est à pied. La coiffure surmontée du globe accompagné de bandelettes , et tout le reste du costume de ces cavaliers^ les chevaux, et jusqu'aux personnages à pied qui sont devant les chevaux , tout est tellement semblable , tellement identique entre les deux groupes, qu'on se demande si Tun n'est pas la répétition de l'autre. La seule différence qu'on puisse découvrir , consiste en ce que le personnage à pied du groupe de droite parait n'avoir que des moustaches, tandis que celui de gauche a toute sa barbe. Du reste , leur chevelure longue, bouclée et très-toufTue , ainsi que leur costume, sont semblables. L'exécution de cette sculpture est très-grossière , elle trahit un art en décadence complète. Je dis décadence , et non pas enfance, parce qu'on devine sur ce monument l'intention d'imiter ceux de Nakch-i-Roustâm ou de Châpour. On y retrouve aussi une réminiscence des basreliefs de ces localités célèbres, rendue d'une façon barbare et presque grotesque. Ce monument n'a donc par lui-même aucun intérêt ; son existence atteste seulement que, pendant la période monarchique des Sassanides , l'usage de ces sortes de sculptures s'est continué, et que la vanité des princes qui les ont fait exécuter en leur propre honneur, a été de plus longue durée que l'art qui avait créé les premiers , et qui n'est point sans mérite , comme j'ai essayé de le prouver.

Après avoir acheré Tétude de ce lM»-relief , nous regà^ gnânoes le village oo devaie»! ôlre dos moleiiers. Noos eâmas k traverser, pendant près de trois heures , une grande partie de la plaine. Nons pAmes juger de sa fiM'tilîlé €fm nous parut très-graude et qui semblait d'ailleurs prowvée par le nombre des villages qu'on voyait de fous eôtfs. iions passAmes^ a gué, une rivière assez large, avec da bellea eaux rapide» qui coulaient à Test, pour aller se jeter dans le lac. A notre gauche, nous laissâmes une espèce de petite ville appelée Dt/nuin, qui est actuellement le point le plus important de ce district et où réside le Hakim. Autrefois, le premier rang appartenait à Selmas dont le nom est resté ao pays; mais cette ville déchue est couverte aujourd'hui de ruines et n'a plus qu'une très-faible population ; c'est Dihnân qui Ta supplantée. Au sud de ce bourg était celui où nous devions nous arrêter, Khotrovâh. C'est un des plus importants de ce district; il est exclusivement peuplé de Cbaldéens qui sont tous catholiques. Nous y fàmes parfaitement reçus et logés dans une très-jolie maison. Les habitations y sont vastes, propres et bien bâties ; on y voit beaucoup de jardins , et les terres environnantes prouvent que leur rAilture est plus soignée, mieux entendue qu'ellene Test généralement en Perse. Nous vîmes à Kkosravdh pour la première fois, en Perse , des arahâhSj espèce de charrettes attelées de deux buffles, dont les cultivateurs chaldéens se servent pour faire leurs transports. 1^ population de ce bourg est d'environ douze cents âmes qui sont toutes dans le giron de l'église romaine.

M. Bore, qui a fait une étude particulière des populations chrétiennes de cette contrée, raconte que les habitants de Selmas et de Khosrovâh , qui sont d'origine chaldéonne ,

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étaient nestoriens dans le principe. li y a un siècle environ, un jeune homme, chaldéen comme eux, vint de Diarbekhr où il exerçait la profession de teinturier, et il apporta dans le district de Selmas une ardeur de foi catholique si vive, si expansive, qu'il la oommuniqua à tous ceux qui le fréquentaient. Ce jeune néophyte, qui avait été converti lui-même par des missionnaires dominicains, opéra, en commençant par son apprenti , la conversion de tous les chrétiens de sa nation, parmi lesquels la foi catholique se propagea rapidement. Ils vivent maintenant sous la direction spirituelle d'un évéque qui est le patriarche général de la Chaldée.

Khosrovâh a un aspect d'aisance inaccoutumée en Perse. Cependant, les habitants sont, comme tous ceux des autres parties de ce pays, accablés d'impôts qui probablement sont plus lourds, à cause de leur qualité de chrétiens. Mais leur industrie plus développée, leur travail plus intelligent et plus assidu , viennent en aide à leurs charges et les mettent à même de vivre moins misérablement que le grand nombre des populations musulmanes. Nous restâmes un jour entier à Khosrovâh.

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