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jouait au billard. Il était vêtu à l'européeDne , avec cette simplicité de bon goût qui distingue à la campagne rhomnie comme il faut. A sa tournure, à son abord, au salut amical et gracieux qu'il nous fit en etcellent français, nous aurions pu nous croii^ chez un châtelain des bords de la Seine ou de la Loire. Si nous eussions été seuls avec le prince, cette illusion eût pu se prolonger ; mais il aVait un entburage d'ofKciers, de Mirzas qui la dissipèrent bien vite. Jje Cbàb* Zadèh nous fit beaucoup de reproches de n'avoir pas voulu loger chez lui. Nous le remerciâmes de manière à lui faire comprendre toute la nsconnaissance que nous avions de ses prévenances, et les raisons que nous lui donnânves pour rester à Oùnnyah lui semblèrent de nature à. nous excuser com* plétement. Nous le retrouvâmes tel que nou» Tavioiis vii a Tabriz, Tannée précédente : oMigèaut, gracieux , aimable et plein de cette courtoisie qui distingue leis hoaimes d'ua rang élevé, en Per^e comme en tout pays. 14 hoos fit promettra de passer avec lui la journée du lendemain tout entière, et, en vérité, nous n'eûmes aucune peine à prendre cet engagement.
Le lendemain donc, nous nous rendîmes de nouveau et de . bonne heure chez le prince. La journée nous parut fort courte; elle se pes^a ed causeries dont le Châh-Zadèh faisait les frais avec son esprit et s^a gaité habituels. On joua au billard ; après quoi on servit le déjeuner. Vint eMuile la promenade dans les jardins; puis le prince nous monlra son palais en détail , et nous fit même voir mit Andèfr>ûm^ mais cette fois après en avoir fait retirer les femmes. Pour employer le temps jusqu'au souper il nous proposa de prendre un bain. Rien ne pouvait être plus agréable à des voyageurs ; au^
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fûmes-nous charmés de celle offre que nous acceptâmes avec empressement. Indépendamment ilu plaisir t}ue nous y trouvions, dans les conditions où nous étions, elle nous prouvait une fois de plus combien étaient mis de c6té par le prince les préjugés de ses coreligionnaires; car, en Perse, plus encore qu'en Turquie, les mu^tmans ont un éloignement prononcé pour un bain pris en compagnie d\m chrétien. En effet, ils se considèrent généralement comme souillés s'ils reçoivent les atteintes, leséclabousstires d'une eau qui a lavé les membres d'un guiaour. Je ne fus point étonné de voir le prince Malèk Kassem-Mirza au-dessus de cette sotte prévention; il m'avait donné trop de preuves de son mépris pour tout ce qui sentait le fonatisme étroit de ses compatriotes. Je ne pus cependant me défendre d'être surpris qu'il bravât l'opinion de ses officiers et de ses serviteurs, en se baignant publiquenoent avec des frenguis. Son entourage ne devait certes pas partager sa manière de voir, et il est hors de doute que Son Altesse était blâmée et accusée tout bas de manquer à la religion musulmane. Mais c'était au prince à compter avec ses coreligionnaires, et nous n'entrâmes pas avec moins de plaisir dans sa salle de bain.
Sauf les dimensions, qui étaient plus petites, elle était disposée de la même façon que celles des Hammams publics. Après un vestibule bien clos, de manière à intercepter l'air extérieur, s'ouvrait une petite salle où était disposée une sorte d'estrade en marbre, sur laquelle portaient des colonnettes soutenant des arcades : c'était le lieu de repos, de kief^ où nous laissâmes nos habits, et où se trouvaient préparés des lits pour nous recevoir après le bain. Au delà, après avoir franchi une double porte doublée de feutre, nous pénétrâmes
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dans le lieu du bain , c*est-à-aire dans une espèce de rotonde à coupole , demi-obscure et remplie d*une vapeur dont la température était très-élevée. Tout y était brûlant , Tair ambiant, les dalles du sol et les murs du pourtour. Nous nous assîmes sur le pavé de marbre bien lavé et luisant comme un miroir; des baigneurs s'emparèrent de nous et commencèrent à nous masser en pétrissant nos membres entre leurs doigts. Cette opération fut longue, mais le prince, avec son entrain habituel, nous la Qt paraître courte, ainsi que celles qui consistent en frottement, savonnage et ablutions avec une eau presque brûlante versée sur toutes les parties du corps. Après ces manipulations pendant lesquelles on s'abandonne entièrement à son baigneur, on nous tit entrer dans une piscine pleine d'eau tellement chaude qu'il fallut nous y habituer peu à peu, avant de nous y plonger en entier et qu'il nous fut impossible d'y demeurer plus de quatre à cinq minutes. Il y avait bien une heure et demie que nous étions ainsi exposés à cette température et à une vapeur asphixiante, nous nous sentions énervés par l'efTet de l'une et de l'autre, quand les baigneurs vinrent nous verser subitement sur la télé une eau froide qui, répandue de toute part nous causa, au premier instant, un saisissement et une sufTocation peu agréables; mais, ce premier moment passé, nous nous sentîmes mieux, et la fraîcheur de cette eau, coulant sur tout notre corps, depuis le sommet de la tête, nous avait vivifiés, ranimés, en donnant une nouvelle vigueur à nos membres engourdis; c'était la dernière opération. Le Chàh- Zadch donna alors Tordre dapporter une collation qui consistait en cœurs de salade, pré|)arés avec beaucoup de soin et sur lesquels je ne le vis pas sans étonnement se précipiter
avidement. Il trempait cette salade dans une espèce d'hydromel ou de sirop fait de vinaigre et de miel. J'en essayai, et, à vrai dire, ce mets frugal ne me déplut pas; il est rafraîchissant et fait plaisir dans Tétat d'altération où Ton se trouve après avoir été soumis à la chaleur suffoquante du bain. Après la salade, on apporta des kalioûns et du café à la rose. Je me serais volontiers passé de la rose, qui me sembla de trop; néanmoins celte boisson me parut venir à point, parce qu'elle rend au sang l'activité qife la température prolongée de Tétuve a ralentie. Cette manière de prendre le bain était pour le prince une véritable partie de plaisir; aussi la prolongeait-il beaucoup, et d'autant plus volontiers qu'il devait s'apercevoir qu'elle ne nous déplaisait en aucune façon. Quand nous rentrâmes dans la pièce où nous devions nous sécher et nous vêtir les kalioûns circulèrent de nouveau, et, pendant quelques instants, on n'entendit que le roulement accéléré des aspirations des fumeurs.
Une heure après le bain, on servit un petit souper très-fin et galant; les plats de viande et les ragoûts épicés se mêlaient aux confitures, aux pâtisseries et à des cherheis délicats. Le vin n'y fut pas oublié , et tous les convives en burent sans distinction de religion. Pendant tonte la durée de ce repas, trois musiciens, dont un aveugle qui était celui du harem, nous régalèrent médiocrement d'un concert instrumental exécuté sur une mandoline, une viole appelée kamouncha, et une espèce de tambourin. Le jeune homme qui jouait de ce dernier instrument chanta, et d'une façon tellement nasale , avec des notes si élevées , que son chant était pénible à entendre. Nous goûtâmes peu cette musique, mais le prince ne nous parut pas être encore assez européanisé pour ne pas
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y prendre plaisir. — Tant il est vrai que, si grande que âoii la peau de lion, le bout de Toreille se montre toujours. — Nous nous relirâioes fort tard, et, quand nous primes congé du prince, ii £it de telles instances pour nous revoir le lendemain, que nous ne pûmes refuser de lui faire la promesse de revenir. Nous avions pensé partir ce jour-là, et c'était à regret que nous remettions notre départ. Mais le Chàh-Zadèh nous avait témoigné tant de bienveillance que nous aurions craint de le désobliger en ne paraissant pas trouver du plaisir à nous trouver une fois de plus avec lui. Il avait arrangé une partie de chasse, un déjeuner champêtre et une grande promenade sur les premières pentes de la montagne qui domine Ourmyab.
Nous nous rendîmes de bonne heure chez Son Altesse. A peine arrivés, tout le monde monta à cheval; les fauconniers et les ferraçhs du chenil marchaient derrière avec leurs oiseaux sur le poing, ou leurs lévriers en lesse. Quand on arriva dans la campagne, les (aucomiiers prireqt les devants et se mirent en chasse. On saisit quelques perdrix, et un lièvre fut forcé. Après quoi nous nous dirigeâmes vers une jolie tente que le prince avait fait dresser. Le déjeuner y était servi ; nous y trouvâmes y attendant le Cbàh-Zadèb , plusieurs des missionnaires américains qui étaient à Ourmyah et que nous n'avions pas encore vus. Ces messieurs, ({uoique un peu roides et gourmés, nous accueillirent avec aflabilité. Ils étaient à Ourmyab depuis plusieurs années, et occupaient une grande maison où ils vivaient tous eu commun avec leurs femmes et leurs enfants, composant un personnel d'une vingtaine d'individus. Cette mission datait déjà de loin, mais n'avait pris que depuis peu un accrois-
sèment auBei grand. Les premiers missionnaires protestants qui parurent dans ces contrées y vin-eni en 1829. Ils traient deni; ils devaie»! explorer PAvménîe ainsi que la Ghaldée persane , sonder ce terrai» religieux et apprécier «l^opporunité de la fondation d'nne mission permanente dans ces pays. Soit qu'ils eussent entrevu Tespérance de détourner, au milieu de ces populations ignorantes, des convictions peu fortifiées et qu'ils jugèrent devoir se mal défendre, soit qu'ils voulussent se donner une importance aux yeux de leurs coreligionnaires et de la Société biblique américciine, ils engagèrent celle de Boston à fonder et organiser une maison de missionnaires pour la Ghaldée. Dès 1833 cette œuvre fut résolue et reçut des moyens d'exécution; mais ce ne fut qu'en 1 835 qu'elle commença réellement. Ce n'est que depuis cette époque qu'elle s'accrut et que son personnel fut porté au chiffre que nous trouvâmes à Ourmyah en 1841 . Du reste, les résultats qu'avaient obtenus ces missionnaires étaient loin d'être proportionnels à leur nombre, car celui de leurs prosélytes se bornait à trois ou quatre; encore, le changement de foi de ces nouveaux adeptes était-il mis en doute et considéré seulement comme un moyen , pour ceux-ci , d'obtenir quelque argent des apôtres de l'Amérique. Pour arriver à leurs fins ils avaient ouvert une école; mais ce moyen leur avait médiocrement réussi jusque là, car ils avaient les plus grandes peines à attirer les enfants à leur école, et ils n'avaient pu réussir à en obtenir un petit nombre que par l'appât de fréquents pichèkchs. L'école française catholi(|ue de M. Theophanc faisait à ces arheteut*s de consciences une concurrence redoutable , surtout dans c^. pays où les Arméniens orthodoxes étaient très-
nombreux. Il v avait donc, entre les deux écoles, comme entre les deux religions, une lutte ouverte, lutte acharnée, de dévouement d'un côté, de corruption de Tautre. Jusqu'alors, elle avait été pacifique et assez loyale, mais les missionnaires de Boston étaient trop nombreux, avaient des moyens d'influence trop supérieurs à ceux dont pouvait disposer le cher de l'école française, pour qu'il ne fût pas à craindre de voir succomber celui-ci, qui n^avait d*autres forces que ses convictions et son zèle courageux.