LETTRE PERSANE
Je crois devoir donner ici la traduction d'une lettre écrite par un des grands personnages de Perse , à notre ambassadeur M. de Sercey . Elle m'a été communiquée par M. Biberstein-Kazimirski , et elle fera connaître le style épistolaire des Persans , dont elle est un échantillon remarquable.
a Lettre de Mirza-Massoùd , gouverneur du Khorassan , ex-ministre des « affaires étrangères , à M. le comte de Sercey , ambassadeur en France près « la cour du Chfth de Perse en 4840.
« Excellence , noble et illustre seigneur , personnage doué d'habileté et de « pénétration , vous qui êtes l'appui des amis ,
a Votre lettre amicale que vous m'avez écrite d'Erzeroum , m'est parvenue « dans les premiers jours du mois de moharrem 4256. J'ai conçu une joie infia nie en recevant la nouvelle de l'arrivée de l'ambassade française en Perse, a Quoique l'amitié entre les deux puissants empires de France et de Perse « date depuis des siècles et qu'elle n'ait jusqu'ici reçu aucune atteinte , la pous- « sière do la négligence à cultiver les anciens rapports ne couvrait que pendant t trop longtemps les étincelles de l'amitié, et les langues n'étaient que pendant « trop longtemps silencieuses dans l'expression des sentiments de l'union. tt Gloire donc, gloire à Dieu, que par les soins des ministres des deux puistt sances , le voile qui dérobait la figure de l'objet aimé a été écarté et que la « belle fiancée tant recherchée apparut enfin aux yeux de tous et au gré des « cœurs , que par la volonté du souverain unique , les fondements de l'amitié « des deux pays deviendront plus solides, et que contrairement à ce qui avait « lieu jusqu'à présent, il en résultera des avantages réciproques. Cet ami qui « se reconnaît pour serviteur du puissant empire de France est affligé de ne a point se trouver à la cour au moment de l'arrivée de l'ambassade flrançaise, tt et de ne pas pouvoir s'acquitter des obligations que lui impose l'amitié. Très- « prochainement, après avoir rempli la mission qui me retient dans ces con- « trées-ci, j'obtiendrai l'honneur de votre entrevue. En attendant, j'espère que « Votre Excellence me donnera des nouvelles de sa santé et voudra bien par a là donner des preuves de son amitié.
« Que vos jours se passent heureusement et au gré de vos désirs.
(( Le 7 moharrem , 4256 , MECHED. »