UN MOT
SU* LH COMMERCE ET SUR l'àRMÉE.
Les nobles , après avoir rendu les juifs in-* habiles à devenir propriétaires , leur ont mis • le commerce dans les mains, au détriment des affranchis ou des paysans enrichis qui au* raient pu former dans les villes une v bour* geoisie influente, et saper dans les campagnes leur vieille autorité en y acquérant des biens. Quant aux serfs , le commerce leur est interdit parce qu'ils sont serfs , du moins de
fait, sinon de droit, et les nobles se Finterdi» sent parce qu'ils sont nobles. En cet état de choses, les serfs, pour échapper à l'oppression ç\ avec tou^e la joie de la délivrance , t*t les nobles, pour obviera l'ennui auquel les ex-
posent la monotonie de la vie de château et leur aversion pour les occupations intelleo tuelles, se jettent dans les camps, ppussés par cette inquiétude d'instinct qui nous fa^it chercher ailleurs le bien-être que nous ne trouvons pas chez nous.
Ici , les officiers nourris dans des maximes Favorables à l'élégance des mœurs et aux idéçs chevaleresques, se distinguent par une belle «tenue et des manières agréables. Tous nobles • et riches pour la plupart , ils demandent seulement qu'on leurreconnaisse de la bravoure et des grâces , laissant à qui s'en peut soucier la gloire des talens acquis et des vertus rigides.
Les -officiers français, tirés presque tous des dernières classes de la société , et assujétis d'ailleurs aux rigueurs arbitraires et au joug dégradant d'une discipline étroite, pôintil-, leuse et toute physique, ne les effacent point à la guerre , et leur sont inférieurs dans le monde, où l'éducation , qui n'est pas toujours de l'instruction , la naissance et la fortune »
peuvent seules donner l'aplomb nécessaire au
développement des agrémens de l'esprit. Il
y a plus de militaires profondément instruits
dans l'armée française , "et moins d'ignorans dans l'autre» En Pologne, le corps d'officiers,
composé de l'élite des citoyens, donne dés Polonais une idée que la nation est loin de justifier, tandis qu'en France , au contraire , cette partie de l'armée est peut-être au-dessous de la nation.
J'ai fait ici ce parallèle , parce qu'il y a des choses qu'on ne peut bien peindre qu'en groupe.
Le soldat polonais trouve dans son igno+ rance et dans l'âpreté de ses mœurs des motifs de haine contre l'ennemi, càîi rendent ses succès déplorables à l'humanité. On l'investit à son arrivée sous les drapeaux d'une espèce de noblesse personnelle qui , en l'élevant audessus des siens , lui donne , à l'occasion , ,ui} titré à justifier'; mais les intérêts matériels sont surtout ceux qui le touchent. Sa profçsf sïon est aussi enviée dans son pays, où lé
peuple est esclave et pauvre ^qu'elle Test peu en France t où le peuple est riche et lil^re \ aussi la regarde-t-il moins comme un devoir qu<e comme un bou métier.
JOUHVA&.
Cependant notre escorte s'était grossie d'un nombre considérable de cosaques retardâtaîres que nous ramassions dans les tavernes à mesure que nous approchions des provinces de l'empire russe. A leur tête marchait te capitaine Ivan , cefctaurë singulièrement redoutable aux dames-jeannes d'Israël. Il avait des secrets pour s'enivrer sans payer ; ; les , poules allaient d'elles-mêmes se fourrer dans saï 'gibecière ; et quand il rencontrait quelque jeune fille à l'écart > il prononçait de telles paroles que la pauvrette éperdue tombait aussitôt dans ses bras. Tous les soirs, un page à la crinière gelée , né parmi les lys de pour-
£rfc et d'aaùr qui font Pôfiremerit defr vàîléé& du mont Caucase , lui soufflait sur la poitrine «ne pinte d'eau tiédie par gorgées dahs sa bouche. Ivan «s'emparait ensuite du fout ttuptial T et qua&d ses hôtes* harassé» des tra* vaux de ia journée /ronflaient enfin au gré de ses désirs y il 6e livrait à ses deux pasfcioto favorites, la rapine et le viol Le lendemain, environne d'amis silencieux attentifs aux mouvemens de soa cheval y il cheminait profondément endormi ; mais à peine avait-il relevé sa lèvre pendante et ses rênes abattues , que mille cris de joie , soutenus de longs éclats de rireV sortakpft d'une forêt de Jantes, Cependant les frimas enveloppaient les noirs sa* pins d'une éeorce de verre. Rrrante sur la neige glacée , la tempête entrouvrait le chaume des cabanes ; on se barricadait à notre approche.; les yeux inquiets dés juif» brillatent au/ fond de* lucarnes; et tandis qu'à h tête de la colonne lés jeunes gens de Tescor te applaudissaient aux bons mots d'Ivan , les viens: cosaques , perdus darts d'énormes
fourrures , hurlaient, à nos côtés comme des hefces féroces.
Pultûsk, où nous arrivâmes le 3o janvier, est une. ville de; bois bâtie dans la fange, sous le ciel gris-brun de la Mazoyie , au bord delà Narew , dont. les eaux paresseuses s'égarent dans de sombres forets , et sont r dit-on , mortelles aux setpens. En y abordant nous crûmes entrer daps un faubourg de l'enfer , car les juifs y fourmillent, La place était pleine de flaques d'eau et de monticules formés par des gravois et des carcasses d'animaux. Nos cosaques n'étaient pas encore arrivés au milieu de la ville , qu'ils portaient déjà, presque tous, un chien mort au bout de leur lance. Quelques maisons de briques se montrent çà et là , et nous aperçûmes des boutiques qui nous parurent bien assorties.
Des trafiquais anglais parlaient d'affaires .à fies, courtiers juifs dont les gestes étaient fort animés.
Le soir nous nqus rendîmes à une espèce de redoute où semblaient nous appeler les
cris d'une clarinette piaillant dans une atmosphère de fumée de tabac. Là , de jeunesrussës, Je pantalon garni de basane ,'ètlfe visage parsemé de longues mèches de cheveu* Vpnxmeft' tarifent devant dès femmes en hbiipeland^ de forme pyramidale et en bènriéts'dè 'e6tôn.
Leurs maris ; les piédfc engagés dans y de petits paniers A'éebrte tressée, tas 'reins ceints <F une courroie , «t là chertitee par dessus la culotte; vendaient de Feau-de-vie sous deS tentés cfcfes^ sées dans le voisinage, >! J h "''^
Ainsi s'habillent en Russie la petite 'nb* blesse et les ge*te de la' campagne*; niais tes dattiers doivent laisser croître Iéur^bà'Àe, à moins 4ju'ïls n'aient acqiiis par- une lèàgue résidence sotis le drapeau ,• le dhoît îriftérent à la noblesse de se raser. Ordinairement le gouvernement ajoute à cette favetrruwe l'enté viagère de 12 francspar an ; c'est ; comme on voii , t a ' francs de plus que chez nous.
Onibe logea chez un juif <ple je 1 trouvai:
avec un voile blanc sur la tété, se dandkiant entre deux chandelles; en marmottant dés^
mots hébreux, que de vieille» fenfraea répétaient après lui. Un moment «près bous le vîmes se ceindre le front d'une petite bandelette vernissée , et se serrer le taras gauche qu'il avait nu, avec une courroie qui montait en spiral*? jusqu'à répauJe, Il déroula bientôt ces pieuse» entraves , lit avaler un verre d'eaj^de-yie 4e grain à une petite fille <m* récitait des prières en lavant la vaisselle t et $ç tint ensuite pour aussi assuré de la pro* tection de Dieu que le plus bonnéte homme du monde, ' .
C'était up vendredi : dès ce jour quand k soleil; se couche le, sabbat commence ». et la loi de Moïse , jusqu'au lendemain soir, défend asux i^s le travail et le maniement d$s e^pèce^4>Fg^P^ piais ifo éludant ce commandeflO^nt* qu'ils reg^rd?^t comrw çtfmm* meut fu^ste à leurs intérêt, gnsfe faisait remplacer .dan? leurs boutique* par des Croies ^'un^tre cuJte ; ils exigent ensuite* <teipaie~
ipepjtîdeJçHrs^W^e^^n moAH^te de cuiwev ^m^nJtei^W^lpppent la main d'y» linge*,
et palpent de cette façon les écus sahs pécher.' Pulhjfck possède on collège et «ne écote
primaire. Le$ Polonais donnent volontiers des noms fort pompeux à des thoSes qui ne le méritent guères. Ainsi ils appellent leurs toùtfgàdëS dfe* tilles r leurs chaumières des cUWé&us, et leurs écoles primaires dés gyninasëfr.l&d mois, fcheréàx, ont une autre valeur que chez nous y et sont à un diapààdn plufc eletfe;- • '■ "■' "*
ÏA *illfe , ehtburééde vergers , est dominée piir w A ëMteSrti bâti sur nn rocher: - '" " J
ÏÂ l i* f&urifer>, par un temps excessive- 1 merit fttâ(î, : ïî6us nous remîhves. eh route: grâce à la'ttëigë gfecée dont là terre était alors* couverte , itoda fijarifcMmes éàns le moindre' obstacle des lieu* absolument impraticawés; eii^té?' * f ëst quté îd gbûvernemëtit , star ft& rôtrtes Iés*jplusdSégraldées; sur celles thème qu'on a ij cérÀslrtAtei à tr&veW foi m^recageal se cowtètitë de filiW jétei* , de toià à lôiit, des rôftéhtè et des* branchés dartres cjùï cèdèht au 'moindre poids, et qui ajoutent tfui ein-
barras de ces routes sans les consolider d'au-' cune f?çgp« ( , Ailleurs, les pierres qu'on y apporte sont réparti^ ( avec unç «telle: malihdres$e , gue.pe remède les rend plus mai*vaises encore.. • ■ >} c j
Le roulage , (en Pologne t se £aft commuai!
Russie , avec, de petites voitures à qçErtre rpiies traîqée^ par un, IJqrt , cheval , . quelque fois^p^deux^ irçais rapejnent. Cet upagç e*t indiqué par la nature des roules. Une voi-
chevaux du soleil v resterait dans ,1^ tftbles en ; été r .et dans les boues.au dégel* Ep hfrer le. roulage coûte moins cfyeç , à cause df s traîiieaux qui le rendept plus facile/ En .Russie > les rouliers de la couronne ont le pa#, nposeulement sur ceux des, p^rtici^liers, mais eyaçpre > sur les chaises de poste , ce qui fait que les voyageurs ,$e voient souvent daaç VoWin gation de leur payer fort cher le droit de prendre le devant; c'sst une r4ce féjçoce ejt capricieuse au dernier pojnt» On aswre qu'il; leur ançive quelquefois* de détrousser Jes pas- ;
sans : j'en parle ici parce qu'an en voyait alors dans le royaume de Pologne.
Le 7<févri?r ., Ivan , dont j'avais gagné les bannes grâces , me fit monter un cheval- de l'escorte ; nous, quittâmes le grand chemin horde de chaumières ruinées , et «ous enfonçant dans /les, terres, nous \ allâmes frapper a*H portas de* honnêtes gens. - • .1 rft ; ■
C'étaient de gothiques donjons, bâtis <fei tenais où iea Polonais^ vêtus de peaux d'ours et lès cheveux, en brosse y allaient à la guerre sur des chevaux peints en rouge ; nous passions sous des arceaux décorés de bois dé cerfs et de carcasses d'oiseaux de proie. On. entendait au jlôin retentir les cors des châte^ laine dispersés dans les forêts d'alentour ; <et
les honneurs du logis nous étaient faits, ot^
par de jeunes femmes parées des couleurs Urillaates du papillon îdes¥lorides aux ailes de
cachemire; ou par un ours apprivoisé , officiellement investi des honorables fonctions* d'éehanson et de portier.
C'étaient des manoirs délabrés .où soupi-
raient de vieilles tourterelles, lorgneuses, méthodique*, qui , eu hutte aux intempéries du célibat ; tâchaient de surgir au port du mariage,
C'étaient de magnifique» châteaux dont les possesseurs, dans les agitations nerveuses d'une vie sensuelle et poétique , s'eaivraiettt d'entHbusiasme . au bruit des coricertâ et Sri r les lèvres de la beauté, ■> ..
. m C'étaient de petits castels à auVents où se rengorgeaieût d'épaisses figures qui , pénétrées de leur janriportanee , nous recevabirt fe# mains dans leur ceinture et nous interto^ geaient en se mouchant. Leurs enfans à Fa»-* pect de nos mines étrangères couraient , à l'ombre de la houpelande paternelle t se placer par radg de taille comme lés tuyauxd'utrt* flûte de Pan-» \ '*> *•-■
; : Là s'enivraient . d'hènnâiès châtelains eifel bonnet carré, .blanchis dans les joies d'nn> bruyant pantagruelistiie* Fidèle* aù« vieilles? mœurs, ils se faisaient servir 4 taUe pari défc gntibhommes qui , debout et la têle mie %
mangeaient derrière et en même temps que nous; du reste le maître et le serviteur buvaient dahs le même verre et fumaient dansla même pipe. • * :
Un autre jour nous tombions çhèa des vieillards chagrins , qui , secouant mk reste de voix chevrotante , nous racontaient longuement ietf troubles politiques dans lesquels ils.
avaient figure; et dans tes accès d'hydrophotte que leur causait le^ouyenir desfureurs de Souvarqf , leurs idées s'embarrassaut dans les broussailles de la gramiBairefrançaise f ne notis arrivaient plus qu'imparfaites sfc défigurée*. ■'..]....
Le lendemain , une châtelaine jeune, encore, et jouissant d'aiUeurs de l'estime univer-
selle;, nous recevait dans un cercle où étaient admis-soft premier, son sfeeond etf quelques fpis son troisième ikiaii î.ca* fcç Polonais, pour suppléer au divorce défendu p&r l'église catholiquç <v 9rifc tous soin de glisser dans leurs contrats de ntariage deuix «ta tréis ck^^ses de nullité jq^ les époux font v&lqirîsfr aprè^
quelques mois d'essai ils éprouvent du dégoût Tun pour l'autre.
Une. autre fois nous suivions à la chasse ~ aux loups un paavre gentilhorçffipïe - quiy n'ayant; pour tout revenu que le produit de . la vente de la peau de ces animaux f 'se fût , sans notre aide desintéressée , exposéaeulpar cupidité k être 'décore' dan s les forêts , lui t le cochon dont il tenaillait les oreilles pour attirer les» loups , se* chiens ,$on' domestàqtre aux ' cheveux plats , aux pieds nus , > aux manches courtes, et. les chevaux de son traîneau.' 5 Cèuk-là, épris de leur gloire milituirè ; Fë-*
levaient sans façon au dessus dé celle de toutes,
les autres nations de l'Europe , et s'attribuaient ingénument nos plus brillans succès..
Ils affectaient une hospitalité brusque , et la
bonhommie grondeuse des majors allemands.
D'autres, se piquant de mœurs étrangères 4
* et de toutes les langues ne méprisant que Ia t
leur , T faisaient fleurir autour d'eux , avec lé£
ombrages et les arts des beaux climats , Télé-
gance et la politesse ; leurs manière* larges et
empressées, nous rappelaient le. ton de notre vieille courtoisie , et , plus éloquens que nous dans notre propre langue , ils ornaient leurs idées de paroles harmonieuses. ■ *
Enfin à défaut dé châteaux nous nous
dirigions vêts les monastères , qu'on nous
avait dépeints comme étant riches en bétail humain, ou chez les juifs , qui passant leur vie comme de bons patriarches à engendrer et à manger du chevreau , trahissaient par ces habitudes voluptueuses et oisives le se»
cret de leur opulence.
Une fois introduits, Ivan, sans s'inquiéter de nos hôtes , faisait panser les chevaux , dresser la table, trotter les filles. Les barons riaient du bout des dents des bizareries de ce rustre. Aux heures convenables' nous déjeûnions, nous dînions, nous goûtions, nous soupions ; après quoi , les châtelaines , d'un air qu'elles tâchaient de rendre gracieux : , nous faisaient ouvrir de grandes chambres sans meubles et sans feu , où les aquilons, au bruit des fenêtres et des portes ébranlées,.
(S* ) dispersaient la paille étendue pour noire usage , et les couvertures de soie dans les* quelles nous devions pous envelopper. Le lendemain , au bout du corridor , ou au bas de la montée % nos botter , que dç grosses servantes avaient rincées comme des bouteilles, Coffraient à nos y eux , gelées dan* diverses attitudes. Nous allions auprès du feu. les passer en grommelant , après quoi nous montions dans de riches traîneaux conduits par des cochers couverts de vermine.
Nous rejoignîmes la colonne le 9 février; le 10 et le 1 1 , nous logeâmes dans des villages où nous pûmes nous convaincre de tout ce que le régime seigneurial en Pologne a d'horrible et d'odieux : des paysans à demi nus £ conduits au travail à coups de nerfs de bœuf r . de misérables cabanes où gémissaient sans garde et sans secours des vieillards infirmes , ou de jeunes femmes malades, tandis que leurs enfans et leurs maris f exténués pour le profit d'autrui , périssaient d'inanition au sein de l'abondance que leurs m^ins
faisaient naître. Nous maudissions à la vue de tant de maux , à la vue des planches percées dans lesquelles les barons obligent les serfs qu'ils veulent faire fustiger , à passer leur tête et leurs bras; nous maudissions , dis-je , l'égoïsme atroce des nobles t et applaudissions au décret de la Providence qui les a du moins atteints dans leur orgueil , en effaçant leur patrie du rang des nations indépendantes.
Quantité de seigneurs , en ces parages , font le commerce des vivres . et le fout avec I d'autant plus d'avantage qu'ils l'interdisent aux juifs T que cette, mesure réduit à la plus grande pauvreté % et à leurs vassaux , auxquels par précaution ils ne laissent que le plus strict nécessaire. La chasse et la pêche sont » également défendues à ces derniers, sans exception pour ceux qui demeurent, dans les bois ou au bord des étangs. Ainsi , forcés d'aller nous approvisionner dans les châteaux r nous murmurions du moins ouvertement quand le prix des denrées nous sem-
blaït au dessus de leur qualité. Mais les barons, d'une» voix grave et reposée, nous demandaient s'il était convenable de tripoter ainsi avec des geris de leur sorte ; ajoutant que n'ayant que faire de vehdre pour vivre , s 1 ils faisaient tant que de s'abaisser à vendre , ce devait être pour gagner ; et claquemurés dans cette logique qu'ils croyaient inexpugnable , ils attendaient tranquillement , leur balance à la main , le résultat de nos délibérations.
Le 12, par les soins d'Ivan , je pus encore voyager en traîneau. Gomme on ne ralentit ici le galop ni pour monter, ni pour descen-
dre les côtes , on fait communément de cinq à six lieues à l'heure. Les Polonais comment cent à atteler à la russe. Voici en quoi cette manier econsiste : on réunit trois chevaux de même robe et de mêma taiile ; on les place i
de front. Celui de gauche doit galoper la tête fortement tournée à gauche , et celui de droite, la tête fortement tournée à droite. Le cheval du milieu porte la tête directe. Cet attelage , où la docilité revêt les grâces impé-
tueuses de la nature indomptée , indiqué par les médailles antiques , n'est convenablement placé que devant une petite voiture fort basse, ou devant un traîneau. .
Depuis Thorn , autant pour ménager le pays que pour ne pas nous mettre dans le cas de mourir de faim , nous ne voyagions plus que par petits détachemens. Nous n'en mîmes pas moins la famine dans tous les villages où nous nousarrêtâmes.Nous ne trouvions jamais que de vieilles croûtes dans les magasins de
l'Etat, et elles nous étaient distribuées par des hâbleurs, patriotes fanatiques, qui, ne sachant plus que louer dans le bouleversement général , se rabattaient sur les mines de sel de la contrée. Le gouvernement ne savait remédier ni à la rapacité de ses agens , ni aux déprédations des hordes étrangères. Le pays était parcouru en tous sens par des cosaques isolés qui le pillaient. Nos soldats devaient , pour subsister, fouiller les retraites et les bois, et s'approprier les vivres que les paysans y avaient cachés. Français , cosaques , Tar-
tares à houppe, Tartarep à barbe r enfouie pêle-mêle dans le même repaire , secouaient de compagnie, sur des charbons ardens répandus sur le sol , leurs vêtemens gris de vermine. Au milieu de ces cohues, il nous fallait monter la garde le sabre à la main autour de nos. gamelles et manger accroupis , envi* ronnés de figures grossières qui nous, raillaient . fn,différens jargons, et qui, établies par étages sur les bancs, sur les planches, Sur le four du logis, s' offraient à £os yeux dans l'arrangement des personnages d'un porche gothique.
Le 12 février, nous passâmes le Boue, et laissâmes derrière nqtfs le royaume de Pologne. Je /ne dirai plus qu'un mot de ce petit pays, où Ton ne récolte guères que de la 'ré? sine, de Forge et du seigle , et où chaque château peut être considéré comme la capitale d'un petit Etat gouverné par le bâton. Ce sera comme une sorte, de récapitulation.
Lq paysan y végète dans des villages qu'on dirait bâtis pour des Albinos , et dont le nprçibfe peut' s'élever à i,6op environ.
Le gros des barons, abandonné à l'avarice, à l'ignorance et à la crapule ,. y regrette le temps où Ton pouvait jouer publiquement un paysan à la brisque f l'enchaîner , le troquer , le tuer.
Enfin f dans les quatre cent trente villes que renferme cette province , où le commerce manque de manufactures , les arts d'ateliers , \a. guerre d'arsenaux, la frontière de places fortes , l'intérieur de chaussées et de canaux , six à peine. sont dignes de ce nom; et parmi elles , Varso vie seule peut être comparée aux belles villes de France et d'Italie.
Pour ce qui est des productions du pays , elles sont expédiées piar la Vistule à Danteik , et vendues aux Hollandais , qui ont établi avec ces contrées sans industrie, mais non pas sans besoins et sans luxe , un commerce dont la balance est toute en leur faveur.
(Eni8i5.)
EXTRAIT DITY RAPPORT
^Sur l'agriculture rlu nord de l'Europe , par W. Jacob , imprimé . par ordre de la Chambre des communes , en
On jugera par cet extrait , des progrès du royaume de Pologne sous son nouveau gouvernement.
La plupart des cultivateurs polonais
sont des paysans ou métayers ; ils jouissent d'un droit de propriété limité sur les terres qu'ils occupent et la cabane où ils vivent , à la condition de travailler pour le seigneur un nombre de jours fixé par semaine , et de lai payer certaines redevances dont la quantité est également stipulée. Les journées de travail qui excèdent le nombre fixé leur varient un salaire.
Ces paysans sont très-misèrables
Les effets de l'émancipation ne se sont pas encore fait sentir. Les paysans ne quittent pas plus la terre du seigneur que quand ils étaient adstricû glabœ.
....;.. Les serfs polonais, en 1791 , ont reçu
($9) h liberté avec- beaucoup de défiance. Ils s'effrayaient de l'idée d'être abandonnés de leurs maîtres dans leur vieillesse et leurs maladies.
Ils sont peu industrieux, et cherchent peu
à améliorer leur sort. Eti général ils sont ignorans , tanatiques et superstitieux , et les travaux de l'agriculture sont fort mal exécutés.
Dans le nord , il n'y a que le trentième des terres cultivé en froment , le reste est destiné au seigle. Dans le midi , la proportion augmenté en faveur du froment. Le royaume de Pologne appartient au nord.
Le bétail y est encore plus rare qu'en
Prusse; en sorte que l'agriculture n'y peut faire de rapides progrès. Dans la province de Plocn, on compte i cheval ou poulain sur 106 acres de terre ; i bœuf, vache ou veau sur 24 acres ; 1 mouton sur 24 ; 1 porc sur 52.
Aucun pays ne convient mieux à l'éducation des moutons que le royaume de Polo" gne. Elle y rend de grands bénéfices , mais la pauvreté et l'ignorance des propriétaires K
les empêchent de se livrer à ce genre d'industrie. Les exemples sont impuissans pour leur faire adopter quelque nouveauté.
D'après les estimations les moins incertaines , le produit moyen du froment en Pologne est par acre de i4 boisseaux (12 heo tolitres 1/2 par hectare ), celui du seigle de io , celui de l'orge de 14 , de l'avoine de 8 à 10 y du sarasin de. g.
Il n'y a guères que les terres de la cou-, ronne qui soient affermées en Pologne ; elles jouissent de diverses exemptions , aussi sontelles abondamment 'fournies de paysans , grand avantage pour ceux qui les prennent à ferme. Le prix de location n'en est pas moins fort bas; environ 74 centimes l'hectare, bonnes et mauvaises terres. Bien que de pareils fermages nous semblent presque nuls, cependant ils ne peuvent pas être payés depuis la diminution dé, la valeur des denrées : l'Etat lies perçoit jen blé v et souvent est obligé d'abandonner les arrérages. / ...
Il y a trop peu de propriétés privées, affer-
(7<> mées, pour «pie Voh puisse se former une idée dû loyer des terres des particuliers.
La classe des fermiers manque en Pologne; il h y a pas de condition moyenne entre le misérable paysan et le propriétaire noble.
La noblesse dédaigne toute autre profession que celle des armés ou la culture de ses terres. Les artisans et manufacturiers sont tous étrangers , presque tous allemands; le commerce est dans les mains des juifs.
Quelques personnes du plus haut rang ont
voulu récemment établir des manufacture^
sur leurs domaines; y fonder des colonies ; elles oiit' 'presque toujours été obligées d'appetèr des étrangère pour exécute? tous les travaux. ...
Une chose remarquable est lai facilité avec laquelle en Pologne le commerce se passe de métalliques ; le troc remplace Tachât et la vente. Les juifs en sont les instrumens. Ils conduisent les diverses marchandises des producteurs aux consommateurs. On pourrait presque les appeler la monnaie du pays.
Les denrées nationales sont à bas prix f et les marchandises étrangères , abstraction faite des droits , fort chères.
La population du royaume actuel de Polo-
gne est de 3, 800,000 habitans. Le revenu
public ne dépasse pas 5o millions; il ijé suffit
pas aux dépenses , la Russie y ajoute un sup-
plément de 12 à i3 millions. La capitation des paysans de la couronne est de 22 francs par individu.
Depuis six ans près de 25o,ooo étrangers, presque tous allemands et manufacturiers, sont venus s'établir dans ce royaume , où il se fait beaucoup d'essais de manufactures. Lés mines paraissent offrir les chances les plus brillantes. Il y en a de fer, de cuivre, de calamine et de charbon, ,